dimanche 29 janvier 2017

Océan Pacifique à perte de vue...

A l’issue des rites matinaux, une brume vaporeuse en suspension dans l’air intrigue André. Il lève la tête et s’aperçoit en souriant qu’il s’agit de la fumée générée par la grosse cheminée du bateau. Les volutes en spirales effectuent une courbe gracieuse pour venir lécher les vagues aux crêtes turbulentes.
Le navire glisse paisiblement sur l’océan. Au buffet, lors du petit-déjeuner, un spectacle grandiose s’offre au regard à la poupe. Un large sillon argenté scintillant tracé sur les flots miroitants par la générosité de l’astre solaire rivalise avec la beauté du sillon écumeux et spumescent laissé par le passage du vaisseau des mers.
Le vaste espace du petit-déjeuner est silencieux. Seules quelques personnes sont présentes. La soirée de la plupart des passagers s’est probablement étirée tard dans la nuit pour profiter au maximum de la croisière qui se termine. En revenant à la cabine, André et Patrick constatent qu’un croissant au beurre lâché sur la moquette est toujours là ; il est probablement tombé d’une assiette très chargée. Patrick est pris en photo devant la porte pour se souvenir du numéro de la cabine.
La matinée se déroule paisiblement. Ecriture, lecture et surf sur la toile internet ont captivé majoritairement sa trame.
Lors du déjeuner au buffet, Sandra, qui prend son repas en compagnie d’un couple à une table voisine, vient saluer André. A son retour du buffet, Patrick va lui présenter ses civilités. Elle est contente que la croisière d’achève. La présence de ses filles lui manque. André savoure des pâtes en forme de petits calices avec de la sauce au pesto. Sa collation terminée, il promène son regard sur les tables voisines. Il remarque depuis le début de la croisière que nombre de passagers apprécient en dessert la texture gélatineuse de gelées rouges ou vertes servies dans de petites verrines en plastique transparent.
A quatorze heures Patrick se rend au théâtre pour voir le film d’animation Kung Fu Panda des studios DreamWorks diffusé en trois dimensions. Il retrouve avec plaisir les aventures de l’attachant Po.
De son côté André s’absorbe agréablement dans l’écriture tout en ciselant et en émaillant certaines phrases grâce à la richesse du vocabulaire de la langue française. Certains mots à l’usage démodé retiennent sa faveur. Exprimer exactement, fidèlement une pensée où une image mentale sous forme de mots est un art apprécié, générateur d'enthousiasme. La fenêtre du balcon est ouverte et le tintamarre du pont douze entre dans la cabine avec force décibels. Il finit par s’épuiser et le silence revient. Le clapotis des vagues peut à nouveau se laisser entendre et bercer l’ouïe du narrateur.
Une pause boisson chaude enjolive l’après-midi. Rosario joue de la guitare sur la Promenade. Proche de lui, contre le mur, un peintre en bâtiment teste une nuance de bleu indigo sur le mur en pierre blanche. André et Patrick devisent sur le livre de Dino Buzzati Le désert des Tartares dont Patrick vient d’achever la lecture. L’ouvrage aborde le thème du gouffre de la routine ; ces mêmes gestes, ces mêmes comportements et attitudes, ces mêmes schémas journaliers répétés des milliers de fois. Quand une porte s’ouvre pour d’autres opportunités, la plupart des humains résiste à l’appel du changement, repousse la nouveauté et refuse d’en franchir le seuil. Préfère-t-elle rester dans le confort du connu, des habitudes, en prétextant parfois qu’il faut savoir se contenter des petits plaisirs. Quoi qu’il en soit, la mort est au bout du chemin. Ne vaut-il pas mieux bousculer la routine, sortir d’une sécurité toute relative pour embrasser une bienheureuse insécurité où tous les possibles peuvent advenir. A chacun alors d’adapter la qualité de son regard quand des circonstances défavorables perturbent l’égo en générant inconfort et tourment. Quel est le plus grand risque ? N’est-ce pas celui de mourir ? Que la vie soit routinière ou innovatrice, la mort survient toujours, et pas seulement quand la vieillesse s’empare du corps. Chaque jour est susceptible d’être le dernier.
En fin d’après-midi une promenade sur le pont douze s’offre aux deux français. Sur le grand écran le film d’animation endiablé The Secret life of Pets est en cours de diffusion. La bande sonore est aussi déchainée que la vie trépidante des animaux de compagnie. Le passager asiatique amoureux des couchers de soleil, repéré maintes fois par Patrick, est à nouveau présent sur le pont avec son appareil photo élaboré. Un trépied lui permet de prendre des clichés avec une précision toute professionnelle.
Le disque solaire est assailli par une armada de nuages noirs qui l’assiège en position groupée. La noirceur de leurs atours assombrit le ciel dans une vision menaçante. Une fine bande dorée perdure à l’horizon comme prise en étau entre la nappe bleu marine de l’océan et l’envergure dantesque des nuages. Une trouée permet à la clarté ambrée d’accentuer la profondeur scénique du grandiose phénomène atmosphérique.
A plusieurs reprises dans la journée Patrick a photographié le ciel. Le jour durant, la valse des nuages a offert un spectacle d’une grande diversité où les nuées, aux formes et aux tailles inégalées, ont rivalisé de créativité et de magnificence.
Un festin d’inspiration indienne est présent au buffet. André teste la saveur de différents mets sans trop connaître leur appellation. Patrick termine son repas avec une coupelle de crème anglaise et de fritures de chair de banane juteuse accommodées d’une boule de glace au chocolat. André chancelle et se lance dans la dégustation de deux bouchées à l’onctueuse pulpe de banane.
Un spectacle musical est annoncé au théâtre avec les danseurs et chanteurs de la troupe du navire. Le show s’annonce haut en couleurs avec des décors superbes et créatifs. Du cabaret Moulin rouge parisien aux studios de Bollywood, en passant par le générique de la Panthère Rose, la revue se promène un peu partout sur la planète pour offrir aux artistes d’arborer de multiples costumes de scènes tous plus attrayants les uns que les autres.
L’esprit baigné de couleurs et de beauté, André et Patrick pénètrent avec allégresse au pays des rêves…















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