mercredi 5 avril 2017

Aqaba…

Aux aurores, le navire glisse sur les eaux du golfe d’Aqaba. Patrick assiste sur le balcon à une naissance exceptionnelle. L’astre solaire s’éveille lentement dans le couffin des montagnes escarpées et dentelées de la péninsule arabique. Les lueurs qui caressent l’horizon annoncent la venue de la source de vie. Un lumineux liséré mordoré se dessine sur les crêtes. La matrice libère l’étoile dans un jaillissement flamboyant de lave incandescente. Eblouissante, elle se répand au firmament dans une apothéose de nuances coruscantes qui se mirent sur la voûte céleste et sur les flots cendrés. Une quarantaine de minutes après l’éveil du prodige cosmique, les nuées accueillent l’astre émergeant qui les cajolent de ses rayonnements bienfaisants. Dans sa splendeur sphéroïdale, le disque irradiant chancelle pour garder son équilibre au pinacle des monts abrupts qui l’ont vu naître. Il affermit ses premiers pas et s’élancent vers son zénith sous les yeux éblouis et émus de Patrick.
Rejoint par son mari, il se rend au buffet Zanzibar pour le petit-déjeuner. André remercie l’astre solaire en pensée qui lui permet de savourer des dattes d’Oman gorgées de soleil. La banane et les arachides balinaises dégustées sont le fruit des rayonnements solaires et de l’abondance offerte par Gaïa. La généreuse opulence de la Mère et de la Fille permet à l’homme de réaliser les viennoiseries dégustées par Patrick.
Vers huit heures quarante-cinq, le paquebot approche des rivages de la ville d’Aqaba, fondée avant Jésus-Christ par le roi Salomon, où s’active le seul port maritime de la Jordanie. Le ciel est grand bleu, l’astre solaire génère une chaleur élevée, la forte luminosité est éblouissante. Un léger vent marin souffle quand André regarde le paysage sur le balcon. Patrick sort pour prendre des photos depuis les ponts supérieurs. A bâbord, il aperçoit un paquebot de la compagnie Costa, facilement reconnaissable par la lettre bleu marine C sur la cheminée jaune, amarré dans le port d’Elath en Israël. Dans l’enceinte du port, les navires Norwegian Star et Mein Schiff 3 sont amarrés. Le Fantasia manœuvre pour se positionner entre les deux paquebots. Sur le quai, devant la haute tour de contrôle, qui s’apparente quelque peu à la tour Space Needle de Seattle dans l’esprit de Patrick, une trentaine de cars sont alignés pour accueillir les excursionnistes. Ceux des deux autres navires ont déjà quitté le port. Certains se rendent à la Cité Rose de Petra, la forteresse du désert fondée par les Nabatéens. D’autres découvriront le désert de Wadi Rum, traversé en son temps par Lawrence d’Arabie et sa troupe de bédouins. Les alentours arides de la ville sont cernés de montagnes escarpées désertiques dont les roches révèlent des nuances de rose.
Les manœuvres terminées, les cars des excursions s’éloignent graduellement à partir de dix heures. La matinée se poursuit agréablement dans la cabine. Une annonce générale informe les passagers présents à bord que l’usage des tickets pour se rendre au centre-ville est maintenant inutile. Chacun peut emprunter la navette quand il le désire. L’information est un peu déconcertante après la foire d’empoigne d’hier due à la rareté illusoire des navettes arguée par la compagnie. A midi le couple déjeune à la cafeteria. Pour la première fois André voit au buffet des bâtonnets de carotte, de céleri et de fenouil. Il en dépose quelques-uns dans une coupelle qu’il agrémente de cerneaux de noix. Les crudités sont croquées en alternance avec trois croquettes de pommes de terre. Mary apporte une bouteille d’eau minérale. Patrick choisit de savourer des boulettes garnies d’épinard, de champignons et de tofu cuisinées dans une sauce crémeuse aux carottes. Il complète sa sélection avec quelques falafels et des morceaux d’aubergines étuvés à la tomate et à l’origan. En dessert, il déguste trois petites douceurs dont une mini-tartelette aux cerises sur un lit de crème pâtissière.
Après le repas, le couple se rend au Fantasia Bar où Ana Maria Grozavu les accueille avec le sourire. La chevelure blonde mi longue coiffée avec fantaisie, elle apporte sur le plateau en verre sablé un cappuccino et un orzo Lavazza. Son anglais impeccable s’accompagne d’un charmant accent roumain. En sirotant le café d’orge, André savoure une mini-tartelette aux cerises et la moitié d’un Paris-Brest fourré d’une crème au moka. Patrick repère deux personnes âgées francophones qui patientent avec leurs bagages vers la sortie sur le quai, voisine du café. Patrick s’approche et engage la conversation. La dame, avenante et souriante, l’informe de leur départ du navire car son mari est souffrant. Ils patientent l’arrivée d’une voiture israélienne qui va les conduire à l’aéroport d’Elath d’où ils vont s’envoler pour la France.
A treize-vingt-trois, la navette dans laquelle André et Patrick ont pris place quitte le port. Toutes les places sont occupées par une quarantaine de personnes dont quelques membres d’équipage. Durant le trajet d’une dizaine de minutes, André remarque le mot Nesquik dans une phrase publicitaire en arabe ; il est étonné de voir le nom d’une boisson de son enfance. Les passagers sont déposés au niveau de l’office du tourisme d’Aqaba, située à proximité du square Ayla. Une nuée de chauffeurs de taxis attend les touristes à la sortie des navettes. Une dame potelée en surpoids, cauteleuse et méfiante, refuse l’aide d’un chauffeur pour s’extraire du véhicule. La dame âgée devant André, plus confiante, tend sa canne à un aqabawi de manière à pouvoir tenir les rampes avec ses deux mains pour dévaler à son rythme la flopée des marches raides. Elle accepte ensuite volontiers les mains qui l’aident à mettre le pied au sol. André et Patrick éconduisent avec un sourire les conducteurs de taxis persévérants qui les poursuivent. Ils pénètrent dans le centre d’informations touristiques, un séduisant cabanon lambrissé verticalement de lames de teck décoré de photos de cartes géographiques et de sites de la région. Ils découvrent un guide en français sur Aqaba et sa région. Une jeune employée leur fournit un plan, vite retourné, le guide incluant déjà une carte du centre-ville. Dans la guérite Basuni Exchange, Patrick fait convertir vingt dollars américains en billets jordaniens. Il reçoit quatorze dinars. Sur les coupures de un et de dix,  il est écrit en anglais The Hashemite Kingdom of Jordan - Central Bank of Jordan.
Le couple part à la découverte du centre-ville. André remarque à plusieurs reprises sur les trottoirs des étals, sans présence humaine derrière, garnis de coupelles d’encens ou de sable coloré surmontées de fioles mystérieuses décorées de chameaux sur fond d’oasis désertiques. Sur l’une d’entre elles il peut lire Jordan 2017. Les marchands gardent probablement un œil à distance sur leurs marchandises. La rue Zahran Street est foulée. André repère une échoppe qui vend des oléagineux. Il entre chez Samiramis Roaster où il découvre un choix varié incluant trois sortes d’arachides, grillées, salées ou crues dans leur attrayante écorce brun-rouge. Il opte pour cette dernière variété. Pour deux dinars, deux sachets sont préparés par le marchand qui bavarde en anglais avec le couple. Les arachides proviennent du nord de la Jordanie. Sur le comptoir devant la caisse, une pléiade de billets de banques d’une multitude de provenances est disposée sous une plaque en verre. André demande si l’homme a visité ramené toutes ces coupures de ses voyages. Il sourit avec une infirmation et annonce qu’il s’agit de cadeaux de sa clientèle. André est impressionné. Les faces des billets sont regardées, certaines sont familières comme le rial omanais ou la roupie indienne. L’euro est absent de la palette. Le commerçant montre le visage de Nelson Mandela sur un billet d’Afrique du Sud. Charmé par cet épisode inopiné, André remercie vivement le jordanien très à l’aise avec les deux français.
Plus loin au bout de la rue un souk se dessine. Vers l’entrée, André admire le dessous de la marquise du Al-Shaeb Coffee décorée d’une rosace ouvragée sur un fond rouge prune. Un mot en arabe en lettres blanches traverse les cercles concentriques entourés d’une frise dentelée. Il est amusé de voir en perspective une pluie de turbans colorés suspendue devant la boutique adjacente. Un parc fait signe au couple qui s’apprête à entrer dans le souk. Il traverse alors la rue pour s’en approcher. Princess Salma Park est le nom dévoilé par le guide. Une enfilade de bougainvilliers borde le côté droit du parc ceinturé d’un éventail de tubulures métalliques de couleur vert ***. Les orange, rouge, vermillon et ocre s’offrent aux regards dans leur berceau de feuillages verts profonds. L’entrée est atteinte. A l’image des poupées russes aux tailles dégressives, trois arches en pierre crème sculptée de motifs itératifs, parées de colonnes latérales, se succèdent en décalé, en diminuant leur format, pour composer une haie d’honneur. Les inscriptions en arabe apposées sur les frontons se lisent facilement par le citadin de par leur différente hauteur. Une rampe inclinée côtoie une volée de marches. A côté de l’entrée, un essaim de petits sachets transparents, suspendu à la branche d’un arbre, attire le regard par la couleur rose vif des contenus. De près ils s’apparentent à de la barbe à papa. Le parc dévoile ses atours. Malgré la chaleur et la tendance désertique du sol, les paysagistes sont parvenus à constituer un ensemble paysager attrayant et coloré. Des arbustes feuillus et des bosquets fleuris côtoient des arbres de plus grande envergure. Des plates-bandes empierrées bordent des buissons alignés. Le parc s’étage sur plusieurs niveaux. Une grande jarre trône au milieu d’un bassin assoiffé. Morgiane se demande si un voleur est caché à l’intérieur. Un petit amphithéâtre semi-circulaire se dissimule sur la partie droite du parc. Dans le périmètre d’un grand pot fendu oublié sur un piédestal dans un rectangle caillouté, des tables et des bancs en bois attendent la fraicheur du soir pour accueillir des convives. Malgré la présence de poubelles réparties dans l’espace de détente, des déchets jonchent le sol à divers endroits. Sur la partie avant du parc, des tonnelles rectangulaires en bois, aux montants verticaux rouges et noirs, offrent de l’ombre aux habitants. Des grappes de femmes drapées en noir, au visage voilé pour certaines, conversent avec animation sous les charmilles sans se préoccuper de la présence des touristes. Les hommes et les femmes jordaniens profitent du parc sans se mélanger. Le couple de promeneur croise une seconde fois deux jeunes hommes habillés d’une djellaba blanche. Celui portant un turban a croisé le regard d’André à son arrivée dans le parc. Il répond à sa salutation par un sourire éclatant. La blancheur de ses dents contraste avec le teint basané de son visage à la barbe noire parfaitement taillée.
En revenant vers l’entrée du souk, André et Patrick remarque la présence d’une mosquée dont la coupole blanche, surmontée d’un court minaret coiffé d’un petit bulbe, dépasse au-dessus des commerces aux toits plats de la rue Zahran Street. Le souk s’apparente plus à un marché de fruits et légumes. Finalement le centre-ville est une vaste toile où se tissent cafés, restaurants et échoppes en tous genres. Un marchand de tapis présente des carpettes et autres articles sur des présentoirs directement posés dans la rue. Proche de la mosquée, André entre dans un commerce qui vend des variétés de pains, de baklavas, de viennoiseries, de biscuits secs et de douceurs inconnues. André s’invite à revenir avant de retourner au navire. Un dessus de table affriolant garni des produits vendus s’affiche sur le bandeau de la devanture rouge où l’enseigne est écrite uniquement en arabe. Plus loin autour de la mosquée, une ancienne théière dorée à roulettes, à taille humaine, qui se donne des airs de lampe d’Aladin, sert d’accroche devant une épicerie très achalandée. Posés contre le bas du récipient en forme de cruche, deux coffrets de dattes retiennent l’attention par leur taille conséquente ; une dizaine de kilos de Medjool de Jordanie attendent de chatouiller les papilles gustatives du futur acheteur. A quelques pas, un étal propose l’achat de petites fioles garnies de sable de toutes les couleurs.
Revenus vers leur point d’arrivée, André et Patrick se dirigent vers la plage. Au niveau de la rue King Hussein Bin Talal Street, un cheval et un chameau, chevauchés par deux personnages inconnus tenant chacun un drapeau jordanien dans leur main droite, sont figés de chaque côté d’une fontaine où l’eau ruisselle sur un voilier à deux mats posé sur un piédestal au centre du bassin circulaire. La mosquée Al-Sharif Al-Hussein bin Ali, entièrement ceinturée de grilles aux montants tubulaires verticaux gris aciers, est fermée à la visite. La rue du bord de mer est traversée pour descendre à la plage par un escalier à deux paliers. Les maillots de bains sont rares au profit de tenues de plage peu révélatrices. En voyant certains baigneurs la peau ainsi cachée, André croit voir une carte postale de la plage de Deauville au début du siècle passé. Tout proche du rivage, des tankers et autres pétroliers paraissent énormes derrière les felouques, les barques de pêcheurs aqabawis et les vedettes qui sillonnent la baie. Les têtes des baigneurs qui dépassent des flots semblent minuscules devant ces mastodontes. Sur le sable ocre, des pédalos colorés bien fatigués sont alignés sur le flanc au bord du trottoir qui sinue le long de la plage. A côté d’un parasol ouvert à la toile rouge, des bouées pour enfants, de toutes les couleurs, sont superposées en anneaux autour d’un axe vertical. Des barges bâchées à la proue tirée sur le sable attendent la venue des touristes. Amarrés sur l’appontement en arrière-plan, les trois paquebots en enfilade dressent leur imposante silhouette. La joie, la détente et la bonne humeur règnent sur le bord de mer. Le bord de plage étant privé d’ombre, André et Patrick retournent au centre-ville. En chemin, ils croisent un marchand ambulant qui porte sur son dos une sorte de réservoir en métal argenté qui rappelle à André la boille à lait de son grand-père paternel Frédéric. Il s’informe du contenu. De la tirade en anglais lancé par l’homme coiffé d’un chapeau noir, il retient les mots fruit juice. Il décide de tester le nectar de ce fruit inconnu servi dans un gobelet en carton. Un liquide ambré foncé sort d’une sorte de grand narguilé. La couleur ocre orange de la robe est surprenante tout comme la saveur à la fois agréablement aigre et sucrée. La texture légèrement sirupeuse permet de siroter le breuvage lentement tout en marchant. Plus loin dans la rue Hussein, un autre vendeur explique complaisamment à André la nature du breuvage après avoir servi trois jeunes garçons. Il s’agit d’un jus de tamarin Tamerhindi, la boisson traditionnelle des aqabawis.
Aar Razi Street est suivie. Les trois garçons sont croisés. Ils sirotent leur jus assis sur un degré de la montée en terrasse qui longe la rue. Les voitures sont partout dans le centre-ville. Elles sont garées le long des trottoirs et à l’avenant aux endroits exempts de circulation. L’agencement des rues diffère de celui des villes françaises. Les angles droits, la symétrie et l’ordonnancement rigoureux sont inexistants. Il convient d’oublier dans la visualisation les bordurettes, les pavés réguliers, les surfaces planes et tout ce qui rigidifient la vie des citadins. A l’angle avec Al Humaymah Street, la devanture d’un commerce de vêtements accapare le regard par les diverses djellabas pour homme qui virevoltent au vent sur leur cintre suspendu à un auvent rectangulaire en bois marron en forme de tonnelle dont la partie avant est retenue en l’air par deux chaines fixées aux moellons gris mouchetés du mur. La suite de la rue Aar Razi est à l’ombre. Le ciel est d’un grand bleu, délavé à l’horizon. La boutique d’un tailleur est détaillée par André depuis la porte ouverte. Tenue par des hommes, il voit l’un d’entre eux vers l’entrée affairé sur une ancienne machine à coudre à pédale.
La forte chaleur, l’air chargé de poussière et l’absence d’emplacements ombragés invitent à retourner au navire. Avant de retourner à la navette, André effectue quelques emplettes. Dix bananes sont achetées dans le souk pour un peu plus d’un dinar. Dans le magasin de douceurs, deux exemplaires d’une pâtisserie inconnue en forme de ziggourats et des mini-pyramides à la noix de coco sont achetés pour un dinar cinquante. Un peu plus loin avant la théière d’Aladin, André s’arrête à une épicerie repérée précédemment où l’enseigne est aussi en arabe. Un kilo de dattes Medjool de la ferme Arar sont achetées avec des biscuits jordaniens à la datte et des barres d’arachides au miel. Le tout revient à sept dinars, soit environ neuf euros. Chaque barre d’arachides revient à dix piastres, soit un peu plus de dix centimes d’euro. Une barre similaire, dans un magasin bio fréquenté par le couple à Annemasse, revient à un peu plus d’un euro.
André et Patrick arrivent au navire après seize heures. Des volées d’oiseaux argentés sont mystérieusement attroupées sur les quais. Elles virevoltent pour revenir au lieu de rassemblement. Une pause boisson chaude est fortement appréciée par Patrick au buffet. André s’abstient ; la saveur du jus savouré dans le centre-ville flotte encore agréablement sur ses papilles. Une promenade sur le pont quinze offre d’observer le contraste harmonieux entre le bleu azur du ciel et l’ocre rose des montagnes à l’horizon. Des pétroliers sont ancrés dans les eaux du port.
Après dix-huit heures trente, André et Patrick dînent au buffet. Vittorio, dont la longue chevelure blonde balance sur ses épaules, manifeste sa présence dans l’allée. André se régale avec une ziggourat qui révèle un cœur aux oreillettes amplement garnies de poudre de cannelle. La pâte enroulée en spirales, à la fois feuilletée et sablée, dévoile la saveur suave d’une huile inconnue imprégnée de cannelle. Un léger goût sucré transparait à la mastication. En parallèle de cette délectation, une banane, une barre d’arachides au miel, un biscuit à la datte ensaché individuellement et des arachides crues de Samiramis sont dégustés. Elles sont croquantes et savoureuses. Patrick apprécie un velouté de poivron rouge et des pommes de terre rissolées agrémentées de champignons poêlés. Le disque solaire déclinant se pose sur les crêtes des montagnes escarpées en les couvrant d’une mantille mordorée. Le ciel s’enflamme au fur et à mesure de la disparition de l’astre au halo circulaire poché de larges sillons en dégradé d’or. Le paquebot allemand profite de cette féerie pour quitter le port. La lumière jaune safran des réverbères du port prend le relai quand le ciel s’assombrit.
A dix-neuf heures quarantaine cinq, André et Patrick sont installés au théâtre pour le show Symphony. Selon son  habitude le directeur de croisière encense le spectacle qui va suivre. Seuls la soprano, le ténor et le pianiste sont présents sur scène. La troupe du navire est en relâche. Mauro joue au piano plus posément.  L’arrivée du ténor, qui se met à rugir, invite le couple à quitter le théâtre. Il se rend sur les ponts supérieurs pour une promenade sous les étoiles. Le manteau de la nuit a enveloppé le navire. Les centaines de globes laiteux, aux diamètres et aux emplacements variés, diffusent leur lumière opaline. Le paquebot Norwegian Star prend la mer baigné de lumière. Les sphères des ponts supérieurs diffusent une clarté bleu azur. Le couple observe le vaisseau qui s’éloigne lentement en glissant sur les vagues à la couleur d’encre. Sur ses flancs, les éclairages des ponts se reflètent en scintillant sur les flots. Tout comme le Fantasia, une guirlande lumineuse traverse le navire en culminant de la proue à la poupe. A vingt heures vingt l’appel à la prière s’élève dans la nuit. A la poupe au pont quinze, un bavardage impromptu se déroule avec un couple francophone qui se prend en photo. Photographe dans l’âme, la dame a connu la période argentique, le développement des clichés à son domicile, les lourds appareils numériques avec leurs objectifs. Aujourd’hui elle préfère la facilité avec un petit appareil du genre de celui d’André. La qualité des photos est excellente et leur nombre illimité. À l’horizon, les lumières d’Elath et d’Aqaba brillent de mille feux. Celles de la ville israélienne sont plus fournies et plus intenses.
Après ces instants de flânerie romantique, André et Patrick s’installent au café Fantasia au pont cinq où deux jeunes musiciennes en robes longues, bleu roi pour la pianiste et gris argenté pour la violoniste, sont en concert dans l’atrium musical. Les mélodies magistralement jouées baignent agréablement les oreilles du couple. Mary apporte un expresso et un orzo Lavazza. La jeune serveuse hindoue est touchée du Wai de remerciement d’André. Les breuvages sont sirotés dans le bien-être musical généré par les talentueuses interprètes. A l’issue de l’aubade, souriantes, elles prennent volontiers la pause devant l’appareil photo d’André. Un harpiste et un guitariste latinos prolongent la soirée musicale…


































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