La nuit a déjà tiré sa révérence à six heures ; les activités
humaines débordent déjà largement le domaine du rêve tant la vie trépidante
semble sans repos. Un ferry glisse sur la rivière en tissant sur son passage
des mailles d’eau dans une ondulation indolente. Il emporte ses passagers sans
doute pressés d’arriver à bon port.
Les tonalités grises du ciel semblent vouloir affleurer celles du
fleuve tant la masse nuageuse s'agenouille comme pour noyer la visibilité. Une
heure s’envole. Le ciel devenu bleu accueille des nuées cotonneuses disparates
qui glissent paisiblement sur la trame de la matinée.
Midi s’annonce quand André et Patrick sortent de leur appartement. La
porte de l’ascenseur s’ouvre dans la descente pour laisser passer un
employé ; le visage de Rupesh, présent
sur le palier, s’éclaire d’un sourire
en apercevant André qui lui lance un bonjour suivi de son prénom.
Dehors, une horloge digitale installée sur la partie arrondie du bâtiment
à l’angle de North Quay et Makerston Street indique trente degrés.
Une publicité du ballet The Sleeping
Beauty s’affiche sur le grand écran vertical du mur latéral gauche.
André et Patrick déjeunent chez Govinda’s.
Une jeune fille asiatique les reconnait et leur offre un radieux sourire.
Après le repas, pour vérifier si l’étal de fruits devant la
mairie est présent après son absence du week-end, ils suivent la rue Ann Street. Sur le trottoir, une scène insolite
se déroule dans un synchronisme décalé. Une tranche de vie rurale, au décor
naturel effacé par le développement citadin, perdure malgré les lustres et décades
écoulés. Cinq personnages en blanc, chapeautées et décontractés, en dehors du
temps, sont figés dans une conversation sans fin autour d’un feu de brindilles.
La gamelle de leur repas chauffe sur les flammes devenues muettes depuis lors.
Le marchand de fruits fait défaut au désir d’André ; l’achat de
bananes mûres sera pour un autre jour. Le couple se rend chez le libraire Dymock’s où Patrick souhaite fréquenter
le rayon des revues et magazines. De son côté André se promène dans le magasin.
Il repère une petite fusée rouge, désireuse de retourner sur la lune, qui lui
rappelle son enfance. Son fuselage s’est partiellement effacé pour laisser
place à des rayonnages. Sur les étagères, les pages de couvertures de livres de
bandes-dessinées évoquent les aventures d’un jeune reporter et de son inséparable
compagnon fox-terrier. Vous l’aurez deviné, il s’agit de Tintin et Milou
aux tribulations et attachantes péripéties.
Un temps de farniente se déroule au café Aromas. André et Patrick, pour changer de point de vue, s’installent
à une table bistro haute devant le comptoir. Les assises des chaises tapissées
sont légèrement plus basses que celles des tabourets. Le niveau du plateau s’en
trouve plus haut que la normale. Qu’à cela ne tienne le confort des chaises compense
ce légère incommodité. Des cappuccinos sont sirotés. En portant la tasse aux
lèvres, la poudre de cacao restée sur le bord se mélange agréablement au breuvage
dans la dégustation. Le couple british
pénètre dans le café. La dame arbore aujourd’hui une robe bleu marine seyante constellée
de petits lys blancs, l’emblème des rois. En retournant à sa table après un
choix de douceurs pour accompagner son café, elle passe près d’un serveur qui
lui sourit. Elle pose câlinement sa main sur son épaule et le gratifiant d’un
sourire à son tour ; le café semble être un lieu de prédilection pour le
couple. André remarque la présence d’un distributeur mural de cinq variétés de
grains de cafés en dessus d’une balance. Il s’approche pour lire les
provenances. Il aperçoit sur la gauche un présentoir de cartes de fidélité. Il
en prend une. La charmante jeune femme à la caisse tamponne deux petites cases ;
la septième boisson chaude sera gratuite. Un journal de la presse locale est
feuilleté. Un peu avant de sortir de ce lieu de bien-être, une sobre et
séduisante horloge murale est photographiée ; elle indique treize heures vingt-cinq.
Des emplettes sont effectuées chez Cole’s
situé à une courte distance sur la rue. En chemin un jeune couple asiatique
prend Patrick et André pour des aussies
en leur demandant une information touristique. Le terme aussie est un mot d'argot, un diminutif familier pour parler d’un australien.
Une fois la nationalité française dévoilée, le couple éclate de rire. Une
petite scénette bien plaisante féconde en sourires. Kate est présente à la
caisse du supermarché ; efficace, concentrée, le client est à peine aperçu.
Son automatisme empressé sera source d’un cadeau ; un paquet de noix de cajou
échappe au scanner sans que personne ne s’en aperçoive.
En revenant à l’appartement, des cartes postales sont achetées au magasin
George Street Mart.
Le début d’après-midi est consacré à un ouvrage logistique dans le déroulement du voyage. André œuvre sur l’ordinateur.
Patrick écrit un texte ensoleillé sur les cartes postales, en laisse trois à l’attention
d’André, collent les timbres. Il rejoint ensuite son mari pour un ouvrage
conjoint sur l’ordinateur. Les diverses messageries sont consultées.
Les seize heures trente sont passées quand André et Patrick sortent
pour une pause détente. En chemin sur la rue Queen, deux cavaliers casqués dirigent leur monture sur le bord de
la chaussée. Les cartes sont postées dans une grande boite aux lettres rouge. Au
café Aromas Marcus sert à table un café
Mocha, un thé rouge et un cake coco, chocolat et graines de chia. André savoure
la douceur en sirotant le rooibos. Les minutes s’égrènent dans la douceur du
farniente. Le café va fermer. Le couple sort et s’en retourne en flânant par la
rue Adelaide. Le magasin Typo est visité ; une papeterie divertissante,
une petite caverne d’Ali Baba avec des centaines de
produits originaux et rigolos. Plus avant sur la rue une rallonge de trois
mètres est achetée chez JB Hi-Fi. Devant
les bâtiments design de la cour suprême, une statue de la déesse grecque Thémis
régissant le comportement des hommes est prise en photo par Patrick.
Le diner frugal précède une nouvelle soirée dans la chaude Brisbane. Durant
la journée André a apprécié de croiser des centaines de visages, des livres
ouverts sur des histoires de vie mystérieuses…
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire