Aux aurores le navire mouille dans les eaux de l’Île Mystérieuse, dans l’archipel
du Vanuatu en Mélanésie, au large de l’île de Tanna dominée par le Mont Yasur, un volcan qui entre régulièrement
en éruption au gré de sa fantaisie.
Depuis le balcon de la cabine, l’île s’apparente à un croissant effilé
couvert d’une végétation luxuriante bordée de plages en sable blanc.
Lors du petit-déjeuner un papa câline un instant son fils avec un hug. Le jeune garçon, d’une dizaine
d’années, essuie une larme après cette brève étreinte. Un enfant de trois ans pleure
dans une poussette menée par sa maman ; a-t-il assez dormi ? Un
garçon rappelle la physionomie de Poil de
carotte.
La matinée d’André s’envole sur sa plume narrative. Patrick s’absorbe
dans la lecture du roman Le Désert des
Tartares de Dino Buzzati.
Avant le déjeuner André et Patrick montent sur le pont douze pour une
vue panoramique. Hissé sur le mât de pavillon, le drapeau national rouge, noir,
jaune et vert du Vanuatu, adopté lors de l’indépendance voici trente-six ans, flotte
au vent qui le déploie pleinement pour une photo. La valse des tenders, des chaloupes, commencée en
début de matinée, se continue à un rythme régulier.
Au buffet, André mélange dans une coupelle, des macaronis au beurre,
des légumes poêlés, une sauce au poivron rouge et de la tapenade d’olives
noires. La préparation est savourée. Patrick opte pour du riz blanc et des
légumes poêlés appréciés avec la sauce au poivron. Sandra se joint à eux en
début de repas. Ils se rencontreront peut-être sur l’île dans l’après-midi.
Avant treize heures André et Patrick ont pris place dans un tender
jaune qui les dépose une dizaine de minutes sur l’île. Le ponton métallique est
foulé. Les eaux translucides aux nuances de turquoise accueillent les passagers
qui apprécient la baignade dans les eaux cristallines à la température agréablement
élevée. Cabanes et cahutes, construites dans la végétation, attirent le regard.
Des enfants de la Classe du dimanche chantent
sous le plancher d’une case montée sur de solides pilotis. Le couple décide de
faire le tour de l’île à pieds. André se met en maillot de bain pour profiter
des rayons solaires. Les sandales sont gardées aux pieds pour marcher sur les
galets en roches noires volcaniques qui jalonnent la plage et sur le sable
blanc crème où s’amoncellent coquillages et brindilles. Proche du littoral, une
stèle commémorative en pierre témoigne du passage de la reine d’Angleterre en
1974. Seize ans plus tard le président Timataka
baptisa la plage Queen Elizabeth II
Beach.
André et Patrick avancent dans un rythme lent, admirent le paysage
enchanteur, prennent des photos, s’attardent sur ce qui captivent leur intérêt.
L’avancée est distraite par un passager qui demande à être pris en
photo en compagnie d’un mélanésien qui lui a fourni palmes, masque et tuba pour
une partie de snorkeling, une randonnée
aquatique en eau peu profonde, ponctuée de plongée en
apnée, pour contempler les fonds marins depuis la surface. Patrick, devenu
photographe professionnel, réalise un petit reportage. Les deux hommes retournent
dans l’eau, remettent palmes, masque, tuba et jouent une scène de snorkeling sous l’objectif patient et
attentif du reporteur improvisé.
Des surprenants squelettes d’arbres morts jonchent le sable par
endroits, d’autres, vivants, aux troncs tortueux, aux racines enchevêtrées, aux
branches flexueuses, se frayent un chemin parmi les blocs de pierres et les
galets. Le végétal s’accroche sur cet îlot pour demeurer en vie dans un
environnement naturel difficile. Un sentier allable aménagé en parallèle du
rivage, bordé par endroits de petits murets artisanaux en pierres, est suivi
par les passagers qui préfèrent l’ombre et la régularité.
Une barque fascinante traversée latéralement de trois branches élaguées
en bois posées sur une sorte de flotteur en forme de petite pirogue retient
l’attention par sa magnifique prestance malgré une sensation d’abandon au
regard de l’eau qui envahit la coque.
Plus loin, des arbres frêles compensent leur fragilité devant les
éléments en plantant leurs racines en oblique. Les plus vigoureux parviennent à
une belle stature en formant à leur base un vaste cône de racines ajourées qui
ressemble à une petite pyramide.
A l’extrémité de l’île, la plus proche du ponton, une table de
pique-nique en bois aux bancs attenants, à la couleur turquoise ternie par les
intempéries, a perdu la majorité des planchettes de son plateau. Son aspect fonctionnel
s’est métamorphosé graduellement en une charmante œuvre artistique à l’apparence
écorchée et abandonnée. Le parasol conique en bois planté au
centre a vu disparaître progressivement sa couverture en feuilles de palme.
Un magnifique totem en bois sculpté de figures d’oiseaux mythiques trône
à l’entrée d’un petit village de cahutes utilisées par les mélanésiens pour
dormir et pour entreposer le matériel lié au commerce avec les passagers.
Une pancarte fléchée annonce la présence d’un marché. André et Patrick
se dirigent dans la direction indiquée. Vers l’entrée, des promeneurs se
risquent à grimper dans une grosse marmite léchée par des flammes ardentes dont
la subreptice mission est de préparer une soupe
cannibale. L’engageant bazar rafraîchi par le vent est constitué d’une
multitude de cahutes en bois, aux toitures mêlées de couches de folioles séchées
de palmier sagoutier et natangora, qui s’alignent pour former un
U. Les étals regorgent de souvenirs en tous genres, artisanaux pour la plupart.
Colliers de fleurs, aigrettes en plume, nattes, paniers, jupettes en fibres colorées,
bracelets, bourses fantaisie, sacoches, chemisettes fleuries représentent un
aperçu de l’offre aux centaines de facettes. Patrick regarde les sarongs chatoyants,
noués le long des devantures sur des traverses en bambou intégrées à la
structure des toitures, qui balancent insensiblement au léger souffle du vent. Tous
les prix des articles présentés sont affichés en dollars australiens. Les autochtones
indolents, en famille, s’animent uniquement quand un acheteur se manifeste.
André les regarde de temps à autre, en avançant le long des étals qui
s’enchainent sans discontinuer, sans parvenir à capter un regard. Seul un mélanésien
aux nombreux printemps le salue avec bonhomie. Une jeune femme allaite un bébé
qui manque de s’assoupir après chaque tétée. Une cahute abrite une cohorte de
coiffeuses qui tressent et nattent les cheveux longs des passagères.
A la sortie du marché André et Patrick pensent aller se désaltérer au
café signalé précédemment par un écriteau posé sur le sable où une grosse tasse
dessinée flotte sur une bouée sous un petit palmier. Ils découvrent une cabane
avec une terrasse couverte attenante. Le choix se limite à du nescafé et du
thé. La salle est coquette tout comme la vaisselle. Toutefois devant le choix
limité, le couple décide d’étancher sa soif plus tard sur le navire.
Une file d’attente est constituée sur le ponton pour le retour à bord.
L’attente est brève car les tenders sont plus nombreux qu’en début
d’après-midi. Les chaloupes passent tout proche de la proue du navire qui
pointe majestueusement sur les têtes des passagers.
L’île est inhabitée en dehors de la venue des paquebots et, en dehors
des souvenirs, rien de dangereux pour la sécurité ne peut être acheté.
Toutefois, une fois à bord, tous les effets personnels sont passés au scanner.
André et Patrick apprécient une douche avant de se rendre au buffet
pour se désaltérer. Patrick savoure un scone nature dans un lit de crème anglaise. André teste la saveur d’un entremet
au café. Les boissons sont sirotées tranquillement
avant de retourner en cabine pour le restant de l’après-midi. Le navire lève
l’ancre vers dix-sept heures.
Une annonce du commandant informe que l’escale du lendemain est
annulée en raison des vents qui pourraient chahuter les chaloupes lors du
débarquement sur l’île de Maré en Nouvelle-Calédonie. Une autre destination est
annoncée.
Le disque solaire en feu s’apprête vers dix-huit heures trente à disparaître aux confins de l’océan. Les nuages entrent en scène et se dentellent
de filets d’or.
Le dîner se déroule au buffet. Un gratin d’aubergines au parmesan est
apprécié. André ajoute des olives noires Kalamata et des arachides. Patrick
teste aussi la saveur d’une polenta.
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