Au lever, le ciel de Brisbane a repris son apparence estivale. La
pluie d’hier est un souvenir. Entre azur et outremer, le ciel s’est paré de
l’éclat du lapis-lazuli. Il se souvient de l’ancienne Egypte où cette pierre
fine aux reflets d’or était vivement appréciée par les pharaons.
Lors du petit-déjeuner, les globe-trotteurs nuageux défilent en
voyageant avec leurs bambins en grenouillère blanche.
Dans la matinée Patrick repère un hélicoptère qui déplace dans les
airs une vaste banderole publicitaire. L’appareil parait minuscule dans le ciel
au regard de la taille immense de la toile blanche où les mots Meerkat toys are here se lisent
facilement. Aujourd’hui, des enfants auront la chance de gagner un Meerkat, une sentinelle du désert en peluche.
A midi une surprise attend André et Patrick quand ils sortent de
l’appartement pour aller déjeuner. Une affichette scotchée sur le montant de la
cage indique que l’ascenseur est en panne. Le message laconique est privé de détails.
Ils sont plutôt abasourdis. L’autre ascenseur en cours de modernisation depuis
leur arrivée est désœuvré au rez-de-chaussée. Leur appartement relevant de sa
propriétaire, il est illusoire de pouvoir contacter la réception de l’hôtel. Devant
les dix-neuf étages à descendre à pieds pour joindre la rue, les genoux d’André
l’invitent fortement à rester prisonnier dans l’appartement. Patrick dévale les
escaliers pour se rendre chez Govinda’s.
Son mari rallume l’ordinateur pour continuer son ouvrage. Au restaurant, les
employés présents remarquent l’absence d’André. Une trentaine de minutes plus
tard Patrick revient avec les mets du déjeuner encore chauds dans les
barquettes plastiques. Ils sont savourés dans le confort de l’appartement. Patrick
s’offre une sieste après le repas. André profite de la panne de l’ascenseur
pour se couper les ongles et se raser en devançant la pratique hebdomadaire.
Vers quatorze heures, le couple vérifie si l’ascenseur fonctionne à
nouveau. Une note d’information a remplacé l’annonce de la panne. Elle est
prise en photo. La panne serait due aux conditions météorologiques extrêmes.
Les techniciens de l’entreprise prestataire de services sont à pied d’œuvre
pour procéder au mieux aux réparations sans toutefois pouvoir dire quand
l’ascenseur sera opérationnel.
Après une pause-café partagée
sur le canapé, Patrick se rend au supermarché Cole’s pour effectuer quelques courses. Il descend à nouveau les étages.
André œuvre sur l’ordinateur durant son absence. La jeune Isha accueille Patrick à la caisse. Pour revenir à la tour Regis, il traverse la place de la mairie
où une manifestation culinaire bat son plein dans le cadre du festival BrisAsia. Il passe sous une banderole où
les mots Welcome to Taste of Asia
souhaitent la bienvenue. Tout un chacun est convié à venir ravir ses papilles en
découvrant les saveurs de spécialités des pays asiatiques qui sont mises en
vedette jusqu’au soir. Une ribambelle de ballons et d’ombrelles chinoises colorés,
suspendus à des filins au-dessus de l’espace festif, embellissent le ciel bleu
depuis la vision au sol. Une rangée de tables communes en bois en enfilade, pourvues
de chaises pliantes, est disposée entre les comptoirs alimentaires qui bordent
l’allée centrale. Ils s’apparentent aux tentes pyramidales en toile blanche du
marché de Little Stanley Street.
A son retour au Park Regis, Patrick
assiste à l’effervescence qui règne devant la réception suite à la panne
d’ascenseur. Une dame Aussie est contrainte
d’annuler son séjour à cause de la panne d’ascenseur ; une des hôtesses s’occupe
ipso facto de la satisfaire. Un monsieur obèse, assis tranquillement sur une banquette
en cuir noir, attend patiemment le retour à la normale ; son poids lui interdisant
de monter les escaliers. En grimpant les marches, Patrick mesure la hauteur des
degrés qui se monte à vingt centimètres. Il en aura grimpé des centaines aujourd’hui.
Dans l’après-midi, André et Patrick sirotent une boisson cacaotée sur
le canapé. Patrick évoque des tranches de la vie fabuleuse de Steven Runciman, un personnage excentrique et attachant qui voyagea toute
sa vie à travers le monde. Il joua au piano avec le dernier empereur de Chine
et au tarot avec le roi Fouad d’Égypte. Il étudia le français avec Aldous Huxley,
en compagnie de George Orwell qui devint son ami. Il mourut presque centenaire.
A dix-sept heures quarante, au travers de l’œilleton qui donne sur le
couloir du dix-neuvième étage, Patrick voit sur le palier une employée qui enlève
prestement la note d’information. L’ascenseur est à nouveau opérationnel. L’afficher
à tous les étages nécessita de grimper par les escaliers, la faire disparaître est plus confortable en stoppant l’ascenseur à
chaque étage.
André, libre de pouvoir sortir de sa prison, sans aucune commune mesure avec celle des personnes détenues
dans les maisons d'arrêt et autres pénitenciers sur la planète, s’interroge sur
le système judiciaire et carcéral. Quels que soient les actes répréhensibles, condamnables
aux yeux de la société, comment l’Homme peut-il encore aujourd’hui enfermer et
isoler son semblable derrière les barreaux d’une cellule, aux yeux des gardiens, sans la
moindre intimité ? Pourquoi l’Homme, pourtant imaginatif, se contente-t-il
de priver la personne humaine de sa dignité, de l’humilier, au lieu d’envisager
une société différente. En Suède, par exemple, des centres pénitentiaires furent
fermés il y a quelques années suite à une politique pénitentiaire axée sur la réhabilitation.
A quand l’abolition des prisons ?
A dix-huit heures trente, le coucher de soleil derrière la colline
s’apparente à un volcan en éruption. L’horizon s’embrase dans un rideau de lave
incandescente qui s’écoule sur les coteaux du mont Coot-tha.
Une soirée agréable et enrichissante succède au diner. A l’appel de
Morphée, André s’évade au pays des rêves…

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