mardi 28 mars 2017

Navigation dans les golfes Persique et d’Oman...

A six heures, le navire lève l’ancre. La nuit se termine et les lumières de la ville s’éteignent graduellement. Les plus proches se reflètent sur les vagues à peine ondoyantes encore endormies. La vaste coupole d’argent retient à nouveau l’attention. Tels des éclats de diamants miroitants, des paillettes de lumière luisante et phosphorescente sourdent des cadrans hexagonaux imbriqués. Une vingtaine de minutes plus tard, le soleil s’annonce à l’horizon. Les lueurs annonciatrices colorent en rose aux confins la base des strates de nuages gris sombre. Un oiseau solitaire voltige gracieusement dans les nuées argentées. Le Fantasia s’éloigne en glissant paisiblement sur les flots pour se diriger vers le golfe d’Oman.
André et Patrick déjeunent à la poupe du navire. En fin de collation, après la dégustation de deux pommes cuites, André goûte un morceau de gâteau au chocolat et de brioche aux poires. La saveur est trop sucrée pour le premier et la texture collante au palais pour le second. Malgré leur apparence attrayante, les douceurs sont abandonnées dans l’assiette.
Vers neuf heures, l’astre bienfaisant est déjà haut dans le ciel encore légèrement brumeux. Un large sillon argenté, dessiné sur les flots frémissants par les rayons solaires, semble se déverser à l’horizon dans une cascade imaginaire. La matinée se déroule à œuvrer dans le confort de la cabine. Avant de se rendre au buffet Zanzibar, Patrick remarque depuis le balcon la présence d’une plateforme pétrolière isolée sur la mer.
Les cuisiniers du bord rivalisent de créativité dans les mets végétariens. Aujourd’hui le couple teste la saveur de boulettes farcies de riz, de petit-pois et de fromage. André les accompagne d’une part de lasagnes végétariennes, d’haricots verts aux paillettes d’échalote et de quelques brocolis à la vapeur. La serveuse Naw Zet s’enquiert si le couple souhaite commander une boisson. Patrick teste une eau frizzante dont les bulles pétillent faiblement.
Après le repas, André et Patrick se rendent au pont sept pour siroter un café. Le barista leur prépare deux cappuccinos  au lait de riz. La boisson végétale modifie nettement la saveur du café et le prive de mousse. Le mélange inopérant sera oublié à l’avenir. André se régale avec un mini mille feuilles au moka après la suppression de la première feuille enduite de sucre. Une autre douceur alléchante échoue au teste des papilles.
Une promenade sur les ponts piscine offre de prendre l’air marin. La chaleur est au rendez-vous et le soleil brille. Une forte animation règne. Nombre de passagers se délassent sur les chaises-longues qui offrent une particularité intéressante. Un volet horizontal escamotable permet de protéger la tête des rayons solaires. Certains croisiéristes se baignent dans les différents bassins. Bordés de trois palmiers synthétiques,  ils se succèdent dans une disposition harmonieuse parmi des jets d’eau, des canaux et des passerelles conduisant à de petites aires de détente où la bronzette est de mise. Les draps de bain orange sur les transats colorent les ponts ouverts sur un ciel bleu pastel. Les personnes qui déambulent enroulées dans leurs serviettes orange ressemblent à des bonzes. Un grand écran diffuse un film d’animation.
Plus avant vers la proue d’autres bassins pourvus d’une toiture coulissante dévoile une piscine centrale flanquée d’un jacuzzi circulaire de chaque côté. Un massif décoratif planté de cactus se détache sur un mur en mosaïques représentant une plage paradisiaque. Dans un espace attenant, Antonella et Paolo animent des ateliers thématiques pour les passagers désireux de laisser parler leur créativité. Des masques vénitiens, des assiettes décorées, des horloges fantaisie, des coffrets aux couvercles en sculptures portraiturées, des sacs en toiles peintes sont disposés sur un étal pour séduire les futurs artistes. L’accroche attrayante témoigne de l’imaginaire humain. A tribord, au centre du pont quatorze, Patrick remarque à portée de vue une felouque en bois qui vogue placidement sur les flots. Devant les ascenseurs, au moment de retourner à la cabine, un père russe sermonne son fils devant les passagers présents. Quelle que soit l’attitude passée du gamin, celle du père est déplorable. S’épanouir librement et grandir dans la joie d’être semble bien lointain pour cet enfant. Les portes d’un ascenseur s’ouvrent ; deux couples francophones babillent dans la cabine.
La suite de l’après-midi s’épanouit dans la cabine. André œuvre sur l’ordinateur. Patrick alterne sieste, lecture, ouvrage sur tablette et ordinateur. A dix-sept heures, la pause boisson chaude préparée au buffet par André s’accompagne d’une collation. Une soirée exceptionnelle s’annonce au théâtre à dix-neuf heures. L‘ouverture du buffet une demi-heure avant nécessite de s’adapter différemment pour le dîner. Tout en sirotant une camomille au citron, il savoure deux petits burgers végétariens à la pomme de terre et aux légumes accompagnés d’une rondelle de tomate, d’une feuille verte et d’une légère salade de chou blanc mayonnaise aux raisins secs. Patrick teste la saveur d’un scone nature après avoir siroté un thé noir. Son mari achève son repas avec la crème au moka d’un mille feuilles décapité et un morceau d’entremet aux poires.
Un temps en cabine précède le repas de Patrick. Un veggie burger, deux wrap aux filaments de légumes et quelques frites agrémentées de mayonnaise composent la partition de son menu.
Avant de se rendre au théâtre, un premier spectacle d’une quinzaine de minutes s’offre au couple à la poupe du navire sur le pont quatorze. Le soleil se couche dans le sillage écumeux du navire. Un rougeoiement s’amorce et se propage à l’horizon. La fumée des cheminées du navire participent au ravissement. Les volutes prennent de la distance avec l’avancée du paquebot. Elles s’amoncellent pour former un long ruban cotonneux ocre sable qui se concentre aux confins où l’astre solaire disparait progressivement. La lumière opaline des globes laiteux du pont accentuent leur présence avec le jour déclinant. Un bateau traverse le sillage en donnant naissance à un ruisselet d’écume argenté. Le disque solaire se voile et s’esquive. Patrick prend en photo un couple avec son appareil sous une arche tubulaire devant les lumières devenues évanescentes. Au même instant, André fait de même. Il prend un cliché en associant au premier plan, à la droite de l’arche, un globe lactescent. Le sillage du navire se pare de reflets rose orangé qui scintillent sous le regard de la voûte irisée.
Pour se rendre au théâtre, André et Patrick se rendent vers les cages d’ascenseurs de la proue. Elles sont rejointes en traversant la piscine couverte où des jets d’eau se propulsent en arches dans le bassin aux bordures sinueuses décorées de faïences en nuances de turquoise.
L’équipe d’animation déambule allègrement dans l’amphithéâtre. Les garçons de l’escouade enjouée invitent les passagères à danser sur l’estrade où un pianiste en costume noir joue des airs entraînants. L’un d’entre eux porte une paire de lunettes roses fantaisie à la taille démesurée, admirée et essayée par un passager assis devant la scène sous le rire hilare de sa compagne. Un couple de dames est assis à proximité, de l’autre côté de l’allée à gauche. L’une d’entre elles est invitée à valser ; sa conjointe prend des photos de la prestation applaudie. Lors de l’interprétation du morceau Tornero, André pense à la pianiste Pearl Kaufman rencontrée un lundi 5 janvier voici huit ans sur le navire Mercury de la compagnie Celebrity Cruise où il embarqua deux jours auparavant avec Patrick dans le port de San Diego en Californie. Pearl interpréta avec une touche personnelle ce morceau émouvant.
La soirée s’annonce plus longue au théâtre. Le pianiste et les danseurs se retirent. Un écran se déroule. Un film publicitaire à la gloire de msc est diffusé. Les chevilles des fauteuils enflent devant la pléthore de superlatifs qui s’intercalent dans le commentaire élogieux sur la compagnie dont l’ego est démesuré. La présentation idyllique est loin de refléter la vie à bord. Jimmy présente ensuite les responsables des différents secteurs d’activités du navire qui entrent sur scène quand leur nom est prononcé. Ensuite c’est au tour des officiers du bord de monter sur l’estrade. La présence très applaudie du jeune commandant Stefano Aiello clôture la cérémonie.
Le rideau coulisse après le verbiage de Jimmy en cinq langues qui présente le spectacle. La magie commence. L’univers d’Alice au pays des merveilles se matérialise sur la scène. Alice et le chapelier fou, peut-être Johnny Depp sous le visage maquillé en blanc, font une entrée remarquée. Les personnages imaginés par Lewis Carroll sont à l’honneur. Ils paraissent tous sortir du dernier film de Tim Burton. La reine rouge, plus vraie que nature dans son expression, menace de couper quelques têtes parmi les premiers rangs ; sa sœur en longue robe blanche rassure les spectateurs menacés. La fantaisie et l’enchantement accueillent des artistes tout au long du show. Des gymnastes, deux jeunes gymnastes au torse nu, Roman et Costa, aux pectoraux spectaculaires, les jongleurs du Duo Jadio et des acrobates expriment leur talent tour à tour gentiment perturbés par les facéties des habitants du pays des merveilles. André, sous le charme, est ravi de ces moments féeriques où la joie, l’altérité et les différences dépeignent un pays inexistant sur Terre. Tous les protagonistes sont ovationnés dans un concert d’applaudissements. Après ces instants magiques, André et Patrick retournent en flânant à la cabine pour entrer dans un autre pays, celui des rêves où tout est possible…
































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