Un jeune homme asiatique balèze, assis à la table voisine, s'élance à
la poursuite d’André qui a oublié son sachet d’arachides sur le cabriolet
orange dans la salle du petit-déjeuner. Un Wai succède au remerciement d’André.
L’illusion de la sécurité touche tous les domaines de la société.
Pour retourner dans leur chambre depuis le septième étage où André et Patrick
ont pris leur petit-déjeuner, il convient de prendre l’ascenseur. Rien
d’étonnant à cela. Toutefois pour pouvoir atteindre le quinzième étage, il est
incontournable d’utiliser la carte magnétique de la chambre pour enclencher
le bouton concerné ; sans cela le départ est impossible. Autrefois et cela est
récent somme toute, il suffisait d’appuyer sur le bouton de l’étage désiré pour
mettre en mouvement l’ascenseur. On peut imaginer qu’une peur exagérée de voir
un intrus accéder aux étages des chambres explique ce système contraignant ; et
quel serait le dessein pernicieux de cet individu douteux ? Vol, meurtre, déprédation,
espionnage ; la fantaisie, le délire du décideur empreint de peur trouverait
probablement bien d’autres motifs.
Le blog du voyage s’actualise dans le confort de la chambre.
Un peu avant midi, André et Patrick se rendent au MBK pour déjeuner
dans le restaurant végétarien repéré hier. En chemin une œuvre de l’équipe Asiola est photographiée. Elle a été
peinte sur un vaste mur, perpendiculaire à l’hôtel Mercure-Ibis, qui a
accueilli favorablement ce tableau géant en 2016. On peut lire à droite au bas
de la création Asiola Peace for Bangkok
2016. L’artiste Patcharapol Tangruen, plus connu sous le nom Alex Face, est le créateur de ce bébé, avec
un troisième œil d’une autre dimension, habillé d’un costume d'animal imaginé par un enfant.
Le restaurant Nova Kitchen propose
une carte variée de mets végétariens. Patrick choisit de tester la saveur des rouleaux
de printemps et celle du riz brun aux copeaux de viande végétale. André opte
pour une poêlée de légumes. Du thé noir pour Patrick et du thé vert pour André
accompagne les mets. Une heure s’écoule dans le continuel bruit de fond du
centre commercial.
Après le repas le couple décide de se rendre au parc Lumphini. Devant l’entrée de la station National Stadium, André prend en photo
un couple de jeune marié thaï en pause à côté de l’autel dédié au roi défunt. Telle
une ravissante princesse, la jeune femme arbore une robe longue au large volume,
en tulle et dentelle blanche et au bustier brodé. Le jeune homme porte un simple
costume noir. Au premier plan de la photo, un bureau nappé de blanc, où trône
un superbe bouquet de roses blanches et un léger fauteuil en dralon couleur loutre
aux pommeaux des accoudoirs galbés en forme de cou de cygne permettent d’écrire
sur le livre d’or ouvert sur la plaque de verre à la surface du plateau.
Une rame du train aérien dépose les deux voyageurs à la station Sala Daeng. Quelques instants plus tard
le parc Lumphini se dévoile pour de nouveaux regards.
Deux heures de balade s’offre à André et Patrick. Le ciel est en
nuances de gris clair. L’air est chaud et humide. Des chats se prélassent un
peu partout. Des feuilles mortes mordorées racontent que c’est l’hiver en Thaïlande
malgré la continuelle chaleur. Un gros matou crème et brun pavane sur un banc
en bois peint en vert, quelque peu défraîchi. Le parc est sillonné. Une
fontaine en pierre blanche en repos, composée de plusieurs vasques circulaires
superposées, ornée de petites sculptures et d’angelots où les jets d’eau
attendent de sortir de leur bouche délicate, trône au milieu d’une mare limoneuse. La salle de sport et de musculation en plein air est toujours
en activité. Des garçons suent devant l’effort sans se préoccuper de la chaleur.
Divers pavillons thaïs embellissent l’écrin de verdure. Des corbeaux noirs croassent
à cœur joie par dizaines dans les arbres. Plus loin des mainates sont plus discrets.
Un petit lézard, peut-être un futur dragon de Komodo s’immobilise au passage
des promeneurs. Diverses étendues d’eau agrémentent le parc dont un petit lac
où des pédalos sont en mouvement. Une variante d’une sphère armillaire propose
de découvrir l’horoscope chinois. Vers la sortie du parc, un jeune homme en
short rayé et tee-shirt bleu assis sur un banc en pierre est entouré d’une myriade
de pigeons. Les appareils alentours entrent en action. André et Patrick
réalisent le rêve de voler grâce aux Wings
of Mexico, aux Ailes de Mexico, exécutées par l’artiste Jorge Marin. Tour à
tour, durant quelques secondes, ils réalisent le rêve d’Icare en se glissant
entre les ailes de bronze à l’étonnante légèreté en vol. Le long de la large
allée d’accès au parc, quatre figurines casquées, ludiques et expressives, sensibilisent
de différentes manières le promeneur vis-à-vis des déchets à recycler plutôt qu’à
jeter au sol. Un panneau annonçant le prochain Thailand Tourism Festival dans le parc rappelle qu’au pays du
sourire la population vit en 2560. Vers la sortie du parc deux petits chats batifolent.
Une dame âgée passe en tirant péniblement deux sacs posés l’un sur l’autre sur
un support à roulettes. Elle sourit franchement en voyant Patrick prendre son
temps pour photographier les deux félins. Peut-être est-elle habituée aux touristes
pressés qui visitent le parc en poulopant à grandes enjambées pour vaquer à bien
d’autres activités. Le regard d’André croise celui d’un cycliste qui sort par une des grilles du parc. Il le gratifie d’un superbe sourire
et lui lance à haute voix Happy New Year.
André, touché, lui retourne son souhait de bonne année.
Un temps de détente se déroule au proche Starbucks du Silom Complex. La jeune Teeraya prend la
commande d’un café américano siroté par Patrick. Une courte visite vers
l’entrée du centre commercial permet de découvrir une multitude d’étals
alimentaires dans le cadre de la Food
Story qui s’y déroule au rez-de-chaussée du quatre au quinze janvier. La
majorité des aliments sont inconnus, hormis la viande, et ceux emballés
présentent tous des désignations en langue thaïe. Ce marché éphémère est
simplement destiné aux thaïlandais.
André et Patrick retournent par le train aérien à la station Siam. Ils arpentent les allées du centre
Siam Discovery pour découvrir les restaurants qui sont finalement peu nombreux
et axés sur la viande. Ils retournent au Siam Centre pour dîner au restaurant Petite Audrey fondé par Janista
Charoonsmith. André songe à Audrey, la gérante qui anime le restaurant Sur les pas de la petite botte situé à
Annecy. Par ricochet il pense à sa cousine Monique qui lui a fait découvrir cet
établissement de charme. Assis côte à côte sur un léger canapé deux places en
bois, au cannage crème, agrémenté de coussins colorés, ils savourent un gratin
de macaronis au parmesan agrémenté de champignons. Après une quarantaine de
minutes dans le cadre chaleureux et attrayant du restaurant, aux fenêtres ouvertes
décorées de guirlandes lumineuses, André et Patrick s’en retournent. Sur la
porte d’entrée de chez Audrey une superbe couronne de fête rappelle celle
offerte en 2007 aux parents du couple. Ils empruntent la nouvelle passerelle à
la sortie du Siam Discovery pour retourner à l’Holiday Inn. Cette nouveauté évite de transiter par
le centre MBK pour joindre l’hôtel ; la traversée de la chaussée des deux
grands axes routiers étant impossible à pieds. Une quinzaine de minutes est
offert ainsi au déroulement de la soirée consacrée majoritairement par André à
la narration de la journée étoffée de recherches informatives et récréatives sur
Internet. Patrick se détend sur son ordinateur ou sur l’iPad selon sa fantaisie.
L’appel du sommeil se fait sentir et le couple entre au pays des rêves…
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