dimanche 22 janvier 2017

Escale à Nouméa dans l’archipel de la Nouvelle-Calédonie...

Aux aurores l’archipel de Nouvelle-Calédonie, riche d'une poignée d'îles aux superbes plages de sable blanc, se dessine à l’horizon. Le navire pointe vers le port autonome de Nouméa sur la presqu'île de Nouville. Les eaux limpides et chaudes, d'un turquoise indicible, lèchent la coque du paquebot qui glisse lentement pour l’accostage.
Pendant ce temps André et Patrick prennent leur petit-déjeuner au buffet. A la table voisine un jeune garçon porte un chapeau bleu clair garni d’étoiles noires. Le mot Vanuatu est inscrit sur la fine bande de la calotte. Sa tenue estivale plait beaucoup à André.
A neuf heures André et Patrick sortent du navire au pont un à bâbord. La traversée du port de marchandises étant interdite à pieds, une navette est à disposition des voyageurs pour joindre le centre-ville. Le car traverse une montagne de containers de toutes les couleurs. Les touristes sont déposés le long de la rue Jules Ferry à la gare maritime, un vaste bâtiment carré à la structure ajourée en verre et métal, à l’ample toiture de tôle blanche où dépasse un mât métallique dont le gréement au faîte donne naissance à un gracieux maillage de fins de cordages tendus. Des flamboyants, à la floraison rouge spectaculaire, couvrent partiellement la terrasse de la buvette.
Un marché d’artisanat local et de souvenirs a pris place au premier étage autour de l’atrium central où d’épanouissent quelques palmiers. Une jeune commerçante annonce que les médaillons sur son étal sont réalisés sur l’île avec de l’argile. Vers l’ascenseur, un tampon est à disposition pour apposer sur le passeport le cachet d’une tortue où la date du jour imprimée sur sa carapace est soulignée des mots Bienvenue à Nouméa.
Sur les indications d’un jeune calédonien à la chevelure noire frisée, André et Patrick se dirigent vers le centre-ville où ils découvrent la Place des Cocotiers devant l’hôtel de ville composée de différents squares et petites places. Celle de Courbet offre d’admirer divers sculptures dont deux sculptures en bois de niaouli : une de Jean-Michel Boéné intitulée l’Hameçon de pêche et une autre de Francis Lôter, un totem intitulé La Femme Bouclier.
Non loin du kiosque à musique en kohu, un bois originaire du sud-est asiatique très répandu dans les constructions polynésiennes, quatre hommes jouent aux échecs sur un muret en briques. L'atmosphère du parc est détendue ; les occupations des autochtones présents dans le parc sont empreintes de lenteur et de nonchalance.
Une jeune mélanésienne aux vêtements d’été bariolés, les pieds chaussés de tongs aux languettes roses, assise sur un banc à l’ombre d’un arbre, porte son attention sur l’écran de son téléphone. André lui adresse la parole. Il répète sa demande plus lentement car certains mots, pourtant en français, n’ont pas été compris. Souriante, elle indique un restaurant ouvert le dimanche à proximité en pointant son doigt dans la direction à suivre. Sa fillette la rejoint quand André la remercie en lui souhaitant une belle journée.
André et Patrick arpentent quelques rues, passent devant le magasin Le coffre à jouets, devant le Quartier Marchand Le Village sur l’avenue du Maréchal Foch et aboutissent inopinément au Marché couvert de Nouméa. Le marché est visité. Le couple est surpris de voir les prix en francs du Pacifique Sud. Une commerçante indique la parité d’un euro pour cent dix-neuf francs. Le marché aux fruits et légumes est coloré, attrayant et enchanteur. L’étiquette du prix de vente des avocats mare en robe d’aubergine est énigmatique. Le tarif au kilo s’affiche en achat à sept cent cinquante francs et huit cent quatre-vingt-quinze francs en revente ; s’agit-il de la marge ? Le petit ananas local est à six cents francs le kilo. Le marché est synonyme d’abondance tant les variétés et les quantités sont impressionnantes. Un fleuriste-pépiniériste expose des plantes et des fleurs, probablement endémiques, qui sont un enchantement pour les yeux. Une variété à la forme créative se dévoile dans un jaillissement de rouge incarnat, de corail, de framboise écarlate, d’orange sanguine ; les pétales ou les écailles sont soulignées par la nature de liserés blancs. Une pure merveille ! Des pâtisseries locales font saliver. André et Patrick partent à la recherche d’un distributeur de francs OPT indiqué par une autre commerçante.
Alors que le couple photographie le billet de cinq mille francs CFP, un kanak à la barbe blanche fournie s’approche et demande des pièces pour pouvoir s’acheter à manger. André et Patrick lui indiquent que le billet constitue leur seul argent en francs. Il indique un arbre à quelques pas où il pourra être retrouvé facilement. De retour au marché deux portefeuilles à la banane et deux tartes rondes à la crème pâtissière sont achetés pour sept cents francs. Les trois cents francs de monnaie sont portés à quémandeur placide qui accepte volontiers d’être pris en photo avec André. Il pose sa main sur son épaule et lève le bras gauche vers le ciel en fermant le poing.
Dans la partie externe du marché, des étals couverts proposent des souvenirs, des vêtements, des chapeaux et autres articles locaux. Des cartes postales sont achetées à cinquante francs l’unité à Chloé. Originaire de la Bretagne, elle vit à Nouméa depuis huit ans. Frileuse, sa vie au soleil lui convient tout à fait. Elle indique un marchand de journaux où il est possible de trouver des timbres ; ceux apportés de France étant finalement non valables sur l’île. Une Chloé enjouée est prise en photo avant de se rendre chez le buraliste indiqué dans le Quartier Latin.
A quelques pas de leur destination dans la rue de Sébastopol, André et Patrick entrent dans la boulangerie pâtisserie A la Vieille France où des tranches de la tarte à la frangipane semblent appétissantes. Le commerçant en journaux fume sur le pas de la porte. Il suit le couple et, derrière le comptoir, répond être en rupture de timbres. Il est indifférent à la gêne occasionnée.
Dans la rue de la frégate Nivose, André et Patrick trouvent aisément dans un écrin de verdure luxuriante et de palmiers le café indiqué par Chloé. En chemin, sur l’auvent d’un bâtiment du gouvernement de la Nouvelle-Calédonie, on peut lire l’adage Terre de parole, terre de partage. Au café-restaurant Le Bout du Monde Marie-Noëlle accueille les deux savoyards à onze heures quinze. Un Perrier pour Patrick et un cocktail fruits frais à base de jus d’ananas pour André sont sirotés à la terrasse couverte. Les boissons reviennent à environ douze euro. Patrick écrit les cartes postales et André feuillette le magazine gratuit calédonien Made In du mois de décembre. Dans un reportage, il fait connaissance avec le chocolatier de l’île Lapita. Les minutes s’évanouissent agréablement dans l’air moite taquiné par un léger souffle de vent tiède et humide. Midi approche. Marie-Noëlle encaisse le montant des boissons au bar où un proche buffet couvert d’un film de cellophane attend les convives du déjeuner. Dans le display de desserts, des îles flottantes dans des ramequins et des coupes de mousse au chocolat vont ravir des papilles gustatives.
André et Patrick longent la crique pour se rendre dans une proche station d’essence indiquée par Marie-Noëlle dans le dessein d’acheter, vainement, des timbres. Le ponton en bois côtoie le marché aux poissons qui se termine. Le kanak épaulé est présent devant un étal ; les prix sont vraisemblablement plus bas en fin de marché car le poisson frais ignorera la congélation. Les forts effluves chatouillent les narines.
Les douceurs achetées au marché sont savourées sur un banc ombragé à proximité des coulisses de l’étal du vendeur d’olives. Celles restantes dans les jattes en bois sont vidées dans de grands seaux en plastique. Tout en effectuant son ouvrage avec méthode, l’homme bavarde avec les deux dames présentes à son côté. L’une d’entre elles dégoise en simultané au téléphone. Les seaux sont ensuite rangés à l’arrière d’un van de couleur grise.
Après la collation, à défaut de pouvoir découvrir la baie des citrons aujourd’hui par manque de temps, André et Patrick traversent le port nautique dans le dessein de joindre la pointe de l’Artillerie pour accéder à la baie de l’Orphelinat. Non loin de la capitainerie un groupe de plongeurs, de retour du récif corallien, quittent leur combinaison de plongée et rangent les bouteilles d’oxygène sur la plateforme d’un pick-up blanc. Les différents embarcadères, aux accès fermés par une grille, se succèdent en décalé pour suivre les contours de la crique du port de Moselle. L’horizon aux duveteux nuages bas est façonné par la présence élancée de la multitude de mats des bateaux de plaisance à voiles au mouillage. Derrière le parking des deux roues, les yachts et les vedettes non bâchées sur leur remorque patientent stoïquement leur entrée dans la rade en subissant, tout comme André et Patrick, les brûlants rayons solaires. Une station d’essence pour les embarcations à moteur et une petite supérette sont présentes au bout de la jetée empierrée d’où une photo du paquebot est prise. Patrick se met à rire en voyant le mot Fol coiffer le dessus des tours carrées de la cathédrale Saint-Joseph qui surplombe légèrement la ville. La rade étant clôturée, le projet initial tombe à l’eau. André et Patrick rebroussent chemin pour se rendre au centre-ville. Au niveau de l’appontement destiné aux touristes, deux hommes s’activent à terminer la pose des nouvelles lames en bois rouge imputrescible de l’estrade du petit chalet de location-vente Le coin du capitaine. Un peu plus loin, en bordure de l’eau, André remarque la présence d’un téléphone bleu sommairement abrité du vent et des intempéries. Derrière le marché, sur la rue Georges Clemenceau, le conducteur du train touristique jaune et mauve Tiger &  Lily ouvert à tous les vents actionne une sirène en voyant André prendre une photo. La plupart des banquettes sont occupées ; des personnes font des signes de la main. Quelques instants plus tard André et Patrick découvrent par hasard le portique du Quartier Asiatique. La statue en bronze d’un couple et d’un enfant honore la mémoire des travailleurs vietnamiens engagés qui contribuèrent au développement économique de la Nouvelle-Calédonie à partir de la fin du dix-neuvième siècle. La place des Cocotiers est remontée pour joindre le site de la cathédrale. André photographie un tableau noir sur un mur beige au bord de l’enceinte du parc. Un message de Bonne Année écrit à la craie se dévoile : Que les étoiles emportent la tristesse, que les fleurs remplissent ton cœur de beauté, que l’espérance essuie les larmes pour toujours.. Une photo de la baie est prise sur le parvis de la cathédrale où la présence d’une statue de Jeanne d’Arc surprend. Le retour à la Gare Maritime s’effectue en traversant la place des Cocotiers où divers citadins profitent du farniente dominical à l’ombre de la végétation arborée et des flamboyants épanouis. Dans le kiosque à musique octogonale surmonté de la lyre d’Apollon une fillette et un garçonnet s’amusent. Au passage d’André et Patrick ils se demandent à haute voix en parlant du couple Est-ce qu’ils sont gentils ? La bâtisse de style colonial du musée de la ville, sur la rue Jean Jaurès au bord de la place, abrita à sa naissance la banque Marchand, la première banque de Nouvelle-Calédonie et, plus tard, l’hôtel de ville qui reçut en son temps le général De Gaulle. A l’angle des rues Jules Ferry et Jean Jaurès, la façade classée de la demeure centenaire de la famille de feu Hippolyte Cheval lutte contre l’oubli et les dégradations du temps en se demandant pourquoi elle est abandonnée à son triste sort. Des fresques réalisées par des artistes calédoniens tapissent les murs latéraux.
Les rideaux métalliques tirés des commerces fermés le dimanche, l’absence des citadins dans les rues silencieuses privent les promeneurs de l’animation coutumière de la semaine.
De retour au navire, André et Patrick se rendent directement au buffet pour se désaltérer après la forte chaleur de Nouméa. Leur visage arbore de jolies nuances de rouge suite à la morsure des rayons solaires. Une attrayante moussaka végétarienne est présente dans l’ilot végétarien. Ils décident d’en savourent une coupelle.
Les seize heures se sont envolées quand Patrick émerge d’une courte sieste qui frôla l’endormissement. Le navire vient de lever l’ancre. Absorbé dans une narration sur l’ordinateur, André a occulté le mouvement du navire. La sirène retentit. Telle une voiture se hasardant à traverser les voies avant le passage d’un train, une petite embarcation approche et accélère son allure, brave les flots argentés pour réussir à passer in extremis devant la proue du géant des mers.
Durant les deux heures suivantes, le paquebot longe les côtes de la Nouvelle-Calédonie pour se rendre à sa prochaine escale. Patrick prend régulièrement des photos depuis le balcon. Vers dix-huit heures, sur fond d’archipel, Patrick est pris en photo accoudé à la rambarde en bois du balcon.
Le dîner au buffet s’annonce. A peine installé, Patrick s’absente pour immortaliser un magnifique coucher de soleil en fusion. La fin de repas est égayée par la présence de Sandra. De nouveaux épisodes de sa vie sont narrés. André lui demande quelle est la personne la plus importante dans sa vie. Elle répond spontanément ses filles. Un bavardage sur l’amour de soi succède à cette question.
La soirée dans la cabine est écourtée par l’annonce d’un saut temporel forward à deux heures du matin de soixante minutes qui va porter à onze heures le décalage avec la France. A trois heures lundi, il sera encore dimanche ; l’horloge sonnera seize heures…









































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