Aux aurores, le navire glisse sur les eaux du
golfe d’Aqaba. Patrick assiste sur le balcon à une naissance exceptionnelle.
L’astre solaire s’éveille lentement dans le couffin des montagnes escarpées et
dentelées de la péninsule arabique. Les lueurs qui caressent l’horizon
annoncent la venue de la source de vie. Un lumineux liséré mordoré se dessine
sur les crêtes. La matrice libère l’étoile dans un jaillissement flamboyant de
lave incandescente. Eblouissante, elle se répand au firmament dans une
apothéose de nuances coruscantes qui se mirent sur la voûte céleste et sur les
flots cendrés. Une quarantaine de minutes après l’éveil du prodige cosmique,
les nuées accueillent l’astre émergeant qui les cajolent de ses rayonnements
bienfaisants. Dans sa splendeur sphéroïdale, le disque irradiant chancelle pour
garder son équilibre au pinacle des monts abrupts qui l’ont vu naître. Il
affermit ses premiers pas et s’élancent vers son zénith sous les yeux éblouis
et émus de Patrick.
Rejoint par son mari, il se rend au buffet
Zanzibar pour le petit-déjeuner. André remercie l’astre solaire en pensée qui
lui permet de savourer des dattes d’Oman gorgées de soleil. La banane et les
arachides balinaises dégustées sont le fruit des rayonnements solaires et de l’abondance
offerte par Gaïa. La généreuse opulence de la Mère et de la Fille permet à
l’homme de réaliser les viennoiseries dégustées par Patrick.
Vers huit heures quarante-cinq, le paquebot
approche des rivages de la ville d’Aqaba, fondée avant Jésus-Christ par le roi
Salomon, où s’active le seul port maritime de la Jordanie. Le ciel est grand
bleu, l’astre solaire génère une chaleur élevée, la forte luminosité est éblouissante.
Un léger vent marin souffle quand André regarde le paysage sur le balcon.
Patrick sort pour prendre des photos depuis les ponts supérieurs. A bâbord, il
aperçoit un paquebot de la compagnie Costa, facilement reconnaissable par la
lettre bleu marine C sur la cheminée
jaune, amarré dans le port d’Elath en Israël. Dans l’enceinte du port, les
navires Norwegian Star et Mein Schiff 3 sont amarrés. Le Fantasia manœuvre pour se positionner
entre les deux paquebots. Sur le quai, devant la haute tour de contrôle, qui
s’apparente quelque peu à la tour Space
Needle de Seattle dans l’esprit de
Patrick, une trentaine de cars sont alignés pour accueillir les
excursionnistes. Ceux des deux autres navires ont déjà quitté le port. Certains
se rendent à la Cité Rose de Petra, la forteresse du désert fondée par les Nabatéens.
D’autres découvriront le désert de Wadi
Rum, traversé en son temps par Lawrence d’Arabie et sa troupe de bédouins. Les
alentours arides de la ville sont cernés de montagnes escarpées désertiques
dont les roches révèlent des nuances de rose.
Les manœuvres terminées, les cars des excursions
s’éloignent graduellement à partir de dix heures. La matinée se poursuit
agréablement dans la cabine. Une annonce générale informe les passagers
présents à bord que l’usage des tickets pour se rendre au centre-ville est
maintenant inutile. Chacun peut emprunter la navette quand il le désire.
L’information est un peu déconcertante après la foire d’empoigne d’hier due à
la rareté illusoire des navettes arguée par la compagnie. A midi le couple
déjeune à la cafeteria. Pour la première fois André voit au buffet des bâtonnets
de carotte, de céleri et de fenouil. Il en dépose quelques-uns dans une
coupelle qu’il agrémente de cerneaux de noix. Les crudités sont croquées en
alternance avec trois croquettes de pommes de terre. Mary apporte une bouteille d’eau minérale. Patrick choisit de savourer
des boulettes garnies d’épinard, de champignons et de tofu cuisinées dans une
sauce crémeuse aux carottes. Il complète sa sélection avec quelques falafels et
des morceaux d’aubergines étuvés à la tomate et à l’origan. En dessert, il déguste
trois petites douceurs dont une mini-tartelette aux cerises sur un lit de crème
pâtissière.
Après le repas, le couple se rend au Fantasia Bar où Ana Maria Grozavu les
accueille avec le sourire. La chevelure blonde mi longue coiffée avec
fantaisie, elle apporte sur le plateau en verre sablé un cappuccino et un orzo Lavazza. Son anglais impeccable
s’accompagne d’un charmant accent roumain. En sirotant le café d’orge, André
savoure une mini-tartelette aux cerises et la moitié d’un Paris-Brest fourré d’une
crème au moka. Patrick repère deux personnes âgées francophones qui patientent
avec leurs bagages vers la sortie sur le quai, voisine du café. Patrick
s’approche et engage la conversation. La dame, avenante et souriante, l’informe
de leur départ du navire car son mari est souffrant. Ils patientent l’arrivée
d’une voiture israélienne qui va les conduire à l’aéroport d’Elath d’où ils vont s’envoler pour la
France.
A treize-vingt-trois, la navette dans laquelle
André et Patrick ont pris place quitte le port. Toutes les places sont occupées
par une quarantaine de personnes dont quelques membres d’équipage. Durant le
trajet d’une dizaine de minutes, André remarque le mot Nesquik dans une phrase publicitaire en arabe ; il est étonné
de voir le nom d’une boisson de son enfance. Les passagers sont déposés au
niveau de l’office du tourisme d’Aqaba, située à proximité du square Ayla. Une nuée de chauffeurs de taxis
attend les touristes à la sortie des navettes. Une dame potelée en surpoids, cauteleuse
et méfiante, refuse l’aide d’un chauffeur pour s’extraire du véhicule. La dame
âgée devant André, plus confiante, tend sa canne à un aqabawi de manière à
pouvoir tenir les rampes avec ses deux mains pour dévaler à son rythme la
flopée des marches raides. Elle accepte ensuite volontiers les mains qui
l’aident à mettre le pied au sol. André et Patrick éconduisent avec un sourire
les conducteurs de taxis persévérants qui les poursuivent. Ils pénètrent dans
le centre d’informations touristiques, un séduisant cabanon lambrissé
verticalement de lames de teck décoré de photos de cartes géographiques et de
sites de la région. Ils découvrent un guide en français sur Aqaba et sa région.
Une jeune employée leur fournit un plan, vite retourné, le guide incluant déjà
une carte du centre-ville. Dans la guérite Basuni
Exchange, Patrick fait convertir vingt dollars américains en billets
jordaniens. Il reçoit quatorze dinars. Sur les coupures de un et de dix, il est écrit en anglais The Hashemite Kingdom of Jordan - Central Bank of Jordan.
Le couple part à la découverte du centre-ville.
André remarque à plusieurs reprises sur les trottoirs des étals, sans présence
humaine derrière, garnis de coupelles d’encens ou de sable coloré surmontées de
fioles mystérieuses décorées de chameaux sur fond d’oasis désertiques. Sur
l’une d’entre elles il peut lire Jordan
2017. Les marchands gardent probablement un œil à distance sur leurs
marchandises. La rue Zahran Street
est foulée. André repère une échoppe qui vend des oléagineux. Il entre chez Samiramis Roaster où il découvre un
choix varié incluant trois sortes d’arachides, grillées, salées ou crues dans leur
attrayante écorce brun-rouge. Il opte pour cette dernière variété. Pour deux
dinars, deux sachets sont préparés par le marchand qui bavarde en anglais avec
le couple. Les arachides proviennent du nord de la Jordanie. Sur le comptoir
devant la caisse, une pléiade de billets de banques d’une multitude de
provenances est disposée sous une plaque en verre. André demande si l’homme a
visité ramené toutes ces coupures de ses voyages. Il sourit avec une infirmation
et annonce qu’il s’agit de cadeaux de sa clientèle. André est impressionné. Les
faces des billets sont regardées, certaines sont familières comme le rial
omanais ou la roupie indienne. L’euro est absent de la palette. Le commerçant
montre le visage de Nelson Mandela sur un billet d’Afrique du Sud. Charmé par cet
épisode inopiné, André remercie vivement le jordanien très à l’aise avec les
deux français.
Plus loin au bout de la rue un souk se dessine.
Vers l’entrée, André admire le dessous de la marquise du Al-Shaeb Coffee décorée d’une rosace ouvragée sur un fond rouge
prune. Un mot en arabe en lettres blanches traverse les cercles concentriques
entourés d’une frise dentelée. Il est amusé de voir en perspective une pluie de
turbans colorés suspendue devant la boutique adjacente. Un parc fait signe au
couple qui s’apprête à entrer dans le souk. Il traverse alors la rue pour s’en
approcher. Princess Salma Park est le
nom dévoilé par le guide. Une enfilade de bougainvilliers borde le côté droit
du parc ceinturé d’un éventail de tubulures métalliques de couleur vert ***.
Les orange, rouge, vermillon et ocre s’offrent aux regards dans leur berceau de
feuillages verts profonds. L’entrée est atteinte. A l’image des poupées russes
aux tailles dégressives, trois arches en pierre crème sculptée de motifs itératifs,
parées de colonnes latérales, se succèdent en décalé, en diminuant leur format,
pour composer une haie d’honneur. Les inscriptions en arabe apposées sur les
frontons se lisent facilement par le citadin de par leur différente hauteur.
Une rampe inclinée côtoie une volée de marches. A côté de l’entrée, un essaim
de petits sachets transparents, suspendu à la branche d’un arbre, attire le
regard par la couleur rose vif des contenus. De près ils s’apparentent à de la
barbe à papa. Le parc dévoile ses atours. Malgré la chaleur et la tendance
désertique du sol, les paysagistes sont parvenus à constituer un ensemble
paysager attrayant et coloré. Des arbustes feuillus et des bosquets fleuris
côtoient des arbres de plus grande envergure. Des plates-bandes empierrées
bordent des buissons alignés. Le parc s’étage sur plusieurs niveaux. Une grande
jarre trône au milieu d’un bassin assoiffé. Morgiane se demande si un voleur
est caché à l’intérieur. Un petit amphithéâtre semi-circulaire se dissimule sur
la partie droite du parc. Dans le périmètre d’un grand pot fendu oublié sur un piédestal
dans un rectangle caillouté, des tables et des bancs en bois attendent la fraicheur
du soir pour accueillir des convives. Malgré la présence de poubelles réparties
dans l’espace de détente, des déchets jonchent le sol à divers endroits. Sur la
partie avant du parc, des tonnelles rectangulaires en bois, aux montants
verticaux rouges et noirs, offrent de l’ombre aux habitants. Des grappes de
femmes drapées en noir, au visage voilé pour certaines, conversent avec
animation sous les charmilles sans se préoccuper de la présence des touristes. Les
hommes et les femmes jordaniens profitent du parc sans se mélanger. Le couple de
promeneur croise une seconde fois deux jeunes hommes habillés d’une djellaba
blanche. Celui portant un turban a croisé le regard d’André à son arrivée
dans le parc. Il répond à sa salutation par un sourire éclatant. La blancheur
de ses dents contraste avec le teint basané de son visage à la barbe noire parfaitement
taillée.
En revenant vers l’entrée du souk, André et Patrick
remarque la présence d’une mosquée dont la coupole blanche, surmontée d’un
court minaret coiffé d’un petit bulbe, dépasse au-dessus des commerces aux
toits plats de la rue Zahran Street. Le
souk s’apparente plus à un marché de fruits et légumes. Finalement le
centre-ville est une vaste toile où se tissent cafés, restaurants et échoppes
en tous genres. Un marchand de tapis présente des carpettes et autres articles
sur des présentoirs directement posés dans la rue. Proche de la mosquée, André
entre dans un commerce qui vend des variétés de pains, de baklavas, de
viennoiseries, de biscuits secs et de douceurs inconnues. André s’invite à
revenir avant de retourner au navire. Un dessus de table affriolant garni des
produits vendus s’affiche sur le bandeau de la devanture rouge où l’enseigne
est écrite uniquement en arabe. Plus loin autour de la mosquée, une ancienne
théière dorée à roulettes, à taille humaine, qui se donne des airs de lampe
d’Aladin, sert d’accroche devant une épicerie très achalandée. Posés contre le
bas du récipient en forme de cruche, deux coffrets de dattes retiennent
l’attention par leur taille conséquente ; une dizaine de kilos de Medjool
de Jordanie attendent de chatouiller les papilles gustatives du futur acheteur.
A quelques pas, un étal propose l’achat de petites fioles garnies de sable de
toutes les couleurs.
Revenus vers leur point d’arrivée, André et
Patrick se dirigent vers la plage. Au niveau de la rue King Hussein Bin Talal Street, un cheval et un chameau, chevauchés
par deux personnages inconnus tenant chacun un drapeau jordanien dans leur main
droite, sont figés de chaque côté d’une fontaine où l’eau ruisselle sur un
voilier à deux mats posé sur un piédestal au centre du bassin circulaire. La
mosquée Al-Sharif Al-Hussein bin Ali,
entièrement ceinturée de grilles aux montants tubulaires verticaux gris aciers,
est fermée à la visite. La rue du bord de mer est traversée pour descendre à la
plage par un escalier à deux paliers. Les maillots de bains sont rares au
profit de tenues de plage peu révélatrices. En voyant certains baigneurs la
peau ainsi cachée, André croit voir une carte postale de la plage de Deauville
au début du siècle passé. Tout proche du rivage, des tankers et autres
pétroliers paraissent énormes derrière les felouques, les barques de pêcheurs
aqabawis et les vedettes qui sillonnent la baie. Les têtes des baigneurs qui
dépassent des flots semblent minuscules devant ces mastodontes. Sur le sable
ocre, des pédalos colorés bien fatigués sont alignés sur le flanc au bord du
trottoir qui sinue le long de la plage. A côté d’un parasol ouvert à la toile
rouge, des bouées pour enfants, de toutes les couleurs, sont superposées en
anneaux autour d’un axe vertical. Des barges bâchées à la proue tirée sur le
sable attendent la venue des touristes. Amarrés sur l’appontement en arrière-plan,
les trois paquebots en enfilade dressent leur imposante silhouette. La joie, la
détente et la bonne humeur règnent sur le bord de mer. Le bord de plage étant
privé d’ombre, André et Patrick retournent au centre-ville. En chemin, ils
croisent un marchand ambulant qui porte sur son dos une sorte de réservoir en
métal argenté qui rappelle à André la boille à lait de son grand-père paternel
Frédéric. Il s’informe du contenu. De la tirade en anglais lancé par l’homme
coiffé d’un chapeau noir, il retient les mots fruit juice. Il décide de
tester le nectar de ce fruit inconnu servi dans un gobelet en carton. Un
liquide ambré foncé sort d’une sorte de grand narguilé. La couleur ocre orange
de la robe est surprenante tout comme la saveur à la fois agréablement aigre et
sucrée. La texture légèrement sirupeuse permet de siroter le breuvage lentement
tout en marchant. Plus loin dans la rue Hussein,
un autre vendeur explique complaisamment à André la nature du breuvage après
avoir servi trois jeunes garçons. Il s’agit d’un jus de tamarin Tamerhindi, la boisson traditionnelle
des aqabawis.
Aar
Razi Street est suivie. Les trois
garçons sont croisés. Ils sirotent leur jus assis sur un degré de la montée en
terrasse qui longe la rue. Les voitures sont partout dans le centre-ville.
Elles sont garées le long des trottoirs et à l’avenant aux endroits exempts de
circulation. L’agencement des rues diffère de celui des villes françaises. Les
angles droits, la symétrie et l’ordonnancement rigoureux sont inexistants. Il
convient d’oublier dans la visualisation les bordurettes, les pavés réguliers,
les surfaces planes et tout ce qui rigidifient la vie des citadins. A l’angle
avec Al Humaymah Street, la devanture
d’un commerce de vêtements accapare le regard par les diverses djellabas pour
homme qui virevoltent au vent sur leur cintre suspendu à un auvent
rectangulaire en bois marron en forme de tonnelle dont la partie avant est retenue
en l’air par deux chaines fixées aux moellons gris mouchetés du mur. La suite
de la rue Aar Razi est à l’ombre. Le
ciel est d’un grand bleu, délavé à l’horizon. La boutique d’un tailleur est
détaillée par André depuis la porte ouverte. Tenue par des hommes, il voit l’un
d’entre eux vers l’entrée affairé sur une ancienne machine à coudre à pédale.
La forte chaleur, l’air chargé de poussière et
l’absence d’emplacements ombragés invitent à retourner au navire. Avant de
retourner à la navette, André effectue quelques emplettes. Dix bananes sont
achetées dans le souk pour un peu plus d’un dinar. Dans le magasin de douceurs,
deux exemplaires d’une pâtisserie inconnue en forme de ziggourats et des
mini-pyramides à la noix de coco sont achetés pour un dinar cinquante. Un peu
plus loin avant la théière d’Aladin, André s’arrête à une épicerie repérée
précédemment où l’enseigne est aussi en arabe. Un kilo de dattes Medjool de la
ferme Arar sont achetées avec des
biscuits jordaniens à la datte et des barres d’arachides au miel. Le tout
revient à sept dinars, soit environ neuf euros. Chaque barre d’arachides
revient à dix piastres, soit un peu plus de dix centimes d’euro. Une barre similaire,
dans un magasin bio fréquenté par le couple à Annemasse, revient à un peu plus
d’un euro.
André et Patrick arrivent au navire après seize
heures. Des volées d’oiseaux argentés sont mystérieusement attroupées sur les
quais. Elles virevoltent pour revenir au lieu de rassemblement. Une pause
boisson chaude est fortement appréciée par Patrick au buffet. André
s’abstient ; la saveur du jus savouré dans le centre-ville flotte encore
agréablement sur ses papilles. Une promenade sur le pont quinze offre
d’observer le contraste harmonieux entre le bleu azur du ciel et l’ocre rose
des montagnes à l’horizon. Des pétroliers sont ancrés dans les eaux du port.
Après dix-huit heures trente, André et Patrick
dînent au buffet. Vittorio, dont la
longue chevelure blonde balance sur ses épaules, manifeste sa présence dans l’allée.
André se régale avec une ziggourat qui révèle un cœur aux oreillettes amplement
garnies de poudre de cannelle. La pâte enroulée en spirales, à la fois
feuilletée et sablée, dévoile la saveur suave d’une huile inconnue imprégnée de
cannelle. Un léger goût sucré transparait à la mastication. En parallèle de
cette délectation, une banane, une barre d’arachides au miel, un biscuit à la
datte ensaché individuellement et des arachides crues de Samiramis sont dégustés. Elles sont croquantes et savoureuses. Patrick
apprécie un velouté de poivron rouge et des pommes de terre rissolées agrémentées
de champignons poêlés. Le disque solaire déclinant se pose sur les crêtes des
montagnes escarpées en les couvrant d’une mantille mordorée. Le ciel s’enflamme
au fur et à mesure de la disparition de l’astre au halo circulaire poché de
larges sillons en dégradé d’or. Le paquebot allemand profite de cette féerie
pour quitter le port. La lumière jaune safran des réverbères du port prend le
relai quand le ciel s’assombrit.
A dix-neuf heures quarantaine cinq, André et
Patrick sont installés au théâtre pour le show Symphony. Selon son habitude
le directeur de croisière encense le spectacle qui va suivre. Seuls la soprano,
le ténor et le pianiste sont présents sur scène. La troupe du navire est en relâche.
Mauro joue au piano plus posément.
L’arrivée du ténor, qui se met à rugir, invite le couple à quitter le
théâtre. Il se rend sur les ponts supérieurs pour une promenade sous les
étoiles. Le manteau de la nuit a enveloppé le navire. Les centaines de globes
laiteux, aux diamètres et aux emplacements variés, diffusent leur lumière opaline.
Le paquebot Norwegian Star prend la
mer baigné de lumière. Les sphères des ponts supérieurs diffusent une clarté
bleu azur. Le couple observe le vaisseau qui s’éloigne lentement en glissant
sur les vagues à la couleur d’encre. Sur ses flancs, les éclairages des ponts se
reflètent en scintillant sur les flots. Tout comme le Fantasia, une guirlande lumineuse traverse le navire en culminant de
la proue à la poupe. A vingt heures vingt l’appel à la prière s’élève dans la
nuit. A la poupe au pont quinze, un bavardage impromptu se déroule avec un
couple francophone qui se prend en photo. Photographe dans l’âme, la dame a connu
la période argentique, le développement des clichés à son domicile, les lourds
appareils numériques avec leurs objectifs. Aujourd’hui elle préfère la facilité
avec un petit appareil du genre de celui d’André. La qualité des photos est
excellente et leur nombre illimité. À l’horizon, les lumières d’Elath et
d’Aqaba brillent de mille feux. Celles de la ville israélienne sont plus
fournies et plus intenses.
Après ces instants de flânerie romantique, André
et Patrick s’installent au café Fantasia
au pont cinq où deux jeunes musiciennes en robes longues, bleu roi pour la
pianiste et gris argenté pour la violoniste, sont en concert dans l’atrium musical.
Les mélodies magistralement jouées baignent agréablement les oreilles du
couple. Mary apporte un expresso et
un orzo Lavazza. La jeune serveuse hindoue
est touchée du Wai de remerciement d’André.
Les breuvages sont sirotés dans le bien-être musical généré par les talentueuses
interprètes. A l’issue de l’aubade, souriantes, elles prennent volontiers la
pause devant l’appareil photo d’André. Un harpiste et un guitariste latinos prolongent
la soirée musicale…
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