jeudi 9 février 2017

Au revoir Cameron, bonjour Abak…

La première pluie, depuis l’arrivée de Patrick et André sur le sol australien, se manifeste vers deux heures du matin. Patrick est levé pour transcrire sur un calepin une pensée venue en cours de nuit liée au dossier de voisinage qui accapare son mental.
Au lever, le ciel hésite entre une robe couleur d’azur et une robe couleur de lune. Finalement, il se pare d’un balandran d’ébène pour mieux déverser les trombes d’eau sur Brisbane.
Lors du yoga des yeux, André voit se former un arc-en-ciel au bord de la rivière du côté de la banlieue d’Auchenflower, au niveau d’un building à la façade verte. L’arc s’élève en oblique et inonde de ses couleurs lumineuses et chatoyantes le ciel en rideau de pluie.
Avant midi, dans le ciel, une robe azur et opaline a remplacé le balandran d’ébène. André et Patrick sortent de la résidence sans s’encombrer des parapluies qu’ils ont manqué d’emporter. La température s’est maintenue malgré les radées de la matinée. Le cadran digital de la rue Makerston, devenu familier, indique vingt-neuf degrés. Le déjeuner est savouré chez Govinda’s. André et Patrick remarquent la présence de convives habitués, constants dans leur choix de mets végétariens. Des épisodes piquants des feuilletons Fillon et Trump sont narrés par Patrick qui suit les actualités sur Internet.
Après le repas, ils se rendent lentement pas à pas au café Aromas. Sur Adelaide, une jeune fille africaine, en poste dans la rue pour une organisation humanitaire, adresse la parole au couple. André et Patrick répondent à son sourire engageant en lui parlant dans leur langue natale. Détendue et charmée de rencontrer des français, Abak prend plaisir à bavarder avec eux. La compréhension de son pays d’origine étant incertaine, habile et débrouillarde, elle montre l’emplacement sur une carte à l’entête de l’organisation qu’elle représente. Née au Soudan, elle est venue en Australie avec ses parents à l’âge de cinq ans. Elle fait partie d’une fratrie de cinq filles. Elle se plait en Australie en ajoutant que la vie est difficile au Soudan. La conversation est amicale. André apprécie la présence de cet être enjouée et lucide.
Chez Aromas, Josh, un peu fatigué, a little tired selon les mots employés par le jeune homme affable, prend la commande de deux cappuccinos. Un des deux cafés est gratuit avec la carte de fidélité. La dame british, venue sans son mari, a rendez-vous avec sa sœur, une religieuse tout en blanc portant une coiffe. Les deux femmes sont aussi fluettes l’une que l’autre.
Tout sirotant son café, André lit un article à propos de Cameron sur le Sydney Morning Herald. Le jeune homme de vingt-deux ans, un fermier et talentueux joueur de cricket, est mort frappé par un violent éclair alors qu’il s’activait avec sa famille à protéger le bétail d’un feu de broussailles provoqué par la tempête. Il vivait à Moolarben, un village de quelques deux cents habitants dans la région Central Western en Nouvelle Galles du Sud, à l'ouest des Blue Mountains. Six personnes luttaient contre le feu et l’éclair a percuté Cameron. Fatalité, hasard, chance, contingence, le mystère reste entier ; l’homme est un fétu de paille à la surface de la Terre. Cet évènement imprévisible, tributaire d’une circonstance fortuite, aurait-il pu être autrement ? Une vie humaine fauchée pour sauver les animaux de la ferme.
Après ce temps de détente et de réflexion, le couple entre chez Uniqlo en face du café. André achète auprès de Justine un tee-shirt bleu ciel en coton à moins de cinq dollars.
Une promenade commence sur Queen qui est suivie jusqu’à la rue Creek bordée par un espace vert planté d’arbres où trône un magnifique banian. En face, le gratte-ciel Riparian Plaza, repéré précédemment depuis le ferry sur la rivière, s’impose aux regards. André, qui fut séduit par les trois modules design de l’architecture, entre par le sas circulaire où le nom de la tour s’affiche verticalement sur les deux battants des vitres convexes. A l’ouverture les deux mots sont divisés. André est reçu au bureau d’accueil par un homme francophone qui bavarde avec un collègue. Il fournit quelques informations sur le building et le complexe alentour conçus par l’architecte d’origine autrichienne Harry Seidler, décédé un an après l’achèvement du gratte-ciel. Un grand livre illustré sur la tour dévoile des photos du magnifique ouvrage architectural. André remercie son hôte et rejoint Patrick resté dehors pour prendre des photos.
André et Patrick choisissent d’effectuer une balade sur la Boardwalk, la Promenade au bord de la rivière. Un bateau à roue glisse sur l’eau, un autre est amarré. Une cascade en terrasse, imaginée par Harry, agrémente le vaste aménagement touristique du Riverside où bars et restaurants se succèdent sur différents niveaux au bord du fleuve. La fréquentation est faible contrairement à celle de fin de semaine. Le murmure de l’eau qui glisse sur les degrés du bassin est source de détente. Plus loin, en direction du pont Story, le magistral édifice en grès Customs House, le petit Buckingham Palace comme l’a surnommé André depuis le ferry, a renoncé à se plaindre. Lors de sa naissance à la fin du dix-neuvième siècle sa vue était dégagée et son espace vital faisait des envieux. Aujourd’hui, il est coincé entre les buildings et son faste d’antan semble n’avoir jamais existé. André et Patrick font le tour de l’édifice qui donne sur la rue Queen. Le puissant figuier à l’étroit sur le site fut probablement planté à l’époque de la splendeur. Les deux façades sont flanquées d’énormes colonnades qui protègent deux vérandas encastrées aux balustrades en fonte. Le joyau, coiffé d’un dôme gainé de cuivre, offre aux regards de superbes frontons et des pilastres ouvragés.
En face du chef-d’œuvre d’architecture, un autre joyau a été moins chanceux, il a conservé juste sa façade. Deux hommes suspendus avec des harnais depuis la toiture bichonnent les pierres blanches moulurées. Un gratte-ciel s’est implanté sauvagement dans le corps de l’ancien bâtiment ; l’effet est saisissant.
André et Patrick reviennent au bord de l’eau et retournent sur leurs pas. La promenade se scinde en deux en passant devant le complexe du Riparan. Celle du bas longe la rive. Celle du haut empruntée sinue devant les cafés et restaurants.  Elle offre de découvrir, dans un massif de bougainvilliers fuchsias, un papillon jaune qui voltige gracieusement. Il se pose pour donner le temps à André de prendre une photo. La balade le long de la rivière est interrompue au niveau de la rue Alice qui côtoie le jardin botanique. La rue Edward, à deux pas, est suivie pour joindre Queen. En chemin le libraire Folio Books est visité. En vitrine la page de couverture du livre Outlandish Knight : The Byzantine Life of Steven Runciman écrit par Minoo Dinshaw retient l’attention ; un oiseau est posé sur la main d’un jeune garçon. Le magasin est attractif et bien achalandé. Une chanson francophone est diffusée en léger fond sonore. Le couple sillonne les allées avec plaisir en ouvrant des ouvrages selon l’inspiration. Une trentaine de minutes s’envole.
De retour dans la rue, André et Patrick se rendent chez Aromas pour se désaltérer. A la table voisine de celle où ils prennent place, une jeune fille sirote un breuvage rose. André s’enquiert du nom de la préparation. Marcus leur sert la même boisson, un milksake fraise, lait d’amande et crème glacée vanille. André la déguste à la cuillère. A une autre table, un photographe professionnel équipé de son matériel sirote un café, mange rapidement une part de gâteau et pianote sur le clavier d’un petit ordinateur dont l’écran est presque aussi mince qu’une feuille à cigarette. La miniaturisation est impressionnante.
Après ces instants gourmands, André et Patrick se rendent devant la mairie où le marchand de fruits est revenu. En chemin, sur la rue Albert, une file d’attente conséquente est constituée devant l’enseigne Rocking Horse qui s’avère être le plus ancien et le plus grand magasin de disques du Queensland. A l’étal, André achète des bananes Lady Finger à trois dollars le kilo ; elles sont bien mûres et deux fois moins chères que chez Cole’s. Il en profite pour acheter des Cavendish à un dollar le kilo. Le jeune homme présent à la pesée lui sourit quand il prend une photo des bananes Lady Finger.
De retour au Park Regis, chacun vaque à ses activités. André s’installe à l’ordinateur après avoir étrenné le tee-shirt bleu ciel.
Un dîner frugal précède une soirée de détente…





















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