vendredi 27 janvier 2017

Mystery Island, île mystérieuse au Vanuatu…

Aux aurores le navire mouille dans les eaux de l’Île Mystérieuse, dans l’archipel du Vanuatu en Mélanésie, au large de l’île de Tanna dominée par le Mont Yasur, un volcan qui entre régulièrement en éruption au gré  de sa fantaisie.
Depuis le balcon de la cabine, l’île s’apparente à un croissant effilé couvert d’une végétation luxuriante bordée de plages en sable blanc.
Lors du petit-déjeuner un papa câline un instant son fils avec un hug. Le jeune garçon, d’une dizaine d’années, essuie une larme après cette brève étreinte. Un enfant de trois ans pleure dans une poussette menée par sa maman ; a-t-il assez dormi ? Un garçon rappelle la physionomie de Poil de carotte.
La matinée d’André s’envole sur sa plume narrative. Patrick s’absorbe dans la lecture du roman Le Désert des Tartares de Dino Buzzati.
Avant le déjeuner André et Patrick montent sur le pont douze pour une vue panoramique. Hissé sur le mât de pavillon, le drapeau national rouge, noir, jaune et vert du Vanuatu, adopté lors de l’indépendance voici trente-six ans, flotte au vent qui le déploie pleinement pour une photo. La valse des tenders, des chaloupes, commencée en début de matinée, se continue à un rythme régulier.
Au buffet, André mélange dans une coupelle, des macaronis au beurre, des légumes poêlés, une sauce au poivron rouge et de la tapenade d’olives noires. La préparation est savourée. Patrick opte pour du riz blanc et des légumes poêlés appréciés avec la sauce au poivron. Sandra se joint à eux en début de repas. Ils se rencontreront peut-être sur l’île dans l’après-midi.
Avant treize heures André et Patrick ont pris place dans un tender jaune qui les dépose une dizaine de minutes sur l’île. Le ponton métallique est foulé. Les eaux translucides aux nuances de turquoise accueillent les passagers qui apprécient la baignade dans les eaux cristallines à la température agréablement élevée. Cabanes et cahutes, construites dans la végétation, attirent le regard. Des enfants de la Classe du dimanche chantent sous le plancher d’une case montée sur de solides pilotis. Le couple décide de faire le tour de l’île à pieds. André se met en maillot de bain pour profiter des rayons solaires. Les sandales sont gardées aux pieds pour marcher sur les galets en roches noires volcaniques qui jalonnent la plage et sur le sable blanc crème où s’amoncellent coquillages et brindilles. Proche du littoral, une stèle commémorative en pierre témoigne du passage de la reine d’Angleterre en 1974. Seize ans plus tard le président Timataka baptisa la plage Queen Elizabeth  II Beach.
André et Patrick avancent dans un rythme lent, admirent le paysage enchanteur, prennent des photos, s’attardent sur ce qui captivent leur intérêt.
L’avancée est distraite par un passager qui demande à être pris en photo en compagnie d’un mélanésien qui lui a fourni palmes, masque et tuba pour une partie de snorkeling, une randonnée aquatique en eau peu profonde, ponctuée de plongée en apnée, pour contempler les fonds marins depuis la surface. Patrick, devenu photographe professionnel, réalise un petit reportage. Les deux hommes retournent dans l’eau, remettent palmes, masque, tuba et jouent une scène de snorkeling sous l’objectif patient et attentif du reporteur improvisé.
Des surprenants squelettes d’arbres morts jonchent le sable par endroits, d’autres, vivants, aux troncs tortueux, aux racines enchevêtrées, aux branches flexueuses, se frayent un chemin parmi les blocs de pierres et les galets. Le végétal s’accroche sur cet îlot pour demeurer en vie dans un environnement naturel difficile. Un sentier allable aménagé en parallèle du rivage, bordé par endroits de petits murets artisanaux en pierres, est suivi par les passagers qui préfèrent l’ombre et la régularité.
Une barque fascinante traversée latéralement de trois branches élaguées en bois posées sur une sorte de flotteur en forme de petite pirogue retient l’attention par sa magnifique prestance malgré une sensation d’abandon au regard de l’eau qui envahit la coque.
Plus loin, des arbres frêles compensent leur fragilité devant les éléments en plantant leurs racines en oblique. Les plus vigoureux parviennent à une belle stature en formant à leur base un vaste cône de racines ajourées qui ressemble à une petite pyramide.
A l’extrémité de l’île, la plus proche du ponton, une table de pique-nique en bois aux bancs attenants, à la couleur turquoise ternie par les intempéries, a perdu la majorité des planchettes de son plateau. Son aspect fonctionnel s’est métamorphosé graduellement en une charmante œuvre artistique à l’apparence écorchée et abandonnée. Le parasol conique en bois planté au centre a vu disparaître progressivement sa couverture en feuilles de palme.
Un magnifique totem en bois sculpté de figures d’oiseaux mythiques trône à l’entrée d’un petit village de cahutes utilisées par les mélanésiens pour dormir et pour entreposer le matériel lié au commerce avec les passagers.
Une pancarte fléchée annonce la présence d’un marché. André et Patrick se dirigent dans la direction indiquée. Vers l’entrée, des promeneurs se risquent à grimper dans une grosse marmite léchée par des flammes ardentes dont la subreptice mission est de préparer une soupe cannibale. L’engageant bazar rafraîchi par le vent est constitué d’une multitude de cahutes en bois, aux toitures mêlées de couches de folioles séchées de palmier sagoutier et natangora, qui s’alignent pour former un U. Les étals regorgent de souvenirs en tous genres, artisanaux pour la plupart. Colliers de fleurs, aigrettes en plume, nattes, paniers, jupettes en fibres colorées, bracelets, bourses fantaisie, sacoches, chemisettes fleuries représentent un aperçu de l’offre aux centaines de facettes. Patrick regarde les sarongs chatoyants, noués le long des devantures sur des traverses en bambou intégrées à la structure des toitures, qui balancent insensiblement au léger souffle du vent. Tous les prix des articles présentés sont affichés en dollars australiens. Les autochtones indolents, en famille, s’animent uniquement quand un acheteur se manifeste. André les regarde de temps à autre, en avançant le long des étals qui s’enchainent sans discontinuer, sans parvenir à capter un regard. Seul un mélanésien aux nombreux printemps le salue avec bonhomie. Une jeune femme allaite un bébé qui manque de s’assoupir après chaque tétée. Une cahute abrite une cohorte de coiffeuses qui tressent et nattent les cheveux longs des passagères.
A la sortie du marché André et Patrick pensent aller se désaltérer au café signalé précédemment par un écriteau posé sur le sable où une grosse tasse dessinée flotte sur une bouée sous un petit palmier. Ils découvrent une cabane avec une terrasse couverte attenante. Le choix se limite à du nescafé et du thé. La salle est coquette tout comme la vaisselle. Toutefois devant le choix limité, le couple décide d’étancher sa soif plus tard sur le navire.
Une file d’attente est constituée sur le ponton pour le retour à bord. L’attente est brève car les tenders sont plus nombreux qu’en début d’après-midi. Les chaloupes passent tout proche de la proue du navire qui pointe majestueusement sur les têtes des passagers.
L’île est inhabitée en dehors de la venue des paquebots et, en dehors des souvenirs, rien de dangereux pour la sécurité ne peut être acheté. Toutefois, une fois à bord, tous les effets personnels sont passés au scanner.
André et Patrick apprécient une douche avant de se rendre au buffet pour se désaltérer. Patrick savoure un scone nature dans un lit de  crème anglaise. André teste la saveur d’un entremet au café. Les  boissons sont sirotées tranquillement avant de retourner en cabine pour le restant de l’après-midi. Le navire lève l’ancre vers dix-sept heures.
Une annonce du commandant informe que l’escale du lendemain est annulée en raison des vents qui pourraient chahuter les chaloupes lors du débarquement sur l’île de Maré en Nouvelle-Calédonie. Une autre destination est annoncée.
Le disque solaire en feu s’apprête vers dix-huit heures trente à disparaître aux confins de l’océan. Les nuages entrent en scène et se dentellent de filets d’or.
Le dîner se déroule au buffet. Un gratin d’aubergines au parmesan est apprécié. André ajoute des olives noires Kalamata et des arachides. Patrick teste aussi la saveur d’une polenta.

Une soirée de détente s’offre au couple dans leur cabine après une chaude journée sur l’île mystérieuse qui continue de garder ses secrets…




























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