mardi 24 janvier 2017

Bula à Lautaka aux îles Fidji...

Aux aurores le navire longe les côtes des îles Fidji. Le ciel est grand bleu et la chaleur déjà très élevée.
Le petit-déjeuner est apprécié au buffet à la poupe du navire. Baihe, une jeune serveuse asiatique, glisse son prénom entre les lames du support en plexiglass posé sur chaque table.
Le navire accoste après huit heures trente au port de Lautoka sur l’île de Vitu Levu dans l’archipel des îles Fidji. Des étals et des stands aux chapiteaux colorés sont présents sur le quai pour proposer des excursions et des articles souvenirs aux voyageurs.
André et Patrick sortent du navire vers onze heures pour déambuler sur le quai en plein effervescence. Les fidjiens, accueillants, dynamiques et souriants, se démènent avec entrain pour accrocher les passagers. La chaleur dépasse les trente degrés et les rayons solaires sont brûlants. André se met en quête d’un chapeau. A défaut il achète une casquette pour onze dollars américains. Plus loin, chez Jack’s of Fiji, le chapeau imaginé attire son regard sur un tourniquet. Il coûte vingt dollars fidjien. L’affaire est conclue et la vendeuse se prête volontiers à la prise d’une photo à côté de son client.
Le quai, dominé par une immense grue supportée par des dizaines de pneus, est arpenté. Des têtes de foreuses patientent un transport vers la mine d’or de Vatukoula. A l’ombre de la grue, une policière s’adresse à André pour lui dire qu’elle est captivée par la monture de ses lunettes. Un bavardage prend naissance. Losalini est née sur l’île. Elle est épanouie et heureuse de vivre au soleil toute l’année. Un collègue qui porte avec élégance un sulu blanc, une jupe traditionnelle pour homme,  s’approche. Une autre photo est prise. Les deux agents sont sympathiques, enjoués et très cordiaux dans leur attitude. Losalini inscrit son adresse mail sur le calepin rose d’André pour l’envoi des photos. Elle indique l’emplacement du fleuron de Sugar Mill & Sugar Corporation Lautoka, l’industrie sucrière des Fidji. Une montagne de cristaux de sucre se révèle à quelques encablures. Une photo depuis le pont douze offrira une vue panoramique du site. Un demi-tour et la silhouette du paquebot se dessine en arrière-plan sur fond de ciel délavé par la forte chaleur. Un vaisseau fatigué en acier, à la couleur blanche incertaine, visité par la rouille et les intempéries, probablement un vieux loup de mer, doté de quelques technologiques de pointe, contraste au premier plan. Un bric-à-brac accumulé avec le temps sur la misaine apporte une touche décontracté tout comme une corde à linges où des vêtements colorés étendus profitent de l’ardeur des rayons solaires. Un dernier regard à cet attachant caboteur et le couple retourne au navire pour déjeuner.
Un gratin dauphinois emporte le suffrage. Une incontournable part de Forêt noire chatouille agréablement les papilles d’André. Celles de Patrick découvrent la suavité d’un chou Treacle baigné de crème anglaise.
A treize heures la navette réservée hier après-midi dépose André et Patrick sur la rue Wakabale au centre de Lautoka. La route Vitogo Parade est suivie en profitant de l’auvent des commerces qui la jalonnent sur la gauche. Les boutiques proposant des habits d’apparat hindous sont fréquentes. Les titres de divers livres nomades en anglais à deux dollars sont guignés dans le commerce de vêtements Bula Bargains Limited. De l’autre côté de la chaussée, devant le temple Sikh aux autours azurés, une voie de chemin de fer aux railles peuplées d’herbe s’interroge sur l’absence de convoi. Une casse côtoie l’édifice religieux ; les carcasses désossées des voitures sont ingénieusement stockées à la verticale. Un palmier aux branchages touffus et généreux borde d’autres châssis sur leurs jantes alignés avec des rangées de portières. Un groupe de volants en contrebas rêve à nouvelles virées. L’espace réduit du garage est organisé de façon optimum. Plus loin sur le même côté un tigre plus vrai que nature semble vouloir sauter sur deux passants depuis la marquise d’angle arrondie d’un commerce.
Les boutiques s’amenuisent. Privés d’ombre, André et Patrick prennent à droite dans l’avenue Namoli. Au sommet d’un pylône, carrefour de trois arrivées de lignes électriques, une assemblée de pigeons profite d’un temps de farniente. La ruelle Veve à gauche est suivie. Des papayes murissent sur leur tronc, comme de grosses grappes successives, dans le jardin d’une maison, clos par une petite barrière en bois couleur lilas. Une palissade en limite de propriété dévoile des dessins d’art, à taille humaine, de scènes de vie locales. Les contours en blanc des personnages de chaque œuvre ressortent nettement sur le fond qui ressemble à un tableau noir ; le mot Taki figure sur une des illustrations monochromes.
La façade du Sugar City Mall, un petit centre commercial sans portes d’accès, s’est approprié le bout de la rue. Les bancs intérieurs sont tous occupés par les citadins venus se protéger des rayons solaires. Les gens bavardent, somnolent, grignotent ou se reposent ; très peu de téléphones portables sont visibles. Un magasin d’informatique bien achalandé, certainement climatisé, laisse sa porte d’entrée fermée. Contiguë aux commerces, un marché couvert, une mer de denrées à pertes de vue, surprend par sa présence insoupçonnée. André est abasourdi devant une telle profusion de nourriture. Dans toute cette abondance, parmi les nombreux commerçants qui répondent à son bonjour par le traditionnel Bula, il se sent bien. Des milliers de petits ananas, probablement une production des îles, tapissent une partie de la majorité des étals. L’ananas coûte deux dollars fidjiens soit environ quatre-vingt-dix centimes d’euro. Des racines de gingembre rivalisent avec les ananas par leur quantité. Des montagnes de patates douces violacées, des aubergines, une pléiade d’œufs empilés en rangs un peu partout, de multiples variétés de bananes dont des Vudi ressemblant à de gros saucissons représentent une petite partie de l’offre faramineux ; le prodige la Gaia. Pour deux dollars, André achète un sachet d’arachides avec leur pelure. Un bula, un sourire et une photo de l’étal est prise.
Régulièrement André et Patrick sont salués par des mbula sonores. Ils se souviennent de la signification du mot entendu de nombreuses fois lors de leur précédente venue aux îles Fidji le samedi 11 février 2012. Le mot bula, accompagné d'un sourire, signifie à la fois bonjour et bienvenue. A la fidjienne, le b se prononce mb.
Certaines entrées du marché donnent sur le terminal de bus. Plusieurs cars sont plein de passagers. La ligne Lautoka-Suva, qui dépose les passagers sur Queens Road, offre un départ au moins une fois par heure. Les citadins qui attendent leur car sont assis sur les nombreux bancs disposés le long des murs du marché. Les gaz des pots d'échappement des véhicules en partance, aux fenêtres sans vitrage pour favoriser les courants d’air, étourdissent dans la moiteur de l’air étouffant. Le pas est pressé.
La rue Vakabale, où la navette a déposé les passagers, est foulé dans le dessein de se rendre dans un café repéré par André en arrivant. Le couple passe devant le supermarché Newworld-Iga dont les caisses donnent presque sur la rue. Seuls les stores descendus à la fermeture font office de murs. Les caissières et les clients sont à deux pas du trottoir.
La salle du café Nice Day Cake & Café est accueillante avec de petits cadres au mur au rose dominant. Les ailettes d’un ventilateur tournent au plafond pour rafraîchir l’air. Deux climatiseurs sont présents au mur. Un superbe display de pâtisseries attire le regard d’André. Il choisit une part de forêt noire. Plusieurs gâteaux d’anniversaire, mis aux frais en attendant leur départ, portent le prénom des personnes fêtées, tels Mysha, Bebo, Timmi et Nisha ; des enfants et ados pour la plupart selon les informations d’une hôtesse. Des cappuccinos sont servis et sirotés. Les fauteuils à l’armature métallique noire sont dotés d’accoudoirs arrondis en bois et de coussins en skaï crème. Une trentaine de minutes, voire un peu plus, se succèdent dans le bien-être. Elles voient une jeune femme, bien en chair, entrouvrir la porte pour une demander du regard une aumône au couple seul présent dans le café à ce moment-là. Le patron lui fait un signe négatif de la tête. Plus tard une dame à la longue chevelure noire tenue en queue de cheval, au faciès indien, vêtue d’une robe légère fantaisie imprimée dans les bleu, turquoise, noir et prune, les pieds chaussés de sandalettes entre et commande la dernière part de forêt noire qu’elle savoure lentement. Une fois les onze dollars cinquante fidjiens réglés, le couple retourne dans la chaleur.
A l’angle avec Naviti street, André remarque la présence d’un escalator dans le magasin Courts. Une visite est effectuée. Des pianos pour enfants dans leur coffre en bois séduisent André. Le premier étage est consacré à l’ameublement. André revoit le magasin de ses parents avant d’entrer dans l’affaire familiale.
La rue Naviti est suivie pour se rendre au Shirley Park. Un monsieur adresse la parole à André à l’entrée du parc. Il le questionne. Le parc, agrémenté de tables et de bancs attenants en bois mauve, vert et bleu, longe le bord de mer. Il est parsemé de grands arbres aux abondants feuillages protecteurs. Des citadins profitent de l’ombre. Un bateau est échoué dans la rade. A côté d’un kiosque sur Marine Drive, deux garçons assis sur l’herbe font signe d’approcher à André et Patrick qui s’assoient en leur compagnie. Jay et Joe, deux rugbymen de l’équipe locale, engagent une conversation qui se révèle être manipulatrice. Leur objectif est de récolter des fonds pour une organisation qui s’occupe de réinsertion. Le bavardage est agréable malgré les propos qui reviennent sur l’argent. André leur donne un billet de cinq dollars australiens, rescapé dans le porte-monnaie. Jay et Joe racontent que le bateau échoué sur l’eau est la victime d’un ouragan survenu il y a bientôt une année. Les deux citadins souhaitent aussi des sous pour le prochain Lovo, un plat ou plutôt un mode de cuisson traditionnel. Les divers ingrédients de la préparation, notamment douze poulets, sont cuits durant plusieurs heures sur des pierres brulantes placées dans un trou creusé dans la terre. Le tout est recouvert de feuilles de bananier.
Une trentaine de minutes plus tard les quatre garçons se lèvent. André et Patrick suivent Jay et Joe qui parlent d’aller boire un café.  Chez Dons Fastfood sur Tulsi Street, la proposition est déclinée, le choix étant limité. Des hugs sont échangés avant de se déparer. Les seize heures passent et le coupe décide de retourner au bateau.
Une fois à bord, le sachet d’arachides mis dans la poche du pantalon en toile d’André pour passer le contrôle des effets personnels, une pause boisson chaude est appréciée au café de la Promenade.
Après dix-sept heures André et Patrick assistent à la parade Island Frenzy sur l’esplanade de la Promenade. Positionnés dans un petit balcon au pont six qui surplombe le défilé, Patrick laisse tomber l’obturateur de l’appareil photo Olympus. Le temps de le récupérer sur les marches des escaliers trois ponts plus bas, la parade se termine.
Le navire lève l’ancre. Un au revoir, manifesté sur le quai par des chansons populaires, précède le départ du navire vers dix-huit heures. André et Patrick vont déjeuner au buffet. André savoure les rondelles d’une banane avec une crêpe. Un triangle de polenta et des arachides de Lautoka participent à la collation.
La soirée au théâtre La Scala offre d’écouter en première partie du spectacle les chansons du duo Jon Joven et Victoria Morgan. Ensuite le show du comédien Kelly Monteith déclenche les rires des passagers. André voit le visage de Patrick s’illuminer d’un sourire de temps à autre. Dans l’ascenseur bondé qui ramène le couple à sa cabine, André est ému de voir un papa câliner son fiston à la chevelure blonde serré contre lui. L’enfant aux anges, un peu ensommeillé, apprécie pleinement les caresses du père…






























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