Aux aurores l’archipel de Nouvelle-Calédonie, riche d'une poignée
d'îles aux superbes plages de sable blanc, se dessine à l’horizon. Le navire pointe
vers le port autonome de Nouméa sur la presqu'île de Nouville. Les eaux limpides
et chaudes, d'un turquoise indicible, lèchent la coque du paquebot qui glisse
lentement pour l’accostage.
Pendant ce temps André et Patrick prennent leur petit-déjeuner au
buffet. A la table voisine un jeune garçon porte un chapeau bleu clair garni
d’étoiles noires. Le mot Vanuatu est
inscrit sur la fine bande de la calotte. Sa tenue estivale plait beaucoup à
André.
A neuf heures André et Patrick sortent du navire au pont un à bâbord.
La traversée du port de marchandises étant interdite à pieds, une navette est à
disposition des voyageurs pour joindre le centre-ville. Le car traverse une
montagne de containers de toutes les couleurs. Les touristes sont déposés le
long de la rue Jules Ferry à la gare maritime, un vaste bâtiment carré à la
structure ajourée en verre et métal, à l’ample
toiture de tôle blanche où dépasse un mât métallique dont le gréement au faîte
donne naissance à un gracieux maillage de fins de cordages tendus. Des
flamboyants, à la floraison rouge spectaculaire, couvrent partiellement la
terrasse de la buvette.
Un marché d’artisanat local et de souvenirs a pris place au premier
étage autour de l’atrium central où d’épanouissent quelques palmiers. Une jeune
commerçante annonce que les médaillons sur son étal sont réalisés sur l’île
avec de l’argile. Vers l’ascenseur, un tampon est à disposition pour apposer
sur le passeport le cachet d’une tortue où la date du jour imprimée sur sa
carapace est soulignée des mots Bienvenue
à Nouméa.
Sur les indications d’un jeune calédonien à
la chevelure noire frisée, André et Patrick se dirigent vers le centre-ville où
ils découvrent la Place des Cocotiers devant l’hôtel de ville composée de
différents squares et petites places. Celle de Courbet offre d’admirer divers
sculptures dont deux sculptures en bois de niaouli : une de Jean-Michel
Boéné intitulée l’Hameçon de pêche et une autre de Francis Lôter,
un totem intitulé La Femme Bouclier.
Non loin du kiosque à musique en kohu, un bois originaire du sud-est
asiatique très répandu dans les constructions polynésiennes,
quatre hommes jouent aux échecs sur un muret en briques. L'atmosphère du parc est détendue ; les occupations des
autochtones présents dans le parc sont empreintes de lenteur et de nonchalance.
Une jeune mélanésienne aux vêtements d’été bariolés, les pieds
chaussés de tongs aux languettes roses, assise sur un banc à l’ombre d’un
arbre, porte son attention sur l’écran de son téléphone. André lui adresse la
parole. Il répète sa demande plus lentement car certains mots, pourtant en
français, n’ont pas été compris. Souriante, elle indique un restaurant ouvert
le dimanche à proximité en pointant son doigt dans la direction à suivre. Sa
fillette la rejoint quand André la remercie en lui souhaitant une belle
journée.
André et Patrick arpentent quelques rues, passent devant le magasin Le coffre à jouets, devant le Quartier Marchand Le Village sur
l’avenue du Maréchal Foch et aboutissent inopinément au Marché couvert de
Nouméa. Le marché est visité. Le couple est surpris de voir les prix en francs
du Pacifique Sud. Une commerçante indique la parité d’un euro pour cent
dix-neuf francs. Le marché aux fruits et légumes est coloré, attrayant et
enchanteur. L’étiquette du prix de vente des avocats mare en robe d’aubergine est énigmatique. Le tarif au kilo
s’affiche en achat à sept cent cinquante francs et huit cent
quatre-vingt-quinze francs en revente ; s’agit-il de la marge ? Le
petit ananas local est à six cents francs le kilo. Le marché est synonyme
d’abondance tant les variétés et les quantités sont impressionnantes. Un
fleuriste-pépiniériste expose des plantes et des fleurs, probablement
endémiques, qui sont un enchantement pour les yeux. Une variété à la forme
créative se dévoile dans un jaillissement de rouge incarnat, de corail, de framboise
écarlate, d’orange sanguine ; les pétales ou les écailles sont soulignées
par la nature de liserés blancs. Une pure merveille ! Des pâtisseries
locales font saliver. André et Patrick partent à la recherche d’un distributeur
de francs OPT indiqué par une autre commerçante.
Alors que le couple photographie le billet de cinq mille francs CFP,
un kanak à la barbe blanche fournie s’approche et demande des pièces pour
pouvoir s’acheter à manger. André et Patrick lui indiquent que le billet constitue
leur seul argent en francs. Il indique un arbre à quelques pas où il pourra
être retrouvé facilement. De retour au marché deux portefeuilles à la banane et
deux tartes rondes à la crème pâtissière sont achetés pour sept cents francs.
Les trois cents francs de monnaie sont portés à quémandeur placide qui accepte
volontiers d’être pris en photo avec André. Il pose sa main sur son épaule et
lève le bras gauche vers le ciel en fermant le poing.
Dans la partie externe du marché, des étals couverts proposent des
souvenirs, des vêtements, des chapeaux et autres articles locaux. Des cartes
postales sont achetées à cinquante francs l’unité à Chloé. Originaire de la Bretagne,
elle vit à Nouméa depuis huit ans. Frileuse, sa vie au soleil lui convient tout
à fait. Elle indique un marchand de journaux où il est possible de trouver des
timbres ; ceux apportés de France étant finalement non valables sur l’île.
Une Chloé enjouée est prise en photo avant de se rendre chez le buraliste
indiqué dans le Quartier Latin.
A quelques pas de leur destination dans la rue de Sébastopol, André et
Patrick entrent dans la boulangerie pâtisserie A la Vieille France où des tranches de la tarte à la frangipane semblent
appétissantes. Le commerçant en journaux fume sur le pas de la porte. Il suit
le couple et, derrière le comptoir, répond être en rupture de timbres. Il est
indifférent à la gêne occasionnée.
Dans la rue de la frégate Nivose, André et Patrick trouvent aisément dans
un écrin de verdure luxuriante et de palmiers le café indiqué par Chloé. En
chemin, sur l’auvent d’un bâtiment du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, on
peut lire l’adage Terre de parole, terre
de partage. Au café-restaurant Le
Bout du Monde Marie-Noëlle accueille les deux savoyards à onze heures
quinze. Un Perrier pour Patrick et un cocktail fruits frais à base de jus
d’ananas pour André sont sirotés à la terrasse couverte. Les boissons
reviennent à environ douze euro. Patrick écrit les cartes postales et André
feuillette le magazine gratuit calédonien Made
In du mois de décembre. Dans un reportage, il fait connaissance avec le
chocolatier de l’île Lapita. Les minutes
s’évanouissent agréablement dans l’air moite taquiné par un léger souffle de
vent tiède et humide. Midi approche. Marie-Noëlle encaisse le montant des
boissons au bar où un proche buffet couvert d’un film de cellophane attend les
convives du déjeuner. Dans le display de desserts, des îles flottantes dans des
ramequins et des coupes de mousse au chocolat vont ravir des papilles
gustatives.
André et Patrick longent la crique pour se rendre dans une proche station
d’essence indiquée par Marie-Noëlle dans le dessein d’acheter, vainement, des
timbres. Le ponton en bois côtoie le marché aux poissons qui se termine. Le
kanak épaulé est présent devant un étal ; les prix sont vraisemblablement
plus bas en fin de marché car le poisson frais ignorera la congélation. Les
forts effluves chatouillent les narines.
Les douceurs achetées au marché sont savourées sur un banc ombragé à
proximité des coulisses de l’étal du vendeur d’olives. Celles restantes dans les
jattes en bois sont vidées dans de grands seaux en plastique. Tout en effectuant
son ouvrage avec méthode, l’homme bavarde avec les deux dames présentes à son
côté. L’une d’entre elles dégoise en simultané au téléphone. Les seaux sont
ensuite rangés à l’arrière d’un van de couleur grise.
Après la collation, à défaut de pouvoir découvrir la baie des citrons
aujourd’hui par manque de temps, André et Patrick traversent le port nautique
dans le dessein de joindre la pointe de l’Artillerie pour accéder à la baie de
l’Orphelinat. Non loin de la capitainerie un groupe de plongeurs, de retour du
récif corallien, quittent leur combinaison de plongée et rangent les bouteilles
d’oxygène sur la plateforme d’un pick-up blanc. Les différents embarcadères,
aux accès fermés par une grille, se succèdent en décalé pour suivre les
contours de la crique du port de Moselle. L’horizon aux duveteux nuages bas est
façonné par la présence élancée de la multitude de mats des bateaux de
plaisance à voiles au mouillage. Derrière le parking des deux roues, les yachts
et les vedettes non bâchées sur leur remorque patientent stoïquement leur
entrée dans la rade en subissant, tout comme André et Patrick, les brûlants
rayons solaires. Une station d’essence pour les embarcations à moteur et une
petite supérette sont présentes au bout de la jetée empierrée d’où une photo du
paquebot est prise. Patrick se met à rire en voyant le mot Fol coiffer le dessus des tours carrées de la cathédrale Saint-Joseph
qui surplombe légèrement la ville. La rade étant clôturée, le projet initial
tombe à l’eau. André et Patrick rebroussent chemin pour se rendre au
centre-ville. Au niveau de l’appontement destiné aux touristes, deux hommes
s’activent à terminer la pose des nouvelles lames en bois rouge imputrescible
de l’estrade du petit chalet de location-vente Le coin du capitaine. Un peu plus loin, en bordure de l’eau, André
remarque la présence d’un téléphone bleu sommairement abrité du vent et des
intempéries. Derrière le marché, sur la rue Georges Clemenceau, le conducteur
du train touristique jaune et mauve Tiger
& Lily ouvert à tous les vents actionne
une sirène en voyant André prendre une photo. La plupart des banquettes sont occupées ;
des personnes font des signes de la main. Quelques instants plus tard André et
Patrick découvrent par hasard le portique du Quartier Asiatique. La statue en
bronze d’un couple et d’un enfant honore la mémoire des travailleurs
vietnamiens engagés qui contribuèrent au développement économique de la Nouvelle-Calédonie
à partir de la fin du dix-neuvième siècle. La place des Cocotiers est remontée
pour joindre le site de la cathédrale. André photographie un tableau noir sur
un mur beige au bord de l’enceinte du parc. Un message de Bonne Année écrit à la craie se dévoile : Que les étoiles emportent la tristesse, que les fleurs remplissent ton
cœur de beauté, que l’espérance essuie les larmes pour toujours.. Une photo
de la baie est prise sur le parvis de la cathédrale où la présence
d’une statue de Jeanne d’Arc surprend. Le retour à la Gare Maritime s’effectue
en traversant la place des Cocotiers où divers citadins profitent du farniente
dominical à l’ombre de la végétation arborée et des flamboyants épanouis. Dans
le kiosque à musique octogonale surmonté de la lyre d’Apollon une fillette et
un garçonnet s’amusent. Au passage d’André et Patrick ils se demandent à haute
voix en parlant du couple Est-ce qu’ils
sont gentils ? La bâtisse de style colonial du musée de la ville, sur la rue Jean Jaurès au bord de la place,
abrita à sa naissance la banque Marchand, la première banque de
Nouvelle-Calédonie et, plus tard, l’hôtel de ville qui reçut en son temps le
général De Gaulle. A l’angle des rues Jules Ferry et Jean Jaurès, la façade
classée de la demeure centenaire de la famille de feu Hippolyte Cheval lutte
contre l’oubli et les dégradations du temps en se demandant pourquoi elle est
abandonnée à son triste sort. Des fresques réalisées par des artistes
calédoniens tapissent les murs latéraux.
Les rideaux métalliques tirés des commerces fermés le dimanche,
l’absence des citadins dans les rues silencieuses privent les promeneurs de
l’animation coutumière de la semaine.
De retour au navire, André et Patrick se rendent directement au buffet
pour se désaltérer après la forte chaleur de Nouméa. Leur visage arbore de jolies
nuances de rouge suite à la morsure des rayons solaires. Une attrayante moussaka végétarienne est présente dans l’ilot végétarien. Ils décident
d’en savourent une coupelle.
Les seize heures se sont envolées quand Patrick émerge d’une courte
sieste qui frôla l’endormissement. Le navire vient de lever l’ancre. Absorbé
dans une narration sur l’ordinateur, André a occulté le mouvement du navire. La
sirène retentit. Telle une voiture se hasardant à traverser les voies avant le passage
d’un train, une petite embarcation approche et accélère son allure, brave les
flots argentés pour réussir à passer in extremis devant la proue du géant des
mers.
Durant les deux heures suivantes, le paquebot longe les côtes de la
Nouvelle-Calédonie pour se rendre à sa prochaine escale. Patrick prend
régulièrement des photos depuis le balcon. Vers dix-huit heures, sur fond d’archipel,
Patrick est pris en photo accoudé à la rambarde en bois du balcon.
Le dîner au buffet s’annonce. A peine installé, Patrick s’absente pour
immortaliser un magnifique coucher de soleil en fusion. La fin de repas est
égayée par la présence de Sandra. De nouveaux épisodes de sa vie sont narrés. André
lui demande quelle est la personne la plus importante dans sa vie. Elle répond
spontanément ses filles. Un bavardage
sur l’amour de soi succède à cette question.
La soirée dans la cabine est écourtée par l’annonce d’un saut temporel
forward à deux heures du matin de
soixante minutes qui va porter à onze heures le décalage avec la France. A
trois heures lundi, il sera encore dimanche ; l’horloge sonnera seize heures…
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire