mardi 28 mars 2017

Golfe Persique sur le MSC Fantasia

Le navire quitte le port d’Abu-Dhabi vers les six heures du matin. Une brume intense efface les immeubles de la ville dans le lointain. Une trouée dans les nuées laisse apparaître quelques lueurs du soleil. La mer calme du Golfe Persique permet une navigation douce et l’astre du jour ressemble à un spectre discoïdal. 
Des plateformes pétrolières parsèment le parcours du navire. La mer est calme et les rides des vagues s’allongent vers l’horizon comme un drap tendu. Un esquif en bois passe à côté du bateau avec nonchalance. Et de temps en temps, des tankers slaloment la mer avec leur lourd chargement.
Vers quinze heures, je vais au « Teatro l’Avanguardia » pour suivre une conférence sur la côte est de Fujaïrah, Kor Fakken et le sultanat d’Oman. Mme Belgrano habitant la ville de Gênes effectue un panorama de l’histoire de la région avec un français des plus approximatifs. Ensuite, je vais à une information sur les excursions des deux prochains jours. Le seul communiqué valable est qu’il n’y a presque plus de places il faut aller au bureau si nous voulons de la place. C’est le son de cloche que nous entendons régulièrement dans les croisières.
A dix-huit heures trente, le soleil commence sa descente dans la mer. Le disque orangé s’enfonce doucement dans les eaux du golfe. La brume dans le lointain se teinte de pourpre et les flots reflètent les derniers moments de l’astre du jour.

Le soir, nous allons au « Teatro l’Avanguardia » pour regarder le spectacle « Wonderland » librement inspiré d’Alice au pays des merveilles. Les chants sont entrecroisés par des performances sportives et des jongleries. Un bon moment de détente s’offre à nous.  

Navigation dans les golfes Persique et d’Oman...

A six heures, le navire lève l’ancre. La nuit se termine et les lumières de la ville s’éteignent graduellement. Les plus proches se reflètent sur les vagues à peine ondoyantes encore endormies. La vaste coupole d’argent retient à nouveau l’attention. Tels des éclats de diamants miroitants, des paillettes de lumière luisante et phosphorescente sourdent des cadrans hexagonaux imbriqués. Une vingtaine de minutes plus tard, le soleil s’annonce à l’horizon. Les lueurs annonciatrices colorent en rose aux confins la base des strates de nuages gris sombre. Un oiseau solitaire voltige gracieusement dans les nuées argentées. Le Fantasia s’éloigne en glissant paisiblement sur les flots pour se diriger vers le golfe d’Oman.
André et Patrick déjeunent à la poupe du navire. En fin de collation, après la dégustation de deux pommes cuites, André goûte un morceau de gâteau au chocolat et de brioche aux poires. La saveur est trop sucrée pour le premier et la texture collante au palais pour le second. Malgré leur apparence attrayante, les douceurs sont abandonnées dans l’assiette.
Vers neuf heures, l’astre bienfaisant est déjà haut dans le ciel encore légèrement brumeux. Un large sillon argenté, dessiné sur les flots frémissants par les rayons solaires, semble se déverser à l’horizon dans une cascade imaginaire. La matinée se déroule à œuvrer dans le confort de la cabine. Avant de se rendre au buffet Zanzibar, Patrick remarque depuis le balcon la présence d’une plateforme pétrolière isolée sur la mer.
Les cuisiniers du bord rivalisent de créativité dans les mets végétariens. Aujourd’hui le couple teste la saveur de boulettes farcies de riz, de petit-pois et de fromage. André les accompagne d’une part de lasagnes végétariennes, d’haricots verts aux paillettes d’échalote et de quelques brocolis à la vapeur. La serveuse Naw Zet s’enquiert si le couple souhaite commander une boisson. Patrick teste une eau frizzante dont les bulles pétillent faiblement.
Après le repas, André et Patrick se rendent au pont sept pour siroter un café. Le barista leur prépare deux cappuccinos  au lait de riz. La boisson végétale modifie nettement la saveur du café et le prive de mousse. Le mélange inopérant sera oublié à l’avenir. André se régale avec un mini mille feuilles au moka après la suppression de la première feuille enduite de sucre. Une autre douceur alléchante échoue au teste des papilles.
Une promenade sur les ponts piscine offre de prendre l’air marin. La chaleur est au rendez-vous et le soleil brille. Une forte animation règne. Nombre de passagers se délassent sur les chaises-longues qui offrent une particularité intéressante. Un volet horizontal escamotable permet de protéger la tête des rayons solaires. Certains croisiéristes se baignent dans les différents bassins. Bordés de trois palmiers synthétiques,  ils se succèdent dans une disposition harmonieuse parmi des jets d’eau, des canaux et des passerelles conduisant à de petites aires de détente où la bronzette est de mise. Les draps de bain orange sur les transats colorent les ponts ouverts sur un ciel bleu pastel. Les personnes qui déambulent enroulées dans leurs serviettes orange ressemblent à des bonzes. Un grand écran diffuse un film d’animation.
Plus avant vers la proue d’autres bassins pourvus d’une toiture coulissante dévoile une piscine centrale flanquée d’un jacuzzi circulaire de chaque côté. Un massif décoratif planté de cactus se détache sur un mur en mosaïques représentant une plage paradisiaque. Dans un espace attenant, Antonella et Paolo animent des ateliers thématiques pour les passagers désireux de laisser parler leur créativité. Des masques vénitiens, des assiettes décorées, des horloges fantaisie, des coffrets aux couvercles en sculptures portraiturées, des sacs en toiles peintes sont disposés sur un étal pour séduire les futurs artistes. L’accroche attrayante témoigne de l’imaginaire humain. A tribord, au centre du pont quatorze, Patrick remarque à portée de vue une felouque en bois qui vogue placidement sur les flots. Devant les ascenseurs, au moment de retourner à la cabine, un père russe sermonne son fils devant les passagers présents. Quelle que soit l’attitude passée du gamin, celle du père est déplorable. S’épanouir librement et grandir dans la joie d’être semble bien lointain pour cet enfant. Les portes d’un ascenseur s’ouvrent ; deux couples francophones babillent dans la cabine.
La suite de l’après-midi s’épanouit dans la cabine. André œuvre sur l’ordinateur. Patrick alterne sieste, lecture, ouvrage sur tablette et ordinateur. A dix-sept heures, la pause boisson chaude préparée au buffet par André s’accompagne d’une collation. Une soirée exceptionnelle s’annonce au théâtre à dix-neuf heures. L‘ouverture du buffet une demi-heure avant nécessite de s’adapter différemment pour le dîner. Tout en sirotant une camomille au citron, il savoure deux petits burgers végétariens à la pomme de terre et aux légumes accompagnés d’une rondelle de tomate, d’une feuille verte et d’une légère salade de chou blanc mayonnaise aux raisins secs. Patrick teste la saveur d’un scone nature après avoir siroté un thé noir. Son mari achève son repas avec la crème au moka d’un mille feuilles décapité et un morceau d’entremet aux poires.
Un temps en cabine précède le repas de Patrick. Un veggie burger, deux wrap aux filaments de légumes et quelques frites agrémentées de mayonnaise composent la partition de son menu.
Avant de se rendre au théâtre, un premier spectacle d’une quinzaine de minutes s’offre au couple à la poupe du navire sur le pont quatorze. Le soleil se couche dans le sillage écumeux du navire. Un rougeoiement s’amorce et se propage à l’horizon. La fumée des cheminées du navire participent au ravissement. Les volutes prennent de la distance avec l’avancée du paquebot. Elles s’amoncellent pour former un long ruban cotonneux ocre sable qui se concentre aux confins où l’astre solaire disparait progressivement. La lumière opaline des globes laiteux du pont accentuent leur présence avec le jour déclinant. Un bateau traverse le sillage en donnant naissance à un ruisselet d’écume argenté. Le disque solaire se voile et s’esquive. Patrick prend en photo un couple avec son appareil sous une arche tubulaire devant les lumières devenues évanescentes. Au même instant, André fait de même. Il prend un cliché en associant au premier plan, à la droite de l’arche, un globe lactescent. Le sillage du navire se pare de reflets rose orangé qui scintillent sous le regard de la voûte irisée.
Pour se rendre au théâtre, André et Patrick se rendent vers les cages d’ascenseurs de la proue. Elles sont rejointes en traversant la piscine couverte où des jets d’eau se propulsent en arches dans le bassin aux bordures sinueuses décorées de faïences en nuances de turquoise.
L’équipe d’animation déambule allègrement dans l’amphithéâtre. Les garçons de l’escouade enjouée invitent les passagères à danser sur l’estrade où un pianiste en costume noir joue des airs entraînants. L’un d’entre eux porte une paire de lunettes roses fantaisie à la taille démesurée, admirée et essayée par un passager assis devant la scène sous le rire hilare de sa compagne. Un couple de dames est assis à proximité, de l’autre côté de l’allée à gauche. L’une d’entre elles est invitée à valser ; sa conjointe prend des photos de la prestation applaudie. Lors de l’interprétation du morceau Tornero, André pense à la pianiste Pearl Kaufman rencontrée un lundi 5 janvier voici huit ans sur le navire Mercury de la compagnie Celebrity Cruise où il embarqua deux jours auparavant avec Patrick dans le port de San Diego en Californie. Pearl interpréta avec une touche personnelle ce morceau émouvant.
La soirée s’annonce plus longue au théâtre. Le pianiste et les danseurs se retirent. Un écran se déroule. Un film publicitaire à la gloire de msc est diffusé. Les chevilles des fauteuils enflent devant la pléthore de superlatifs qui s’intercalent dans le commentaire élogieux sur la compagnie dont l’ego est démesuré. La présentation idyllique est loin de refléter la vie à bord. Jimmy présente ensuite les responsables des différents secteurs d’activités du navire qui entrent sur scène quand leur nom est prononcé. Ensuite c’est au tour des officiers du bord de monter sur l’estrade. La présence très applaudie du jeune commandant Stefano Aiello clôture la cérémonie.
Le rideau coulisse après le verbiage de Jimmy en cinq langues qui présente le spectacle. La magie commence. L’univers d’Alice au pays des merveilles se matérialise sur la scène. Alice et le chapelier fou, peut-être Johnny Depp sous le visage maquillé en blanc, font une entrée remarquée. Les personnages imaginés par Lewis Carroll sont à l’honneur. Ils paraissent tous sortir du dernier film de Tim Burton. La reine rouge, plus vraie que nature dans son expression, menace de couper quelques têtes parmi les premiers rangs ; sa sœur en longue robe blanche rassure les spectateurs menacés. La fantaisie et l’enchantement accueillent des artistes tout au long du show. Des gymnastes, deux jeunes gymnastes au torse nu, Roman et Costa, aux pectoraux spectaculaires, les jongleurs du Duo Jadio et des acrobates expriment leur talent tour à tour gentiment perturbés par les facéties des habitants du pays des merveilles. André, sous le charme, est ravi de ces moments féeriques où la joie, l’altérité et les différences dépeignent un pays inexistant sur Terre. Tous les protagonistes sont ovationnés dans un concert d’applaudissements. Après ces instants magiques, André et Patrick retournent en flânant à la cabine pour entrer dans un autre pays, celui des rêves où tout est possible…
































lundi 27 mars 2017

Abu-Dhabi sur le MSC Fantasia

Un ciel nuageux nous accueille au petit matin. Le navire glisse sur les flots agités. Lorsqu’il accoste à Abu-Dhabi, quelques rayons de soleil percent la masse des nuées pour lancer ses éclats sur les vagues du bassin de la gare maritime. L’horizon demeure brumeux effaçant le paysage.
A midi, nous montons au restaurant Zanzibar pour le déjeuner. Les spécialités végétariennes sont à notre disposition. Ensuite, nous allons au bar « Cappuccino » pour siroter deux cafés. Puis nous passons à la réception au pont cinq. L’hôtesse nous explique comment utiliser notre forfait boisson. Enfin, nous passons au pont six pour voir les excursions. 
Pendant l’après-midi, nous vaquons à nos occupations dans la cabine. Le ciel semble laiteux et une drôle de brume recouvre une bonne partie de la ville d’Abu-Dhabi, la capitale des Emirat-Unis. 
Après un repas frugal au restaurant Zanzibar, nous descendons au pont six au « Teatro L’Avanguardia » pour assister au spectacle « The voices ». Les deux artistes Estefania Sanchez et Emmanuel Marquez chantent des œuvres internationales. Ils sont accompagnés par le « Fantasia International Dancers » la troupe de danseurs du navire. 

Journée à Abu Dhabi...

Après sept heures, le navire s’approche des côtes. La skyline quelconque d’Abu Dhabi, avec ses silhouettes de buildings et de gratte-ciel privés de charme, partage à l’horizon le ciel blafard au bleu délavé et les flots aux reflets qui se veulent argentés.
A la cafeteria, les assiettes sont ovales et spacieuses. Une dame, pour son petit-déjeuner, charge et empile les aliments, le salé comme le sucré, en privant son plat d’un minimum d’esthétisme. Ce procédé interpelle André qui s’installe avec son mari à la poupe. La possibilité de retourner maintes fois au buffet offre de répartir les mets avec harmonie à chaque passage. Tout comme le goût et l'odorat, le plaisir visuel participe au cérémonial des repas. Depuis la table, le regard de Patrick s’intéresse à un enchaînement de cubes carrés de lumière disposés en dessus d’une série de banquettes adossées, positionnées face à face pour créer de petits compartiments conviviaux. Tels de petits aquariums aux parois de lave incandescente, les cubes, chapeautés de trois quadrangles au format dégressif, sont suspendus au bout d’un bras en métal noir fixé sur le mur lambrissé de bois havane. Regardés en enfilade, ils s’apparentent à un kaléidoscope de lave en fusion prête à jaillir. Malgré son côté sombre et un peu obscur, la décoration du buffet Zanzibar est attrayante et riche de découvertes pour l’œil attentif.
André complète son repas de bananes, de dattes et d’arachides avec deux pommes cuites au four. Les viennoiseries choisies par Patrick font trempette dans le café avant de chatouiller agréablement les papilles. Le navire termine les manœuvres d’accostage au Port Zayed à Abu Dhabi. Dans le panorama sans intérêt, au bord de l’eau, une vaste coupole d’argent coiffant des constructions disgracieuses attire l’attention du couple. Telle une ravissante soucoupe volante, la carapace est confectionnée d’une multitude de cadrans hexagonaux, superposés et enchevétrés, du plus bel effet. Le relief étagé offre une surface de jeu à la lumière qui scintille comme sur les facettes d’un diamant. Une superbe réalisation dans un environnement ingrat privé d’esthétisme.
André et Patrick oeuvrent dans la cabine durant la matinée. Vers onze heures, les balcons sont lavés. Les séparations sont escamotées pour laisser passer les équipes de nettoyage. André et Patrick tournent la tête et regardent au travers de la porte coulissante l’eau jaillissante qui tente de nettoyer le sol et les parois vitrées des rambardes. Le sel et la poussière incrustée résistent à l’assaut du liquide sous pression. L’opération étant conduite simultanément sur les autres ponts, l’eau dégouline de partout en laissant des trainées. Un ouvrage à grande échelle pour un résultat peu concluant.
Le déjeuner est apprécié à la cafeteria Zanzibar. Au buffet végétarien, des courgettes à la paysanne nappées de chapelure, de fromage et d’œufs côtoient des tortillas farcies de légumes, d’haricots et de fromage, accompagnées de guacamole et de sauce tomate piquante. André complète son repas avec une crêpe aux champignons.
André et Patrick s’installent ensuite dans les fauteuils en tissu or au pont sept pour siroter un cappuccino. Le barista Gusti Sugianta apporte à la table les breuvages à l’écume laiteuse. André apprécie son café en savourant un canollo au chocolat emporté au buffet. Les minutes se réjouissent du bien-être du couple qui surfe sur la vague de l’instant présent.
Plus tard, Cristina accueille le couple à la réception au pont cinq. Elle leur explique la signification du code sept cent quatre figurant sur la carte de cabine. Il correspond à un package inclus dans leur croisière ; au buffet toutes les boissons à la carte sont gratuites entre midi et quatorze heures, sauf les cafés.
Au bureau des excursions au pont six, Chiara, une jeune femme italienne à la chevelure blonde bouclée, apporte des précisions en français sur  certains tours envisagés. Des brochures en français sur les escales sont parcourues du regard. André repère une attraction insolite sur l’île de Yas où le parc à thème Ferrari World, consacré à la marque au cheval cabré, a vu récemment le jour. Il est médusé de lire qu’une canopée de vingt mille mètres carrés couvre la partie centrale du parc. André pense à son beau-frère Tony qui serait sûrement enchanté de découvrir cet univers dédié au constructeur mythique italien.
La suite de l’après-midi se déroule dans la cabine. André œuvre sur l’ordinateur. Patrick poursuit sur le Kindle la lecture du livre Le Maître et Marguerite de Mikhail Boulgakov. Vers dix-huit heures, le couple dîne au buffet de manière à pouvoir assister au spectacle annoncé à dix-neuf heures. Le buffet du dîner ouvrant à dix-huit heures trente, André compose son menu de deux bananes et d’arachides. Patrick opte pour de la pizza, quelques frites et un wrap aux brisures de légumes indéterminés. Le repas terminé, après un bref passage en cabine pour déposer le mug d’arachides, André et Patrick se rendent au Teatro l’Avanguardia au pont six. Ils découvrent le théâtre. La couleur taupe des sièges, aux dossiers à hauteur alternée, alignés sur une moquette bordeaux parsemée de petits carrés ambrés, ternit l’éclat des nuances mordorées et rouges de l’attrayante décoration design. Deux escaliers en spirales, à l’avant des marches en habit de lumière scintillante, descendent de chaque côté de la scène. Assis au quatrième rang de l’orchestre, le fond illuminé du théâtre en arrière-plan, ils se prennent en photo grâce au petit écran pivotant de l’appareil Olympus. L’équipe d’animation laisse libre cour à sa fantaisie avant le show. Grimés des atours des années vingt, les artistes improvisés s’en donnent à cœur joie. Une femme à la longue chevelure auburn agite le drapeau de la paix, scande les mots Amor e Pace, Amour et Paix, confabule avec les passagers. La toile arc-en-ciel virevolte sous les mouvements énergiques de l’hippie dont la tête est ceinturée d’un bandeau coloré. Les garçons de l’escouade enjouée invitent les passagères à danser sur l’estrade où un pianiste en costume noir joue des airs entrainants. L’un d’entre eux porte une paire de lunettes roses fantaisie à la taille démesurée, admirée et essayée par un passager assis devant la scène sous le rire hilare de sa compagne. Un couple de dames est assis à proximité, de l’autre côté de l’allée à gauche. L’une d’entre elles est invitée à valser ; sa conjointe prend des photos de la prestation applaudie. Un couple italien d’âge mûr semble jouer une scène de ménage improvisée. La dame, un sosie de la Chichiolina, change de place à plusieurs reprises. Son conjoint, debout, la suit du regard en lèvant les yeux au ciel. Elle termine sa pantomime sur la gauche au bout du second rang. Elle laisse une place vide entre elle et l’homme désabusé comme pour marquer un désaccord imaginé.
A dix-neuf heures, Jimmy, le Directeur de croisière, présente dans cinq langues, la représentation qui va débuter. Rôdé à enchainer les différents langages à un ryhtme effréné, il mitraille les mots sans leur laisser le temps de s’assembler pour véhiculer leur message. Qu’à cela ne tienne, ses mimiques et ses jeux de rôle galvanisent les spectateurs. Le spectacle The Voices commence, les lumières s’éteignent, l’orchestre joue en coulisse, le jeune chanteur Emmanuel Marquez, apparenté à son neveu Florian dans l’esprit d’André, entre en scène. Sa voix est grave et profonde. La chanson suivante est interprêtée par Estefania sanchez dont le tibre de voix aigu est cristallin. Les danseurs et danseuses de la troupe du navire, en costumes de scène noirs, accompagent les deux artistes dans leur prestation. Les paillettes et les plumes rouges arrivent avant le final où les chansons New York New York et My Way sont interprétées. Avant la tombée du rideau, un grand portrait en noir et blanc de Frank Sinatra se déroule depuis le haut de la scène.
A l’issue du show, André et Patrick se promènent dans les boutiques du bord. Dans le magasin Candy Shop, un petit nounours aux couleurs de l’arc-en-ciel, aux grands yeux ouverts émerveillés, fait les yeux doux à André. Il est choisi. Mirlinda encaisse les dix dollars de l’adoption…




















dimanche 26 mars 2017

Dubaï sur le MSC Fantasia

Les émirats ne passent pas à l’heure d’été et ce matin nous récupérons une heure par rapport à la France. Aujourd’hui, nous avons ainsi deux heures de décalage horaire avec Villaz.
Comme l’annonce nous l’indiquait hier soir, nous sommes toujours à Dubaï. Le ciel gris s’étend vers l’horizon comme un drap sale. Les gratte-ciels se dressent englués dans la brume matinale.
Comme prévu, le navire quitte son quai pour laisser la place à un autre bateau. Il prend place à quelques dizaines de mètre après le « Vision of the Seas » et le « Albatros ». Nous n’avons plus la vue sur la skyline de Dubaï. Nous regardons maintenant la mer depuis la cabine.
Nous descendons à la réception pour réserver une place dans le bus qui doit nous conduire à Abu-Dhabi. Nous choisissons de partir à treize heures. Nous allons un peu en avance au restaurant afin d’être à l’heure pour prendre le car. Nous sortons vers treize moins vingt-cinq. Là, un responsable nous indique que les navettes gratuites ont été annulées. C’est un peu léger comme attitude. Aucune annonce n’a été faite dans ce sens.
Nous apprenons aussi par une information du Directeur de Croisière que l’escale de demain est aussi annulée pour des raisons de sécurité. Elle sera remplacée par un arrêt à Abu-Dhabi pour toute la journée. Je trouve qu’il dépasse un peu les bornes. Nous sommes réveillés en pleine nuit. Après, il annule les navettes sans prévenir et maintenant, il change l’escale de demain.

A seize heures trente, nous allons au restaurant Zanzibar pour savourer quelques douceurs avec une boisson chaude. Nous nous installons vers la piscine pour avoir de la chaleur. 

Port Rashid à Dubaï...

Au lever, le ciel hésite sur la conduite à tenir. Son indécision offre au regard une parure gris crème, blafarde et vaporeuse, qui couvre toute la voûte céleste. La skyline de Dubaï se dessine en ombres chinoises. La pointe du gratte-ciel Khalifa se perd dans la brume nébuleuse et lactescente. Le navire s’est endormi sur le quai après une nuit agitée qui a vu débarquer des passagers, déconcertés et désorientés pour certains, après trois heures du matin.
A huit heures, le couple prend le petit-déjeuner à la poupe du navire. La cafeteria est peu animée. La décoration s’est offerte une touche africaine avec des masques tribaux contre les parois en bois sombre. Les plateaux des tables sont décorés de motifs géométriques mordorés qui évoquent chez André des labyrinthes magiques. Son imaginaire semble déceler la présence de Sarah qui cherche son frère Toby enlevé par des lutins aux ordres du séduisant Jareth, le regretté talentueux et génial David Bowie. André apprécie la saveur de deux bananes agrémentées d’arachides d’Indonésie et de trois dattes de Jomara. Une part d’apple pie et une pomme cuite terminent son repas. Patrick s’offre une variété de viennoiseries trempées dans du café.
Durant la collation, le navire Fantasia change de quai pour se positionner quelques centaines de mètres plus loin devant le terminal deux Al Makto. Il glisse latéralement pour se dégager dans un concert de vibrations. Au travers des baies vitrées inclinées, le navire Vision of the Seas de la Royal Caribbean dresse sa silhouette en prolongement du Fantasia. Dans son sillage le paquebot Albatros, également à quai, fait figure de petit frère. L’éloignement permet de détailler le profil des deux vaisseaux des mers.
De retour à la cabine, le couple constate que le panorama depuis le balcon a changé. Cette fois il embrasse la mer et les digues de terre et de roches réalisées par l’homme sur l’eau. Le programme journalier, distribué dans chaque cabine, souhaite une bonne fête aux mères anglaises présentes à bord dont c’est la fête aujourd’hui. André œuvre sur l’ordinateur durant la matinée. Patrick sort de la cabine pour prendre des photos de la décoration du paquebot et des environs. Un cliché pris depuis les ponts supérieurs dévoile le navire Elizabeth II de la Cunard sur fond de skyline de Dubaï. Le ciel uniforme gris clair, vaporeux et éthéré, s’apparente à un voile évanescent. Sur les quais alentours, un océan de bus gris clair et jaunes, alignés étroitement, interpelle le photographe. Leur silhouette dépouillée et austère rappelle les autocars des pays de l’Est de l’entre-deux guerres. Les véhicules par centaines sont entourés d’une multitude de voitures, en séries identiques, qui subissent le même sort de promiscuité et de dépouillement.
Vers onze heures trente, un paquebot se profile au lointain. Il se rapproche insensiblement en glissant lentement sur l’eau. La suite de sa progression est suivie depuis les vitrages du buffet où André et Patrick vont déjeuner. Il contourne les jetées aménagées dans la mer, navigue entre les deux digues, accède au port une trentaine de minutes après son apparition à l’horizon. Sur la coque bleu marine, la lisibilité de son nom s’accentue progressivement. Patrick peut lire Mein Schiff 3. Divers mots en langue allemande, en lettres blanches reliées, étoffent la coque. A la poupe, le lien internet tuicruises.com incite à effectuer une recherche ultérieurement. Le navire disparait du champ de vision. Anastasia s’approche. Elle propose l’achat de divers packages de boissons. Avant de se concentrer sur le repas, le couple achète un forfait de quinze cafés pour vingt-trois euro. André savoure du chou rouge cuit à la vapeur et des nouilles de riz aux légumes croquants cuisinées au gingembre avec des oignons printaniers dans une sauce au soja. Patrick déguste des bouchées de tofu cuisinées avec des légumes glacés dans une sauce au soja. Il ajoute quelques nouilles à sa sélection.
Le repas est apprécié un peu rapidement. André et Patrick descendent à terre. Après le petit-déjeuner, ils ont réservé deux places dans la navette gratuite de treize heures à destination d’Abu Dhabi. Un trajet d’une centaine de minutes va leur offrir de découvrir le paysage entre les deux capitales. A la sortie du navire, ils reconnaissent le terminal  Al Makto. A taille humaine au regard de celui où ils embarquèrent hier, il fut leur complice lors de différentes escales dans le premier trimestre des années dix et douze. Le ciel s’est éclairci et un bleu délavé se dessine au travers des nuées morcelées. Un vent frais du large, souvenir de la bourrasque de la nuit, souffle pour tamiser la chaleur avoisinant les trente degrés. La navette est introuvable devant le terminal. Billets en main, André et Patrick s’étonnent. La prestation gratuite a pourtant été clairement annoncée durant la nuit et dans le contenu d’une circulaire glissée sous les portes des cabines. L’équipage de deux bus touristiques rouges à l’impérial s’affaire à les persuader de monter à bord pour découvrir la ville. D’autres passagers semblent également chercher la navette en se présentant à l’entrée des différents cars présents sur l’esplanade. Le couple retourne dans le terminal pour s’informer. Un jeune employé arabe annonce que le service de navettes a été annulé. Une autre personne de la compagnie msc confirme. André et Patrick sont perplexes. Aucun contre-ordre n’a été signalé au micro dont l’usage est  pourtant apprécié par le directeur de croisière. André est quelque peu déçu, il se faisait une joie de découvrir d’autres facettes des Emirats. Une balade est effectuée dans le terminal pour découvrir les magasins. Une attrayante boutique de souvenirs, visitée maintes fois jadis, a disparu. Elle a été remplacée par une autre achalandée de vêtements féminins arabes. André et Patrick sympathisèrent avec les jeunes employées lors des différentes escales. Il y a sept ans, le vendredi 26 février, une boîte de chocolat Patchi leur avait été offerte avant le départ du navire Deliziosa pour les Indes. Les jeunes filles furent enchantées de ce présent inattendu.
Dans la boutique Al Jaber Gallery, un mug hermétique avec sa paille en plastique, décoré de buildings emblématiques de l’Emirat en trois dimensions, illustré des mots I love Dubai, est acheté pour trente dirhams. Pour dépenser les derniers billets, le couple se rend dans un Mini Mart repéré au bord de l’esplanade. L’achat d’un sachet d’amandes entières absorbe les vingt derniers dirhams. Après une brève pantomime significative, les piécettes sont laissées pour le fond de caisse sous le regard amusé de l’homme barbu présent à l’encaissement. Avant de remonter sur le bateau, une photo du terminal est prise. Une grosse flaque d’eau devant la façade crème rosé témoigne des dernières pluies. La vision en perspective donne l’impression que la haute silhouette du navire msc est imbriquée dans la toiture plate du hall d’embarquement. Sur la droite, face au paquebot Albatros, au bord du trottoir, des taxis à la toiture rouge patientent la prochaine vague de passagers. Quatre paquebots sont alignés à quai, dont le Mein Schiff arrivé à midi. Des milliers de touristes écument la ville ; le Dubai Mall doit pulluler de fourmis humaines.
Une fois à bord, André et Patrick se rendent au café Il Cappuccino Bar pour siroter, lentement cette fois, deux cappuccinos servis par Souza Roy sur la table ronde au plateau en imitation marbre blanc chiné. Le couple a pris place dans de confortables fauteuils en tissu or aux larges accoudoirs en bois spiralé. Une trentaine de minutes s’absentent du rythme animé du bord. Après ces instants de farniente, le couple se rend sur le pont seize, le plus élevé du paquebot. Le pont piscine est très légèrement fréquenté ; la majorité des passagers étant en excursion. La skyline de Dubaï et le navire Elizabeth accaparent l’horizon. Une vue plongeante embrasse les ponts supérieurs de l’Albatros côtoyé par le tanker Aarhus qui effectue un plein de carburant. Le vaste terminal numéro un attire les regards sur la droite devant le dernier vaisseau arrivé. Au premier plan sur les quais, la flotte immobile des clones à quatre roues impressionne plus encore.
L’après-midi se poursuit dans la cabine après une promenade de découverte sur les ponts du navire. André œuvre sur l’ordinateur. Patrick lit sur le Kindle. Vers seize heures trente, une pause est appréciée sur le pont piscine. Quelques douceurs sont dégustées en sirotant une boisson chaude.
A dix-neuf heures, André et Patrick dînent à la cafeteria Zanzibar. Une soupe toscane de pois-chiches, blettes et pommes de terre, aromatisée à la sauge, dévoile sa saveur. Un curry de Dahl aux bâtonnets de carotte, agrémenté de riz blanc et d’une cuillère de gratin dauphinois pour André, succède au potage. Après le repas, une courte flânerie autour du buffet permet d’admirer d’autres masques africains ainsi que des colonnes lumineuses composées de lanternes cubiques superposés en bois mouluré mahogany. Les quatre carreaux feuilletés en verre jaune de chaque lanterne sont voilés de petits balustres en bois en forme de quenouille.
La soirée se passe tranquillement dans la cabine. Le haut-parleur retentit après vingt heures pour un énième exercice de sauvetage, destiné aux passagers embarqués aujourd’hui et à ceux réchappés de celui d’hier. La litanie, énoncée dans les cinq langages majoritaires parlés à bord, s’éternise. Les paupières papillonnent, les activités de détente sont suspendues, le royaume des rêves est visité…