Les heures de la matinée s’écoulent agréablement à l’Holiday Inn. Le
petit-déjeuner et les activités ponctuent son déroulement.
Après onze heures trente, des gouttes de pluie escortent André et
Patrick jusqu’au train aérien à National
Stadium. Le coutumier contrôle des sacs est effectué avant d’accéder au
quai. Durant le trajet la pluie s’amuse à lécher les vitrages du train. Le
couple descend à la station Mo Chit
située vers l’entrée d’un marché réputé. En sortant du wagon climatisé, au contact
de l’air chaud, une buée se forme sur les verres de lunettes d’André ; le
phénomène inverse de l’hiver en Haute-Savoie. La foule est au rendez-vous et
les escalators déversent des cargaisons de thaïlandais où se faufilent les
touristes. André et Patrick se dirigent vers l’entrée du Jatujak Market ou Chatuchak
Market. Le marché des superlatifs, le plus grand de Thaïlande, qui se tient
chaque week-end, s’exprime au travers de milliers de boutiques et d’étals en
tous genres. La pluie a cessé et le ciel reste nuageux. Le parcours entre les
échoppes voit se dresser latéralement une barre d’immeuble d’une dizaine
d’étages qui semble à l’abandon. Les façades noircies par le temps sont bardées
de câbles noirs et de filins divers. Les fenêtres et les baies sans encadrements
ouvertes aux intempéries accentuent le côté dantesque de ce lieu frappé de désolation.
Un commerçant muni d’une tringle évacue la pluie accumulée sur le store rayé
rose et blanc de sa devanture. Les trombes d’eau tombent lourdement sur le sol
avec des éclaboussures évitées par les passants indifférents.
Un peu plus loin un vaste Thaï
Food Court bâché se dévoile où de nombreuses
personnes déjeunent dans la bonne humeur. Les bavardages animés sont sonores. Divers
ventilateurs brassent l’air chaud et humide. André et Patrick prennent place sur
des tabourets en plastique rouge à une table commune nappée d’une toile cirée
bleu roi. Ils sont rejoints quelques minutes plus tard par deux mamans chinoises,
accompagnées de trois fillettes, qui s’expriment dans la langue de Shakespeare
pour passer leur commande. L’anglais sert de passerelle entre les deux langages
asiatiques. Le couple savoure une poêlée de légumes sautés servie sur un lit de
riz blanc. Le prix des deux repas se monte à cent vingt bahts, soit environ
trois euro.
La promenade se poursuit. Un étal à la devanture attrayante garnie de
multiples gobelets en plastique remplis de fruits variés attendent le choix d’un
chaland pour être mixés en smoothie. Plus loin une immense coupe en aluminium
est remplie entièrement de petites billes roses alimentaires mystérieuses baignant
dans un liquide onctueux. André et Patrick atteignent une des entrées principales
du marché. Ils se prennent en photo entre deux petites tourelles blanches où on
peut lire en anglais et en thaï les mots Jatujak
Market. La découverte du marché se poursuit. Un thaïlandais en polo vert
est croisé devant une profonde échoppe de vaisselle en faïence et porcelaine ;
il porte un enfant dans ses bras qui dort paisiblement la tête posée sur son
épaule gauche. Plus avant Patrick achète pour cent bahts un tee-shirt gris
clair décoré de têtes de chats noirs. Les quatorze heures s’annoncent. Devant
un étal à l’enseigne Fruit Shake Patrick
commande un smoothie aux fruits mélangés pour se désaltérer. A l’étal voisin
André opte pour un café Mocha. Un mini mixeur est avantageusement utilisé par
la préparatrice pour mélanger les ingrédients du café Mocha. L’excellent breuvage,
à trente bahts, à moins d’un euro, exhale un délicieux arome de café.
Lors de cette balade aux multiples scènes de vie expressives et
attachantes, le couple remarque la présence régulière de petits étals où des sorbets
colorés, vraiment faits maison, sont conservés au froid dans de fins cylindres
métalliques trempés dans un large récipient à glace. Le prix est de cinq bahts,
quelques quinze centimes d’euro. Avec des piécettes, une jeune fille thaïe
achète un bâtonnet à la glace couleur framboise.
Dans le marché les services de nettoyage efficaces et la signalétique
efficiente portent leurs fruits. Le sol est propre et les déchets sont déposés
dans les poubelles.
Un reporter surprend par sa présence agenouillée derrière une grosse
caméra posée au sol. Il filme assidument les pieds en mouvements des visiteurs.
Une pluie intermittente se manifeste de-ci de-là. À l’image des
anglais, les thaïlandais sont flegmatiques, toutefois ils méconnaissent l’usage
du parapluie ; sa vente est quasi inexistante dans Bangkok.
La variété des articles présentés est inouïe. L’abondance à des prix
plus qu’attractifs est omni présente. André achète une trousse de toilette allongée,
rose vif, pour cent bahts. Un couple de touristes croisé vient d’acheter chacun
une valise de cabine ; probablement pour emporter à son domicile les
souvenirs achetés sur le marché.
André et Patrick s’éclipsent du marché pour se diriger vers le parc Jatujak. Dans un stand sommaire installé
sur un trottoir André achète pour cent bahts un pantalon de toile rouge décorée
d’éléphants blancs et de motifs asiatiques.
A quinze heures ils pénètrent dans le parc. Une jeune fille thaïe,
coiffée d’un chapeau de paille malgré l’absence de soleil, propose des tapis de
détente colorés à la location pour vingt bahts. Le parc magnifiquement
entretenu est un lieu de bien-être privilégié par la population. C’est un havre
de paix et de farniente où il fait bon rêvasser, flâner et se prélasser au bord
du lac traversé à divers endroits de séduisants ponts arqués pourvus d’arches de
couleur terre de sienne. Des écureuils vivaces gambadent et
batifolent sur les arbres. Des œuvres d’art, des sculptures sont harmonieusement
disposées dans le parc parmi les massifs de fleurs et les ensembles paysagés
luxuriants où se distinguent divers pavillons de charme. La pluie régulière et
abondante évite aux arbres d’aller chercher l’eau de vie en profondeur dans le
sol. Leurs racines courent loin sur le sol comme les
veines sur le bras.
Le couple atteint bientôt l’extrémité du parc où un ensemble de terrasses
circulaires, pavées pour certaines, se côtoient en s’étageant légèrement devant
les vestiges d’un ancien pont à arches en pierre parsemé de lianes et de feuillages.
Patrick prend André en photo assis sur un banc sous une charmille taillée en portique
grâce au mariage des feuillages exubérant de deux arbres de même hauteur.
André échange un hug avec un
jeune asiatique, photographe comme Patrick d’une rosace de feuilles mortes
nuancées immortalisée antérieurement à cette étreinte spontanée.
La tour de l'horloge indique seize heures vingt en quittant le parc.
André et Patrick retournent au marché pour se désaltérer avec un smoothie à la
banane réalisé de main de maître par une jeune thaïlandaise à la dextérité étonnante.
Les préparations glacées sont sirotées lentement assis sur un banc dans le parc
devant les infrastructures du BTS dont la station Mo Chit est la dernière de la ligne du train aérien. Des joggeurs
effectuent leur footing malgré la forte chaleur. Un couple de touriste qui donne
des graines aux pigeons est sensibilisé par un agent de la sécurité à vélo ;
il est interdit de nourrir les volatiles déjà très nombreux.
Lors du retour au centre-ville, dans la rame, Patrick est assis à côté
d’un bel enfant thaï aux yeux noirs intenses qui gigote tranquillement sur son
siège. A la station Siam les tickets
des voyageurs sont systématiquement avalés par les portillons automatiques
d'accès au quai. Sur l’esplanade entre les centres commerciaux Siam et Paragon un passage couvert a été installé pour protéger les clients
qui traversent pour visitent les deux grands magasins.
André et Patrick sillonnent les allées du quatrième étage du Siam Centre pour trouver un restaurant
pour le dîner. La persévérance est de mise pour dénicher des mets végétariens
sur les menus compulsés. Ils entrent au restaurant japonais Zen. Un succulent plat
de nouilles agrémentées de légumes et de tofu frais leur est servi.
Après un passage au magasin Bacc
Shop du Bangkok Art & Culture Centre où l’ouvrage Mimetic Scene est acheté avec une carte postale vintage du
dix-huitième siècle où Patrick remarque la figure d’un jeune homme à la coupe
de cheveux étonnante digne de notre siècle ; Coco Chanel disait La mode c’est ce qui est démodé.
En chemin vers l’Holiday Inn pour passer la soirée André achète un
demi ananas en morceaux à un jeune thaï dont l’étal est installé le long de la
route Rama.
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