Au lever du jour le navire est entouré d’une chanson de toile bleu
marine qui fredonne au contact de la coque. Elle suscite l’impression d’être lisse
et imperméable. Entre lumière australe et abysse insondable, les vagues de la
toile ondulent et oscillent dans un rythme musical souple et régulier tel un insouciant
métronome au paroxysme de son art.
Le ciel céruléen, telle une opale iridescent, accueille avec bienveillance les
légers nuages duveteux égarés,
disséminés à l’horizon.
Lors du petit-déjeuner à la poupe,
André plonge son regard dans le sillage d’écume du navire qui s’estompe
lentement au lointain. Les bananes sorties des armoires froides, prises exagérément
d’assaut hier par les passagers descendus à terre, sont à nouveau présentes au
buffet. André en emporte deux chaque jour pour que leur chair soit à
température ambiante le petit-déjeuner suivant. Ainsi, hier matin, avant de fouler le sol
de la Nouvelle-Calédonie, il a pu prendre sa collation sans être dérangé par
l’attaque impétueuse sur le fruit.
André consacre la matinée à la narration de la journée d’hier. Il se
rend de temps à autre sur le balcon pour profiter de la beauté et de la
quiétude des flots bleu nuit tapissés de paillettes d’argent. Portées çà et là au gré du vent elles scintillent et ondoient telles
les facettes d’une rivière de diamant.
A midi, au pont onze, au travers des vitres de l’ascenseur, le visage
d’un enfant s’illumine sur le palier. Son doigt pointe avec joie vers une femme
blonde qui sourit avec des yeux rieurs en l’apercevant. Dès l’ouverture des
portes, il se précipite avec candeur et ravissement vers la dame qui lui tend
les bras en occultant la présence des passagers qui s’apprêtent à sortir de la
cabine. Il tamponne insensiblement André, se meut avec
souplesse et se jette dans les bras de l’heureuse personne.
Sandra rencontre André au buffet qui regarde les mets après avoir
savouré du gratin de chou-fleur. Distrait par Sandra, il en oublie de prendre
du sauté d’oignons. La jeune femme rejoint André et Patrick à leur table.
Patrick sirote un thé noir. Sandra évoque un voyage vécu avec son ex-mari, organisé
par la firme Contiki. Ils firent un
voyage de plusieurs mois en Europe. Contiki Tours est une agence de voyage,
opérant en Europe et dans d’autres pays du monde, spécifiquement créée pour les
voyages en bus.
En début d’après-midi Patrick se rend au théâtre La Scala pour revoir le film Star
Wars The Force Awakens. De son côté André continue d’œuvrer sur
l’ordinateur.
Vers seize heures trente une pause boisson chaude est appréciée au
café de la Promenade. Patrick achète ensuite deux billets pour la navette de
demain avant de rejoindre André dans leur cabine.
Lors du dîner au buffet, André et Patrick accueillent six personnes
chinoises à leur table. Leur manière de manger est intéressante et dénuée d’organisation,
tout au moins en surface car leur pratique est probablement coutumière dans
leur pays. Elles se restaurent sans se préoccuper des mélanges salés et sucrés.
Chacune des personnes apporte des mets du buffet qui sont partagés et mangés à
l’avenant tout en bavardant avec animation ; les sonorités musicales baignent
les oreilles des deux français. Un pot de piment rouge a été apporté sur le navire ;
la plante accompagne la nourriture sans distinction. Le déroulement successif entrée,
plat, dessert est ignoré. Chaque chinois picore au gré de sa fantaisie :
un quartier de fruit, un bout de viande, une partie de cookie, un morceau de patate
douce et bien d’autres bouchées. L’abondance alimentaire recouvre la table. André
est fasciné par le comportement naturel et spontané de ses voisins de table. La
diversité sur Terre s’exprime de milliers de façons distinctes et singulières.
La diversité au buffet est particulièrement importante pour le dîner. Dans
leur sélection, André et Patrick testent la saveur de rouleaux de printemps, de
fromage de brie et de bleu, de stir fry vegetables,
de légumes sautés, de têtes d’ail rôties. Patrick termine son repas avec une
part de gâteau au chocolat avec une boule de glace vanille. Le ciel s’embrase
et il se hâte d’aller prendre des photos depuis le pont douze.
La présence de Nathan Foley est annoncée au théâtre La Scala à vingt-heures trente. André et
Patrick sont installés au quatrième rang devant la scène. Le couple assis à la
droite d’André habite sur l’île de l’inspiration ; la Tasmanie est un état
naturel de l’Australie au sud-est de Sydney, composé de centaines de petites
îles. Une grande partie de son territoire, de son patrimoine, est riche de
réserves naturelles et de parcs nationaux. La jeune dame bavarde avec André.
Elle vit avec son marie leur cinquième croisière. Elle apprécie de danser le
soir sur le navire et de lire, activité rare dans sa vie professionnelle de
tous les jours.
Une annonce de Mitch informe de la très forte intensité sonore du
rock-n-roll lors de la performance musicale à venir. André décide de s’éclipser
pour préserver ses oreilles. Patrick apprécie le one man show de Nathan. André se détend dans la cabine. Une fois
son mari de retour, ils entrent au pays des rêves…
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