Le petit-déjeuner compris dans le tarif de la chambre se déroule au
septième étage. André et Patrick s’installent vers le vitrage donnant sur la
route Rama surplombée de l’infrastructure du train aérien. La table ronde en
marbre noir veinée de blanc est pourvue de deux cabriolets orange design pivotants.
André savoure quatre petites bananes plantain, des tranches d’ananas mûr, des
arachides grillés et un petit pain au chocolat. Patrick opte pour des toasts
tartinés de peanut butter, de beurre
de cacahuètes. Des viennoiseries et du café complètent sa sélection. La suite
de la matinée se déroule agréablement dans la chambre, chacun s’adonnant à ses activités respectives selon ses aptitudes naturelles.
Après onze heures trente André et Patrick sont dans une rame du train
aérien. Les passagers, thaïs pour la plupart, surfent sur leur téléphone portable ;
les pages twitter défilent, les sms s’échangent avec dextérité, les prunelles
valsent devant la pléthore de jeux virtuels. Rares sont les mains libres de
tout mouvement. Le couple descend à la station Asoke. Les trottoirs sont en réfection le long de la route Ratchadapisek Road qui mène chez May Veggie Home où le couple va
déjeuner. Un jeune serveur reconnaît spontanément André et Patrick dont la
dernière venue remonte pourtant à février de l’an passé. Il leur offre un
radieux sourire. La carte des mets et les prix sont identiques au précédent
passage. Patrick opte pour un Green curry
avec du riz brun et un jus de pommes rouges. André choisit une Avocado chopped salad avec du riz brun
au jasmin et un jus de carotte. Les boissons sont réalisées sur l’instant au
moyen d’une centrifugeuse. Un grand jeune homme brun s’installe derrière
Patrick à une petite table ronde le long du vitrage donnant sur la route. Vêtu
d’un short et d’un tee-shirt au col en V, des tatouages se dévoilent sur toute
la peau visible. Un peu plus tard, un beau jeune homme à la chevelure châtain
clair arrive. Toutes les tables sont occupées. Qu’à cela ne tienne, le défi est
vite résolu. Une solution est trouvée. Un serveur débarrasse une petite table
ronde à l’entrée où des produits vegan
sont exposés à la vente. Le client est ravi. Lors de son retour des toilettes,
où il a salué un touriste blond francophone devant les lavabos, il prend un
cliché d’une photo où May, la patronne
et chef de cuisine, reçut Manisha Koirala le mercredi 9 novembre 2016, une star
de cinéma de Bollywood.
Après le repas le couple marche le long de la route Sukhumvit. Le ciel blafard laisse deviner quelques
éclaircies de ciel bleu délavé. La moiteur de l’air chaud est légère. Un homme sans âge assis sur le bord du trottoir accomplit
un Wai à l’attention d’André et
Patrick à leur approche, en les gratifiant d’un chaleureux sourire. Il joint devant
sa poitrine les deux paumes de ses mains quelque peu décharnées en esquissant
une légère flexion de la tête. Ce geste de salutation traditionnelle étonne le
couple. L’honorable inconnu les aurait-il remarqués l’an passé ? La salutation
et le sourire sont rendus. Le Dinosaur Planet
est dépassé. L’an passé, le petit parc d’attractions était en voie d’achèvement ;
l’ouverture étant prévue en mars.
André et
Patrick entrent dans le centre commercial Emporium.
Ils se dirigent par les escalators panoramiques au dernier niveau pour se
rendre au café The Mandarin Oriental Shop
pour siroter un café Mocha. Les tables sont occupées. Le couple se promène en
attendant une place. La diversité des produits est conséquente. Des milliers d’articles
embrassent les regards. André essaye une casquette aux nuances attrayantes. Une
boutique d’informatique est visitée à la recherche, vaine, d’un tapis de
souris. De retour au café, les trois petites tables vers la rambarde au vitrage
transparent sont libres. Celle du milieu est choisie. Un petit support en plexiglas
propose de découvrir la pâtisserie Almond
Pithivier servie avec une boule de glace. L’offre liée à la visite des Rois
Mages arrive à son terme le huit janvier ; la chance est de mise. Teerapong, un jeune serveur gracile, apporte
les parts de galette à la frangipane escortées d’une boule de crème glacée vanille
Bourbon. Tassannee, une petite dame potelée
dépose délicatement sur la table les tasses évasées de café Mocha remplies à ras bord. Un cœur de chocolat
décore la mousse à la surface du breuvage. La saveur délicate et la texture moelleuse
du fourrage offrent des sensations gustatives incomparables. La dégustation s’approprie
le temps qui s’écoule sans se préoccuper de la révolution des aiguilles qui
tournent sur le cadran de l’horloge. Le couple est riche de son temps. Les
tables alentours sont occupées et libérées à divers reprises par les convives,
dans un rythme plus faible que dans le film La
Machine à explorer le temps où André voit mentalement la célèbre vitrine occupée
par un mannequin féminin changeant de tenues et d’époques à une cadence considérablement
accélérée. Entre deux bouchées, André savoure le Mocha à la petite cuillère. L’entropie se dissipe, le cacao se
dépose au fond de la tasse et brasser le liquide s’avère nécessaire pour
maintenir la saveur de la préparation. Le journal local en anglais Bangkok Post est feuilleté avant de quitter
le lieu de bien-être. A proximité des toilettes, Patrick repère chez un caviste
une bouteille de Châteauneuf-du-Pape à soixante mille bahts, soit plus de mille
cinq cents euro.
Dans le
splendide centre commercial André se fait une réflexion. Plus il voyage et plus
son regard change. Le concept de pénurie créée par la société est erroné.
L’abondance règne sur Terre comme en témoignent les milliers, les millions de
produits fabriqués par l’Homme à partir des ressources naturelles de Gaia. L’illusion
de rareté est le jeu du marketing pour justifier le maintien élevé des prix. Le
couple flâne dans le complexe à la lumineuse décoration de fêtes ; les LED
sont à l’honneur comme un peu partout dans Bangkok. Le magasin Asia Books est
visité. Les ouvrages sur le roi décédé sont très nombreux. Devant le café Paul, André est pris en photo sur une
bicyclette du boulanger. A son tour Patrick est pris en photo à côté d’un jeune
pirate chez Playmobil. En face du
comptoir éphémère de jouets, un vaste et somptueux autel honorant le roi décédé
est présent.
Sur l’esplanade
au niveau de la station du train aérien qui dessert l’Emporium, le couple prend des photos des décorations de fêtes. Les
étoiles dorées scintillent. André prend son visage en photo dans un des
nombreux miroirs dorés qui étoffent les décors et les guirlandes.
André et
Patrick reviennent sur leurs pas. Devant le Dinosaur
Planet, André est surpris par un T. Rex qui traverse ; un panneau
sensibilise le promeneur à cet effet. Ils se rendent au centre commercial Terminal 21 pour voir les décorations. La
marée humaine coutumière au carrefour des passerelles d’accès, au niveau du
BTS, est toujours aussi considérable. Trois Powerpuff
Girls colorées accueillent les chalands. Après une brève incursion, le
couple monte dans une rame du train aérien. Il descend à la station Siam dans
le dessein de découvrir le nouveau complexe Siam
Discovery, flambant neuf. Les cubes sont à l’honneur dans l’agencement
décoratif. Le site est lumineux et l’offre s’avère pharamineuse. Dans la boutique
Big Camera Galleria, Patrick regarde
un zoom pour photos panoramiques. Dans le magasin Loft les yeux sont éblouis par un choix inimaginable. Plus loin un
banc blanc est pourvu de deux bras humains qui proposent un hug, une étreinte au client tenté par le
câlin.
André et
Patrick empruntent une nouvelle passerelle aérienne pour sortir. La nuit tombe.
Ils décident de savourer un smoothie à l’ananas pour le dîner chez Marina le long de la route Rama non loin
du centre MBK traversé pour s’y rendre. Des arachides sont ensuite achetées opportunément
chez Tops Market au MBK à côté d’un
restaurant végétarien repéré par André sur un panneau publicitaire dans le
centre.
En chemin
vers l’hôtel, André sourit intérieurement. Il a décroché aisément des sourires durant
toute la journée. Il pense au dernier offert, au bas d’un escalator au MBK, par
un grand jeune homme dont la bouche était couverte d’un masque blanc. Les yeux expressifs
du distributeur de prospectus s’animèrent d’une sympathique fossette.
Dans la soirée, André accède au site de May Veggie Home sur l’ordinateur. Une photo du roi défunt s’affiche
à l’ouverture. Le phénomène lié au décès du roi touche toutes les facettes de
la vie des thaïs, il va se poursuivre jusqu’au premier anniversaire de la mort
du souverain en octobre.
Vers vingt-deux heures André et Patrick sont dans les accueillants
bras de Morphée…
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