lundi 13 février 2017

King Edward Park à Brisbane...

Au lever, le soleil et la lune se saluent avant de continuer leur chemin. L’astre de la nuit encore luminescent dans le ciel bleu délavé remarque que les nuées sont de retour.
Une autre matinée à Brisbane s’estompe dans le flot du temps.
A midi Patrick et André se rendent chez Govinda’s. La chaleur se maintient bien en-dessus de trente degrés. La journée sera très chaude. Des capelines nuageuses blafardes, aux mailles ajourées, pèsent sur la ville. L’atmosphère est étouffante ; l’air lourd est comme emprisonné. Au restaurant, un baroudeur en pantacourt prend son repas à une table voisine. Physique de légionnaire, barbe noire de plusieurs jours, silhouette musclée, il avale coup sur coup le contenu de deux assiettes, l’équivalent du repas déjà copieux des deux français ; seul un appel téléphonique vite interrompu vient ralentir ses coups de fourchettes énergiques. Après le repas André va se rincer les dents aux toilettes. Le petit réduit est niché entre la cuisine et le local de la plonge où la vaisselle est lavée à la main en continu par un jeune hindou assidu. Patrick le relaie. A une table voisine, une jeune femme termine son repas, offre un sourire à André quand leurs regards se croisent et s’en va.
De retour dans la chaleur de la rue, André et Patrick se rendent chez Aromas pour boire le café. Toutes les tables sont occupées. Ils décident alors de tenter leur chance au Coffee Club devant le square Anzac. Janice, souriante, prend la commande de deux cappuccinos. Sa collègue prend son temps pour les apprêter. Elle échange un sourire avec André depuis le comptoir avant de venir les déposer délicatement sur la table ; la mousse cacaotée des breuvages est décorée avec finesse. Le café est situé à l’une des entrées du Food Court du Post Office Square. Le va-et-vient continuel des habitués longe la terrasse. Une Marilyn à la chevelure blonde bouclée, chemisier crème, jupe seyante beige, entre pour ressortir quelques instants plus tard avec son repas au bout des doigts. Démarche assurée, silhouette élancée, buste bien droit, elle est sûre d’elle sur ses talons aiguilles. À la table voisine, un enfant asiatique gigote et s'esbigne en oubliant de manger. Sa mamie le suit du regard et le rattrape quand il s’écarte trop. Le regard de sa mère s’est éloigné dans une rêverie. La présence des bus qui s’arrêtent fréquemment accentue la chaleur ambiante. Une fois les cafés sirotés, André et Patrick décident d’aller dans le parc Anzac où ils pensent que l’air sera plus frais. Ils marchent sur Adelaide pour traverser la chaussée au croisement avec Edward. Au passage piéton, André est distrait par un beau jeune homme en couple avec une femme à la longue chevelure blonde dont l’attitude est un peu guindée. Son inattention lui fait suivre Edward ; il aperçoit alors un bouquet d’arbres en haut de la rue Ann en prolongement visuel de la façade du People’s Palace dont la magnifique tourelle d’angle est photographiée par Patrick depuis le haut de la passerelle inclinée accédant à l’entrée centrale d’un vaste building qui occupe toute la surface entre les rues Turbot et Ann.
Le King Edward Park, bordé par un large escalier à plusieurs paliers aux degrés roses, se dévoile sur un coteau. Une petite esplanade aux pieds des marches offre d’admirer des œuvres mythiques d’Arnaldo Pomodoro dont une pyramide dorée qui rappelle à André le vaisseau d’Anubis, un des Grands Maîtres Goa'ulds de la série Stargate. Les sculptures en bronze dérivent de la tragédie grecque d’Agamemnon.
Le parc ombragé par de nombreux arbres aux luxuriants feuillages abondants est sillonné d’une allée en zigzag, bordée de bancs rouges et blancs, qui rejoint Wickham Terrace où l’ancien moulin à vent The Tower Mill captive le regard. André et Patrick suivent le chemin oblique en prenant leur temps pour admirer les œuvres disposées le long du parcours. La création en relief aux blancs atours Still Life With Landscape de Robert Parr apporte une note de fraicheur dans une invitation à un voyage magique au travers de deux tableaux ouverts sur le paysage environnant. Une sellette surmontée d’un pot de fleurs s’encadre devant le premier ; le second plus petit est habité d’un panorama détouré où un arbre, un nuage cotonneux et un chemin bordé d’une maisonnette dans son virage évoquent chez André la comédie musicale Mary Poppins.
Le Wickham Park incliné longe la voie du même nom. Le parc déserté par les citadins est traversé sur sa hauteur pour joindre la rue Albert qui le suit en contrebas. La chaleur est telle que le couple décide de retourner au centre-ville où Patrick propose de se rendre à la bibliothèque de la ville sur George Street. Soudain, sur la rue Adelaide, deux voitures de pompiers, toute sirène hurlante, approchent et s’arrêtent un peu plus loin le long du trottoir. André constate qu’une alerte au feu a été déclenchée par une alarme dysfonctionnelle. Les pompiers, aux uniformes taupe clair rayés de jaune, la stoppe et profitent de leur présence pour vérifier que tout va bien dans les étages.
Quelques instants plus tard, André et Patrick entrent dans la bibliothèque principale de Brisbane. La climatisation, rafraichissante pour une fois, est appréciée. La bibliothèque établie sur trois niveaux s’ouvre sur un atrium central équipé d’escalators. Le lieu est convivial et chaleureux. Divers espaces sont à la disposition de tout un chacun. Tout est gratuit. Il suffit de demander une carte magnétique pour emprunter des livres ou des magazines et pour avoir accès à tous les services proposés : consultation sur ordinateur, salle de jeux, coins détente. André s’installe sur un fauteuil pivotant très confortable dans un espace détente vers le vitrage qui surplombe la place Reddacliff depuis les étages supérieurs. Le magazine Yours laissé sur un autre siège est parcouru. La nostalgie est le thème de divers articles. Patrick sillonne les allées de livres, en apporte quelques-uns, les parcourt et relève diverses références. André initie le processus pour être membre. Une dame charmante à la chevelure aux reflets bleus lui consacre du temps. Toutefois un justificatif de son lieu de résidence à Brisbane sera à fournir pour obtenir la carte réalisable en quelques minutes.
Après ces instants de détente enrichissants, André et Patrick découvrent le troisième niveau. Alors qu’ils sont arrêtés devant le rayonnage des livres de poésie, une jeune femme s’approche d’eux. Son visage s’illumine d’un sourire devant la mine abasourdie d’André qui reconnaît Olga, rencontrée à New Farm. Elle papillonne d’une bibliothèque à une autre dans son emploi ; la routine est absente de ses journées car la ville compte une bonne vingtaine de bibliothèques de quartier. Elle consacre quelques instants de son temps à bavarder avec le couple, enchanté de cette rencontre vraiment improbable. Olga questionne le couple sur son lieu de résidence en France et dévoile quelques éléments sur la vie. D’origine russe, elle a voyagé à bord du Transsibérien dans le ventre de sa mère qui préféra à l’époque prendre le train plutôt que l’avion en raison de sa grossesse. Elle habite dans la proche banlieue de la ville et se déplace en ferry pour joindre les diverses bibliothèques. Avant le départ du couple, Olga rend un petit service à André, lié à sa tentative avortée pour être membre aujourd’hui.
Au café Aromas sur Queen, une table est libre. Joe sert un café Mocha à Patrick et un thé rouge rooibos à André. Les boissons sont sirotées tranquillement.
Une trentaine de minutes plus tard, Isabeau, une petite brunette, accueille le couple à la caisse chez Cole’s au centre Myer. André et Patrick retournent ensuite à l’appartement. Le ciel s’assombrit de plus en plus et la pluie menace. Le pas est pressé. Les nuages déversent de grosses gouttes de pluie alors qu’ils sont presque arrivés. Ils sont toutefois déjà mouillés en entrant dans la tour Regis.
Les dix-huit heures sont proches quand un orage éclate violemment. Le ciel se zèbre d’éclairs et le tonnerre gronde. L’horizon se brouille. La luminosité disparait. La grêle vient heurter les vitrages au dix-neuvième étage. Un spectacle pyrotechnique est offert par les éléments qui se déchainent suite à la très forte chaleur et à l’absence de pluie depuis quinze jours. Le soleil décline à l’horizon derrière les nuages noirs. Le disque lumineux se dessine nettement au travers du manteau nuageux. La féérie de la nature se poursuit durant le repas pour s’affaiblir au cours de la soirée. Le tonnerre continue de gronder sans se fatiguer ; les éclairs jaillissent un peu partout à l’horizon dans une chorégraphie dirigée par un chef d’orchestre invisible…

























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