samedi 8 avril 2017

Stupéfiant palais de Cnossos…

Les rêves offrent à André de rencontrer son père décédé Claudius, son amie d’enfance Corrine et un dragon cracheur de feu prisonnier d’un habit de pierre.
Au lever à six heures, le manteau de la nuit couvre encore la mer méditerranée. Lors du petit-déjeuner à la poupe au buffet Zanzibar, le Fantasia est pris d’une crise de tremblements. La structure tressaille et les vibrations s’emparent des matériaux. Les couverts dansent et se promènent sur le plateau de la table. Un couteau tombe à terre et s’éloigne. André le rattrape et regarde son mari avec stupéfaction. Cette situation est sans précédent dans leurs souvenirs quand un paquebot navigue en pleine mer. Décidément les surprises dysfonctionnelles se succèdent à bord. Le jour est levé et le ciel est nuageux. A l’horizon, une déchirure d’azur hachure les strates de nuées laiteuses. Durant la matinée, la voûte céleste offre aux regards une chorégraphie créative en continuel mouvement. Depuis le balcon, le couple assiste au spectacle des éléments. Les nuages se dissipent, certains s’amalgament en élaborant des formes novatrices aux contours poétisés par une incessante bougeotte. Une formation vertigineuse s’assimile à quelques mètres des flots devant le balcon. L’envergure de sa silhouette, aux couleurs sombres et aux découpes échevelées, lui confère un air menaçant durant quelques instants. Ephémère est le thème des arabesques nuageuses. Un tanker croise la route du paquebot. Dans la matinée, en montant au pont quinze effectuer des photos de l’île de Crête qui se dessine à l’horizon, Patrick prend un ascenseur où un enfant vient de faire tomber son petit-déjeuner. Les parents s’enfuient en tirant le bambin qui résiste. Patrick reste coi sous l’effet de la surprise. Un membre d’équipage arrivé sur ces entrefaites lui demande de tenir les portes ouvertes le temps d’aller chercher de quoi remédier à la situation. Après onze heures, lors d’un entracte, les nuages s’éclipsent ; seules quelques formations duveteuses enjolivent le ciel.
A midi, André et Patrick déjeunent à la cafeteria. Des tomates au four farcies de riz aux herbes aromatiques dévoilent leur saveur en s’accompagnant de morceaux d’aubergines poêlées. Patrick ajoute à son repas quelques beignets de brocolis et choux fleurs frits à la bière.
Les treize heures passent, le navire longe à distance les côtes de l’île de Crête. Sur des falaises, des éoliennes saluent les passagers de leurs pales qui tournoient au vent. Un bateau de la compagnie grecque Anek Lines sillonne les eaux à proximité du rivage. Des sommets vallonnés se succèdent et se chevauchent vers l’intérieur des terres. Une vaste île montagneuse est dépassée à tribord.
A quatorze heures vingt, l’aéroport Kazantzakis se dessine à bâbord. Un avion, qui vient de décoller, s’élève dans les airs. Une vingtaine de minutes plus tard, le Fantasia fait son entrée dans le port d’Héraklion. Le paquebot Norwegian Spirit est à quai. Les manœuvres d’amarrage traînent en longueur.
Une fois dans le bus numéro vingt-trois, André et Patrick assistent au départ des véhicules voisins. Quelques courts instants plus tard, trois personnes âgées arrivent. Elles constatent ennuyées que leur car soit parti sans elles. Cette énième situation confirme à Patrick que l’organisation chez msc est déplorable. Il apprendra plus tard à Cnossos, de la bouche d’une d’entre elles, qu’elles furent conduites sur le site en devant rester debout durant tout le trajet. Après quinze heures trente, le car où les savoyards ont pris place quitte l’enceinte du port pour se diriger vers le site de Cnossos. Sissi, la guide crétoise, se présente en français. Le chauffeur se prénomme Spiros. La ville est traversée. André remarque sur les panneaux de signalisation la seule langue grecque. Le site du Palais de Knossos est atteint après seize heures. La guide demande aux passagers d’emporter toutes leurs affaires ; un autre véhicule les prendra en charge, au même emplacement, pour le retour. Une quinzaine de minutes plus tard, devant l’entrée, Sissi revient avec les tickets du groupe. Le tarif pour un adulte est de quinze euro. Des paons de belle prestance aux couleurs chatoyantes se promènent à l’entrée du site. Un buste de Sir Arthur Evans, un archéologue britannique qui contribua largement aux fouilles au début du siècle dernier, trône sur son piédestal en forme de colonne. Un peu plus loin, le couple décide de découvrir les ruines du palais à son rythme. Sissi rappelle que le retour au bus est prévu à dix-sept heures quarante.
André et Patrick déambulent parmi les vieilles pierres millénaires. Quelques constructions ont résisté à l’usure du temps. Une file d’attente est intégrée pour découvrir la possible salle du trône. De nombreux cars ont déposé des excursionnistes ; les vingt mille mètres carrés qui correspondent à la surface initiale du palais sont noirs de monde. Une visite moins animée aurait permis de prendre de superbes photos et de flâner pour s’imprégner de l’essence du palais qui perdure au travers des ruines. Certaines colonnes ont gardé leur éclat d’antan avec notamment des rouge grenat qui séduisent tout particulièrement André. Tout comme leur intensité, les bleus, les ocres, les rouges employés lors de la construction du palais ont dû être chatoyantes. Par endroits, des passerelles ont été aménagées pour faciliter l’accès des ruines plus élevées aux visiteurs. Le couple préfère crapahuter parmi les roches et avancer au rythme de ses coups de cœur. Quelques paons se baladent également selon leur fantaisie ; un des oiseaux étale les plumes de sa queue et fait la roue, l’éventail est magnifique. Une première en direct pour André. Les vieilles pierres sèches, colorées par endroits par le vieillissement naturel, sont pleines de charme. A l’époque de sa splendeur, des centaines de personnes vécurent dans le palais avec le roi Minos. Dans le car, Sissi lui concéda une cour alentour de dizaines de milliers de personnes. Les minoens furent un peuple de commerçants pacifistes. A un endroit donné, une colonne ocre rouge soutient le restant d’un entablement dans une vision fascinante. L’usure du temps a su conserver une petite partie de la dalle en pierre, permettant ainsi à la colonne de survivre et de continuer son œuvre de soutènement. La vue en coupe, insoupçonnée par les architectes de l’époque, offre de détailler la maitrise d’art de l’ouvrage à la réalisation soignée. Le rose de la pierre intérieure contraste magnifiquement avec le gris de celle extérieure. Malgré l’emprise du temps, André retient son souffle devant tant de beauté. Le palais semble avoir été édifié sur plusieurs niveaux et certaines commodités étaient déjà bien présentes il y a plus de quatre mille ans. L’état exceptionnel des marches d’escaliers est époustouflant ; par endroits la végétation apparaît discrètement entre les degrés. Les collines environnantes, verdoyantes et rocheuses à la fois, constituèrent un écrin grandiose pour le roi Minos et son entourage. Le site est empreint d’une certaine magie qui transparaît toujours malgré le fleuve des années. A certains emplacements, des premières rangées de pierres perdurent au sol comme pour témoigner des plans initiaux, aux centaines de salles entrelacées. Elles semblent inviter le visiteur à participer à la renaissance du vaste édifice royal. La cour centrale, qui connectait les différentes ailes du palais, s’étonne encore de la lente érosion des corps de logis qui la ceinturaient. Des copies de fresques décorent par endroits les grappes de ruines encore debout. Les originaux sont exposés dans le musée d’Héraklion. L’absence de cheminée, l’épaisseur des murs et la fraicheur intérieure dans les ruines encore couvertes par un plafond en pierre laissent à penser à André qu’il y a quatre mille ans le climat était beaucoup plus chaud sur l’île. Des animaux peints en ocre sable, aux parures spiralées, aux corps de fauves et aux têtes d’oiseaux, tapissent certains murs ocre rouge bien conservés. Certaines vues en hauteur, offertes depuis les parties du palais les plus élevées, portent l’imagination à se représenter la splendeur du palais lors du règne du roi Minos. Un arbre né dans la pierraille interpelle par son tronc noueux qui s’apparente à une succession de bulbes dont certains ressemblent à des globes oculaires aux paupières fermées. Sa tête ébouriffée donne l’étrange sensation d’une perruque aux cheveux gris et verts. Malgré leur disparition progressive, la majesté des constructions perdurent dans les ruines. Les commentaires proposés en grecs et en anglais à divers endroits représentatifs du site sont empreints de la vision et des interprétations de Sir Arthur Evans. André a l’intuition que les reconstitutions et reconstructions in situ sont éloignées de la réalité des temps anciens, même si l’anastylose fut probablement effectuée avec méthode. L’accès à la voie royale, qui circulait par l’amphithéâtre, est aujourd’hui interdit à la visite.
A dix-sept heures vingt, après un retrait d’euro et l’achat d’un guide archéologique sur Cnossos, André et Patrick prennent place au café Kulikeio à l’entrée du site. Des chocolats chauds sont sirotés. André se régale avec un baklava triangulaire au miel. Une franche rigolade s’empare de Patrick quand il entend un francophone se plaindre à la caisse du prix de sept euro de la bière qu’il vient de consommer. Le barman, sans se démonter, rétorque qu’un jour il paya une bière neuf euro à Paris. L’homme répond oui mais c’était Paris, et le grec de répartir oui, et ici c’est Knossos.
Après ces instants de détente, de rire et de bien-être, le couple retourne tranquillement au car. Des orangers dévoilent leurs fruits à la couleur vive le long de la tonnelle qui conduit à la route. Contre toute attente, seuls quelques passagers sont à bord du nouveau car. L’horaire de retour annoncé par Sissi est pourtant proche. Finalement, le bus prend la route à dix-huit heures après l’arrivée tardive de trois personnes récupérées dans un café par un membre de leur famille. La ponctualité est rarement une qualité chez le français. Des rangées d’arbres bordent sur la droite les premiers kilomètres de la route. Une quinzaine de minutes plus tard, le car s’arrête au bord de la rue Leof Dimokratias en face de la statue d’Eleftherios Venizelos. Devant le port, où le Fantasia se remarque facilement au bord de l’eau, l’imposante silhouette de l’homme qui participa activement au siècle passé au rattachement de la crête à la Grèce se dessine sur fond de ciel azur. Sissi demande au groupe de la suivre au travers de la rue piétonne Dedalou pour découvrir ensemble la fontaine vénitienne Morosini, appelée aussi la fontaine aux lions, l’animal symbolisant la puissance de Venise. Les jets d’eau jaillissent dans le bassin aux huit lobes en pierre sculptée, aux huit nacelles dans l’imaginaire d’André, en s’écoulant par la gueule ouverte de quatre fauves paradant sur le haut de la fontaine depuis la disparition de la statue du dieu Poséidon qui coiffait l’ouvrage marqué par l’usure du temps. Les ricochets de l’eau sur l’onde sont couverts par le brouhaha de la place Vénizelou animée dont les édifices répartis à la ronde témoignent de la splendeur de la République de Venise lors de sa présence passée sur l’île. Sissi dirige le groupe tour à tour vers la galerie Dimotiki et vers la Loggia Vénitienne qui abrite aujourd’hui la mairie d’Héraklion. Une fois apportées diverses informations historiques, la guide invite les excursionnistes à se promener dans le centre-ville tout en les conviant à revenir au bus pour dix-neuf heures vingt.
André et Patrick suivent la rue Avegoustou pour se diriger vers le port. Ils contemplent en chemin la façade de l’église Saint Titus. Outre les tremblements de terre et incendies divers, elle endura vaillamment les bouleversements apportés par les différents conquérants en raison de leur différente croyance. La rue touristique est bordée de commerces variés et de cafés ; les passagers des navires à quai participent activement à l’économie de l’île. Au port, la forteresse massive de Koules, une construction vénitienne à l'architecture militaire évoquée par Sissi, est admirée. La construction s’étala sur dix-sept ans au seizième siècle. Une centaine d’années plus tard, elle joua un rôle majeur durant le siège de Candie qui se prolongea durant plus de vingt ans. Elle pavane aujourd’hui sur les flots en protégeant le port de plaisance. La flânerie se poursuit en revenant vers la fontaine pour joindre ensuite la rue marchande réputée Odos 1866, partiellement pavée de marbre en nuances de gris, dont les étals et échoppes commencent à fermer. A la supérette Nomimé Apodeixé des arachides salées sont achetées. Un peu plus loin, lors du trajet retour vers le bus, sur la rue Dikeosinis, à la boulangerie Savoidakés, le couple débourse un euro soixante pour deux mini-cakes aux clous de girofle à déguster au dîner. À la sortie de la rue piétonne, au niveau du square Elephtherias, un attroupement, constitué majoritairement de jeunes gens, patiente devant le cinéma Astoria qui va ouvrir pour une séance.
André et Patrick sont les derniers à entrer dans le car avant l’horaire fixé. Une dizaine de minutes suffisent au nouveau chauffeur pour déposer les excursionnistes à la coupée du navire. Après un passage en cabine, le couple dîne au buffet. André mange frugalement ; une banane d’Aqaba est savourée et quelques arachides croquées. Patrick opte pour des torsades de pâtes fusilli à la tomate agrémentées de deux beignets de légumes et de têtes de brocoli. Il termine son repas en découvrant la saveur du cake au clou de girofle. Le couple est privé de spectacle en raison des deux heures de retard à l’arrivée en Crête. C’est aussi une déconvenue pour l’artiste Victoria Horne dont le show de dix-neuf heures a dû probablement se dérouler dans un théâtre vide, les passagers étant encore en excursion. Quant à celui de vingt-et-une heures réservé aux passagers du premier service, privés de repas à dix-huit heures, c’est une autre histoire.
Avant d’entrer au pays des rêves, André et Patrick reculent les aiguilles d’une heure. Demain, ils seront en adéquation avec l’horaire de la France…



































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