lundi 30 janvier 2017

Océan Pacifique à perte de vue…

Au lever la douce luminosité solaire fait écho aux légers scintillements des flots qui s’animent avec indolence.
André et Patrick changent de place pour le petit-déjeuner. Le soleil brille généreusement à bâbord et invite le couple à s’asseoir au bord du vitrage pour bénéficier de ses chauds rayons. Une coulée d’argent scintille sur flots sous le faisceau de l’astre.
A une table voisine, une petite dame à l’âge incertain, au visage dessiné de rides, à la fine chevelure alcalescente encadrant son visage, manie avec dextérité un couteau pour séparer de leur pelure la pulpe des quartiers d’un pamplemousse.
Dans la matinée Patrick restitue à la bibliothèque du navire le livre d’Abbie Taylor L’enfant d’Emma emprunté par André. La lecture est suspendue au chapitre sept, au sixième jour, à la date du vendredi 22 septembre.
Un immense gâteau à la crème trône à l‘entrée du buffet. Un message de remerciement pour avoir navigué avec l’équipage à bord du Voyager of the Seas, rédigé manuellement à la crème au beurre en pleins et en déliés, se dévoile à la surface de la royale pâtisserie. Au cours du déjeuner Sandra annonce à André et Patrick avoir dansé tout son soûl au pont quatorze jusqu’à quatre heures du matin. Demain elle débarque de très bonne heure et souhaite dire au revoir au couple lors du dîner.
La température s’affiche à vingt-deux degrés dans la cabine au retour du buffet malgré la porte du balcon restée ouverte durant tout le repas. La pendulette est posée dehors pour connaître celle extérieure qui s’avère très vite être supérieure de cinq degrés.
Vers treize heures le ciel est exempt de tout nuage. La voute azurée est tellement lumineuse que l’appareil photo de Patrick refuse de faire la mise au point. Quelques fins filaments crayeux sont à peine perceptibles dans l’étendue bleu clair.
Le blog s’actualise. La connexion internet étant aussi indolente que l’avancée du navire, les photos sélectionnées pour étoffer les narrations des journées passées sur l’île mystérieuse et à Nouméa seront ajoutées plus tard sur le continent australien.
André se délasse dans un bain.
Le thé de l’après-midi offre à Patrick de savourer un scone nature agrémenté de crème anglaise. André opte pour une petite pâtisserie carrée poire amande. Du thé accompagne les douceurs. Un garçon d’une douzaine d’années bavarde avec André lors d’un déplacement au buffet. Australien, il étudie le français depuis deux ans ; l’apprentissage de la langue l’enthousiasme. Un appareil dentaire masque ses dents.
Une visite du pont quatorze, dont les vitrages inclinés révèlent un panorama des ponts piscine, et une marche au pont douze succèdent à la pause gourmande. Vers les ascenseurs, une salutation cordiale est échangée entre André et un monsieur qui se déplace en permanence avec une béquille. Leurs diverses rencontres, favorisées par le hasard, remontent à quelques jours. Le soleil darde de chauds rayons et le ciel est toujours aussi bleu. Les nuages voguent sous d’autres cieux. Un film d’animation, Finding Dory, est en cours de diffusion sur le grand écran. Un tumultueux périple aérien et aquatique s’empare des protagonistes. Après une trentaine de minutes de marche aussi calme que les flots, une balade est effectuée sur la Promenade où les étals regorgent de marchandises pour les derniers achats. Une parade est annoncée après dix-sept heures. Avant le défilé, André et Patrick remontent à la cabine pour effectuer sur ordinateur un check-in online sur le site de la compagnie d’aviation Tigerair.
Debout dans un balconnet au pont six, ils suivent la parade Move it ! Move it ! Les personnages médiatisés de DreamWorks défilent gaiement dont le fameux panda Po. Des bambins assis sur la moquette, accompagnés par une dame asiatique, laissent pendre leurs jambes dans le vide au travers de la rambarde arrondie. La lumière tamisée restreint la netteté des photos. Une effervescence s’empare de l’assistance durant le cortège coloré et ludique.
La parade se termine. Un bain de foule accueille le couple sur la Promenade. Il se rend à la bibliothèque au pont huit pour imprimer les bordereaux de Tigerair suite à l’enregistrement en ligne. Deux jeunes filles jouent aux cartes sur la moquette devant les terminaux d’ordinateurs. Une connexion sur la messagerie d’André permet de lancer l’impression des deux documents.
André se consacre à l’écriture avant le dîner. L’océan s’agite. Les vagues se chahutent et s'entrechoquent dans des envolées d’écume. Patrick se connecte sur Internet avec difficulté pour envoyer un mail à ses parents.
La peau de la banane Vudi est devenue noire. André se délecte avec de grosses rondelles à la succulente chair suave, parfumée et délicate. Patrick fait honneur aux cerises charnues poêlées dans leur jus. Durant le repas, Sandra se joint au couple pour l’au revoir. Son départ demain est prévu à sept heures. Une heure de train avec un changement à Central sera nécessaire pour parcourir la bonne vingtaine de kilomètres qui la sépare de son domicile où elle va reprendre une routine bien rôdée au regard du déroulement journalier détaillé. Elle réside dans Woolooware, une banlieue au sud de Sydney dans le comté de Sutherland. L’instant de la séparation approche. Des hugs sont échangés avec l’amicale passagère. André lui souhaite de l’amour en lui disant take care, prend soin de toi. Les yeux de la jeune femme se brouille devant l’émotion, elle essuie quelques larmes, sourit et s’éloigne sans se retourner.
La soirée de l’au revoir au théâtre débute par des extraits de la vidéo tournée durant la croisière. André ressent l’impression d’être sur un autre navire tant les images lui sont étrangères. Cela ressemble à de la promotion. Tous les visages sont souriants. Les passagers filmés dans leurs activités sont tous épanouis, en pleine euphorie et joyeux de vivre. Un petit film loufoque et burlesque sur une journée à bord de Mitch, le directeur de croisière, précède un long laïus du remuant jeune homme. La première partie du spectacle est animée par la soprano Emily Garth à son avantage dans une longue robe rubis au généreux décolleté. Elle termine sa prestation ovationnée par la chanson Time to say Good Bye, Il est temps de se dire au revoir, inspirée du Con te partirò d’Andrea Boccelli. Toutefois l’interprétation est bancale. L’artiste mélange l’anglais et l’italien. Le résultat discordant est désagréable à l'oreille. Cette appréciation du couple semble peu partagée car  l’auditoire applaudit à tout rompre. La suite du programme est consacrée à la gestuelle de l’artiste Sean Laughlin qui mêle jongleries et facéties avec le public. Le tableau final offre une courte revue de la troupe des chanteurs et danseurs du navire. A l’issue de leur numéro coloré et détonant, ils sont rejoints sur scène par des officiers, par l’équipe d’animation dont le jeune asiatique joueur de guitare assidu à l’entrée du buffet, et par des membres de l’équipage représentant les différents secteurs d'activités du bord.
La soirée se termine à une heure avancée de la soirée. André et Patrick vont se blottir dans les bras de Morphée…

















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