samedi 1 avril 2017

Instants gourmands…

Au lever, la vue sur les flots depuis le balcon est brouillée par un voile opaque aux légers reflets irisés. Une heure plus tard, la voûte céleste azuréenne coiffe la mer à la robe bleu marine lisse et uniforme.
Une escouade de dauphins vient perturber la surface des flots. En plus grand nombre qu’hier, ils paradent sur les vagues. Ils jaillissent hors de l’eau, plongent avec panache, s’amusent dans les éclaboussures, chahutent les vagues qui se plissent, improvisent une chorégraphie en duo et en trio, expriment leur joie de vivre, exultent dans l’instant présent. Patrick est aux premières loges pour observer ce nouveau ballet improvisé.
Vers huit heures, le petit-déjeuner est savouré à la poupe au buffet Zanzibar. Le passage du navire donne naissance à un sillon écumeux qui perdure au lointain. Durant la collation, avant de savourer une seconde banane, André se rend au Red Velvet au pont cinq. La pénurie de ce fruit se confirme également au restaurant. Il parvient toutefois à se procurer deux bananes apportées par un serveur efficace. Il remonte aussi avec un croissant à la crème pâtissière absent de l’offre du buffet. Il le savoure en sirotant une boisson chaude au cacao disponible uniquement le matin dans un thermos. La seconde banane sera appréciée une autre fois.
Un peu plus tard, alors qu’André se brosse les dents devant le vitrage de la porte coulissante du balcon, il voit soudain des poissons chats émerger des vagues dans un souffle. Leur brève apparition suit la courbe du point d’interrogation. La matinée se poursuit dans le confort de la cabine.
A midi, le déjeuner se déroule au buffet. André et Patrick prennent place vers le secteur végétarien à proximité de trois masques africains, suspendus à des voilages blancs, qui font face à la mer. Parmi les mets proposés, des morceaux d’aubergines rôties à la menthe et au cumin côtoient des nouilles de riz sautées à l’œuf accompagnées de tofu, d’amandes et de légumes à l’ail en sauce tomate piquante. Dans sa coupelle, André ajoute à cette sélection commune un peu de gratin de pommes de terre. Il termine son repas avec quelques morceaux de Grana Padano, de fromage affiné italien, à pâte dure et au lait cru de vache.
Un peu plus tard, le couple s’installe à l’Il Cappuccino Bar pour des instants de découvertes. Sugianta, le serveur balinais, apporte deux marocchinos. Dans le sillage de l’arôme d’un expresso, les papilles gustatives découvrent la caresse de la poudre de cacao et la saveur du chocolat à la noisette. La dégustation se prolonge. André et Patrick bavardent fortuitement avec un couple de Montpellier qui exprime à haute voix sa déception quant à la version courte de l’opéra La Traviata de Verdi. Leurs commentaires peu élogieux sur le ténor et la soprano font écho dans l’oreille de Patrick. Ils reflètent sa pensée. Il se demandait si d’autres passagers avaient ressenti les mêmes impressions. Contrairement aux deux savoyards, il quitta la salle une quinzaine de minutes après le début de la représentation. L’opéra de la ville de Montpellier est fréquenté régulièrement par le couple et son oreille est devenue exigente sur la qualité des interprètes. Après un court bavardage, le couple quitte le café. André et Patrick décident de prolonger la dégustation. Sugianta prend une autre commande. André opte pour un Chocolate Zero ; sur la carte cette préparation s’apparente à un péché de gourmandise sans culpabilité car il est privé de sucre. Une préparation de chocolat noir, épaisse et onctueuse, est servie. Le choix de Patrick s’est porté sur un Cherry Chocolate ; un chocolat chaud au sirop de cerise, agrémenté d’une touche d’amarena, nappé de crème chantilly et coiffé d’une cerise. La préparation est annoncée comme irrésistible.
Après ces instants gourmands, André et Patrick se baladent sur la Promenade du pont sept. Elle se limite au flanc du navire. La possibilité d’effectuer une rotation complète est inexistante. De plus, elle est bordée de canots de sauvetages qui obstruent la vue sur la mer tout en diminuant la largeur du passage. De par sa conception peu attrayante, elle est quasi déserte. Quelques fumeurs viennent allumer une cigarette. Le côté bâbord est similaire à celui tribord. A la poupe, une ouverture cintrée de faible hauteur offre une vision limitée qui permet toutefois d’observer l’écume laissée par le navire. A la proue, la vue est borgne ; la partie accessible se termine dans une coursive en angle arrondi.
Satisfaits malgré tout de cette petite marche, André et Patrick retournent en cabine. André œuvre sur l’ordinateur et Patrick se rend à quinze heures au théâtre pour une nouvelle conférence. Après seize heures trente, une pause boisson chaude se déroule sur le pont piscine. En fin d’après-midi, Patrick termine sur le Kindle le livre Le Maître et Marguerite de Mikhaïl Boulgakov.
Lors du dîner au buffet après dix-huit heures, Patrick récidive agréablement avec un veggie burger, des frites et quelques wraps végétariens. André jeûne.
La soirée au théâtre commence à dix-neuf heures. Jimmy présente succinctement en cinq langues le spectacle Totem. Il commence au Far West avec le clin d’œil musical du film Retour vers le futur. Il se termine avec du french cancan, au Moulin Rouge selon l’accroche de Jimmy. Patrick admire la veste du chanteur Emmanuel. André trouve les costumes de l’ouest fades et lourdaud sur les membres de la troupe du navire qui évoluent parfois avec peine engoncés dans leurs tenues. Il faut attendre la fin du show pour voir les couleurs arriver, avec les nuances de rouge principalement.

Avant de rejoindre Morphée pour la nuit, les aiguilles de l’horloge sont reculées de soixante minutes. Demain le décalage avec la France sera d’une heure…














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