mercredi 4 janvier 2017

Trajet en train de Genève à Paris...

Le petit-déjeuner coutumier apprécié par André est savouré. Noix de pécan, noix du Brésil, trois dattes Mazafati Les Perles de Bam d’Iran, deux dattes Medjool, deux bananes, une vingtaine d’arachides crues et des arachides grillées avec leur écorce brun-rouge composent la partition de ce repas matinal source d’énergie naturelle. Un temps sur l’ordinateur se passe. Les messageries sont consultées. André découvre une citation de Christian Bobin sur le blog de Patrick : Le sens de cette vie c'est de voir s'effondrer les uns après les autres tous les sens qu'on avait cru trouver. André publie sur son blog le formulaire d’inscription au registre national des refus lié aux prélèvements d’organes après la mort. Les derniers préparatifs du voyage précèdent le départ du dôme vers onze heures vingt. La routine sait aujourd’hui que ses pratiques régulières seront agréablement perturbées par d’autres rythmes qui s’annoncent. Sur la scène terrestre, l’objectif de la caméra de la vie va filmer les nouvelles aventures d’André et Patrick sur d’autres chemins et d’autres ruisseaux où s’écoule le fleuve de l’existence humaine.
Une navette de la société Trans’Airport, fondée et dirigée par Joël, un ami de longue date d’André,  emporte les voyageurs vers leur première destination, la gare de Cornavin à Genève. Le chauffeur, prolixe et exubérant, arrive sur place vers onze heures trente. Les bagages sont déposés à la consigne. Le couple se rend ensuite au restaurant Manora pour déjeuner. Installés sur de confortables cabriolets parme sur la petite estrade au fond du restaurant, les deux convives savourent les mets choisis au buffet. Une famille italienne occupe trois tables en contrebas. André remarque la présence d’un bel adolescent fluet à l’abondante chevelure noire bouclée. De la galette frangipane est dégustée en fin de repas. Thé noir et thé vert marocain sont sirotés. Sur le journal 20 minutes, André s’intéresse à un article sur la ville de Philadelphie dans l’état de Pennsylvanie. Une tradition vieille de plus de cent années  invite les habitants à se déguiser avec fantaisie et originalité le jour de l’an pour défiler dans la Mummers Parade du centre-ville. Un autre article montre des photos de Julie Birenbaum où la lumière en mouvement est capturée. L’artiste explore par ses clichés la féérie mystérieuse de la lumière. En dernière page différentes températures journalières sont imprimées dont celle de Bangkok annoncée à trente-trois degrés.
A treize heures trente-cinq Jessica accueille Patrick au Starbucks Coffee situé à l’entrée de la galerie marchande de la gare de Cornavin. Il commande un café américano. Le couple s’installe confortablement dans des fauteuils évasés au premier étage du café. Le dernier magazine Cote est parcouru. André lit la Parole d’Editeur. Il relève une citation de Talleyrand Tout ce qui est excessif est insignifiant. Un autre article parle du luxe. Furetière définissait le luxe au dix-septième siècle ainsi : Mollesse qui se contracte dans l’abondance, dans la fainéantise et dans un abandonnement aux plaisirs. Aujourd’hui l’oisiveté est loin d’être synonyme de Luxe.
A quatorze heures quarante André et Patrick prennent place dans la voiture quinze du TGV au départ pour Paris gare de Lyon. Patrick commence la lecture du dernier Magazine Littéraire. André laisse le temps s’écouler sur deux vagues de lecture. Un premier récit Être avec toi d’Avril Lenoir suivi du roman Les Chants de la Terre Lointaine d’Arthur C. Clarke dévoilent chacun leur histoire. André apprécie les écrits d’Arthur où la relativité du temps qui s’écoule est mise à l’honneur au travers d’une épopée d’une seule génération. Clyde, Leon et Lora vivent émotionnellement sur trois siècles grâce à la magie de la plume de l’écrivain. A Bourg-en-Bresse une dame blonde, souriante, s’installe dans le carré en face d’André. Elle se divertie avec des mots croisés. La nuit tombe progressivement. En arrivant sur Paris, André remarque sur de nombreuses habitations d’immeubles des rectangles de lumière. Ces étoiles dans la nuit témoignent de la présence d’un ou plusieurs êtres humains dans chaque logement. La vie s’exprime différemment au travers de toutes ces vies en mouvement.
Le train entre en gare de Lyon un peu avant dix-huit heures. Un écran digital est photographié dans le wagon où les mots Bonne Soirée s’affichent. La température extérieure indiquée est de trois degrés Celsius. Patrick aide un monsieur âgé à descendre ses bagages sur le quai. Certains passagers sont pris de frénésie pour sortir de l’enceinte de la gare. Un homme bouscule André sans le voir. Une jeune femme, pressée et inattentive, butte brusquement avec son pied droit dans un colis tombé malencontreusement au sol d’un chariot à roulettes poussé par un agent des chemins de fer. Elle s’étonne, s’exaspère, butte à nouveau contre l’objet, le contourne avec énervement et continue sa course de plus belle. André s’interroge sur ces comportements excessifs ; le temps gagné à se stresser à courir en pénalisant l’entourage vaut-il vraiment la peine ? Dans le hall principal, où le restaurant Le Train Bleu est présent depuis des lustres, une boule de Noël lumineuse géante scintille de mille feux bleus et blancs. Un passage traverse la sphère qui semble ancrée dans le carrelage crème.
André et Patrick se rendent chez EXKi rue de Bercy à la sortie de la gare pour prendre une collation. Le jeune homme noir présent à la caisse souhaite la bonne année à André. Il lui souhaite en retour une année riche de merveilleuses surprises. Patrick teste la saveur d’une soupe à la courgette avant de déguster un cheese-cake nature. André croque une tartelette aux noix Satoriz en sirotant un mug de thé rooibos. Après ces instants de détente gourmande, le couple retourne à la gare pour prendre le métro. Une rame de la ligne quatorze et un train du RER B le dépose vers dix-neuf heures trente au terminal Un de la gare de Roissy. Une dizaine de minutes de marche plus tard André et Patrick entrent dans l’hôtel M Citizen. André est tout de suite charmé par la décoration intérieure chaleureuse, hétéroclite, lumineuse et tamisée à la fois. Deux petites montgolfières au ballon rayé de lignes verticales rouge et blanche, un avion de ligne en modèle réduit en cours d’atterrissage et bien d’autres objets attrayants attirent les regards. Karim est présent à l’accueil autour d’un îlot pourvu d’ordinateurs et de terminaux de paiements. Il attribue la chambre au numéro 337 avenue des Champs Elysées. Au troisième étage, le nom de l’avenue est écrit sur la moquette chinée au rouge grenat dominant. La chambre fonctionnelle est gérée par ordinateur. Une tablette permet de régler la température, l’éclairage, les rideaux et l’occultation nocturne. Le wc et la douche sont installés dans une coque ovale en matière plastique rigide opaque. La largeur de l’espace correspond à la longueur du lit qui est en contact avec chaque paroi murale blanche. André œuvre sur l’ordinateur pour commencer la narration de la journée. Patrick se détend sur l’iPad. Le couple entre au pays des rêves vers vingt-deux heures.





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