A six heures trente le navire Voyager
of the Seas de la compagnie Royal Caribbean s’engage lentement dans la baie
du port de Sydney.
Les rites matinaux, le petit-déjeuner, un temps d’écriture sur chaque ordinateur,
les préparatifs pour libérer la chambre et la prise de quelques photos
intérieures précèdent le départ vers dix heures.
Devant les deux ascenseurs du palier, un bambin sur Terre depuis
environ deux ans dans une poussette, en chandail vert pomme, attend sans attendre
les membres de sa famille qui sortent les bagages du studio au fond du couloir
à droite. Déjà dans l’univers des applications informatiques, il pianote sur un
téléphone. Ses petits doigts s’activent le cadran digital. André l’observe avec
admiration et étonnement. Son regard semble avoir été capté par l’enfant car,
quand le couple entre dans l’ascenseur, il lève les yeux, dessine un sourire
sur ses lèvres roses et agite sa menotte dans un au-revoir émouvant.
Quelques instants plus tard, André et Patrick achètent à la station Museum, située à quelques pas de
l’hôtel, deux tickets de train à quatre dollars dix
l’unité. L’horaire de la transaction, dix heures sept, est imprimé sur le titre
de transport. L’accès au quai souterrain par un ascenseur est très pratique
pour le transfert des valises. Une affiche publicitaire montre la couverture du
magazine The Australian women weekly.
Une photo de la princesse Diana invite à découvrir sa vie en photos. Le train entre en gare trois minutes après
leur arrivée. Ils descendent deux stations plus loin à Circular Quay. A la sortie du wagon, leur champ de vision est empli
de la silhouette du paquebot Voyager of
the Seas amarré devant le pont d’acier en arc Sydney Harbour Bridge. Le ciel est couvert de nuages ; une
petite pluie, un crachin, accompagne André et Patrick dans leur marche vers le
terminal d’embarquement portuaire. Ils évoluent dans une foule de personnes
qui, à leur image, tire des valises à roulettes. Parvenus à la gare maritime,
il constate une affluence considérable de passagers sous le parvis couvert. Au
lieu de rester dans cette marée humaine à faire le pied de grue à la même place
pendant plus d’une heure, ils décident de revenir sur leurs pas et d’aller se détendre
à la terrasse d’un café sur les quais vers l’opéra. Le choix se porte sur le Guylian Belgian Chocolate Café. Un jeune
serveur brun prend la commande de deux cappuccinos au lait d’amande. Les yeux
d’un couple anglophone assis à la table voisine brillent à l’arrivée de deux
éclairs au café, ceux-là même repérés par André dans le display royalement
garni de douceurs. Des propos sont échangés. Le couple, qui vit dans l’Arkansas
aux Etats-Unis, a déjà trainé ses guêtres en Belgique sans toutefois ramener du
chocolat. Il vient de descendre du navire où André et Patrick vont embarquer à
leur tour. L’espace d’une seconde André décèle dans le regard de la dame
l’envie de remonter à bord dans un bref regret que leur croisière soit déjà
achevée.
André sirote le café à la petite cuillère. Un chocolat belge en
papillote accompagne chaque boisson. Le regard d’André aime à promener son
regard alentour. Assise à une autre table, une dame de forte corpulence, le
haut du corps cadré soigneusement par son mari pour une photo, lui sourit quand
elle capte son regard. A la table parallèle de gauche, un bambin blondinet, le
visage mangé par de grosses lunettes de vue, renverse sa boisson en gigotant.
Son père, sans rouspéter, sourit et éponge le liquide avec deux serviettes en
papier. Autre part sur la terrasse, couverte de parasols qui font office de
parapluie, André suit les mouvements gracieux d’une jeune fille gracile à la
chevelure vert jade et aux lèvres vert bronze qui apprécie lentement un
chocolat chaud.
Deux dames, deux amies remplacent le couple de l’Arkansas. La plus
jeune vit dans la région de Melbourne où se déroule actuellement l’Open de
tennis d’Australie. Née en Nouvelle Galles du Sud, la plus âgée réside depuis
quatre ans à Sydney. Les minutes s’égrènent dans le bien-être et la convivialité.
André et Patrick commandent à
la jeune serveuse Monize, une variante de Mona Lisa, deux chocolats chauds,
noirs et intenses, au lait d’amande. Elle est native du Brésil. Soudain, un
loriquet, au plumage vert, rouge, bleu et jaune, peut-être celui pris en photo
par André quelques instants auparavant, termine son vol sur les sachets de
sucre de la table des voisines, vite repoussé par Monize. La plus jeune dame se
rappelle la brusque apparition d’une mouette venue en plein vol lui chiper un
morceau de saumon dans un sandwich qu’elle portait à ses lèvres. Un beau
serveur rouquin passe et testonne une mèche rebelle sur son front. André admire
la joliesse de son geste.
Le bavardage se poursuit tout en dégustant l’onctueux breuvage mélangé
à un coquillage en chocolat noir disposé au fond de la tasse.
Sur le dallage en plaques de schiste anthracite poli de la promenade,
qui court devant la terrasse le long de la baie, le mouvement de la vie suit
son cours. Des personnes marchent tranquillement en tenant un parapluie,
d’autres effectuent leur jogging, les ferry-boats entrent et sortent de la baie
dans un rythme soutenu, le souffle du vent s’amuse avec les branchages des
palmiers.
Les treize heures approchent. André et Patrick quittent à leur tour la
terrasse, leurs charmantes voisines étant déjà parties. Une courte escapade à
l’extrémité de la promenade permet de revoir l’opéra et de réaliser quelques
clichés du vaisseau des mers dont la majestueuse silhouette avive la baie de
Sydney. Ils retournent ensuite tranquillement vers le terminal de croisière.
En chemin leur attention est captivée par le groupe musical tribal Koomurri. Une pause attentive offre d’écouter
des sonorités nouvelles. Les garçons peinturlurés en blanc de dessins claniques,
le front ceint d’un bandana rouge, jouent du didgeridoo, un instrument de musique à vent en bois d’eucalyptus en
forme de trompe, qui fait partie du riche patrimoine culturel des aborigènes du
nord de l'Australie. Cet instrument vit le jour grâce aux termites qui évident
le tronc de l'arbre d'eucalyptus sur toute sa longueur en se nourrissant de sa
sève. Les deux jeunes aborigènes font vibrer leurs lèvres sur l'embouchure de
la trompe tout en psalmodiant des onomatopées imitant les chants d'oiseaux et
d’autres animaux de leur univers musical. Leur diaphragme se contracte
harmonieusement dans une sorte de respiration circulaire qui leur permet de
jouer sans s'arrêter, même lors de l'inspiration. Leurs muscles abdominaux en
mouvement sont un plaisir pour les yeux. André est ébloui. Le compact disc Tribal Dance est acheté pour dix dollars.
Plus loin deux jeunes garçons, assis sur un rocher, grimés de bronze,
de cuivre et de laiton, font la pause pour les touristes. André s’approche d’un
Jack London de passage en Australie et d’un pêcheur local qui lui offre une
bille translucide après un agréable contact charnel des mains durant la prise
d’une photo.
André et Patrick sont agréablement surpris de constater que
l’affluence est maintenant quasi nulle à l’entrée du terminal. L’organisation
est bien rodée ; le personnel portuaire est présent aux endroits clés du
parcours qui permet de monter à bord. Rosemary est le premier contact. Suivent
Krysty, Chris, Jillian, Kathryn qui les guident tour à tour vers l’étape suivante.
Candice, native de Sydney, procède brièvement à l’enregistrement, les deux
voyageurs ayant effectué un check-in
en ligne sur le site de la compagnie Royal
Caribbean. Les cartes de cabine sont données. Une photo de chaque visage
est prise. Julia, en haut de l’escalator, les dirige vers Brayden qui leur tend
le questionnaire Outgoing passenger card
à remplir. Une fois inscrites les informations demandées, le formulaire est
vérifié par Paul. Elleen leur indique le guichet libre pour la vérification des
passeports. Emily leur souhaite bon
voyage en français avant le contrôle des bagages. À la coupée du navire,
John salue André et Patrick, vise leur carte de bord et les convie à fouler la
passerelle. Sur le navire, au gangway,
Jocelyn, originaire des Philippines, scanne le code barre des cartes de cabine
en papotant. Toutes ces opérations ont nécessité quarante minutes.
André et Patrick entrent dans la suite 1334 au pont dix, celle-là même
occupée voici huit ans en novembre-décembre entre Barcelone et Galveston au
Texas lors de leur voyage aux Etats-Unis où ils se marièrent à Las Vegas devant
le pasteur Dukros dans la chapelle du Luxor le mercredi 31 décembre 2008.
Les bagages sont déposés, des photos sont prises depuis le balcon et
le couple monte un pont plus haut pour déjeuner au buffet Windjammer. Un repas frugal est sélectionné parmi l’abondance de
nourriture. Deux places sont vacantes à la poupe du navire. Le couple à la
table voisine arrive de Melbourne. La dame indique qu’elle va vivre sa dixième
croisières avec la compagnie dont une en Asie dans la région du Viêt-Nam. Quelques
photos sont prises en retournant à la cabine dont une œuvre de Galia Amsel qui
figure un triptyque en verre soufflé représentant une déesse égyptienne dans un
écrin de papyrus et de fleurs.
L’après-midi se continue avec un temps de détente et d’écriture. Après
seize heures trente André et Patrick assistent au drill, à l’exercice
obligatoire de sauvetage en mer. L’usage de l’ascenseur est interdit.
Toutefois, André est autoriser à l’utilisé en montrant ses genoux à un membre
d’équipage. Il attend Patrick au pont quatre. Les escaliers déversent des passagers
par dizaines ; au bout de quelques minutes la figure de Patrick apparait
dans la multitude des visages. Les occupants des suites sont conviés par
l’équipage à se rendre au restaurant du pont quatre. Les passagers des autres
cabines vont rester debout en file indienne sur les ponts extérieurs. Assis autour
d’une table familiale avec des asiatiques, André et Patrick écoutent
distraitement les instructions. L’usage et la consultation des appareils
informatiques sont interdits durant le drill,
toutefois la consigne est respectée aléatoirement. Une jeune femme brune assise
à côté d’André œuvre assidument sur sa tablette numérique durant tout le
processus qui se termine après une allocution du commandant Pehr Pehrsson.
Une pause détente au café de la promenade succède au cérémonial bon
enfant où les gilets de sauvetage sont restés dans les cabines. André sirote une
camomille et Patrick un café. Une ancienne automobile de sport rouge décapotable
et une Red telephone box, une cabine
téléphonique rouge londonienne qui abrite un distributeur de billets de banque
décorent la devanture du café.
Après dix-huit heures André et Patrick dinent au buffet. André teste
la saveur d’un aloo gobi, un plat indien
au curry agrémenté d'épices constitué de pommes de terre et de choux fleurs.
Vers dix-neuf heures le navire lève l’ancre. Il glisse lentement sur
les eaux sombres de la baie encore sillonnée par des ferry-boats. Une goélette
et quelques frêles esquifs parsèment par endroits la surface. Une trentaine de
minutes plus tard le Voyager of the Seas
dépasse Watsons Bay au jour
déclinant. Les nuances de gris du ciel et la mer participent à la création d’un
tableau ténébreux. Le promontoire de South Head dévoile ses falaises de grès escarpées. La mer de Tasman accueille le géant des mers qui devient une petite coquille
de noix sur l’immensité des eaux de l’océan Pacifique.
Un peu avant vingt heures la DreamWorks
Move it, Move it ! Parade défile sur la promenade royale. Les familles
avec enfants sont au rendez-vous derrière les cordons délimitant la scène
improvisée. Kung Fu Panda, Po et bien d’autres, les personnages de la compagnie
initiée par Steven Spielberg voici vingt-deux ans se déplacent en gesticulant
pour la joie des enfants. Une famille avec quatre garçons est au côté d’André
et Patrick. Ils se suivent tous d’une tête. L’un d’entre eux, au début de l’adolescence,
filme d’une manière toute professionnelle le spectacle avec une tablette numérique.
Son visage s’illumine de sourires de temps à autre. Tout comme André, la mère
promène son regard sur les visages des spectateurs.
A l’issue de la représentation très animée, André et Patrick retournent
dans leur cabine pour terminer tranquillement cette journée riche en souvenirs…
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire