La matinée offre de vaquer aux diverses occupations liées au
déroulement du voyage.
Les onze heures trente sont passées quand André et Patrick marchent
sur Pitt Street en direction de la
gare Centrale. Le ciel est grand bleu, la température est élevée et l’air est
moite.
A l’angle avec Goulburn Street,
la structure originale plus que centenaire du Maloney's Hotel retient l’attention avec le charme de ses courtes
tourelles crénelées aux pans coupés en briques rouges sur Goulburn et, côté Pitt, avec
sa façade rose aux fenêtres arquées et rectangulaires aux encadrements vert tilleul. Adossé à l’hôtel, un gratte-ciel fuselé
blanc et gris clair presque borgne, tel un assemblage de dominos vierges,
semble s’être téléporté tant sa présence est attenante.
A l’angle avec Hay Street,
sur la droite, diverses photos du passé sont agrandies contre les murs en
briques rouges d’un bâtiment en devenir. André prend une scène de vie de
l’année 1948 où des ouvriers s’activent sur la création ou la réfection de
trottoirs à l’angle d’Elizabeth et Liverpool Streets. En toile de fond le Peter Pan Cakes Cafe nourrit
l’imaginaire tout comme la présence de deux voitures anciennes qui croisent à
vive allure un bus à l’impérial ; des carrosseries de caractère aux carénages
de charme aujourd’hui disparus.
Au niveau de Railway Square,
Pitt se jette dans George Street. Tels de gracieux derricks,
le square est encadré de quatre pylônes métalliques effilés à trois montants cerclés
à leur faîte. Un ruban d’acier en spirale, de couleur différente pour chaque armature,
symbolisant les quatre éléments, grimpe à ces mâts de cocagne futuristes.
André et Patrick foulent maintenant Broadway. Le Central Park Mall, riche de son originalité unique, s’accapare les
regards et les prises de vue des appareils photos. Les façades des deux
buildings, reliés à leur base par des arcades commerciales, sont constellées de
jardins verticaux suspendus les uns sur les autres dans une harmonie de
terrasses de verdure. André voit un grand jardin vertical fleuri tel un canevas
des vignes, de plantes et de fleurs qui s’élèvent à plus de cent mètres dans le
ciel bleu de Sydney. Telle une improbable canopée, une sorte de damier ajouré
en porte-à-faux semble suspendu horizontalement par magie dans les airs.
Plus loin sur Broadway, un ouvrier nivelle à la truelle une plateforme
au ciment juste coulé. Un ancien édifice en cours de destruction tire sa révérence
pour laisser sa place à un autre bâtiment.
André et Patrick déjeunent au numéro cent cinquante-sept sur Broadway
chez Hari’s Vegetarian. La jeune Sudi s‘active avec entrain à servir les
clients tout en assurant le paiement. Elle sert au couple du riz et du
chou-fleur en sauce, une salade de légumineuses et légumes verts. Assis à la
table commune, les mets sont savourés. La clientèle est majoritairement hindoue
et asiatique. A la gauche d’André, un jeune homme asiatique mange de façon
machinale tout en lisant. Seule la fourchette de sa main droite devenue
autonome s’occupe de porter les aliments à la bouche. André et Patrick se
partagent une part royale de forêt noire ; une des plus savoureuses selon
la souvenance des papilles d’André.
Le quartier de Chippendale est attrayant et la découverte de Broadway
se poursuit. Tels des frères siamois dont le premier naquit en 1904, les deux
buildings en vis-à-vis de l’ancienne firme Grace
Bros se signalent entre Bay Street
par la splendeur de leur tourelle surmontée d'un globe de verre et d'acier, symbole
de l'entreprise à la fabuleuse prospérité, où en son temps les lettres Grace signalaient la présence des deux
grands magasins. La rénovation est magnifiquement réalisée. André et Patrick
prennent pratiquement la même photo de ce duo de charme et de splendeur.
Le parc Victoria se dessine à l’horizon. En face sur City Road la façade attrayante de l’ancien Lansdowne
Hotel étonne par son apparent laisser-aller. Quel sera son avenir depuis
son récent achat par l’Academy of Music
and Performing Arts ?
Le parc est traversé en privilégiant les zones d’ombre tant la chaleur
est écrasante. Patrick prête à André sa casquette achetée voici deux ans à Niagara Falls. Le couple grimpe la
colline et parvient à l’Université de Sydney, la plus ancienne, la plus grande
avec son campus, probablement la plus riche d'Australie et d’une beauté à
couper le souffle. Elle domine le panorama de la ville où se détache la Skyline à l’horizon. Elle est
superbement entretenue. Dans la cour centrale, le quadrilatère principal, où
les pelouses d’un vert anglais sont copieusement arrosées, une musique
cristalline carillonne depuis la tour dominante qui impressionne par sa hauteur.
Les visiteurs sont presque tous asiatiques. Une ribambelle d’enfants accompagnés
anime le lieu avec leurs rires et leur désinvolture. André est pris en photo
devant l’écusson de l’université. En 1848, William Wentworth vit la nécessité d’une
université pour la croissance d'une société aspirant à l'indépendance et son
projet fut adopté. Quatre ans plus tard, en octobre 1852, l’université fut
inaugurée après avoir reçu sa charte royale de la reine Victoria. Elle prit une
seconde naissance sur son magnifique site actuel, dans le quartier de Camperdown,
en 1859. Le style oxfordien
des bâtiments en grès ocre rose et mauve fut emprunté à celui de l’université
de Cambridge.
Après la visite riche d’histoire et de beauté, le couple se désaltère
au Fisher Coffee. La terrasse
ombragée offre une vue spectaculaire sur la figure angulaire du bâtiment
principal de l’université. Un arbre vénérable plus que centenaire, au tronc
riche des veines amoncelées par ses années de vie, trône majestueusement en bordure
du lieu de détente. Un grand café Mocha et un thé Earl Grey, préparés par Huss,
un garçon aux gestes précis, sont sirotés à une table commune en bois à
l’ossature design en métal gris clair. Le mot Vittoria est inscrit sur les gobelets en carton. En face d’André, une jeune fille blonde étudie
via son ordinateur. Un téléphone est proche et les doigts s’y rendent
régulièrement comme un aimant attire le métal. Un cahier est ouvert entre les
deux appareils où des formules mathématiques sont écrites sur de fines lignes
noires. Des écouteurs sur ses oreilles empêchent un possible échange verbal,
souhaité pourtant par le cœur d’André. L’étudiante range ses affaires, se lève
et lance un au-revoir en français avec un charmant sourire en s’en allant. En
marchant, elle libère ses cheveux noués sur sa nuque, secoue gracieusement sa
chevelure mi longue et enfile une casquette noire. Dès son départ quatre jeunes
garçons asiatiques remuants prennent sa place sur toute la longueur du banc.
André et Patrick se lèvent à leur tour et poursuivent leur chemin. Des
bâtiments annexes, en verre et en métal, sont côtoyés pour se diriger vers le
parc. Devant la faculté de droit, une quinzaine d’individus en bronze, tous
différents comme c’est le cas de chaque être humain, séduisants dans leur
matérialité figée, sculptés par Andrew Rogers, telles des spirales ondulées et
évasées, se projettent dans le champ de vision des deux promeneurs. Le sud du parc
bordé par City Road est parcouru. Un grand
totem retient l’attention. Une plaque informe qu’il s’agit d’un présent du
peuple canadien offert à l'occasion de la semaine nationale du bois en 1964. Le
totem fut sculpté par Simon Charlie, un indien Quamichan de l’île de Vancouver
en Colombie Britannique.
Au numéro quatre-vingt-douze sur City Road une superbe demeure en
briques rouges, au corps élancé vers le ciel, un peu fanée par les ans, demande
à être photographiée. Fenêtre en encorbellement, œufs de bœuf, lucarnes
cintrées, balcons terrasses aux rambardes en fer forgé vert magnifiquement
ciselé témoignent du charme fou devenu suranné de cet émouvant lieu de vie.
André et Patrick suivent Cleveland Street pour joindre leur objectif.
Des habitations, à la conception identique, se succèdent le long du trottoir.
Les paliers sont protégés sur toute leur largeur par des grilles munies de
piques pour éloigner les créatures téméraires à deux ou quatre pattes. Une
façade gris souris, à la porte d‘entrée protégée de barreaux de fer à
claire-voie, est photographiée au numéro vingt-deux. André ramasse au sol une
enveloppe destinée à deux personnes du quartier de Chippendale mais qui habitent dans la rue Wiley. Le pli est posé sur un muret. Plus avant la façade d’angle colorée
délavée, munie d’un large auvent arrondie, de l’hôtel The Rose, un oasis dans le quartier, témoigne de son grand âge.
L’objectif est atteint. Toutefois la boulangerie restaurant Brickfields, très réputée à Chippendale,
s’apprête à fermer ses portes. Le couple retourne sur Broadway en suivant la perpendiculaire Abercrombie Street où la façade d’angle crème aux encadrements
marron foncé du Chippo hotel d’inspiration
mexicaine dénote dans le quartier. Plus loin l’édifice efflanqué, rose pâle, du
Cafe Palace & Catering, telle la
figure d’un ramoneur, interpelle par
son apparence fantomatique. Une poignée de main est échangé avec un ouvrier en
pause assis sur une marche qui s’intéresse à la provenance du couple.
Sur Broadway deux rues sont traversées pour entrer dans le centre
commercial Central Park Mall au bas
des jardins verticaux. A chaque passage
piéton à Sydney, au vert, une musique sautillante se laisse entendre durant la
traversée. Après une brève visite de ce complexe en cours de création, André et
Patrick se rendent à la gare Centrale pour une petite découverte du lieu. Elle
ressemble à celle de Waterloo Station
de Londres. Le grand hall est traversé pour sortir du côté du parc Belmore. La rie Pitt est remontée. André achète des bananes bien mûres à vingt
cents l’unité chez Jarern Chai, un magasin thaï équipé d’un restaurant. Le seize
heures approchent quand le couple parvient au World Square Shopping Centre où André sirote un jus pomme, poire et
fraise chez Johnny’s Fruit factory. Dominique, une jeune asiatique, l’accueille à
la caisse.
Après un temps à siroter la boisson fraiche à une table commune, André
et Patrick se rendent, toujours le long de Pitt,
dans la Strand Arcade.
En chemin un jeune gars
allongé sur un muret devant le City Hall interpelle André avec un sourire pour
lui demander la provenance de ses lunettes. Une poignée de main est échangée
avec André après un court bavardage où il lève le pouce quand il connaît la
durée du séjour du couple en Australie.
Chez The Nut Shop un
kilogramme d’arachides grillées non salées est acheté pour dix dollars. Une des
deux dames présentes les reconnait. Elle a vécu à Paris voici bien longtemps et
son français a disparu. Sa collègue est allée deux fois en France dont à Nice
et à Paris.
Une flânerie précède le retour au Hyde Park Inn en suivant Elizabeth
Street. Une jeune femme est croisée dans la rue. Elle est superbement habillée.
Une longue chevelure blonde tombe en cascade sur un fourreau fleuri. Une parure
de fourrure auréole son buste au galbe parfait. Elle avance d’un pas décidé en
ondulant gracieusement des hanches, sûre de sa beauté et de son élégance.
Dans l’ascenseur André retient les deux battants pour laisser entrer
deux hommes qui approchent. Le couple habite à Shanghai. L’homme plus âgé est allemand ;
son conjoint est chinois.
Un repas léger est apprécié avant une soirée de détente.
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