A l’aurore le bleu entre en scène dans le ciel de Bangkok. La
luminosité naissante s’amuse à dessiner des ombres bientôt soulignées par
l’apparition des rayons solaires.
André promène son regard dans
le vaste espace du petit-déjeuner. Trois jeunes couples italiens prennent un repas
copieux autour d’une table ronde disposée devant une banquette semi-circulaire en
cuir noir égayée de cousins rouges. Un paravent ajouré de lamelles noires à la
structure dégressive ceinture le coin repas pour préserver le confort des
convives. Une rétrospective des années Obama défile sur le proche écran de télévision.
Une dame asiatique, le visage inexpressif, le regard lointain, mâche ses aliments
machinalement. Une jeune fille s’assoit devant elle et sa figure disparait du
champ visuel d’André.
La matinée se partage les activités animées tranquillement par André
et Patrick. A midi ils décident d’aller déjeuner au restaurant Nova Kitchen au MBK Center. A l’entrée du centre Patrick
photographie les légères touches de peintures du flanc du grand lapin blanc.
André se régale à son tour avec les nouilles aux légumes et protéines
végétales savourées hier soir par Patrick qui, de son côté, renoue avec la
saveur du riz brun aux copeaux de viande végétale. Des rouleaux de printemps
complètent leur collation. Au moment de l’addition André prend en photo un exemplaire
des billets de vingt et cinquante bahts.
Un îlot décoré de papier vert au supermarché Tops Market attire le regard d’André en quittant le restaurant. Une
grande variété de paquets et de paniers cadeaux emballés sous cellophane
brillent sous l’éclairage idoine. Patrick explique qu’il s’agit de présents
destinés aux moines bouddhistes qui vivent uniquement par le don du peuple
thaïlandais. Des rochers en chocolat d’une marque très connue, des peluches, des
biscuits, du café et bien d’autres produits attrayants composent ces offrandes
superbement apprêtées.
En sortant du MBK André et Patrick croisent inopinément le jeune
couple chinois et leur fillette qui achevaient leur repas à la table voisine.
Le papa, tout en mangeant, avait replié sa jambe droite sur son genou gauche
dans une position décontractée. Lors de la traversée, devenue coutumière pour
éviter les escaliers, du Bangkok Art
& Culture Centre, Patrick entre dans la boutique Happening Shop qui propose des livres, des sacs et une multitude
d’objets dont certains paraissent inutiles mais séduisants. Il entre ensuite
dans deux petites galeries d’art où des peintures des artistes Suttipan Suttichai et Jompol Puatawee sont exposées. Les deux
garçons sont nés respectivement en 2532 et en 2526.
En face, André s’intéresse à l’Atelier
de Marsi, un café étoffé de l’aura et
des œuvres de la princesse défunte Marsi
Paribatra. Il regarde la carte et propose à Patrick d’entrer pour un temps
de détente. Le couple prend place dans un petit canapé deux places cubique en
tissu couleur taupe disposé devant un mur à la peinture violette. Un coffre en
bois clair fait office de table basse. Outre le canapé, tout le mobilier est en
bois. Une jeune femme brune apporte le Mocha et le cappuccino commandés. La
forme de l’anse des tasses est ingénieuse. Incurvée, elle épouse précisément la
forme du cuilleron rond de la cuillère ; la partie concave offre de tenir
aisément la tasse. Un monsieur, asiatique, quelque peu édenté, s’approche
d’André et Patrick en souriant et leur serre la main. Les prénoms sont
échangés. L’homme, après une absence de réflexion, tente d’épeler son nom en
anglais. Son accent est difficilement compréhensible. Satisfait, il s’installe
à une table voisine pour siroter une boisson et feuilleter un magazine. A
diverses reprises il viendra papoter avec le couple. Des œuvres de la princesse
égaient les murs. La peinture L’arbre des
quatre saisons et une citation de l’artiste écrite sous une grande photo
dédicacée, disposée sur un chevalet, sont photographiées. André se remémore quelques informations reçues l’année passée sur la
princesse. Elle vint au monde au Royaume du Siam au début des années trente.
Elle tira sa révérence à la vie présente dans sa bergerie du village d’Annot,
dans les Alpes de haute-Provence, il y a trois ans maintenant. Lors de ses
obsèques en France la Reine Sirikit lui fit un élogieux hommage avant d’emporter ses cendres à Bangkok.
A une table voisine deux jeunes garçons thaïs assis en vis-à-vis échangent
un Wai avant de quitter la table. La voix d’Edith Piaf emplit l’espace du café.
André et Patrick feuillettent tour à tour le magazine National Geographic d’octobre 2013. De multiples visages s’offrent
au regard dont une superbe photo d’Alison et de Lawrence avec leur enfant. La
famille vit à Houston au Texas. Les traits métissés du visage de la jeune fille
sont issus des spécificités génétiques de ses parents. La race pure est une
chimère et une illusion de l’esprit. La population des Etats-Unis et du monde
s’enrichit à tous points de vue de toutes ces différences.
En quittant ce lieu de bien-être et de beauté, Patrick achète une
carte postale représentant Le Bal,
une œuvre peinte par Marsi il y a
vingt-cinq ans.
Une trentaine de minutes plus tard André et Patrick entrent chez Jim
Thompson sur Soi Kasemsan 2. André
aime à venir dans ce lieu lié à la disparition mystérieuse de Jim le dimanche de
Pâques 1967. La vaste demeure fut construite en son temps au bord du Klong Saen Saeb, du canal où
les barges rugissent régulièrement sur les flots troubles.
Au Centre d’Art au premier niveau, l’exposition The Game Viet Nam par Le Brothers est découverte. Elle présente les
œuvres vidéo, les photos anciennes et les objets d’art des artistes jumeaux Ngoc Thanh et Le Duc Hai basés à Hue, au Vietnam. Ils expriment leur vision de
leur pays réunifié autour de leurs souvenirs d’enfance. Une photo d’un jeune
poète, inconnu, est capturée sur la pellicule numérique.
Familiers du lieu, André et Patrick se promènent quelques instants
dans la propriété baignée de végétation luxuriante ; un havre de paix dans
la turbulente Bangkok. Ils longent ensuite le Klong en prenant à gauche pour aboutir dans Kasem San 3 Alley. Une barge bondée jaillit sur les eaux écumeuses
tel un fougueux étalon fendant les flots avec vigueur et agilité. La terrasse
d’une cantine familiale s’est accaparée le bout du passage étroit au bord du
canal. La ruelle Kasem est foulée. Plus
avant André remarque la présence de trois voitures anciennes sur le parking de Gem Production Co. Ltd, un des principaux
marchands de pierres précieuses et de bijoux en Thaïlande. Les automobiles au
charme fou, une décapotable rouge, une autre noire et une spacieuse berline
sont entretenues avec soin. Les carrosseries, exemptes du moindre grain de poussière,
brillent sous les rayons solaires qui dardent aujourd’hui de brulants rayons. Un
chauffeur de touk-touk prononce joyeusement les mots Bonne Année en français une fois connue la provenance d’André et Patrick.
La voie poussiéreuse et inégale se termine devant l’entrée le Siam@Siam Design Hotel à la façade
colorée et étoffée de fresques au niveau de la terrasse.
André et Patrick poursuivent à droite sur Rama 1. A l’angle du vaste
supermarché Tesco Lotus, ils prennent
à droite dans Banthat Thong Road.
Avant le canal, ils prennent à droite en contournant le magasin. André
s’échappe un instant pour grimper les marches raides d’un petit pont traversant
le Klong. Il est à l’usage des
riverains qui se sont appropriés les rambardes en aluminium pour faire sécher
des draps de bains colorés. Quelques photos sont prises. Des toits de tôles
protègent les habitations imbriquées au bord du canal. La présence d’une grande
parabole tournée vers le ciel sur les plaques de métal partiellement rouillées surprend
par sa présence insoupçonnée. Un jeune thaï passe et propose à André avec naturel
de partager son repas qu’il avale en marchant. Derrière le supermarché, une
ribambelle de taxis et de touk-touk est alignée. Certaines voitures sont en
cours d’entretien.
Le couple revient sur ses pas et retourne chez Jim Thompson pour vivre
des instants de détente et de gourmandise au bord de l’étang dans le café
restaurant. Sur la petite esplanade centrale, une danseuse thaïe exécute des mouvements
ondulants lents et gracieux ; ses doigts presque interminables sont
prolongés d’ongles artificiels terminés par une fleur rouge.
La librairie est visitée. Un ouvrage en français sur la maison de Jim
est acheté. Les jardins et les alentours de la somptueuse demeure en teck sont
parcourus. André se perd agréablement dans les multiples sentiers qui
desservent les différentes maisons, sur pilotis pour la plupart, qui composent
la vaste demeure de Jim.
Après seize heures trente André et Patrick sont installés à la
terrasse couverte du coffee. Une nuée de serveurs des deux sexes papillonne
autour des clients. La salle est pleine. Des couples de garçons bavardent dont
certains francophones avec animation. André savoure la chair et le jus d’une
noix de coco tout en dégustant une part de gâteau au chocolat. Patrick, en sirotant
du thé Earl Grey, teste une création colorée, étagée de feuilles de crêpes, agrémentée
de coulis de framboise. Une heure de bien-être s’estompe sur la trame du temps.
Le va-et-vient des touristes est constant dans la salle ; les
consommations, les mets et les pâtisseries sont majoritairement avalés à la hâte.
Prendre son temps pour apprécier les petits plaisirs semble une activité rare devant
la boulimie de choses à faire et de lieu à visiter.
L’achat d’un demi-ananas frais dans un proche étal sur la route Rama
précède le retour à l’hôtel où une dernière soirée paisible s’offre à André et
Patrick. Le jour décline et les lumières de la ville s’allument progressivement
à la nuit tombante.
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