Les dix heures trente sont passées quand l’avion atterrit sur le
tarmac de l’aéroport de Sydney, la ville la plus
peuplée d'Australie. Le vaste complexe aérien se situe dans la
banlieue de Mascot. Il porte le nom
de Sir Charles Edward Kingsford Smith, Smithy
pour les proches, un pionnier australien de l'aviation. Pour la petite
histoire, en juin 1928, à bord de son aéronef trimoteur Fokker, en huit jours, il
traversa pour la première fois dans l’histoire humaine l’océan Pacifique entre la
Californie et l'Australie.
Après la descente du gros porteur André et Patrick remplissent un
formulaire où différentes questions sont posées dont une bonne partie liée à
l’alimentation. Un non est donné à
toutes les demandes précises. Le contrôle des douanes est passé aisément, la
valise de Patrick récupérée sans attente. Un adaptateur pour les prises de
courant australienne est acheté auprès de la jeune Nisha, au sourire en vadrouille,
chez WH Smith, pour quelques seize dollars, soit
environ douze euro. L’appareil pleure selon le terme utilisé par Patrick ;
deux des trois fentes sont inclinées et laissent à penser à des yeux larmoyants.
Quelques instants plus tard André et Patrick sortent de l’aéroport et
entrent dans la saison estivale. Le ciel est grand bleu et un air chaud caresse
la peau. L’hôtel cubique Rydges est situé
à quelques pas. La chambre sept cent trente-sept est attribuée par une petite
jeune femme à la chevelure auburn. La carte magnétique, capricieuse, permet
d’accéder au septième étage, d’entrer dans la chambre et d’activer
l’éclairage. Les bagages sont déposés.
Le couple retourne dans l’enceinte de l’aéroport pour déjeuner dans le hall des
départs qui comporte un Food Court.
Un retrait de dollars est d’abord effectué dans un distributeur de la banque Australia & New Zealand Bank. Les
billets sont souples et d’une texture quelque peu élastique. Il est délicat de
les ranger dans le porte-monnaie car ils rechignent à être pliés. A proximité
de l’automate, un pilier en béton dévoile un plan du train qui relie le centre-ville
et le port. Plus loin vers l’entrée de la gare souterraine, une carte du réseau
tapisse tout un mur.
Dans l’aire de restauration, le choix des mets se porte sur le
comptoir Soul Origin. Deux salades végétariennes
sont achetées pour dix-huit dollars. Elles sont savourées dans l’espace commun
où de nombreuses tables blanches sont réparties. A une table voisine, deux enfants
asiatiques et leur mamie savourent consciencieusement une crème glacée à la
vanille servie chacune dans un cornet de glace en biscuit. Une petite cuillère
blanche en plastique permet de faire durer le plaisir. En face le logo rouge,
jaune et blanc du comptoir Hungry Jacks
ressemble à celui d’une franchise mondiale de burger qui vient de s’installer à
Annemasse.
André regarde un enfant de six à sept ans qui marche à la suite de ses
parents. Il s’arrête au milieu de l’allée, se courbe en avant la tête vers le
sol et se gratte le mollet gauche. Il gesticule ensuite de tout son corps et se
met à dansotter. Joyeux de vivre et gai comme un pinson, il chantonne. Ses parents
s’étant éloignés sans se faire de soucis, il décide de les rattraper sans
boussole. Tel un rigolboche, il tire sa
valisette sur la tranche pour laisser les roulettes se reposer. Le hall est
très animé et l’enfant jovial passe inaperçu pour la quasi-totalité des voyageurs.
Chacun chemine dans son monde, l’esprit orienté vers la destination et détaché de la musique créative du voyage qui se joue à chaque instant.
Après le repas, André et Patrick se rendent chez Gloria Jean’s Coffees à l’étage des arrivées. Café Mocha et thé
Earl Grey sont commandés vers treize heures trente. Le couple s’installe dans
un espace d’attente pour siroter les boissons chaudes. Sur la gauche, au bout
de la rangée de sièges inclinés opposés, un enfant noir, la boule à zéro,
s’amuse en se tortillant sur son siège. Il parle à haute voix à un personnage
imaginaire de son univers. Ses parents sont calmement assis à l’autre extrémité.
L’après-midi se déroule dans le confort de la chambre. Il est consacré
majoritairement à l’écriture, à la lecture, au repos et au surf sur Internet, selon la métaphore de Jean Armour Polly, une bibliothécaire et
auteur américaine, la première personne associée à l’utilisation de ce
mot. Un fauteuil bleu lavande, partiellement pivotant, et son pouf offre des
instants de détente à Patrick qui glisse de temps à autre sur la vague du
sommeil.
Après dix-neuf heures André et Patrick retournent au Food Court. Chez Mrs Fields Bakery-cafe Patrick opte pour une tranche pain brioché
aux raisins toastée. A la caisse, la charmante
et sympathique Elsa, une jeune chinoise qui apprend la langue de Molliere à
l’Alliance Française de Sydney, papote avec le couple. Elle est enchantée de
cette rencontre. Elle adore la France. Chez Top Juice André se décide pour un
smoothie à la banane mixé avec du yaourt et du miel. Pour terminer la collation,
chez Grand Cru, un cake en forme de
cube nommé Lamington, nappé de chocolat
et de paillettes de noix de coco est sélectionné parmi le vaste choix du
display. Arjun, un jeune homme
brun barbu, encaisse les six dollars du
dessert.
La soirée se déroule paisiblement dans la chambre du Rydges. L’appel pressant de Morphée convie
André et Patrick à le rejoindre pour une bonne nuit de sommeil.
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