mercredi 25 janvier 2017

Escale à Suva dans les îles Fidji…


A l’aube le navire approche de Suva la capitale des îles Fidji. L’étrave célèbre la belle croisière et son plaisir de ses lents voyages dans cette mer de cobalt aux chaudes eaux cristallines. Le sable blanc des plages et la végétation tropicale de l’île verdoyante n’ont plus de secret pour elle.
André tire le rideau du balcon à six heures du matin. Aux confins de l’horizon, où le ciel et l’océan paraissent se rencontrer, une partie du disque solaire est perceptible. L’astre dans un écrin d’or, auréolé d’un essaim de nuages groupé, patiente la rotation de la Terre pour inonder de ses lumineux rayons les vagues encore endormies.
Après sept heures trente le navire glisse latéralement sur l’eau. Au large, la proue rouillée d’un bateau échoué pointe vers le ciel dans une vision de naufrage oublié. Il s’aligne le long du quai des rois. Tout comme à Lautoka, la bienvenue au port est écrite en anglais sur la toiture inclinée des installations.
Lors du petit-déjeuner, où les bananes sont simplement restées dans les armoires froides pour éviter la rafle des passagers, André suit du regard la valse des assiettes tenues par les passagers en mouvement. Bacon, saucisses, œufs brouillés et cuits durs, croquettes de pomme terre sont à l’honneur parmi la nourriture abondante qui arrive sur les tables.
La matinée s’écoule dans la cabine. Les bruits de la ville aux multiples sonorités entrent par la porte ouverte du balcon. Les activités du port de commerce, les mouvements des bus dans la gare terminale, située à une encablure du port, et le ballet des voitures avec son cortège de coups de klaxon génèrent un capharnaüm auditif. Heureusement l’air chaud extérieur, qui tempère la climatisation détraquée, supplée avantageusement au manque de confort.
A midi André et Patrick déjeunent au Windjammer Café. Contrairement à hier la fréquentation est déjà plus importante. Divers passagers, comme Sandra qui vient se joindre à ses nouveaux amis, sont restés à bord. L’attrait du centre-ville de Suva, outre la ribambelle de commerce, est relativement limité. André revient du buffet avec un steak végétal, apparu comme par magie au buffet, agrémenté de sauté d’oignons. Une coupelle de riz blanc et de byriani de chou-fleur accompagnent le mets, rare sur les navires. Patrick en profite pour se préparer un burger végétarien. Sandra a passé une bonne partie de la matinée à la salle de gym. Nage et farniente au bord de la piscine sont au programme pour son après-midi. Elle annonce que demain c’est la fête nationale en Australie. Jour férié depuis 1946, elle célèbre l'unité nationale et commémore l'arrivée des européens en janvier 1788. Une grande Party, une fête, s’annonce demain sur le navire. Sandra s’intéresse au programme de la soirée. Patrick lui parle de la soirée opéra au théâtre. Hésitante sur la compréhension, André mime Bianca Castafiore, un des personnages récurrent des aventures de Tintin, qui lui déclenche un grand fou-rire.
André et Patrick descendent à terre après treize heures. Un nuage ventru s’aventure en dessus du port et lâche des gouttes de pluie sur les passagers qui sortent du navire. A la sortie du port des étals alignés et abrités proposent des souvenirs et des articles de l’artisanat local. Une jeune femme souriante qui vend de magnifiques tortues faites mains, vêtue d’une robe en toile à motifs au bleu turquoise dominant, se prête volontiers à la prise d’une photo après le bula chaleureusement prononcé par André. Il repère ensuite un magasin Courts ; un frère de celui de Lautoka.
André et Patrick suivent la rue Scott. Un fidjien s’adresse à André et lui demande de quel pays il vient. La réponse est incomprise. Il sort alors une carte et André pointe son doigt sur la France et sur le point représentant la ville de Genève. L’homme, souriant, est satisfait. Voilà un citadin bien organisé.
A l’angle avec Central Street, le parc Ratu Sukuna Park invite à une balade au bord de l’océan. De grands arbres, dont des flamboyants et des palmiers, aux amples branches magnifiques, ceinturés d’un parterre circulaire fleuri en pierre noire peinte de courbes blanches façonnées en forme d’écailles, déploient leurs feuillages avec grâce pour offrir ombre et fraicheur. L’étendue d’herbe tondue est parsemée de-ci de-là de superbes bancs à la forme design très accueillante. Le dossier est composé de deux triangles métallique allongés qui se marient sur un de leurs côtés. L’un est traversé de lamelles de bois ocre rouge mahogany et l’autre est paré d’un treillis en métal de couleur verte assorti à l’armature des accoudoirs arqués et aux deux piètements circulaires boulonnés sur un rectangle de béton crème. André teste l’assise qui s’avère confortable. Une bien belle réalisation. Murets, étoffés par endroits de planches en bois mahogany pour s’asseoir, tables en pierre aux bancs attenants, parterres de fleurs, petites allées empierrées confèrent un charme fou à ce petit parc bien fréquenté par les citadins.
André et Patrick marchent ensuite sur la route Victoria Parade bordée d’anciennes bâtisses dont la bibliothèque Suva City Carnegie Library aux façades en cours de rénovation. Le regard d’une fillette assise à l’arrière d’une voiture juste garée au bord du trottoir croise celui d’André. Elle lui offre un ravissant sourire. Un bref passage dans une pharmacie pour acheter, vainement, du pure gel d’aloe vera permet à André de dire en sortant Vinaka, merci en fidjien. Plus loin le restaurant chinois Vine Yard Palace fête sa réouverture après travaux et les passants sont invités à entrer ; peut-être lors du retour des deux promeneurs qui se dirigent  vers le jardin botanique. Précédé du vaste complexe art déco des bâtiments gouvernementaux imposants et plutôt austères, Albert Park se profile à l’horizon où des jeunes gens jouent au ballon.
En face, de l’autre côté de la chaussée, André apprécie la façade blanche du Grand Pacific Hotel. Il fut une icône du Pacifique Sud au siècle passé. Entièrement rénové, l'hôtel à l’architecture coloniale fascinante a rouvert ses portes voici deux ans, l’année du centième anniversaire de son ouverture. Il reprend ainsi sa place de vieille dame du Pacifique.
A l’angle du parc, en bordure de la route Cakobau road qui jouxte le jardin botanique Thurston Gardens, un petit rectangle bétonné est garni d’appareil de musculation où des ados s’entrainent sans se préoccuper de la chaleur. Le soleil joue à cache-cache avec les nuages.
André et Patrick décident d’entrer dans le Jardin Botanique Suva, rebaptisé voici quarante ans en l’honneur du cinquième gouverneur des îles Fidji Sir John Bates Thurston, malgré le souvenir de piqures aux jambes d’insectes invisibles lors de leur précédant passage. Cette fois André porte un pantalon de toile thaïlandais. La magnificence des arbres vénérables dont maintes racines tentaculaires rampent sur le sol, la beauté des fougères arborescentes et la diversité de la flore locale donnent une sensation de petit paradis tropical au jardin. Plus vaste autrefois il intégrait une magnifique demeure devenue la maison du gouvernement. Le jardin est étoffé de tables et de bancs en pierre, de kiosques et d’une tour à l’horloge, flanquée d’un pavillon octogonal, érigée en mémoire du premier maire de Suva Gabriel J. Marks.
Pour la petite histoire, le maire et son épouse moururent en 1914 lors du naufrage du navire Empress of Ireland. Dans la nuit du 28 au 29 mai, dans un épais brouillard sur le fleuve Saint-Laurent, le navire fut violemment éperonné par le cargo Storstad. Il coula en une quinzaine de minutes entrainant la mort de centaines de personnes.
Après un passage sur la terrasse couverte du musée, où de l’artisanat est à vendre à côté d’un café nouvellement ouvert, André et Patrick prennent le chemin de la sortie. Un vieux monsieur, attablé dans le parc, lève la main dans un chaleureux geste de bienvenue. La salutation est rendue avec des bula.
Ils suivent à nouveau Victoria Parade pour revenir vers le centre-ville. Ils sillonnent quelques rues dont certaines grimpantes. De nombreux citadins croisés portent le sulu. Le ciel se couvre de nuages noirs. Le couple se dirige vers le marché couvert situé dans l’enceinte du port avant de remonter à bord du navire. André souhaite acheter une banane Vudi. Le marché, peut-être plus petit que celui de Lautoka, regorge aussi de nourriture en abondance. Les affaires ont bien marché car des étals sont presque vides. Les allées sont sillonnées. André trouve un étal où des bananes Vudi sont vendues ensemble dans des assiettes plastiques colorées disposées sur les feuilles de journaux qui tapissent la planche du comptoir.
L’homme et la femme présents, à l’écoute d’André, sont tout à fait disposés à lui vendre une seule banane, ripe, mûre comme il le sollicite. La commerçante s’agenouille, glisse la main au travers d’un rideau fixé le long du plateau de l’étal, effectue une sélection et sort le fruit calibré à la taille de la poche du pantalon en toile de son client ; la banane devant monter incognito à bord. A défaut de pouvoir plonger la variété plantain quelques minutes dans l’eau bouillante pour la cuisson, elle précise que pour la manger crue il convient d’attendre que la peau soit toute noire. Une photo d’André, qui tient fièrement la banane, est prise entre le couple charmant et attentionné qui demande avec intérêt la provenance des visiteurs. Un dollar fidjien est donné pour le paiement. Des sourires ponctuent la transaction presque familiale.
Une file d’attente est constituée devant la passerelle du navire. Les nuages décident d’être plus généreux et une pluie fine commence à tomber. André et Patrick montent à bord légèrement mouillés.
Un temps de détente est apprécié au café de la Promenade autour d’une boisson chaude. Une autre file d’attente, au sec cette fois, est intégrée par des voyageurs qui souhaitent grignoter une part de pizza, un cookie ou un autre aliment gratuit à la disposition des passagers.
A dix-sept heures le navire lève l’ancre et s’éloigne de la bruyante Suva. Les photos prises dans la journée sont chargées sur les deux ordinateurs. André commence la narration du déroulement de la journée tout en surfant sur le web selon son inspiration. Les nuages se promènent dans le ciel et s’amusent à dessiner différentes figures prises en photo par Patrick.
Le dîner dévoile ses surprises à dix-neuf heures. André choisit un repas de douceurs. Il déguste une part de gâteau au chocolat agrémentée d’amandes effilées, de rondelles de banane, d’une boule de crème glacée au chocolat et de quelques arachides. Patrick apprécie des légumes en sauce sur du riz blanc avant de savourer deux boules de glace vanille escortées de pulpe charnue d’abricot.
La soirée au théâtre offre de découvrir le talent de la célèbre soprano australienne Emily Garth. Très à l’aise sur scène, elle interprète des airs d'opéra entrecoupés de numéros musicaux populaires qu’elle anime avec le charme d’une diva ludique. L’artiste change de tenue en cours de spectacle. Une longue robe bleue froufroutante précède un fourreau avec traine zébré de bandes blanches et noires pailletées d’argent. La participation à sa prestation de l’auditoire et de divers spectateurs enchante l’assemblée qui applaudit à tout rompre.
Avant d’entrer dans les bras de Morphée, André et Patrick reculent d’une heure les aiguilles de l’horloge de voyage… 





























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