jeudi 12 janvier 2017

Au revoir Bangkok...

A l’aube la clarté est voilée par des nuages mousseux qui flottent autour des gratte-ciel aux silhouettes évanescentes.
Deux bonzes sont présents dans la salle du petit-déjeuner. Leur robe safran se détache légèrement de la couleur mandarine des cabriolets où ils se vautrent complaisamment en prenant une collation tout en pianotant sur leur téléphone portable.
Sur l’écran de la télévision, les mots King of Bollywood soulignent un visage au sourire séducteur. Le roi Shah Rukh Khan, une star célèbre du cinéma de l'Inde est interviewée.
Les activités de la dernière matinée s’étoffent des préparatifs du départ. Patrick prend quelques photos de la chambre. Des billets de train sont achetés sur le site de Rail Europe. La magie du web simplifie l’organisation des voyages tout en favorisant l’obtention de tarifs très avantageux en s’y prenant bien à l’avance.
Un peu avant midi André et Patrick sont accueillis à la réception par la souriante Lookpla qui procède promptement au check-out. En un tournemain elle les déleste de leurs bagages pour les déposer à la conciergerie.
Le couple se dirige vers le MBK pour aller déjeuner. Devant le centre commercial des citadins se recueillent devant deux autels en tenant à la main des bâtonnets d’encens qui se consume lentement en dégageant de discrètes volutes parfumées. A l’instar des chandelles dans les lieux de culte catholique, de petites couronnes de fleurs jaunes sont suspendues à des présentoirs inclinés en témoignage d’affection au roi défunt.
André et Patrick déjeunent chez Nova Kitchen. Une jeune serveuse, peut-être transgenre, les photographie côte à côte sur la banquette en skaï vert mousse. Les mets végétariens sélectionnés sont savourés. Sur l’addition, seuls les chiffres sont compréhensibles, tous les écrits sont en langue thaïe.
Sur l’esplanade extérieure Patrick prend une photo d’André au travers du contour d’un grand cœur rouge ; un lapereau blanc, les flancs tachetés de languettes noires, un peu plus grand que lui, dépose un bisou sur sa joue.
Des centaines de clichés de réseaux sociaux liés à la vie du souverain décédé, tapissant plusieurs murs aux surfaces concaves du centre d’Art & Culture, servent de toile de fond pour une prise de photo d’André. À l’Atelier de Marsi, le seul canapé deux places rembourré est occupé par une touriste blonde volubile qui s’entretient d’un vif intérêt avec une serveuse du café. La citation de Marsi repérée hier est photographiée. Toutes les autres assises étant en bois, André et Patrick décident de se rendre au Siam Center pour siroter confortablement une boisson chaude. En chemin, depuis la nouvelle passerelle aérienne, le couple regarde un peintre suspendu dans les airs sur une nacelle fixée au bout du bras articulé d’un chariot élévateur télescopique. Il initie une peinture sur le mur blanc convexe du centre d’Art.
Une quarantaine de minutes de détente s’offre à André et Patrick chez Coffee Gallery. Installés sur une banquette d’angle en cuir noir, ils profitent pleinement de ces derniers instants de farniente à Bangkok malgré les bips électroniques fastidieux des portillons d’un proche magasin de parfums et cosmétiques, à la franchise internationale, émis à chaque sortie de clients.
Un passage aux toilettes du récent centre commercial Siam Discovery, pourvues de moult miroirs, permet de tomber en admiration devant la forme innovatrice des lave-mains. Chaque îlot individuel se compose de trois cylindres de hauteur différente. Le plus bas en aluminium sert de tablette. L’intermédiaire dispose d’une vasque en céramique blanche. Le plus haut en inox noir fait office de poubelle, distribue le savon liquide et délivre des serviettes en papier. Le mariage réussi du design et du fonctionnel.
Sur la passerelle aérienne, André et Patrick constatent que les courbes de la peinture initiée prennent des allures de visage éploré. Le long de la route Rama, André photographie son ami du regard, allongé pour une sieste sur le trottoir situé sous la structure en béton d’un escalier conduisant au BTR. Les bagages sont récupérés. Dans le hall de l’hôtel, une fillette hindoue joue à des jeux sur un ordinateur du business center. En chemin vers la station National Stadium pour se rendre à l’aéroport, ils passent devant une jeune fille thaïe, toute menue dans un fauteuil roulant, qui tricote des roses rouges sur le trottoir.
Le trajet dure une bonne heure. L’aéroport est immense. Les comptoirs d’embarquement sont presque aussi nombreux que les lettres de l’alphabet. Le comptoir d’Emirates est à la lettre T. La valise de Patrick est confiée à l’agent qui procède à l’enregistrement sur le vol Quantas de dix-neuf heures trente. Il souhaite en français un Bon Voyage au couple. Le fastidieux contrôle des bagages est effectué. Ceinture et chaussures sont déposées. Les ordinateurs sont retirés de leur housse et placés individuellement  dans un bac en plastique. Le beauty et la valise cabine d’André sont ouverts pour un contrôle manuel. Cette étape terminée, André et Patrick se rendent au contrôle des passeports.
Une fois les formalités de départ accomplies, ils passent devant une magnifique et monumentale fresque sculptée. Elle symbolise la Scène du barattage de l’Océan laiteux. Sur une tortue géante sacrée, le Naga, le roi des serpents, est enroulé autour de la montagne Mandara. Elle est dominée par une prestigieuse statue violette de Vishnu parée d’attributs en or. Répartis de chaque côté du Dieu, des démons Asuras et des demi-dieux Devas se disputent le corps du Naga pour s’attacher les bienfaits de l’Océan laiteux qui recèle l’Amrita, le nectar de l’immortalité.
Vers dix-sept heures, André et Patrick se rendent au salon Oman Air First & Business Class Lounge proche du hall d’embarquement E4. Ils se restaurent et sirotent des boissons. André grignote un baklava au miel, des noix de pécan et quelques dattes tout en œuvrant sur l’ordinateur pour actualiser le blog du voyage. Un petit aquarium où se prélassent de petits poissons trône au milieu de la grande table carrée en bois sombre protégée par une feuille de verre. Deux heures s’écoulent paisiblement dans le salon bien isolé des bruits environnants.
Contre toute attente, André et Patrick passent environ deux heures supplémentaires dans le hall d’embarquement qui s’apparente dans l’imaginaire d’André à l’intérieur d’un grand dirigeable. Le vol est annoncé avec un retard conséquent. Il ouvre la liseuse Oasis et retourne dans l’univers passionnant du roman Le code Arcane. Gala, Blaise, Augusta, Barson, les personnages principaux sont tous attachants à leur façon. Patrick laisse les minutes s’écouler dans le farniente.
L’embarquement dans l’Airbus A380 des quelques huit cents voyageurs commence vers vingt-et-une heures. Le vol est complet. André se détend en regardant le film Thor dont la projection sur l’écran intégré au dossier du siège en face de lui se termine à vingt-trois heures. La suite Thor The Dark World s’achève un peu avant une heure du matin.  De son côté Patrick regarde tour à tour Independance Day Regurgence et Thor The Dark World.
Avant de tenter un voyage au pays des rêves, André se dégourdit les jambes en faisant deux fois le tour des allées de l’avion. A l’arrière il croise un papa qui berce son enfant en marchant. Des passagers dorment et d’autres s’activent sur leur écran tactile. Avant de retourner à sa place, André demande à Eileen, une hôtesse présente dans le plus proche espace restauration, de bien vouloir lui servir une tasse d’eau chaude. A ce moment-là un steward arrive avec un jeune homme pris d’un malaise et proche de l’évanouissement. Le passager est allongé dans l’allée transversale devant la porte de sortie. Un coussin est glissé sous sa nuque. Un masque à oxygène est appliqué par  intermittence sur son visage. Le personnel de bord est attentif, efficace et concentré. André sirote lentement l’eau un peu trop chaude tout en assistant en coulisse au déroulement de la scène.
De retour à son siège, André positionne sur ses yeux le masque offert par la compagnie et glisse lentement dans un sommeil fluctuant…

































Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire