mercredi 11 janvier 2017

Rencontre avec l’attachant Jim Thompson à Bangkok...

A l’aurore le bleu entre en scène dans le ciel de Bangkok. La luminosité naissante s’amuse à dessiner des ombres bientôt soulignées par l’apparition des rayons solaires.
 André promène son regard dans le vaste espace du petit-déjeuner. Trois jeunes couples italiens prennent un repas copieux autour d’une table ronde disposée devant une banquette semi-circulaire en cuir noir égayée de cousins rouges. Un paravent ajouré de lamelles noires à la structure dégressive ceinture le coin repas pour préserver le confort des convives. Une rétrospective des années Obama défile sur le proche écran de télévision. Une dame asiatique, le visage inexpressif, le regard lointain, mâche ses aliments machinalement. Une jeune fille s’assoit devant elle et sa figure disparait du champ visuel d’André.
La matinée se partage les activités animées tranquillement par André et Patrick. A midi ils décident d’aller déjeuner au restaurant Nova Kitchen au MBK Center. A l’entrée du centre Patrick photographie les légères touches de peintures du flanc du grand lapin blanc.
André se régale à son tour avec les nouilles aux légumes et protéines végétales savourées hier soir par Patrick qui, de son côté, renoue avec la saveur du riz brun aux copeaux de viande végétale. Des rouleaux de printemps complètent leur collation. Au moment de l’addition André prend en photo un exemplaire des billets de vingt et cinquante bahts.
Un îlot décoré de papier vert au supermarché Tops Market attire le regard d’André en quittant le restaurant. Une grande variété de paquets et de paniers cadeaux emballés sous cellophane brillent sous l’éclairage idoine. Patrick explique qu’il s’agit de présents destinés aux moines bouddhistes qui vivent uniquement par le don du peuple thaïlandais. Des rochers en chocolat d’une marque très connue, des peluches, des biscuits, du café et bien d’autres produits attrayants composent ces offrandes superbement apprêtées.
En sortant du MBK André et Patrick croisent inopinément le jeune couple chinois et leur fillette qui achevaient leur repas à la table voisine. Le papa, tout en mangeant, avait replié sa jambe droite sur son genou gauche dans une position décontractée. Lors de la traversée, devenue coutumière pour éviter les escaliers, du Bangkok Art & Culture Centre, Patrick entre dans la boutique Happening Shop qui propose des livres, des sacs et une multitude d’objets dont certains paraissent inutiles mais séduisants. Il entre ensuite dans deux petites galeries d’art où des peintures des artistes Suttipan Suttichai et Jompol Puatawee sont exposées. Les deux garçons sont nés respectivement en 2532 et en 2526.
En face, André s’intéresse à l’Atelier de Marsi, un café étoffé de l’aura et des œuvres de la princesse défunte Marsi Paribatra. Il regarde la carte et propose à Patrick d’entrer pour un temps de détente. Le couple prend place dans un petit canapé deux places cubique en tissu couleur taupe disposé devant un mur à la peinture violette. Un coffre en bois clair fait office de table basse. Outre le canapé, tout le mobilier est en bois. Une jeune femme brune apporte le Mocha et le cappuccino commandés. La forme de l’anse des tasses est ingénieuse. Incurvée, elle épouse précisément la forme du cuilleron rond de la cuillère ; la partie concave offre de tenir aisément la tasse. Un monsieur, asiatique, quelque peu édenté, s’approche d’André et Patrick en souriant et leur serre la main. Les prénoms sont échangés. L’homme, après une absence de réflexion, tente d’épeler son nom en anglais. Son accent est difficilement compréhensible. Satisfait, il s’installe à une table voisine pour siroter une boisson et feuilleter un magazine. A diverses reprises il viendra papoter avec le couple. Des œuvres de la princesse égaient les murs. La peinture L’arbre des quatre saisons et une citation de l’artiste écrite sous une grande photo dédicacée, disposée sur un chevalet, sont photographiées. André se remémore quelques informations reçues l’année passée sur la princesse. Elle vint au monde au Royaume du Siam au début des années trente. Elle tira sa révérence à la vie présente dans sa bergerie du village d’Annot, dans les Alpes de haute-Provence, il y a trois ans maintenant. Lors de ses obsèques en France la Reine Sirikit lui fit un élogieux hommage  avant d’emporter ses cendres à Bangkok.
A une table voisine deux jeunes garçons thaïs assis en vis-à-vis échangent un Wai avant de quitter la table. La voix d’Edith Piaf emplit l’espace du café. André et Patrick feuillettent tour à tour le magazine National Geographic d’octobre 2013. De multiples visages s’offrent au regard dont une superbe photo d’Alison et de Lawrence avec leur enfant. La famille vit à Houston au Texas. Les traits métissés du visage de la jeune fille sont issus des spécificités génétiques de ses parents. La race pure est une chimère et une illusion de l’esprit. La population des Etats-Unis et du monde s’enrichit à tous points de vue de toutes ces différences.
En quittant ce lieu de bien-être et de beauté, Patrick achète une carte postale représentant Le Bal, une œuvre peinte par Marsi il y a vingt-cinq ans.
Une trentaine de minutes plus tard André et Patrick entrent chez Jim Thompson sur Soi Kasemsan 2. André aime à venir dans ce lieu lié à la disparition mystérieuse de Jim le dimanche de Pâques 1967. La vaste demeure fut construite en son temps au bord du Klong Saen Saeb, du canal où les barges rugissent régulièrement sur les flots troubles.
Au Centre d’Art au premier niveau, l’exposition The Game Viet Nam par Le Brothers est découverte. Elle présente les œuvres vidéo, les photos anciennes et les objets d’art des artistes jumeaux Ngoc Thanh et Le Duc Hai basés à Hue, au Vietnam. Ils expriment leur vision de leur pays réunifié autour de leurs souvenirs d’enfance. Une photo d’un jeune poète, inconnu, est capturée sur la pellicule numérique.
Familiers du lieu, André et Patrick se promènent quelques instants dans la propriété baignée de végétation luxuriante ; un havre de paix dans la turbulente Bangkok. Ils longent ensuite le Klong en prenant à gauche pour aboutir dans Kasem San 3 Alley. Une barge bondée jaillit sur les eaux écumeuses tel un fougueux étalon fendant les flots avec vigueur et agilité. La terrasse d’une cantine familiale s’est accaparée le bout du passage étroit au bord du canal. La ruelle Kasem est foulée. Plus avant André remarque la présence de trois voitures anciennes sur le parking de Gem Production Co. Ltd, un des principaux marchands de pierres précieuses et de bijoux en Thaïlande. Les automobiles au charme fou, une décapotable rouge, une autre noire et une spacieuse berline sont entretenues avec soin. Les carrosseries, exemptes du moindre grain de poussière, brillent sous les rayons solaires qui dardent aujourd’hui de brulants rayons. Un chauffeur de touk-touk prononce joyeusement les mots Bonne Année en français une fois connue la provenance d’André et Patrick. La voie poussiéreuse et inégale se termine devant l’entrée le Siam@Siam Design Hotel à la façade colorée et étoffée de fresques au niveau de la terrasse.
André et Patrick poursuivent à droite sur Rama 1. A l’angle du vaste supermarché Tesco Lotus, ils prennent à droite dans Banthat Thong Road. Avant le canal, ils prennent à droite en contournant le magasin. André s’échappe un instant pour grimper les marches raides d’un petit pont traversant le Klong. Il est à l’usage des riverains qui se sont appropriés les rambardes en aluminium pour faire sécher des draps de bains colorés. Quelques photos sont prises. Des toits de tôles protègent les habitations imbriquées au bord du canal. La présence d’une grande parabole tournée vers le ciel sur les plaques de métal partiellement rouillées surprend par sa présence insoupçonnée. Un jeune thaï passe et propose à André avec naturel de partager son repas qu’il avale en marchant. Derrière le supermarché, une ribambelle de taxis et de touk-touk est alignée. Certaines voitures sont en cours d’entretien.
Le couple revient sur ses pas et retourne chez Jim Thompson pour vivre des instants de détente et de gourmandise au bord de l’étang dans le café restaurant. Sur la petite esplanade centrale, une danseuse thaïe exécute des mouvements ondulants lents et gracieux ; ses doigts presque interminables sont prolongés d’ongles artificiels terminés par une fleur rouge.
La librairie est visitée. Un ouvrage en français sur la maison de Jim est acheté. Les jardins et les alentours de la somptueuse demeure en teck sont parcourus. André se perd agréablement dans les multiples sentiers qui desservent les différentes maisons, sur pilotis pour la plupart, qui composent la vaste demeure de Jim.
Après seize heures trente André et Patrick sont installés à la terrasse couverte du coffee. Une nuée de serveurs des deux sexes papillonne autour des clients. La salle est pleine. Des couples de garçons bavardent dont certains francophones avec animation. André savoure la chair et le jus d’une noix de coco tout en dégustant une part de gâteau au chocolat. Patrick, en sirotant du thé Earl Grey, teste une création colorée, étagée de feuilles de crêpes, agrémentée de coulis de framboise. Une heure de bien-être s’estompe sur la trame du temps. Le va-et-vient des touristes est constant dans la salle ; les consommations, les mets et les pâtisseries sont majoritairement avalés à la hâte. Prendre son temps pour apprécier les petits plaisirs semble une activité rare devant la boulimie de choses à faire et de lieu à visiter.
L’achat d’un demi-ananas frais dans un proche étal sur la route Rama précède le retour à l’hôtel où une dernière soirée paisible s’offre à André et Patrick. Le jour décline et les lumières de la ville s’allument progressivement à la nuit tombante.



























Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire