mercredi 18 janvier 2017

Insolite restaurant vegan Bodhi à Sydney…

Le rideau du balcon est tiré à six heures. Le jour est levé. Des nuages en famille, nappés d’or et de rouge flamboyant, défilent en naviguant hâtivement dans le ciel d’azur. Le vaisseau-mère est escorté de navettes qui vagabondent.
Lors du petit-déjeuner, Patrick est ébahi de voir chaque jour sur le Daily Telegraph dix, voire vingt pages de résultats hippiques.
La matinée assiste aux activités du couple avec son harmonie coutumière.
André et Patrick traversent Hyde Park pour se rendre au restaurant vegan repéré sur Internet. Depuis son piédestal la statue du Captain Cook fait un signe aux promeneurs. L’illustre homme tient une longue-vue dans la main gauche. La rue College Street est longée jusqu’à la cathédrale Sainte-Marie. André et Patrick reviennent sur leurs pas.
Le restaurant est niché dans un espace de verdure en contrebas de l’esplanade fleurie de l’édifice religieux. Une table est libre en terrasse ombragée par les feuillages et les parasols aux toiles blanches. Une jeune serveuse explique le fonctionnement vraiment spécifique et inattendu du restaurant japonais. Seules les boissons sont choisies à la carte. André opte pour un thé floral au jasmin. Une brigade de jeunes gens se promènent entre les tables avec des plateaux garnis de mets différents. Les préparations culinaires proposées aux convives sont nommées et expliquées au besoin. Les prix sont indiqués nulle part. Les tables se remplissent les unes après les autres ; certaines sont réservées. Peu de temps après l’arrivée du couple le restaurant est plein. La formule insolite doit être connue des citadins.
André sélectionne son repas en fonction du côté esthétique des aliments et de leurs couleurs. Les renseignements fournis lui étant d’un faible secours au regard des appellations inconnues. Le vent souffle au gré de sa fantaisie. Il utilise de forts tourbillons pour  se divertir à éparpiller les serviettes en papier, les cartes des boissons et parfois les fiches où les choix sont cochés au fur et à mesure. En fin de repas André guette les plateaux des douceurs. Une souriante jeune fille brune approche avec un plateau prometteur. Un premier choix se porte sur deux apple pie, deux tartelettes genre tatin réalisées par le pâtissier en forme de rose éclose avec un cœur de myrtille. Une magnifique réalisation aussi somptueuse que délicieuse. Le second choix se porte sur deux crêpes pliées en quatre garnies d’onctueuse crème fraiche et de pulpe d’abricot. La saveur délicate, la fragilité de l’écrin spongieux couleur maïs et la densité compacte du contenu apportent des sensations nouvelles pour les yeux et le palais. Derrière Patrick, une table est occupée par une mère et ses trois enfants. Un garçonnet fait des câlins à sa mamie assise à côté de lui. Une heure s’écoule dans le bien-être et la nouveauté.
Au moment du départ le couple se rend à la caisse. Leticia informe André que le restaurant a ouvert ses portes en mille neuf cent quatre-vingt-huit. Le montant de l’addition est plus élevé qu’imaginé. Ce sera le repas au tarif le plus élevé depuis l’arrivée à Sydney mais l’expérience en valait la chandelle.
L’esplanade devant la cathédrale se prolonge par une passerelle qui enjambe à fleur d’eau un bassin rectangulaire construit sur le centre de loisirs Cook & Phillip Park Aquatic. André et Patrick retournent à l’hôtel. Le couple se prend à tour de rôle en photo sur les lames de bois garnies de petites taches blanches du passage. En traversant college Street, au passage piéton, en attendant le vert, une dame entre deux âges, à la chevelure rousse bouclée, portant chemisier blanc, pantalon fantaisie en toile et chaussures jaunes s’adresse à André. Elle aime la monture de ses lunettes.
A l’hôtel, Patrick s’offre une petite sieste pendant qu’André œuvre sur l’ordinateur.
Après quatorze heures trente le couple marche sur Elizabeth Street en direction de Macquarie Street pour se rendre à la Librairie d’Etat où Patrick a repéré une exposition de photos. En chemin un retrait cash de dollars est effectué dans un distributeur de la Citibank qui délivre les billets sans commission comme à Bangkok.
Sous le fronton du portique à colonnade ionique de l’entrée principale de la bibliothèque en roche reconstituée de Maroubra sandstone, l’entablement laisse lire les mots Public Library of New South Wales. L’exposition intitulée Photos 1440 a pris ses quartiers dans un bâtiment moderne contigu plus récent. En chemin pour s’y rendre le chat en bronze du capitaine Flinder est capturé par la pellicule numérique.
Les photos présentées furent prises durant les douze mois de l’année 2015. La publication fut effectuée dans le Sydney Morning Herald. Chaque photo fut capturée et immortalisée dans une minute de temps. Chaque moment singulier de chaque minute possède un potentiel unique, alors imaginons l’infinité de moments singuliers dans une journée composée de mille quatre cent quarante minutes ; le potentiel du mouvement de la vie. André prend des clichés de certaines épreuves dont une liée à la magie de la naissance où les parents rencontrent pour la première fois leur enfant encore relié à la mère par le cordon ombilical torsadé.
Dans le magasin de souvenirs la quadrilogie de Donald Friend est prise en photo. Un journal de vie en quatre tomes où chaque narration journalière fut confiée au papier grâce à la plume de l’écrivain. Un livre de Simon Garfield sur le chronométrage du temps retient l’attention d’André.
Patrick prend son temps pour découvrir les ouvrages disponibles. La climatisation est élevée. André va attendre son conjoint dehors. Il s’assoit sur un muret chauffé par le soleil.
Une fois sorti Patrick propose de se rendre au magasin d’accessoires Foto Riesel by Digital Camera Warehouse sur Kent Street. Les dénivelés de la spacieuse rue piétonne  Martin Place, traversée par plusieurs rues entre George et Macquarie Streets, sont descendus par étape. A l’angle avec Phillip Street le couple entre en coup de vent chez le chocolatier Lindt. En bordure de Pitt les chutes d’eau d’une cascade cintrée rivalisent vainement avec le brouhaha de la circulation automobile. De prestigieux édifices des siècles passés, dont un jalousement nanti d’une statue de la reine Victoria,  jalonnent la rue nommée en l’honneur de Sir James Martin, trois fois premier ministre de la Nouvelle Galles du Sud. Le couple passe devant le superbe édifice du Grace Hotel construit à l’angle de York et King Streets.
Dans le magasin photo Patrick cherche à acheter de quoi nettoyer la lentille de l’appareil photo. Contre toute attente et avec le sourire un vendeur lui offre un étui Olympus garni de la précieuse fibre spéciale. Lors du retour vers le Hyde Park Inn André et Patrick font un arrêt chez le libraire Kinokuniya au dernier niveau du centre commercial The Galeries.
Plus tard et plus loin sur Pitt le couple se rend chez Coles au World Square. André sirote un jus Pear Flair poire, ananas et pomme acheté chez Top Juice devant l’entrée du supermarché. Un cake aux fruits est acheté pour le dîner de Patrick. Le magasin est bondé, des files d’attente sont constituées pour payer les achats. Le caissier Joss, chassé brusquement par une chef sans raison apparente, est remplacé manu militari par Eric qui reçoit de Patrick les cinq dollars du cake.
Après le repas vers dix-neuf heures quinze Patrick aperçoit un paquebot à la coque bleu marine qui quitte le port de Sydney. Une photo dévoile l’identité de la compagnie Holland America Line

































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