dimanche 26 mars 2017

Port Rashid à Dubaï...

Au lever, le ciel hésite sur la conduite à tenir. Son indécision offre au regard une parure gris crème, blafarde et vaporeuse, qui couvre toute la voûte céleste. La skyline de Dubaï se dessine en ombres chinoises. La pointe du gratte-ciel Khalifa se perd dans la brume nébuleuse et lactescente. Le navire s’est endormi sur le quai après une nuit agitée qui a vu débarquer des passagers, déconcertés et désorientés pour certains, après trois heures du matin.
A huit heures, le couple prend le petit-déjeuner à la poupe du navire. La cafeteria est peu animée. La décoration s’est offerte une touche africaine avec des masques tribaux contre les parois en bois sombre. Les plateaux des tables sont décorés de motifs géométriques mordorés qui évoquent chez André des labyrinthes magiques. Son imaginaire semble déceler la présence de Sarah qui cherche son frère Toby enlevé par des lutins aux ordres du séduisant Jareth, le regretté talentueux et génial David Bowie. André apprécie la saveur de deux bananes agrémentées d’arachides d’Indonésie et de trois dattes de Jomara. Une part d’apple pie et une pomme cuite terminent son repas. Patrick s’offre une variété de viennoiseries trempées dans du café.
Durant la collation, le navire Fantasia change de quai pour se positionner quelques centaines de mètres plus loin devant le terminal deux Al Makto. Il glisse latéralement pour se dégager dans un concert de vibrations. Au travers des baies vitrées inclinées, le navire Vision of the Seas de la Royal Caribbean dresse sa silhouette en prolongement du Fantasia. Dans son sillage le paquebot Albatros, également à quai, fait figure de petit frère. L’éloignement permet de détailler le profil des deux vaisseaux des mers.
De retour à la cabine, le couple constate que le panorama depuis le balcon a changé. Cette fois il embrasse la mer et les digues de terre et de roches réalisées par l’homme sur l’eau. Le programme journalier, distribué dans chaque cabine, souhaite une bonne fête aux mères anglaises présentes à bord dont c’est la fête aujourd’hui. André œuvre sur l’ordinateur durant la matinée. Patrick sort de la cabine pour prendre des photos de la décoration du paquebot et des environs. Un cliché pris depuis les ponts supérieurs dévoile le navire Elizabeth II de la Cunard sur fond de skyline de Dubaï. Le ciel uniforme gris clair, vaporeux et éthéré, s’apparente à un voile évanescent. Sur les quais alentours, un océan de bus gris clair et jaunes, alignés étroitement, interpelle le photographe. Leur silhouette dépouillée et austère rappelle les autocars des pays de l’Est de l’entre-deux guerres. Les véhicules par centaines sont entourés d’une multitude de voitures, en séries identiques, qui subissent le même sort de promiscuité et de dépouillement.
Vers onze heures trente, un paquebot se profile au lointain. Il se rapproche insensiblement en glissant lentement sur l’eau. La suite de sa progression est suivie depuis les vitrages du buffet où André et Patrick vont déjeuner. Il contourne les jetées aménagées dans la mer, navigue entre les deux digues, accède au port une trentaine de minutes après son apparition à l’horizon. Sur la coque bleu marine, la lisibilité de son nom s’accentue progressivement. Patrick peut lire Mein Schiff 3. Divers mots en langue allemande, en lettres blanches reliées, étoffent la coque. A la poupe, le lien internet tuicruises.com incite à effectuer une recherche ultérieurement. Le navire disparait du champ de vision. Anastasia s’approche. Elle propose l’achat de divers packages de boissons. Avant de se concentrer sur le repas, le couple achète un forfait de quinze cafés pour vingt-trois euro. André savoure du chou rouge cuit à la vapeur et des nouilles de riz aux légumes croquants cuisinées au gingembre avec des oignons printaniers dans une sauce au soja. Patrick déguste des bouchées de tofu cuisinées avec des légumes glacés dans une sauce au soja. Il ajoute quelques nouilles à sa sélection.
Le repas est apprécié un peu rapidement. André et Patrick descendent à terre. Après le petit-déjeuner, ils ont réservé deux places dans la navette gratuite de treize heures à destination d’Abu Dhabi. Un trajet d’une centaine de minutes va leur offrir de découvrir le paysage entre les deux capitales. A la sortie du navire, ils reconnaissent le terminal  Al Makto. A taille humaine au regard de celui où ils embarquèrent hier, il fut leur complice lors de différentes escales dans le premier trimestre des années dix et douze. Le ciel s’est éclairci et un bleu délavé se dessine au travers des nuées morcelées. Un vent frais du large, souvenir de la bourrasque de la nuit, souffle pour tamiser la chaleur avoisinant les trente degrés. La navette est introuvable devant le terminal. Billets en main, André et Patrick s’étonnent. La prestation gratuite a pourtant été clairement annoncée durant la nuit et dans le contenu d’une circulaire glissée sous les portes des cabines. L’équipage de deux bus touristiques rouges à l’impérial s’affaire à les persuader de monter à bord pour découvrir la ville. D’autres passagers semblent également chercher la navette en se présentant à l’entrée des différents cars présents sur l’esplanade. Le couple retourne dans le terminal pour s’informer. Un jeune employé arabe annonce que le service de navettes a été annulé. Une autre personne de la compagnie msc confirme. André et Patrick sont perplexes. Aucun contre-ordre n’a été signalé au micro dont l’usage est  pourtant apprécié par le directeur de croisière. André est quelque peu déçu, il se faisait une joie de découvrir d’autres facettes des Emirats. Une balade est effectuée dans le terminal pour découvrir les magasins. Une attrayante boutique de souvenirs, visitée maintes fois jadis, a disparu. Elle a été remplacée par une autre achalandée de vêtements féminins arabes. André et Patrick sympathisèrent avec les jeunes employées lors des différentes escales. Il y a sept ans, le vendredi 26 février, une boîte de chocolat Patchi leur avait été offerte avant le départ du navire Deliziosa pour les Indes. Les jeunes filles furent enchantées de ce présent inattendu.
Dans la boutique Al Jaber Gallery, un mug hermétique avec sa paille en plastique, décoré de buildings emblématiques de l’Emirat en trois dimensions, illustré des mots I love Dubai, est acheté pour trente dirhams. Pour dépenser les derniers billets, le couple se rend dans un Mini Mart repéré au bord de l’esplanade. L’achat d’un sachet d’amandes entières absorbe les vingt derniers dirhams. Après une brève pantomime significative, les piécettes sont laissées pour le fond de caisse sous le regard amusé de l’homme barbu présent à l’encaissement. Avant de remonter sur le bateau, une photo du terminal est prise. Une grosse flaque d’eau devant la façade crème rosé témoigne des dernières pluies. La vision en perspective donne l’impression que la haute silhouette du navire msc est imbriquée dans la toiture plate du hall d’embarquement. Sur la droite, face au paquebot Albatros, au bord du trottoir, des taxis à la toiture rouge patientent la prochaine vague de passagers. Quatre paquebots sont alignés à quai, dont le Mein Schiff arrivé à midi. Des milliers de touristes écument la ville ; le Dubai Mall doit pulluler de fourmis humaines.
Une fois à bord, André et Patrick se rendent au café Il Cappuccino Bar pour siroter, lentement cette fois, deux cappuccinos servis par Souza Roy sur la table ronde au plateau en imitation marbre blanc chiné. Le couple a pris place dans de confortables fauteuils en tissu or aux larges accoudoirs en bois spiralé. Une trentaine de minutes s’absentent du rythme animé du bord. Après ces instants de farniente, le couple se rend sur le pont seize, le plus élevé du paquebot. Le pont piscine est très légèrement fréquenté ; la majorité des passagers étant en excursion. La skyline de Dubaï et le navire Elizabeth accaparent l’horizon. Une vue plongeante embrasse les ponts supérieurs de l’Albatros côtoyé par le tanker Aarhus qui effectue un plein de carburant. Le vaste terminal numéro un attire les regards sur la droite devant le dernier vaisseau arrivé. Au premier plan sur les quais, la flotte immobile des clones à quatre roues impressionne plus encore.
L’après-midi se poursuit dans la cabine après une promenade de découverte sur les ponts du navire. André œuvre sur l’ordinateur. Patrick lit sur le Kindle. Vers seize heures trente, une pause est appréciée sur le pont piscine. Quelques douceurs sont dégustées en sirotant une boisson chaude.
A dix-neuf heures, André et Patrick dînent à la cafeteria Zanzibar. Une soupe toscane de pois-chiches, blettes et pommes de terre, aromatisée à la sauge, dévoile sa saveur. Un curry de Dahl aux bâtonnets de carotte, agrémenté de riz blanc et d’une cuillère de gratin dauphinois pour André, succède au potage. Après le repas, une courte flânerie autour du buffet permet d’admirer d’autres masques africains ainsi que des colonnes lumineuses composées de lanternes cubiques superposés en bois mouluré mahogany. Les quatre carreaux feuilletés en verre jaune de chaque lanterne sont voilés de petits balustres en bois en forme de quenouille.
La soirée se passe tranquillement dans la cabine. Le haut-parleur retentit après vingt heures pour un énième exercice de sauvetage, destiné aux passagers embarqués aujourd’hui et à ceux réchappés de celui d’hier. La litanie, énoncée dans les cinq langages majoritaires parlés à bord, s’éternise. Les paupières papillonnent, les activités de détente sont suspendues, le royaume des rêves est visité…


























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