A l’aube la clarté est voilée par des nuages mousseux qui flottent
autour des gratte-ciel aux silhouettes évanescentes.
Deux bonzes sont présents dans la salle du petit-déjeuner. Leur robe
safran se détache légèrement de la couleur mandarine des cabriolets où ils se
vautrent complaisamment en prenant une collation tout en pianotant sur leur téléphone
portable.
Sur l’écran de la télévision, les mots King of Bollywood soulignent un visage au sourire séducteur. Le roi Shah Rukh Khan, une star célèbre du
cinéma de l'Inde est interviewée.
Les activités de la dernière matinée s’étoffent des préparatifs du
départ. Patrick prend quelques photos de la chambre. Des billets de train sont
achetés sur le site de Rail Europe. La magie du web simplifie l’organisation
des voyages tout en favorisant l’obtention de tarifs très avantageux en s’y
prenant bien à l’avance.
Un peu avant midi André et Patrick sont accueillis à la réception par
la souriante Lookpla qui procède
promptement au check-out. En un
tournemain elle les déleste de leurs bagages pour les déposer à la
conciergerie.
Le couple se dirige vers le MBK pour aller déjeuner. Devant le centre
commercial des citadins se recueillent devant deux autels en tenant à la main
des bâtonnets d’encens qui se consume lentement en dégageant de discrètes volutes
parfumées. A l’instar des chandelles dans les lieux de culte catholique, de
petites couronnes de fleurs jaunes sont suspendues à des présentoirs inclinés en
témoignage d’affection au roi défunt.
André et Patrick déjeunent chez Nova
Kitchen. Une jeune serveuse, peut-être transgenre, les photographie côte à
côte sur la banquette en skaï vert mousse. Les mets végétariens sélectionnés
sont savourés. Sur l’addition, seuls les chiffres sont compréhensibles, tous
les écrits sont en langue thaïe.
Sur l’esplanade extérieure Patrick prend une photo d’André au travers
du contour d’un grand cœur rouge ; un lapereau blanc, les flancs tachetés
de languettes noires, un peu plus grand que lui, dépose un bisou sur sa joue.
Des centaines de clichés de réseaux sociaux liés à la vie du souverain décédé, tapissant plusieurs murs aux
surfaces concaves du centre d’Art & Culture, servent de toile de fond pour
une prise de photo d’André. À l’Atelier
de Marsi, le seul canapé deux places rembourré est occupé par une touriste
blonde volubile qui s’entretient d’un vif intérêt avec une serveuse du café. La
citation de Marsi repérée hier est
photographiée. Toutes les autres assises étant en bois, André et Patrick
décident de se rendre au Siam Center
pour siroter confortablement une boisson chaude. En chemin, depuis la nouvelle
passerelle aérienne, le couple regarde un peintre suspendu dans les airs sur
une nacelle fixée au bout du bras articulé d’un chariot élévateur télescopique.
Il initie une peinture sur le mur blanc convexe du centre d’Art.
Une quarantaine de minutes de détente s’offre à André et Patrick chez Coffee Gallery. Installés sur une
banquette d’angle en cuir noir, ils profitent pleinement de ces derniers
instants de farniente à Bangkok malgré les bips
électroniques fastidieux des portillons d’un proche magasin de parfums et
cosmétiques, à la franchise internationale, émis à chaque sortie de clients.
Un passage aux toilettes du récent centre commercial Siam Discovery, pourvues de moult
miroirs, permet de tomber en admiration devant la forme innovatrice des lave-mains.
Chaque îlot individuel se compose de trois cylindres de hauteur différente. Le
plus bas en aluminium sert de tablette. L’intermédiaire dispose d’une vasque en
céramique blanche. Le plus haut en inox noir fait office de poubelle, distribue
le savon liquide et délivre des serviettes en papier. Le mariage réussi du design
et du fonctionnel.
Sur la passerelle aérienne, André et Patrick constatent que les
courbes de la peinture initiée prennent des allures de visage éploré. Le long
de la route Rama, André photographie son ami
du regard, allongé pour une sieste sur le trottoir situé sous la structure
en béton d’un escalier conduisant au BTR. Les bagages sont récupérés. Dans le
hall de l’hôtel, une fillette hindoue joue à des jeux sur un ordinateur du business center. En chemin vers la station National Stadium
pour se rendre à l’aéroport, ils passent devant une jeune fille thaïe, toute
menue dans un fauteuil roulant, qui tricote des roses rouges sur le trottoir.
Le trajet dure une bonne heure. L’aéroport est immense. Les comptoirs
d’embarquement sont presque aussi nombreux que les lettres de l’alphabet. Le
comptoir d’Emirates est à la lettre
T. La valise de Patrick est confiée à l’agent qui procède à l’enregistrement
sur le vol Quantas de dix-neuf heures
trente. Il souhaite en français un Bon
Voyage au couple. Le fastidieux contrôle des bagages est effectué. Ceinture
et chaussures sont déposées. Les ordinateurs sont retirés de leur housse et
placés individuellement dans un bac en
plastique. Le beauty et la valise cabine
d’André sont ouverts pour un contrôle manuel. Cette étape terminée, André et
Patrick se rendent au contrôle des passeports.
Une fois les formalités de départ accomplies, ils passent devant une
magnifique et monumentale fresque sculptée. Elle symbolise la Scène du barattage de l’Océan laiteux.
Sur une tortue géante sacrée, le Naga, le roi des serpents, est enroulé autour
de la montagne Mandara. Elle est
dominée par une prestigieuse statue violette de Vishnu parée d’attributs en or.
Répartis de chaque côté du Dieu, des démons Asuras
et des demi-dieux Devas se disputent
le corps du Naga pour s’attacher les bienfaits de l’Océan laiteux qui recèle l’Amrita, le nectar de l’immortalité.
Vers dix-sept heures, André et Patrick se rendent au salon Oman Air First & Business Class Lounge
proche du hall d’embarquement E4. Ils se restaurent et sirotent des boissons.
André grignote un baklava au miel, des noix de pécan et quelques dattes tout en
œuvrant sur l’ordinateur pour actualiser le blog du voyage. Un petit aquarium
où se prélassent de petits poissons trône au milieu de la grande table carrée
en bois sombre protégée par une feuille de verre. Deux heures s’écoulent paisiblement
dans le salon bien isolé des bruits environnants.
Contre toute attente, André et Patrick passent environ deux heures
supplémentaires dans le hall d’embarquement qui s’apparente dans l’imaginaire d’André
à l’intérieur d’un grand dirigeable. Le vol est annoncé avec un retard conséquent.
Il ouvre la liseuse Oasis et retourne dans l’univers passionnant du roman Le code Arcane. Gala, Blaise, Augusta,
Barson, les personnages principaux sont tous attachants à leur façon. Patrick
laisse les minutes s’écouler dans le farniente.
L’embarquement dans l’Airbus A380 des quelques huit cents voyageurs
commence vers vingt-et-une heures. Le vol est complet. André se détend en
regardant le film Thor dont la projection
sur l’écran intégré au dossier du siège en face de lui se termine à vingt-trois
heures. La suite Thor The Dark World s’achève
un peu avant une heure du matin. De son
côté Patrick regarde tour à tour Independance
Day Regurgence et Thor The Dark World.
Avant de tenter un voyage au pays des rêves, André se dégourdit les
jambes en faisant deux fois le tour des allées de l’avion. A l’arrière il
croise un papa qui berce son enfant en marchant. Des passagers dorment et d’autres
s’activent sur leur écran tactile. Avant de retourner à sa place, André demande
à Eileen, une hôtesse présente dans le plus proche espace restauration, de bien
vouloir lui servir une tasse d’eau chaude. A ce moment-là un steward arrive
avec un jeune homme pris d’un malaise et proche de l’évanouissement. Le passager
est allongé dans l’allée transversale devant la porte de sortie. Un coussin est
glissé sous sa nuque. Un masque à oxygène est appliqué par intermittence sur son visage. Le personnel de
bord est attentif, efficace et concentré. André sirote lentement l’eau un peu trop
chaude tout en assistant en coulisse au déroulement de la scène.
De retour à son siège, André positionne sur ses yeux le masque offert
par la compagnie et glisse lentement dans un sommeil fluctuant…
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire