vendredi 20 janvier 2017

Rencontre avec Sandra...

Au lever, le ciel en nuances de gris, moutonneux et gonflé comme des ampoules électriques, éclaire le jour d’une lumière blafarde. Les flots sont calmes et clapotent distraitement. La température est douce et plus chaude que dans la cabine.
Au buffet une personne s’installe à la table accolée à celle où André et Patrick prennent leur petit-déjeuner à la poupe au bord des vitrages inclinés. L’avancée du navire laisse une écume bouillonneuse qui perdure sur plusieurs dizaines de mètres. Après la saveur sucrée de cubes d’ananas, outre les deux bananes coutumières et les arachides, André savoure un mélange de brisures de noix, d’amandes effilées et de raisins secs. La famille présente hier soir aux côtés du couple lors de la parade est installée à une table voisine. La dame entame la conversation. Elle se présente et se prénomme Sandra. Comme pour se justifier d’être seule à bord, elle annonce que l’amie accompagnatrice a annulé sa croisière au dernier moment. Elle narre des épisodes de sa vie. Sa venue en Australie remonte à ses huit ans. Née au Chili, ses parents décidèrent de quitter la misère de leur pays natal en 1972 pour fuir les privations liées à trois années de gouvernement socialiste qui plongèrent l’économie chilienne en pleine récession. A l’âge de vingt-cinq ans, Sandra épousa un jeune homme italien. De leur union naquit quatre filles. Après le départ de son mari pour une autre femme, Sandra subvint seule aux besoins de ses enfants. Elle travaille au service d’entretien d’un hôpital de Sydney. Ses pupilles brillent quand elle évoque avec fierté le parcours professionnel de ses filles. La première née exerce en tant que médecin psychiatre ; la seconde, professeur, enseigne aux enfants ; la troisième est devenue une pâtissière réputée. La dernière, éclatante de vitalité pour ses seize printemps, est étudiante.
Mince aujourd’hui, Sandra raconte la période de son mariage où, maltraitée par son mari, son corps tourna à l'obésité, telle une armure pour se protéger des exactions de son conjoint. Aujourd’hui, redevenue mince, elle pratique régulièrement de la gymnastique. D’ailleurs en prenant congé de ses nouveaux amis, elle se rend au fitness du navire.
André consacre la suite de la matinée à l’écriture. Le ciel est bleu et des nuages égarés courent dans le ciel, poussés par un vent puissant et résolu. Le pont douze, où se situe la piste de jogging, est d’ailleurs fermé aux passagers pour la journée.
Le déjeuner est savouré au buffet. André papillonne parmi les différents mets présentés et, parfois, prélève des aliments végétariens à la surface des nombreux plats de viandes. Les photos publiées sur le blog sont chargées durant le repas, la connexion Internet étant très lente. En sortant du buffet, le couple remarque la présence d’une file d’attente devant le distributeur de crèmes glacées.
Dans l’après-midi, une fois la narration de la journée d’hier transcrite sur le blog par un copier-coller depuis le fichier Word, André et Patrick se rendent au café de la Promenade au pont cinq pour siroter une boisson chaude ; une camomille pour André et une café pour Patrick. Une table vers la rambarde extérieure qui donne sur l’esplanade se libère. Le couple y prend place. A une petite table voisine, André observe un jeune garçon qui savoure lentement, avec une application attentive, un cupcake à la crème décorée par des brins de sucre colorés. Quelques instants plus tard Patrick revient avec le même cupcake vendu un peu moins de trois dollars. Quand André voit qu’il s’agit de crème au beurre, il craque.
Devant le display, une fillette demande le fameux cupcake coloré. Elle annonce à André que toute est free, gratuit. Sûre de son affirmation, grâce à sa candeur spontanée, toute heureuse, elle reçoit la douceur sans contrepartie pécuniaire. Toutefois, après son départ, le serveur est repris par un collègue. André, quant à lui, tend sa carte de cabine pour le paiement. Il revient à table avec une variante red velvet aux brisures de chocolat serties dans la crème au beurre. Les regards se promènent alentour. Une guitariste joue sur une estrade non loin de la voiture ancienne. Les convives aux tables voisines changent régulièrement durant la présence d’André et Patrick qui prennent leur temps pour déguster et se détendre. Un sourire de gourmandise se dessine sur le visage de Patrick lors d’une photo.
Une promenade sur le bateau précède le retour à la cabine où André et Patrick s’installent confortablement sur le balcon pour terminer l’après-midi en lecture. Un passage à la bibliothèque leur a offert d’emprunter deux ouvrages. Un magazine en langue anglaise sur l’informatique pour Patrick et le roman en français L’enfant d’Emma d’Abbie Taylor pour André.
Le dîner se déroule au buffet à la poupe du navire  vers dix-huit heures. Gratin de brocolis et gratin de cœurs d’artichauts végétarien composent notamment la partition du repas. Les trois grandes tables rondes en enfilade de l’autre côté de l’allée sont occupées par une même famille qui compte une vingtaine de membres. Une des tables est occupée par la jeunesse. En fin de repas Sandra se joint à André et Patrick. Elle a repensé durant la journée aux propos échangés lors du petit-déjeuner. André reçoit une information sur sa dernière fille qui lui avait échappée dans la matinée. Elle se destine à exercer la profession de vétérinaire. Pour ce faire elle suivra un cursus de six années à l’université de Sydney. Chaque année d’études lui sera facturée dix mille dollars à rembourser une fois active dans son milieu professionnel. Le coût, qui varie en fonction des programmes, est vraiment onéreux.
A vingt-heures quinze, André et Patrick assistent au théâtre La Scala à un spectacle du groupe australien Fabba qui interprète des chansons du légendaire groupe suédois Abba. Le show captivant et divertissant déborde d’énergie. Lors de la chanson phare de la comédie musicale Mamma Mia, les enfants présents dans le théâtre sont invités à monter sur scène et à participer à l’interprétation en exécutant des mouvements des mains rapidement démontrés. Le groupe quitte la scène sous les acclamations après la chanson Dancing Queen.
A l’issue du spectacle André et Patrick entrent aux pays des rêves.



















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