La façade de l’hôtel se baigne des rayons solaires une fois le rideau
de la nuit tiré en coulisses.
L’intermède du petit-déjeuner s’intercale entre les activités de début
de matinée. La salle de la collation matinale est inexistante dans l’hôtel. Un
système original la remplace. Les mets inclus dans le prix de la chambre sont
déposés journellement dans le petit frigo : jus d’orange, tranches de pain
de mie, beurre, miel, salade de fruits, briquette de lait et petite boîte de
céréales. Patrick opte pour des tartines toastées garnies de beurre
d’arachides, du café et de la salade de fruits. De son côté André croque des
arachides grillées non salées en savourant cinq dattes Medjool et deux bananes.
Les messageries sont consultées. Un mail de Jean annonce quinze
centimètres de neige à Villaz. Un mail de Jean-Yves, un ami installé avec sa
famille à Sydney se dévoile.
Dans la matinée Patrick photographies différents articles de presse
découpés dans les journaux de Sydney. André consacre à l’écriture les minutes
qui se dispersent à la suite les unes des autres sur la trame du temps.
Midi passe. André et Patrick suivent tour à tour les rues Elizabeth, Market et George Streets
pour aller déjeunent chez Soul Origin au Sydney
Central Plaza situé à environ un kilomètre de leur hôtel. Deux salades
fraicheurs sont servies par une souriante jeune fille asiatique. Patrick
remarque tout de suite son pays d’origine au traînement musical des voyelles.
Elle lui confirme avec le sourire sa nationalité thaïlandaise. Elle est
enchantée d’apprendre que le couple arrive de Bangkok. Patrick lui dévoile la
suite du périple ; ses prunelles brillent devant l’évocation des étapes à
venir. Les mets sont appréciés dans l’espace commun. André et Patrick sont
attablés côte à côte sur des tabourets moelleux en skaï noir à une banque allongés.
Un couple gay âgé déjeune en vis-à-vis en décalé. A la gauche d’André, un grand
jeune homme châtain clair, au physique de jeune premier, écoute de la musique
sur son iPod, mange rapidement les mets de Soul
Origin tout en pianotant sur son téléphone. Présent physiquement, son
esprit est détaché de son entourage. André est aussi partiellement absent car
la toile de fond de ses pensées est imprégnée du visage d’une homeless observée sur le trottoir le
long de Market Street. La jeune femme
à la chevelure noire bouclée présentait un visage triste, morne et abattu qui exhalait
douleur et tristesse. Patrick est distrait par le déroulement d’un film d’action
diffusé sur un écran perpendiculaire à la table. Il s’agit d’un western avec
John Wayne intitulé The train robbers,
Les Voleurs de trains, réalisé par Burt Kennedy voici trente-trois ans.
Après le repas André et Patrick flânent dans le quartier. Ils entrent
dans The Strand, une sympathique arcade
commerciale établie dans un prestigieux bâtiment de style victorien édifié en 1891.
Le couple pénètre dans la boutique The
Nut Shop. La commerçante asiatique offre de gouter quelques arachides
grillées non salées qui s’avèrent tendre à la mastication. André en
achète trois cent grammes pour trois dollars, soit dix dollars le kilo ; hier
le kilo revenait à plus de vingt-trois dollars chez City Convenience. L’arcade étroite sur plusieurs niveaux aboutit sur
Pitt Street.
André et Patrick se dirigent vers George
Street pour une visite au Queen
Victoria Building, un impressionnant et magnifique édifice, étoffé d’arches
et de colonnes, coiffé d’un dôme et de coupoles, fondé au dix-neuvième siècle pour
accueillir les marchés municipaux. Aujourd’hui il abrite une multitude d’arcades
commerciales. Au premier étage, vers sous la structure de la coupole, un piano
à queue noir est à disposition des clients. Un homme barbu en short noir et
polo gris, une boisson posée sur le carrelage aux motifs géométriques crème,
grenat et gris, joue des mélodies avec brio. Patrick photographie dans chacune
des deux galeries, séparées par le dôme, deux fabuleuses horloges suspendues aux
verrières cintrées. L’une présente différents cadrans circulaires horizontaux
tournant lentement pour marquer le flux temporel. Des figurines en tenue
d’époque témoignent des époques antérieures sur la partie haute de l’œuvre. L’autre,
en allégeance à la reine d’Angleterre, est surmontée d’une maquette de la Tour
de Londres. Les aiguilles indiquent treize heures vingt. Le coupe sort de
l’édifice et prend la direction de son hôtel pour siroter une boisson chaude.
Vers quinze heures André et Patrick arrivent au Market City sur Hay Street.
Pour atteindre leur destination, ils suivirent George Street où deux camions de pompiers, toutes sirènes hurlantes,
débouchèrent de Campbell Street, aidés efficacement pour tourner par une agente
de la circulation dynamique à la gestuelle très scénique. Ils entrent dans le séduisant
bâtiment en briques ocre rouge du Marché de la Ville, un centre commercial,
pour photographier la décoration du nouvel an chinois qui sera fêté le samedi
28 janvier. Une parade défile en musique sur les escalators, conduite par deux
dragons rouge, blanc et or. Dans le sous-sol du complexe, le Paddy’s Market bat son plein. Le marché Paddy’s de Haymarket, situé à côté de Chinatown,
est un marché aux puces traditionnel. De multiples étals de souvenirs le rendent
populaire auprès des touristes venus nombreux en ce dimanche. La majorité des
commerçants sont asiatiques. André et Patrick arpentent quelques allées pour s’imprégner
de l’ambiance festive.
A l’entrée du quartier Chinatown
sur Dixon Street, une artiste
travestie en clown chinois attire le regard par sa
performance étonnante, par son visage maquillé de blanc autour de pulpeuses
lèvres dessinées en rouge, par son accoutrement bigarré et sa perruque colorée.
Elle se contorsionne et un cerceau tournoie à vive allure autour de son buste
dans une valse sans fin. Patrick annonce qu’elle est âgée de
quatre-vingt-quatre ans. André dépose alors quelques pièces dans une valise
ouverte et la magie commence. La dame l’attrape par le bras, l’attire vers
elle, le grime à son tour pour une pose photo. Pris dans ce tourbillon étourdissant,
André se laisse faire avec le sourire. Patrick prend plusieurs clichés. Les
gestes de l’artiste sont caressants et doux. Le contact physique devient source
de bien-être et d’une euphorie empreinte de sérénité. André se nourrit de l’aura
d’amour qui émane de cet être remarquable.
Après cette apothéose enchanteresse générée par la vénérable dame,
André repense à la jeune femme sans logis de Market Street. Il se dit que, finalement, son attitude était celle
d’une victime qui subit les aléas de la vie sans se dépasser, sans chercher à surmonter
les difficultés, sans opposer une action qui efface la grisaille de sa vie
quotidienne. Pour subvenir à ses besoins, la dame au quatre-vingt-quatre printemps
ans s’enivre de sa grisaille, s’élève au-dessus d’elle dans un comportement enchanteur
qui suscite la joie et l’envie d’effleurer son univers. Avant de reprendre son
chemin André lit un message de remerciement imprimé en lettres noires sur fond
vert par l’artiste Elder Paik qui fut blessée à la jambe à l’âge de vingt-huit
ans durant la guerre de Corée.
La seconde porte ouvragée qui délimite le quartier se termine à l’angle
de Factory Street. Une magnifique fresque
détaillée d’un visage aborigène décore la totalité du mur latéral du Novotel sur
Pier Street. En quittant Dixon Street, André et Patrick suivent
une passerelle arienne qui enjambe le trafic routier. Elle aboutit dans le parc
Tumbalong Park. Des photos sont
prises du Jardin chinois de l'amitié où
dépassent des pagodes. Un beau jeune homme, penché sur l’eau, semble méditer
dans l’embrasure d’une fenêtre située au niveau de l’entrée qui franchit un
ruisselet. Un ibis est perché sur un rocher. Plus avant en bordure du parc, les
bâtiments du Centre des expositions et du théâtre de la ville retiennent l’attention
par l’ampleur de leur construction et leur design recherché et élégant.
Le port Darling Harbour se
révèle en prolongement du parc. Le soleil darde de brulants rayons au bord de l’eau.
Le couple préfère l’ombre et emprunte une passerelle aérienne pour joindre Druitt Street. André et Patrick sont
étonnés d’arriver au Queen Victoria Building.
La rue Druitt croise celle de George. Un prédicateur s’exprime au micro
debout sur une caisse devant l’entrée du centre commercial au pied d’une statue
de la reine Victoria qui désapprouve son laïus. Un écriteau annonce la proche
fin du monde. Un autre affirme que le Christ reviendra.
Après une courte marche devant le proche édifice de la mairie, André
et Patrick se rendent un peu avant dix-sept heures chez Old Vienna Coffee House dans le grand magasin de la reine pour un temps de détente et de gourmandise.
La jeune serveuse Alissar termine sa journée de travail après s’être occupée de
la commande du couple. Patrick sirote du
thé Earl Grey en savourant un strudel aux cerises. André déguste une part de Chocolate Mud Cake. Le café va fermer
dans une vingtaine de minutes et le caissier, Wzaber, imprime les additions distribuées
efficacement par les serveuses. Certaines commencent à positionner les portions
de vitrages de fermeture qui glissent sur des rails comme celles qui entourent les
zones de buffet sur les navires Costa.
Après ces instants de repos et de bien-être, André et Patrick
retournent au Hyde Park Inn en suivant la rue Pitt. Une variante du château d’Edimbourg
est prise en photo à l’angle de Bathurst
Street.
La soirée se déroule agréablement dans le confort du chez eux australien d’André et Patrick.
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