Le rideau du balcon est tiré à six heures. Le jour est levé. Des
nuages en famille, nappés d’or et de rouge flamboyant, défilent en naviguant
hâtivement dans le ciel d’azur. Le vaisseau-mère est escorté de navettes qui
vagabondent.
Lors du petit-déjeuner, Patrick est ébahi de voir chaque jour sur le Daily Telegraph dix, voire vingt pages
de résultats hippiques.
La matinée assiste aux activités du couple avec son harmonie
coutumière.
André et Patrick traversent Hyde
Park pour se rendre au restaurant vegan repéré sur Internet. Depuis son
piédestal la statue du Captain Cook
fait un signe aux promeneurs. L’illustre homme tient une longue-vue dans la
main gauche. La rue College Street est
longée jusqu’à la cathédrale Sainte-Marie. André et Patrick reviennent sur
leurs pas.
Le restaurant est niché dans un espace de verdure en contrebas de
l’esplanade fleurie de l’édifice religieux. Une table est libre en terrasse
ombragée par les feuillages et les parasols aux toiles blanches. Une jeune serveuse
explique le fonctionnement vraiment spécifique et inattendu du restaurant
japonais. Seules les boissons sont choisies à la carte. André opte pour un thé
floral au jasmin. Une brigade de jeunes gens se promènent entre les tables avec
des plateaux garnis de mets différents. Les préparations culinaires proposées
aux convives sont nommées et expliquées au besoin. Les prix sont indiqués nulle
part. Les tables se remplissent les unes après les autres ; certaines sont
réservées. Peu de temps après l’arrivée du couple le restaurant est plein. La
formule insolite doit être connue des citadins.
André sélectionne son repas en fonction du côté esthétique des
aliments et de leurs couleurs. Les renseignements fournis lui étant d’un faible
secours au regard des appellations inconnues. Le vent souffle au gré de sa
fantaisie. Il utilise de forts tourbillons pour
se divertir à éparpiller les serviettes en papier, les cartes des boissons
et parfois les fiches où les choix sont cochés au fur et à mesure. En fin de
repas André guette les plateaux des douceurs. Une souriante jeune fille brune
approche avec un plateau prometteur. Un premier choix se porte sur deux apple pie, deux tartelettes genre tatin
réalisées par le pâtissier en forme de rose éclose avec un cœur de myrtille.
Une magnifique réalisation aussi somptueuse que délicieuse. Le second choix se porte
sur deux crêpes pliées en quatre garnies d’onctueuse crème fraiche et de pulpe
d’abricot. La saveur délicate, la fragilité de l’écrin spongieux couleur maïs
et la densité compacte du contenu apportent des sensations nouvelles pour les
yeux et le palais. Derrière Patrick, une table est occupée par une mère et ses
trois enfants. Un garçonnet fait des câlins à sa mamie assise à côté de lui. Une
heure s’écoule dans le bien-être et la nouveauté.
Au moment du départ le couple se rend à la caisse. Leticia informe André
que le restaurant a ouvert ses portes en mille neuf cent quatre-vingt-huit. Le
montant de l’addition est plus élevé qu’imaginé. Ce sera le repas au tarif le
plus élevé depuis l’arrivée à Sydney mais l’expérience en valait la chandelle.
L’esplanade devant la cathédrale se prolonge par une passerelle qui
enjambe à fleur d’eau un bassin rectangulaire construit sur le centre de
loisirs Cook & Phillip Park Aquatic.
André et Patrick retournent à l’hôtel. Le couple se prend à tour de rôle en
photo sur les lames de bois garnies de petites taches blanches du passage. En
traversant college Street, au passage
piéton, en attendant le vert, une dame entre deux âges, à la chevelure rousse bouclée,
portant chemisier blanc, pantalon fantaisie en toile et chaussures jaunes s’adresse
à André. Elle aime la monture de ses lunettes.
A l’hôtel, Patrick s’offre une petite sieste pendant qu’André œuvre
sur l’ordinateur.
Après quatorze heures trente le couple marche sur Elizabeth Street en direction de Macquarie Street pour se rendre à la Librairie d’Etat où Patrick a
repéré une exposition de photos. En chemin un retrait cash de dollars est
effectué dans un distributeur de la Citibank
qui délivre les billets sans commission comme à Bangkok.
Sous le fronton du portique à colonnade ionique
de l’entrée principale de la bibliothèque en roche reconstituée de Maroubra sandstone, l’entablement laisse
lire les mots Public Library of New South
Wales. L’exposition intitulée Photos
1440 a pris ses quartiers dans un bâtiment moderne contigu plus récent. En
chemin pour s’y rendre le chat en bronze du capitaine Flinder est capturé par la pellicule numérique.
Les photos présentées furent prises durant les douze mois de l’année
2015. La publication fut effectuée dans le Sydney
Morning Herald. Chaque photo fut capturée et immortalisée dans une minute
de temps. Chaque moment singulier de chaque minute possède un potentiel unique,
alors imaginons l’infinité de moments singuliers dans une journée composée de
mille quatre cent quarante minutes ; le potentiel du mouvement de la vie.
André prend des clichés de certaines épreuves dont une liée à la magie de la
naissance où les parents rencontrent pour la première fois leur enfant encore
relié à la mère par le cordon ombilical torsadé.
Dans le magasin de souvenirs la quadrilogie de Donald Friend est prise en photo. Un journal de vie en quatre tomes
où chaque narration journalière fut confiée au papier grâce à la plume de l’écrivain.
Un livre de Simon Garfield sur le chronométrage
du temps retient l’attention d’André.
Patrick prend son temps pour découvrir les ouvrages disponibles. La
climatisation est élevée. André va attendre son conjoint dehors. Il s’assoit
sur un muret chauffé par le soleil.
Une fois sorti Patrick propose de se rendre au magasin d’accessoires Foto Riesel by Digital Camera Warehouse sur
Kent Street. Les dénivelés de la spacieuse
rue piétonne Martin Place, traversée par plusieurs rues entre George et Macquarie Streets, sont descendus par
étape. A l’angle avec Phillip Street
le couple entre en coup de vent chez le chocolatier Lindt. En bordure de Pitt les chutes d’eau d’une cascade cintrée
rivalisent vainement avec le brouhaha de la circulation automobile. De prestigieux
édifices des siècles passés, dont un jalousement nanti d’une statue de la reine
Victoria, jalonnent la rue nommée en l’honneur
de Sir James Martin, trois fois premier
ministre de la Nouvelle Galles du Sud. Le couple passe devant le superbe édifice
du Grace Hotel construit à l’angle de
York et King Streets.
Dans le magasin photo Patrick cherche à acheter de quoi nettoyer la
lentille de l’appareil photo. Contre toute attente et avec le sourire un
vendeur lui offre un étui Olympus garni de la précieuse fibre spéciale. Lors du
retour vers le Hyde Park Inn André et
Patrick font un arrêt chez le libraire Kinokuniya
au dernier niveau du centre commercial The
Galeries.
Plus tard et plus loin sur Pitt
le couple se rend chez Coles au World Square. André sirote un jus Pear Flair poire, ananas et pomme acheté
chez Top Juice devant l’entrée du
supermarché. Un cake aux fruits est acheté pour le dîner de Patrick. Le magasin
est bondé, des files d’attente sont constituées pour payer les achats. Le
caissier Joss, chassé brusquement par
une chef sans raison apparente, est remplacé manu militari par Eric qui reçoit
de Patrick les cinq dollars du cake.
Après le repas vers dix-neuf heures quinze
Patrick aperçoit un paquebot à la coque bleu marine qui quitte le port de
Sydney. Une photo dévoile l’identité de la compagnie Holland America Line…
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