A six heures trente, l’astre solaire fait une
apparition remarquée sur les flots ondoyants de la mer rouge. Le disque
incandescent s’apparente à une lanterne isabelle dans l’horizon cendré. Son
rayonnement éveille les nuées endormies en les auréolant d’une lumière
incarnate aux reflets pourpre qui se projettent sur les vagues discrètes et
effacées. Quand le jour s’installe dans la clarté, l’astre se pare d’un ample
halo opalin. Il irradie l’onde d’une cascatelle aux rinceaux ou irisations dorées
qui glissent jusqu’au navire dans un sillon mordoré.
Lors du petit-déjeuner au buffet, André décide de
s’offrir la même collation que son mari. Deux croissants bizarrement fourrés,
une drôle d’idée, un pain au chocolat et un muffin aux fruits rouges sont trempés
dans un mug de cacao chaud. Sur le programme journalier, un article évoque la
beauté du pain. Chaque jour, les douze boulangers pâtissiers du navire déploient
leur savoir-faire en façonnant moult viennoiseries, pains divers et gâteaux
variés. Un chiffre de neuf cent kilos est annoncé pour la ronde journalière des
pains. Une information fait sourire André à propos d’une origine de la crème glacée.
Dans l’Empire Perse, voici fort longtemps, du jus épais de raisin était déposé
sur de la neige. Les cristaux gorgés du nectar étaient ensuite lentement savourés.
La matinée s’évanouit tranquillement au rythme
des activités du couple dans la cabine. Le navire navigue paisiblement au large
entre le Soudan et l’Erythrée.
A midi, le déjeuner est apprécié au buffet Zanzibar.
Anastasia apporte une bouteille d’eau minérale. Patrick savoure des aubergines
gratinées, fourrées aux épinards. Il agrémente son plat de rondelles de carotte
au beurre et de samosas aux légumes. Dans
une coupelle, André se prépare du riz blanc, quelques têtes de brocoli, des
pois-chiches à la marocaine qu’il mélange avec de la soupe aux lentilles. Deux
asperges vertes et quelques rondelles de carottes complètent sa sélection.
Après le repas, le couple se rend au café
Cappuccino. Tous les espaces sont occupés. La détente est reportée. Depuis le
balcon, André et Patrick aperçoivent au lointain un énorme porte-containers. Le
ciel est grand bleu. Les nuages, sans doute effrayés par les pirates de la mer
rouge, se sont tous éclipsés. Les vagues s’agitent et se tambourinent comme
pour confirmer cette hypothèse. A quinze heures, Patrick se rend à une conférence
au salon Insolito où Hilda Belgrano
aborde aujourd’hui l’histoire de la ville éternelle. André, inspiré par sa
muse, écrit sur l’ordinateur. Après seize heures trente, un entracte se déroule
au pont piscine. Au bar Delle Fontane,
à la caisse, une jeune balinaise, Dewi,
lève haut la tête pour croiser le regard d’André. Une fois les douceurs
apportées sur la table ronde, il prend son temps pour savourer une boule vanille
et une boule gianduja. Patrick découvre aujourd’hui la saveur du gianduja et du
café. Une quarantaine de minutes s’écoule dans le mouvement de la vie. Les
vagues se soulèvent, la mer rouge est agitée, l’écume se forme sur les crêtes.
La porte accédant aux ascenseurs, perturbée par le souffle soutenu du vent, cogne
à chaque fermeture contre l’encadrement. Les passagers qui défilent en continu négligent
de l’accompagner pour éviter le bruit sourd. Il est vrai cependant que le battant
est lourd et la force d’Eole puissante. Perturbé par les claquements violents, André
décide de terminer sa glace autre part. Il s’installe avec Patrick à l’entrée
de la cafeteria. Le tout jeune Vittorio,
en grande discussion avec sa mère, entre au buffet.
Plus tard, le couple se rend au pont sept pour
observer le coucher de soleil et pour prendre quelques photos. L’accès est interdit
à cause du vent qui souffle en courtes rafales. Le pont quinze est approché. Il
est également fermé aux passagers. Patrick parvient à s’y glisser à la dérobée
pour prendre quelque clichés de l’astre solaire qui embrase la voûte céleste en
la métamorphosant en robe incarnat. Le couple se rend ensuite au buffet pour le
dîner. André compose son repas de rondelles de banane, de dattes et d’arachides.
Patrick s’offre un burger végétarien accompagné de frites et de wraps. La féérie solaire se poursuit magnifiquement
durant le repas.
A dix-neuf heures, André et Patrick assistent au
spectacle Masquerade. La soprano Tatiana,
le ténor Enrico et le pianiste Mauro se dont donnés rendez-vous sur scène pour
un opéra improvisé. Les trois interprètes s’en donnent à cœur joie sans trop se
préoccuper de l’harmonie d’ensemble. André ressent un décalage comme dans un
film où le doublage des paroles est désynchronisé des mouvements des lèvres des
acteurs. Une fois de plus les danseurs et les danseuses de la troupe du navire,
aux costumes et aux masques débordant de créativité, homogénéisent le show par
leur talent, leur professionnalisme et leur formidable présence scénique spectaculaire.
Finalement le show porte bien son nom, une mascarade…
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