Après six heures trente, les rayons solaires étincellent en pluie
d’argent sur les flots qui scintillent joyeusement à ce réveil caressant.
En chemin vers le café Windjammer,
André et Patrick voient un monsieur en fauteuil roulant électrique foncer joyeusement
dans l’ascenseur où ils ont pris place un étage plus
bas. Le mot Saturday est incrusté
dans la moquette ; il indique samedi. Chaque jour le mot est changé ainsi
chaque passager peut se situer dans la semaine.
L’espace du buffet à la poupe est agencé de tables en stratifié blanc
où se dessine un liseré rectangulaire jaune safran le long des bordures. Les
chaises à bras sont tressées de fines lanières blanches plastifiées imitation
rotin. Chaque coussin est assorti aux bandes étroites qui décorent les plateaux
de tables.
A une table voisine, une grande jeune fille gracile, à la longue
chevelure noire, tartine avec soin une banane mûre sur une belle tranche de
pain noir. La création est baignée de miel coulant.
La suite de la matinée se déroule en cabine où chacun s’adonne aux
occupations qui lui tiennent à cœur.
Le café Windjammer est très
animé lorsqu’André et Patrick s’y rendent pour le déjeuner. Une table vient de
se libérer vers les vitrages de la poupe. Le couple s’installe pour un repas
frugal. Un seul îlot est réservé aux mets végétariens contre de nombreux autres
pour les préparations à base de viande. Un thé est siroté en fin de repas en
promenant le regard sur les convives. Un bambin à la table voisine s’en donne à
cœur joie. Constamment en mouvement, il se hisse, saute sur le placet de sa
chaise, se faufile entre les pieds des chaises d’une autre table, grimpe derrière
le dos de sa mère qui bavarde avec la tablée. La bonne humeur, la décontraction
et le laisser-aller des parents profitent pleinement à leurs enfants. Les
interdits sont restés à quai à Sydney.
Le début d’après-midi s’écoule dans la cabine. La porte du balcon
reste ouverte ; l’air chaud de l’océan entre généreusement. Le blog est
actualisé. Le disque des musiques tribales, transférées sur l’iPod par Patrick,
emplissent l’espace de leurs airs rythmés.
A quinze heures trente André et Patrick se rendent au Studio B pour assister au show sur glace
Ice Odyssey. Un membre d’équipage,
qui complimente André sur ses montures de lunettes et sur sa tenue vestimentaire
en levant le pouce, leur permet d’entrer. Toutefois les circonstances en
décident autrement. Toutes les places sur les gradins autour de la patinoire
sont prises. Qu’à cela ne tienne, le couple décide de vivre d’autres aventures
en allant découvrir le thé de l’après-midi au buffet. Patrick est agréablement
surpris de constater la présence de scones qui s’avèrent aussi délicieux que
ceux servis sur le Queen Mary. André
l’accompagne dans ce choix ; de la crème anglaise, de la crème fouettée et
du bread pudding entrent dans le
sillage de cette comète gourmande. Des boissons chaudes sont sirotées durant ce
temps de détente. La table occupée en bordure du vitrage est baignée des rayons
solaires. Le ciel est grand bleu. Tel un imperceptible coquillage, le navire, seul
témoignage de l’existence humaine dans l’immensité de l’océan à perte de vue, glisse
délicatement sur les vagues accueillantes.
Plus tard André et Patrick se promènent comme les nuages dans le ciel.
Ils marchent en boucle sur la piste de jogging du pont douze. Sur le grand
écran qui domine les différents bassins et piscines, le film Le livre de la jungle est projeté avec
le sous-titrage en anglais. Certains passages allongés sur les transats regardent
la vidéo. D’autres lisent comme cette jeune femme brune, installée sur un
transat au bord de la piste, immergée dans une aventure de Stephen King.
D’autres se baignent et d’autres bavardent. Les activités varient selon les
inclinations de chacun et tout se déroule dans la paix et la bonne humeur. Une
douzaine de tours plus tard, soit plus de deux kilomètres parcourus sous le
chaud soleil, André et Patrick retournent à la cabine pour un temps de détente.
André retrouve Emma après le kidnapping de son fils Ritchie âgé de treize mois.
Patrick écrit, bataille avec la liaison Internet pour connecter l’iPad.
A dix-huit heures quarante-cinq André et Patrick assistent au théâtre La Scala au show Broadway Rhythm & Rhyme. La mousse d’assise des sièges en
dralon prune clair est un peu fatiguée depuis la sortie du navire voici plus de
quinze ans. Avant le spectacle le directeur de croisière Mitch Merucci dévoile
quelques statistiques. Il annonce quarante-cinq nationalités parmi les
passagers à bord dont environ soixante-dix personnes en provenance des
Etats-Unis d’Amérique. Le show traîne en longueur malgré le dynamisme des
chanteurs et des danseurs de la troupe du navire.
André et Patrick dînent ensuite au buffet avant de terminer la soirée
dans leur chez eux sur l’océan
Pacifique…
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