Aux aurores le navire longe les côtes des îles Fidji. Le ciel est
grand bleu et la chaleur déjà très élevée.
Le petit-déjeuner est apprécié au buffet à la poupe du navire. Baihe, une jeune serveuse asiatique,
glisse son prénom entre les lames du support en plexiglass posé sur chaque
table.
Le navire accoste après huit heures trente au port de Lautoka sur
l’île de Vitu Levu dans l’archipel des îles Fidji. Des étals et des stands aux
chapiteaux colorés sont présents sur le quai pour proposer des excursions et
des articles souvenirs aux voyageurs.
André et Patrick sortent du navire vers onze heures pour déambuler sur
le quai en plein effervescence. Les fidjiens, accueillants, dynamiques et
souriants, se démènent avec entrain pour accrocher les passagers. La chaleur dépasse
les trente degrés et les rayons solaires sont brûlants. André se met en quête
d’un chapeau. A défaut il achète une casquette pour onze dollars américains.
Plus loin, chez Jack’s of Fiji, le
chapeau imaginé attire son regard sur un tourniquet. Il coûte vingt dollars
fidjien. L’affaire est conclue et la vendeuse se prête volontiers à la prise
d’une photo à côté de son client.
Le quai, dominé par une immense grue supportée par des dizaines de
pneus, est arpenté. Des têtes de foreuses patientent un transport vers la mine
d’or de Vatukoula. A l’ombre de la grue, une policière s’adresse à André pour
lui dire qu’elle est captivée par la monture de ses lunettes. Un bavardage
prend naissance. Losalini est née sur
l’île. Elle est épanouie et heureuse de vivre au soleil toute l’année. Un
collègue qui porte avec élégance un sulu
blanc, une jupe traditionnelle pour homme, s’approche. Une autre photo est prise. Les
deux agents sont sympathiques, enjoués et très cordiaux dans leur attitude. Losalini inscrit son adresse mail sur le
calepin rose d’André pour l’envoi des photos. Elle indique l’emplacement du
fleuron de Sugar Mill & Sugar
Corporation Lautoka, l’industrie sucrière des Fidji. Une montagne de
cristaux de sucre se révèle à quelques encablures. Une photo depuis le pont
douze offrira une vue panoramique du site. Un demi-tour et la silhouette du
paquebot se dessine en arrière-plan sur fond de ciel délavé par la forte
chaleur. Un vaisseau fatigué en acier, à la couleur blanche incertaine, visité
par la rouille et les intempéries, probablement un vieux loup de mer, doté de
quelques technologiques de pointe, contraste au premier plan. Un bric-à-brac
accumulé avec le temps sur la misaine apporte une touche décontracté tout comme
une corde à linges où des vêtements colorés étendus profitent de l’ardeur des
rayons solaires. Un dernier regard à cet attachant caboteur et le couple
retourne au navire pour déjeuner.
Un gratin dauphinois emporte le suffrage. Une incontournable part de Forêt
noire chatouille agréablement les papilles d’André. Celles de Patrick
découvrent la suavité d’un chou Treacle
baigné de crème anglaise.
A treize heures la navette réservée hier après-midi dépose André et
Patrick sur la rue Wakabale au centre de Lautoka. La route Vitogo Parade est suivie en profitant de l’auvent des commerces qui
la jalonnent sur la gauche. Les boutiques proposant des habits d’apparat hindous
sont fréquentes. Les titres de divers livres nomades en anglais à deux dollars
sont guignés dans le commerce de vêtements
Bula Bargains Limited. De l’autre côté de la chaussée, devant le temple
Sikh aux autours azurés, une voie de chemin de fer aux railles peuplées d’herbe
s’interroge sur l’absence de convoi. Une casse côtoie l’édifice
religieux ; les carcasses désossées des voitures sont ingénieusement
stockées à la verticale. Un palmier aux branchages touffus et généreux borde d’autres
châssis sur leurs jantes alignés avec des rangées de portières. Un groupe de
volants en contrebas rêve à nouvelles virées. L’espace réduit du garage est
organisé de façon optimum. Plus loin sur le même côté un tigre plus vrai que
nature semble vouloir sauter sur deux passants depuis la marquise d’angle
arrondie d’un commerce.
Les boutiques s’amenuisent. Privés d’ombre, André et Patrick prennent
à droite dans l’avenue Namoli. Au
sommet d’un pylône, carrefour de trois arrivées de lignes électriques, une
assemblée de pigeons profite d’un temps de farniente. La ruelle Veve à gauche est suivie. Des papayes murissent
sur leur tronc, comme de grosses grappes successives, dans le jardin d’une
maison, clos par une petite barrière en bois couleur lilas. Une palissade en
limite de propriété dévoile des dessins d’art, à taille humaine, de scènes de
vie locales. Les contours en blanc des personnages de chaque œuvre
ressortent nettement sur le fond qui ressemble à un tableau noir ; le mot Taki figure sur une des illustrations
monochromes.
La façade du Sugar City Mall,
un petit centre commercial sans portes d’accès, s’est approprié le bout de la
rue. Les bancs intérieurs sont tous occupés par les citadins venus se protéger
des rayons solaires. Les gens bavardent, somnolent, grignotent ou se reposent ;
très peu de téléphones portables sont visibles. Un magasin d’informatique bien
achalandé, certainement climatisé, laisse sa porte d’entrée fermée. Contiguë
aux commerces, un marché couvert, une mer de denrées à pertes de vue, surprend
par sa présence insoupçonnée. André est abasourdi devant une telle profusion de
nourriture. Dans toute cette abondance, parmi les nombreux commerçants qui
répondent à son bonjour par le traditionnel Bula,
il se sent bien. Des milliers de petits ananas, probablement une production des
îles, tapissent une partie de la majorité des étals. L’ananas coûte deux
dollars fidjiens soit environ quatre-vingt-dix centimes d’euro. Des racines de
gingembre rivalisent avec les ananas par leur quantité. Des montagnes de
patates douces violacées, des aubergines, une pléiade d’œufs empilés en rangs
un peu partout, de multiples variétés de bananes dont des Vudi ressemblant à de gros saucissons représentent une petite
partie de l’offre faramineux ; le prodige la Gaia. Pour deux dollars,
André achète un sachet d’arachides avec leur pelure. Un bula, un sourire et une photo de l’étal est prise.
Régulièrement André et Patrick sont salués par des mbula sonores. Ils se souviennent de la
signification du mot entendu de nombreuses fois lors de leur précédente venue
aux îles Fidji le samedi 11 février 2012. Le mot bula, accompagné d'un sourire, signifie à la fois bonjour et bienvenue. A la fidjienne, le b se prononce mb.
Certaines entrées du marché donnent sur le terminal de bus. Plusieurs
cars sont plein de passagers. La ligne Lautoka-Suva, qui dépose les passagers
sur Queens Road, offre un départ au
moins une fois par heure. Les citadins qui attendent leur car sont assis sur
les nombreux bancs disposés le long des murs du marché. Les gaz des pots d'échappement
des véhicules en partance, aux fenêtres sans vitrage pour favoriser les
courants d’air, étourdissent dans la moiteur de l’air étouffant. Le pas est
pressé.
La rue Vakabale, où la
navette a déposé les passagers, est foulé dans le dessein de se rendre dans un
café repéré par André en arrivant. Le couple passe devant le supermarché Newworld-Iga dont les caisses donnent
presque sur la rue. Seuls les stores descendus à la fermeture font office de
murs. Les caissières et les clients sont à deux pas du trottoir.
La salle du café Nice Day Cake & Café est accueillante avec de
petits cadres au mur au rose dominant. Les ailettes d’un ventilateur tournent
au plafond pour rafraîchir l’air. Deux climatiseurs sont présents au mur. Un
superbe display de pâtisseries attire le regard d’André. Il choisit une part de
forêt noire. Plusieurs gâteaux d’anniversaire, mis aux frais en attendant leur
départ, portent le prénom des personnes fêtées, tels Mysha, Bebo, Timmi et Nisha ;
des enfants et ados pour la plupart selon les informations d’une hôtesse. Des
cappuccinos sont servis et sirotés. Les fauteuils à l’armature métallique noire
sont dotés d’accoudoirs arrondis en bois et de coussins en skaï crème. Une trentaine
de minutes, voire un peu plus, se succèdent dans le bien-être. Elles voient une
jeune femme, bien en chair, entrouvrir la porte pour une demander du regard une
aumône au couple seul présent dans le café à ce moment-là. Le patron lui fait
un signe négatif de la tête. Plus tard une dame à la longue chevelure noire
tenue en queue de cheval, au faciès indien, vêtue d’une robe légère fantaisie
imprimée dans les bleu, turquoise, noir et prune, les pieds chaussés de
sandalettes entre et commande la dernière part de forêt noire qu’elle savoure
lentement. Une fois les onze dollars cinquante fidjiens réglés, le couple retourne
dans la chaleur.
A l’angle avec Naviti street,
André remarque la présence d’un escalator dans le magasin Courts. Une visite est effectuée. Des pianos pour enfants dans leur
coffre en bois séduisent André. Le premier étage est consacré à l’ameublement.
André revoit le magasin de ses parents avant d’entrer dans l’affaire familiale.
La rue Naviti est suivie
pour se rendre au Shirley Park. Un
monsieur adresse la parole à André à l’entrée du parc. Il le questionne. Le
parc, agrémenté de tables et de bancs attenants en bois mauve, vert et bleu, longe
le bord de mer. Il est parsemé de grands arbres aux abondants feuillages
protecteurs. Des citadins profitent de l’ombre. Un bateau est échoué dans la
rade. A côté d’un kiosque sur Marine
Drive, deux garçons assis sur l’herbe font signe d’approcher à André et
Patrick qui s’assoient en leur compagnie. Jay et Joe, deux rugbymen de l’équipe
locale, engagent une conversation qui se révèle être manipulatrice. Leur
objectif est de récolter des fonds pour une organisation qui s’occupe de
réinsertion. Le bavardage est agréable malgré les propos qui reviennent sur
l’argent. André leur donne un billet de cinq dollars australiens, rescapé dans
le porte-monnaie. Jay et Joe racontent que le bateau échoué sur l’eau est la
victime d’un ouragan survenu il y a bientôt une année. Les deux citadins
souhaitent aussi des sous pour le prochain Lovo,
un plat ou plutôt un mode de cuisson traditionnel. Les divers ingrédients de la
préparation, notamment douze poulets, sont cuits durant plusieurs heures sur des
pierres brulantes placées dans un trou creusé dans la terre. Le tout est recouvert
de feuilles de bananier.
Une trentaine de minutes plus tard les quatre garçons se lèvent. André
et Patrick suivent Jay et Joe qui parlent d’aller boire un café. Chez Dons
Fastfood sur Tulsi Street, la
proposition est déclinée, le choix étant limité. Des hugs sont échangés avant de se déparer. Les seize heures
passent et le coupe décide de retourner au bateau.
Une fois à bord, le sachet d’arachides mis dans la poche du pantalon
en toile d’André pour passer le contrôle des effets personnels, une pause
boisson chaude est appréciée au café de la Promenade.
Après dix-sept heures André et Patrick assistent à la parade Island Frenzy sur l’esplanade de la
Promenade. Positionnés dans un petit balcon au pont six qui surplombe le
défilé, Patrick laisse tomber l’obturateur de l’appareil photo Olympus. Le
temps de le récupérer sur les marches des escaliers trois ponts plus bas, la parade
se termine.
Le navire lève l’ancre. Un au revoir, manifesté sur le quai par des
chansons populaires, précède le départ du navire vers dix-huit heures. André et
Patrick vont déjeuner au buffet. André savoure les rondelles d’une banane avec
une crêpe. Un triangle de polenta et des arachides de Lautoka participent à la
collation.
La soirée au théâtre La Scala
offre d’écouter en première partie du spectacle les chansons du duo Jon Joven
et Victoria Morgan. Ensuite le show du comédien Kelly Monteith déclenche les
rires des passagers. André voit le visage de Patrick s’illuminer d’un sourire
de temps à autre. Dans l’ascenseur bondé qui ramène le couple à sa cabine,
André est ému de voir un papa câliner son fiston à la chevelure blonde serré contre
lui. L’enfant aux anges, un peu ensommeillé, apprécie pleinement les caresses
du père…
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