jeudi 19 janvier 2017

Détente dans un petit coin de Belgique avant d’embarquer sur le Voyager of the Seas…

A six heures trente le navire Voyager of the Seas de la compagnie Royal Caribbean s’engage lentement dans la baie du port de Sydney.
Les rites matinaux, le petit-déjeuner, un temps d’écriture sur chaque ordinateur, les préparatifs pour libérer la chambre et la prise de quelques photos intérieures précèdent le départ vers dix heures.
Devant les deux ascenseurs du palier, un bambin sur Terre depuis environ deux ans dans une poussette, en chandail vert pomme, attend sans attendre les membres de sa famille qui sortent les bagages du studio au fond du couloir à droite. Déjà dans l’univers des applications informatiques, il pianote sur un téléphone. Ses petits doigts s’activent le cadran digital. André l’observe avec admiration et étonnement. Son regard semble avoir été capté par l’enfant car, quand le couple entre dans l’ascenseur, il lève les yeux, dessine un sourire sur ses lèvres roses et agite sa menotte dans un au-revoir émouvant.
Quelques instants plus tard, André et Patrick achètent à la station Museum, située à quelques pas de l’hôtel, deux tickets de train à quatre dollars dix l’unité. L’horaire de la transaction, dix heures sept, est imprimé sur le titre de transport. L’accès au quai souterrain par un ascenseur est très pratique pour le transfert des valises. Une affiche publicitaire montre la couverture du magazine The Australian women weekly. Une photo de la princesse Diana invite à découvrir sa vie en photos.  Le train entre en gare trois minutes après leur arrivée. Ils descendent deux stations plus loin à Circular Quay. A la sortie du wagon, leur champ de vision est empli de la silhouette du paquebot Voyager of the Seas amarré devant le pont d’acier en arc Sydney Harbour Bridge. Le ciel est couvert de nuages ; une petite pluie, un crachin, accompagne André et Patrick dans leur marche vers le terminal d’embarquement portuaire. Ils évoluent dans une foule de personnes qui, à leur image, tire des valises à roulettes. Parvenus à la gare maritime, il constate une affluence considérable de passagers sous le parvis couvert. Au lieu de rester dans cette marée humaine à faire le pied de grue à la même place pendant plus d’une heure, ils décident de revenir sur leurs pas et d’aller se détendre à la terrasse d’un café sur les quais vers l’opéra. Le choix se porte sur le Guylian Belgian Chocolate Café. Un jeune serveur brun prend la commande de deux cappuccinos au lait d’amande. Les yeux d’un couple anglophone assis à la table voisine brillent à l’arrivée de deux éclairs au café, ceux-là même repérés par André dans le display royalement garni de douceurs. Des propos sont échangés. Le couple, qui vit dans l’Arkansas aux Etats-Unis, a déjà trainé ses guêtres en Belgique sans toutefois ramener du chocolat. Il vient de descendre du navire où André et Patrick vont embarquer à leur tour. L’espace d’une seconde André décèle dans le regard de la dame l’envie de remonter à bord dans un bref regret que leur croisière soit déjà achevée.
André sirote le café à la petite cuillère. Un chocolat belge en papillote accompagne chaque boisson. Le regard d’André aime à promener son regard alentour. Assise à une autre table, une dame de forte corpulence, le haut du corps cadré soigneusement par son mari pour une photo, lui sourit quand elle capte son regard. A la table parallèle de gauche, un bambin blondinet, le visage mangé par de grosses lunettes de vue, renverse sa boisson en gigotant. Son père, sans rouspéter, sourit et éponge le liquide avec deux serviettes en papier. Autre part sur la terrasse, couverte de parasols qui font office de parapluie, André suit les mouvements gracieux d’une jeune fille gracile à la chevelure vert jade et aux lèvres vert bronze qui apprécie lentement un chocolat chaud.
Deux dames, deux amies remplacent le couple de l’Arkansas. La plus jeune vit dans la région de Melbourne où se déroule actuellement l’Open de tennis d’Australie. Née en Nouvelle Galles du Sud, la plus âgée réside depuis quatre ans à Sydney. Les minutes s’égrènent dans le bien-être et la convivialité.
 André et Patrick commandent à la jeune serveuse Monize, une variante de Mona Lisa, deux chocolats chauds, noirs et intenses, au lait d’amande. Elle est native du Brésil. Soudain, un loriquet, au plumage vert, rouge, bleu et jaune, peut-être celui pris en photo par André quelques instants auparavant, termine son vol sur les sachets de sucre de la table des voisines, vite repoussé par Monize. La plus jeune dame se rappelle la brusque apparition d’une mouette venue en plein vol lui chiper un morceau de saumon dans un sandwich qu’elle portait à ses lèvres. Un beau serveur rouquin passe et testonne une mèche rebelle sur son front. André admire la joliesse de son geste.
Le bavardage se poursuit tout en dégustant l’onctueux breuvage mélangé à un coquillage en chocolat noir disposé au fond de la tasse.
Sur le dallage en plaques de schiste anthracite poli de la promenade, qui court devant la terrasse le long de la baie, le mouvement de la vie suit son cours. Des personnes marchent tranquillement en tenant un parapluie, d’autres effectuent leur jogging, les ferry-boats entrent et sortent de la baie dans un rythme soutenu, le souffle du vent s’amuse avec les branchages des palmiers.
Les treize heures approchent. André et Patrick quittent à leur tour la terrasse, leurs charmantes voisines étant déjà parties. Une courte escapade à l’extrémité de la promenade permet de revoir l’opéra et de réaliser quelques clichés du vaisseau des mers dont la majestueuse silhouette avive la baie de Sydney. Ils retournent ensuite tranquillement vers le terminal de croisière.
En chemin leur attention est captivée par le groupe musical tribal Koomurri. Une pause attentive offre d’écouter des sonorités nouvelles. Les garçons peinturlurés en blanc de dessins claniques, le front ceint d’un bandana rouge, jouent du didgeridoo, un instrument de musique à vent en bois d’eucalyptus en forme de trompe, qui fait partie du riche patrimoine culturel des aborigènes du nord de l'Australie. Cet instrument vit le jour grâce aux termites qui évident le tronc de l'arbre d'eucalyptus sur toute sa longueur en se nourrissant de sa sève. Les deux jeunes aborigènes font vibrer leurs lèvres sur l'embouchure de la trompe tout en psalmodiant des onomatopées imitant les chants d'oiseaux et d’autres animaux de leur univers musical. Leur diaphragme se contracte harmonieusement dans une sorte de respiration circulaire qui leur permet de jouer sans s'arrêter, même lors de l'inspiration. Leurs muscles abdominaux en mouvement sont un plaisir pour les yeux. André est ébloui. Le compact disc Tribal Dance est acheté pour dix dollars.
Plus loin deux jeunes garçons, assis sur un rocher, grimés de bronze, de cuivre et de laiton, font la pause pour les touristes. André s’approche d’un Jack London de passage en Australie et d’un pêcheur local qui lui offre une bille translucide après un agréable contact charnel des mains durant la prise d’une photo.
André et Patrick sont agréablement surpris de constater que l’affluence est maintenant quasi nulle à l’entrée du terminal. L’organisation est bien rodée ; le personnel portuaire est présent aux endroits clés du parcours qui permet de monter à bord. Rosemary est le premier contact. Suivent Krysty, Chris, Jillian, Kathryn qui les guident tour à tour vers l’étape suivante. Candice, native de Sydney, procède brièvement à l’enregistrement, les deux voyageurs ayant effectué un check-in en ligne sur le site de la compagnie Royal Caribbean. Les cartes de cabine sont données. Une photo de chaque visage est prise. Julia, en haut de l’escalator, les dirige vers Brayden qui leur tend le questionnaire Outgoing passenger card à remplir. Une fois inscrites les informations demandées, le formulaire est vérifié par Paul. Elleen leur indique le guichet libre pour la vérification des passeports. Emily leur souhaite bon voyage en français avant le contrôle des bagages. À la coupée du navire, John salue André et Patrick, vise leur carte de bord et les convie à fouler la passerelle. Sur le navire, au gangway, Jocelyn, originaire des Philippines, scanne le code barre des cartes de cabine en papotant. Toutes ces opérations ont nécessité quarante minutes.
André et Patrick entrent dans la suite 1334 au pont dix, celle-là même occupée voici huit ans en novembre-décembre entre Barcelone et Galveston au Texas lors de leur voyage aux Etats-Unis où ils se marièrent à Las Vegas devant le pasteur Dukros dans la chapelle du Luxor le mercredi 31 décembre 2008.
Les bagages sont déposés, des photos sont prises depuis le balcon et le couple monte un pont plus haut pour déjeuner au buffet Windjammer. Un repas frugal est sélectionné parmi l’abondance de nourriture. Deux places sont vacantes à la poupe du navire. Le couple à la table voisine arrive de Melbourne. La dame indique qu’elle va vivre sa dixième croisières avec la compagnie dont une en Asie dans la région du Viêt-Nam. Quelques photos sont prises en retournant à la cabine dont une œuvre de Galia Amsel qui figure un triptyque en verre soufflé représentant une déesse égyptienne dans un écrin de papyrus et de fleurs.
L’après-midi se continue avec un temps de détente et d’écriture. Après seize heures trente André et Patrick assistent au drill, à l’exercice obligatoire de sauvetage en mer. L’usage de l’ascenseur est interdit. Toutefois, André est autoriser à l’utilisé en montrant ses genoux à un membre d’équipage. Il attend Patrick au pont quatre. Les escaliers déversent des passagers par dizaines ; au bout de quelques minutes la figure de Patrick apparait dans la multitude des visages. Les occupants des suites sont conviés par l’équipage à se rendre au restaurant du pont quatre. Les passagers des autres cabines vont rester debout en file indienne sur les ponts extérieurs. Assis autour d’une table familiale avec des asiatiques, André et Patrick écoutent distraitement les instructions. L’usage et la consultation des appareils informatiques sont interdits durant le drill, toutefois la consigne est respectée aléatoirement. Une jeune femme brune assise à côté d’André œuvre assidument sur sa tablette numérique durant tout le processus qui se termine après une allocution du commandant Pehr Pehrsson.
Une pause détente au café de la promenade succède au cérémonial bon enfant où les gilets de sauvetage sont restés dans les cabines. André sirote une camomille et Patrick un café. Une ancienne automobile de sport rouge décapotable et une Red telephone box, une cabine téléphonique rouge londonienne qui abrite un distributeur de billets de banque décorent la devanture du café.
Après dix-huit heures André et Patrick dinent au buffet. André teste la saveur d’un aloo gobi, un plat indien au curry agrémenté d'épices constitué de pommes de terre et de choux fleurs.
Vers dix-neuf heures le navire lève l’ancre. Il glisse lentement sur les eaux sombres de la baie encore sillonnée par des ferry-boats. Une goélette et quelques frêles esquifs parsèment par endroits la surface. Une trentaine de minutes plus tard le Voyager of the Seas dépasse Watsons Bay au jour déclinant. Les nuances de gris du ciel et la mer participent à la création d’un tableau ténébreux. Le promontoire de South Head dévoile ses falaises de grès escarpées. La mer de Tasman accueille le géant des mers qui devient une petite coquille de noix sur l’immensité des eaux de l’océan Pacifique.
Un peu avant vingt heures la DreamWorks Move it, Move it ! Parade défile sur la promenade royale. Les familles avec enfants sont au rendez-vous derrière les cordons délimitant la scène improvisée. Kung Fu Panda, Po et bien d’autres, les personnages de la compagnie initiée par Steven Spielberg voici vingt-deux ans se déplacent en gesticulant pour la joie des enfants. Une famille avec quatre garçons est au côté d’André et Patrick. Ils se suivent tous d’une tête. L’un d’entre eux, au début de l’adolescence, filme d’une manière toute professionnelle le spectacle avec une tablette numérique. Son visage s’illumine de sourires de temps à autre. Tout comme André, la mère promène son regard sur les visages des spectateurs.
A l’issue de la représentation très animée, André et Patrick retournent dans leur cabine pour terminer tranquillement cette journée riche en souvenirs…



































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