lundi 27 février 2017

Ecriture et lecture...

Au lever, tel un Georges Méliès inspiré, le ciel et le vent complice s’improvisent à la fois peintres, dessinateurs et prestidigitateurs. La physionomie du ciel change au rythme des tableaux imaginés. La voute céleste offre aux regards des mondes féeriques et éphémères. La lanterne magique du soleil auréole les nuées modelées agréablement étonnées de la fantaisie des deux compères au regard des formes et des nuances qui leur sont prêtées.
Les artistes perdurent dans leur créativité, les prises de vues se succèdent, les nuées se fondent et s’enchainent dans un harmonieux panorama qui se déroule la matinée durant. Parfois des tempêtes sidérales aux reliefs et aux élans fantasmagoriques saisissants témoignent du grand art de la nature dont le continuel mouvement est sa pierre angulaire.
Tout en suivant le spectacle aux premières loges, le couple s’adonne à ses activités respectives. André et sa muse dépeignent en mots et en phrases les images mentales et les ressentis nés de l’éblouissante journée passée au jardin botanique hier. Patrick feuillette le journal Weekend Australian acheté hier, s’attarde sur certains articles, en découpent quelques-uns. L’actualité française avec la campagne électorale en cours participe aux nouvelles imprimées. Les informations sur les péripéties et les abus de certains candidats sont affligeantes.
Avant midi le couple sort de l’appartement. Patrick entend quelques bribes d’une conversation téléphonique dans l’appartement contiguë. Une dame raconte qu’elle est fatiguée de travailler.
Sur la rue George, devant la Cour Suprême, un rassemblement attire les regards. Les personnes présentes manifestent contre la violence conjugale à l’occasion du premier jour du procès de Lionel Patea qui assassina sa compagne Tara Brown il y a un peu plus d’une année. Les journalistes et les chaînes de télévision sont présents. A la surprise générale, Lionel va plaider coupable et sera condamné à la prison à vie dans la journée.
Le déjeuner se déroule au restaurant Govinda’s. Contrairement au lundi précédent la salle est peu animée. Le couple peut bavarder. André raconte une bribe d’un rêve où il a côtoie Fernandel. Après le repas, la direction du café Shingle Inn est prise dans le dessein de se détendre en terrasse en sirotant un cappuccino tout en observant le mouvement de la vie sur la place Reddacliff. André patiente distraitement dans la file d’attente au comptoir en regardant les douceurs du display. Les parts de Charlotte Royale à la robe de mousse de fraise rouge écarlate se distinguent par leur éclat. A leur droite, d’autres tranches plus discrètes portent l’appellation plaisante et séductrice Slice of Baci, Tranche de Baisers. Soudain, il voit Claire se diriger vers Patrick avec deux cappuccinos. Il se croit subitement dans un rêve. La jeune femme dépose délicatement sur la table les deux breuvages en gratifiant Patrick d’un radieux sourire. André, ébahi, quitte sa position pour rejoindre son mari. Le couple éberlué manifeste un étonnement admiratif. Sherlock Holmes serait probablement enchanté de proposer une explication inductive devant cette situation sans précédent. Spéculer sur la présence d’un génie ou sur toutes autres explications étant vain, André et Patrick sirotent sereinement leur café tout en promenant leurs regards alentours. Ils remarquent pour la première fois la présence de deux militaires en uniforme qui semblent être en permission à la vue de leur attitude décontractée et désinvolte. La fréquentation de la place est aussi sporadique que celle du restaurant. Le vent souffle agréablement de temps à autre. Les minutes s'égrènent avec une joyeuse lenteur.
Plus tard, le couple se lève de table. André se dirige vers la caisse pour le règlement des cappuccinos. Claire encaisse le règlement avec naturel sans faire allusion le moins du monde à  l’énigmatique prélude ; le mystère demeure au-delà de la confiance.
Sur la place, André remarque un totem informatif dédié à la mémoire de Trevor Reddacliff. Homme et architecte passionné, inspiré, rigoureux et déterminé, Trevor s’installa à Brisbane dans sa quarantième année. Dès lors, il fut responsable de nombre de projets dans la ville. L’étonnant complexe Riverside, la revitalisation des rives du fleuve, le réaménagement du site de l’exposition universelle, la création au début des années quatre-vingt-dix de la rue piétonne Queen et de toute son infrastructure souterraine lui valurent deux après sa mort, survenue voici douze ans, d’être honoré par ses concitoyens qui baptisèrent le square Brisbane à son nom par l’entremise du maire de l’époque.
André et Patrick se rendent chez Cole’s au centre Myer pour effectuer quelques emplettes. Isha, souriante et réservée, les accueille à la caisse du supermarché. Ils en profitent ensuite pour passer chez Vege Rama dans le dessein d’acheter une douceur pour le dîner. Le cheese-cake au chocolat remporte les suffrages.
Le couple retourne avec distraction à la tour Regis pour continuer tranquillement l’après-midi dans le confort de l’appartement. En chemin, il longe la cour suprême du côté de la rue Roma après être passé devant l’Hôtel de Ville. La présence de camionnettes de chaines de télévisions et d’agences de presse informe que le procès  de Lionel est toujours en cours. Un homme en short et tee-shirt bleu marine arborant le logo de la chaîne 7 News est croisé. Avant de parvenir au niveau de la gare Roma le couple est doublé par une jeune femme blonde séduisante à la démarche pressée dont la jupe blanche rayée de bandes noires et jaunes s’harmonise idéalement avec son corsage noir.
Les dix-sept heures sont écoulées quand un vortex s’ouvre dans le ciel. La voute obscurcie par un manteau d’encre se voit transpercée par une spirale blanche dont l’éclatante luminosité teinte de reflets cendrés les morceaux de nuages écharpés par son apparition. Une heure plus tard, les nuages éprouvés par la force de la soudaine apparition sont partis se reposer. Le vortex s’est refermé. Son cortège de nuées blanches stagne dans le ciel azur en se rapprochant du mont Coot-tha rejoint par le disque solaire. La magie des ombres et des reflets s’emparent de l’horizon pour offrir un spectacle grandiose. Sous les ardents rayons solaires, l’escorte du vortex qui s’est trop approchée implose dans kaléidoscope d’arabesques diaprées aux incandescentes nuances d’or et de feu.
Un peu avant le dîner, le soleil tire sa révérence en invitant les ténèbres à inonder la masse nuageuse venue s’agglutiner lors de l’apothéose scénique impromptue. Les ultimes rayons de l’astre irradient de pourpre les arborescences cicatrisés des nuées…



















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