samedi 18 février 2017

Une fancy ladybird, une coccinelle fantaisie en ballons prend vie…

Au lever, le ciel étonné accueille une vaste flottille de nuées laiteuses dentelées venue flâner sur la ville sans prévenir. Telle une audacieuse comète de plaisance vagabonde, escortée d'une traînée lumineuse, elle est déterminée à estomper l’azur d’un ciel déjà radieux.
La matinée balade agréablement André et Patrick sur un rivage propice à la créativité. Les minutes glissent sur la vague du temps et midi approche sans prévenir.
Le déjeuner s’annonce chez Govinda’s. En chemin sur George Street, arrêtés à un passage piéton, ils voient traverser un ibis téméraire au feu rouge. Une voiture surgit. Surpris, le volatile presse le pas. Il est amené à activer ses ailes pour éviter de se faire faucher. Le samedi étant une journée calme au restaurant, le choix de denrées est plus faible. Le repas savoureux reste frugal. C’est l’opportunité d’aller vivre une nouvelle expérience gourmande. Le couple décide de se rendre chez Jimmy’s on the Mall, un bar restaurant partiellement aérien sur Queen Street. L’îlot culinaire s’est installé au milieu de la rue piétonne à l’angle avec Albert Street. Situé à une courte distance de chez Aromas, les terrasses du café sont longées régulièrement. Dans le display de douceurs bien visible, André lorgne régulièrement sur un tiramisu rond nappé de paillettes de chocolat. C’est le moment de tester sa saveur. La table d’angle sous la canopée design en verre et métal, repérée pour sa vue plongeante sur la croisée des deux rues, est libre. La chaleur des rayons solaires est tamisée par la canopée. De temps à autre une brise rafraichissante se promène. Assis sur des tabourets en bois clairs, André et Patrick sont aux premières loges pour observer le ballet des passants qui se croisent dans une chorégraphie improvisée. Le campanile à l’horloge de l’hôtel de ville s’offre pour être le gardien du temps. Ses aiguilles indiquent midi quarante-cinq. A l’angle de la Citibank, un artiste de rue a pris place. Un émerveillement pour les yeux est offert au couple et aux familles dont les enfants tirent la manche des parents pour mieux s’éblouir. Tel un chapelier ludique, il porte sur sa tête un genre de cornette constituée d’une multitude de petits ballons saucisse, de toutes les couleurs, recourbés en forme de banane. La coiffe attire nécessairement les regards des passants à l’esprit présent.
Avant de continuer à détailler l’équipage du saltimbanque ambulant à l’adresse manuelle renversante, une commande est passée au bar à Hannah. Un court instant plus tard, outre deux cappuccinos, un jeune homme dépose sur le plateau en marbre blanc chiné de noir de la table triangulaire d’angle un tiramisu pour André et une tranche de gâteau orange amande pour Patrick, servis dans des assiettes plates en grès émaillé. Le couple commence la dégustation. Les clics des appareils photos se font entendre régulièrement.
Les regards se portent à nouveau sur l’escogriffe aux ballons colorés, digne d’Arlequin. Une famille est en affaire. Les yeux des deux enfants sont captivés, leur souffle est presque en apnée durant la naissance d’une coccinelle qui prend vie sous leurs regards par la magie prodigieuse issue de la dextérité des mains expertes et agiles de l’artiste. Les ballons se gonflent, prennent graduellement la forme du coléoptère ; un rouge pour le dôme arrondi du corps, un blanc pour la tête, deux verts plus petits pour les antennes et d’autres noirs pour les pattes un peu renflées. La grossesse arrive à terme en utilisant un stylo-feutre à pointe large. Sept marques sont formées en noir sur les élytres. Deux taches noires apparaissent de part et d'autre de la tête pour composer les yeux. Le visage souriant de l’artiste est concentré ; il est sûr de lui. Le créateur est sur le point de mettre la touche finale à son œuvre ; sous l’abdomen, il attache un élastique noir qui permettra de garder la coccinelle sur le bras. Un second insecte voit le jour dans un temps record. Les enfants sont aux anges et les parents ravis de les voir heureux. La famille s’éloigne une fois le règlement effectué. Le bambin le plus jeune dans les bras de son père arbore fièrement sa coccinelle.
La panoplie de l’artiste s’organise autour d’un tricycle muni de casiers pour son activité et de trois corbeilles à papier alignées le long du trottoir. Elles contiennent des œuvres déjà réalisées, aux formes et aux couleurs variées, qui composent sa devanture commerciale. Fleurs, grenouilles, cœurs, homme araignée, lapins, fantômes, tigres, petits singes tenant une banane constituent une partie de l’attrayante collection, répartie dans les corbeilles et autour du tricycle.
Tout en faisant durer le plaisir des papilles, les regards du couple se promènent alentours. Sur la terrasse du premier étage, à une table voisine, un beau jeune homme à la chevelure noire fournie, une barbe discrète portée en collier, en marcel bleu et blanc, à la peau bronzée, aux galbes des avant-bras musclés, un verre de bière posé devant lui, pianote sur un téléphone portable. André se retourne de temps à autre pour admirer la beauté du garçon.
Les aiguilles de la tour de l’horloge défilent sur les deux cadrans visibles en angle. Les minutes s’envolent dans le bien-être. Le couple se prend en photo avec le retardateur de l’appareil Fuji. Devant la banque, un jeune homme en short cadenasse son vélo à un lampadaire blanc avant de s’éloigner tranquillement. Le nombre de visages asiatiques sur l’esplanade est important. Des personnes sont assises sur des bancs, d’autres marchent en mangeant des glaces, d’autres se déplacent en trottinette, d’autres papotent, d’autres avancent en aveugle en s’activant sur leur téléphone. Un monsieur mal voyant suit efficacement le chemin en relief avec sa canne. Il prend un virage délimité au sol. Ces scènes de vie se déroulent devant les yeux du couple sans interaction entre les acteurs anonymes de ce film sans cinéaste.
Soudain, l’attachant saltimbanque plie bagage. En moins d’une minute, il sort de scène et se dirige sur la rue Queen en direction d’Edward.
Le carillon de la tour annonce les quatorze heures. Une centaine de minutes se sont écoulées depuis l’arrivée du couple chez Jimmy. Patrick propose de traverser le pont Victoria pour se rendre au Queensland Performing Arts Centre sur South Bank. En chemin, André entre dans l’hôtel du Treasury Building pour une petite visite. Pour éviter les escaliers de l’entrée principale, il traverse le restaurant Kitchen en léger contrebas. La salle est animée ; une famille est installée dans un double canapé d’angle capitonné en cuir framboise. Il découvre la cour intérieure, navrée de ne plus voir le ciel, transformée en un vaste casino. Les tables de jeux sont dominées par les balcons des deux étages supérieurs baignés dans un halo tamisé de lumière bleu indigo. De son côté, Patrick photographie les façades.
A la sortie du pont des infos sont proposées à la lecture sur les mésaventures de l’ouvrage qui fut édifié à trois reprises. Premier pont de la ville, il fut mis en service en 1865 pour succomber deux ans plus tard en s’effondrant sans prévenir dans les flots suite à une invasion de vers qui s’attaquèrent à l’ouvrage en bois en perçant, mangeant et creusant des galeries. L’arche en grès du second ouvrage en fer, encore en vie, témoigne de son existence ; il fut emporté par les flots lors de l’inondation de 1893.
Sur la rive devant le Centre des Arts, les grandes lettres colorées du mot Brisbane, peintes artistiquement, attirent les regards et les touristes qui se font photographier devant. Les plus téméraires grimpent sur les lettres, comme cette jeune fille blonde débout sur le B du milieu. La grande roue tourne à proximité. La quasi-totalité des cabines sont vides au regard de la fort chaleur régnant à l’intérieur.
Sur la façade du Centre des Arts, d’attirantes affiches annoncent les spectacles à venir ; le ballet royal The Winter’s Tale sera joué en hiver au mois de juillet. Pour un narrateur de l’hémisphère nord, marier l’hiver avec le mois de juillet est plutôt antinomique. André et Patrick entrent pour découvrir l’exposition gratuite Dramatic Imaginations qui tire son chapeau aux créateurs et aux comédiens du théâtre australien. L’exposition rend hommage à toutes ces personnes passionnées au travers de croquis, peintures, dessins, costumes, photos, projections sur écran et sur tablettes numériques qui témoignent de la créativité de groupe, de l'ingéniosité, de la débrouillardise, de la compétence et surtout de la merveilleuse imagination de l’être humain, tels ces artefacts de la pièce A Christmas Carol adaptée du non moins merveilleux roman de Charles Dickens.
Plus tard, en voulant emprunter la passerelle aérienne qui enjambe la rue Melbourne, André et Patrick atteignent par un ascenseur le niveau du Théâtre Lyrique du vaste Centre des Arts. Les portes vitrées accédant à la passerelle sont toutes fermées. Ils sont captifs. La chance opère parfois de manière insoupçonnée. Elle les a amenés devant le guichet où les billets sont à la vente. Le ballet, auquel ils souhaitaient assister, était complet sur Internet au niveau des places devant la scène. Sean, un charmant jeune homme enjoué, à la chevelure en bataille, la barbe taillée de manière créative, leur trouve deux sièges bien placés pour la séance du jeudi 2 mars. Ils sont enchantés. Pour sortir, il leur est nécessaire de reprendre l’ascenseur pour effectuer le trajet inverse. Finalement, ils trouvent le long de la rue Melbourne, un autre ascenseur qui les dépose sur la passerelle. En contrebas, un vaste arrêt de bus voit converger de nombreuses lignes ; une ribambelle impressionnante de véhicules vont et viennent. Ils les bâtiments du Queensland Museum sont traversés discrètement pour éviter de réveiller les deux grosses baleines endormies dans les airs.
A la sortie, sur fond de ciel bleu aux nuées blanches métamorphosées en ailes de colombe, Patrick prend une photo d’une toiture pyramidale en verre sur la petite esplanade en béton. Six jeunes filles blondes sont rejointes dans un ascenseur pour rejoindre le niveau de la place Stanley.
Quelques instants plus tard, ils parviennent au Goma, le musée d'art moderne, où Patrick a repéré une exposition intéressante. Telles des chevelures de sirènes aquatiques, des crinières filandreuses d’une barrière de corail réalisées en crylor tapissent divers murs du rez-de-chaussée ; les couleurs chatoyantes des fibres textiles synthétiques sont du plus bel effet. L’entrée des diverses salles d’exposition est gratuite. André et Patrick flânent ici et là au gré de leur inspiration. Dans un grand lit la sœur de Gulliver est alitée. Son visage figé, où une main est posée, hésite entre joie et tristesse. Dans une pièce entièrement blanche en dehors du temps, à la luminosité cristalline diaprée de mille reflets nivéens, à la fois éblouissante et tamisée, un renne de verre et de cristal, un caribou des glaces, dans toute sa splendeur, nimbé de bulles et de sphères transparentes, au lainage duveteux pailleté d’éclats de diamant, subjugue par sa grâce et sa beauté intemporelles.
Autre part, une trentaine de chevaux aux longs poils de raphia colorés surprend les regards. Les pulpes de bois aux nuances chatoyantes habillent majestueusement les robes des canassons. Les têtes sont parées de masques folkloriques brodés aux motifs ciselés à la main.
Après ces instants de découverte, André et Patrick visitent le magasin de souvenirs. Une fusée rouge de Tintin offre à André d’être pris en photo avec l’album On a marché sur la Lune. Le petit livre Give Peace a chance de John Lennon et Yoko Ono est feuilleté par André.
Le retour à la proche tour Regis de l’autre côté de la rivière s’effectue en traversant le pont William Jolly. Sur la berge, après un salut à la souris et à l’éléphant au corps toujours à la verticale, un brisbanite indique au couple le meilleur trajet pour joindre l’entrée du pont. André et Patrick reviennent sur leurs pas, passent devant le Goma et accèdent au tablier du pont vers la place Stanley. Les arches de l’ouvrage d’art offrent des zones d’ombre lors de la traversée. Devant les superbes balustres en béton blanc cassé du parapet, l’espace d’une photo, Patrick est un Gulliver devant la silhouette de la Tour Park Regis devenue lilliputienne.
Une soirée d’écriture, de lecture et de détente, ponctuée du dîner où Patrick aborde les nouvelles d’autres continents, agrémente cette belle journée de découvertes…




































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