Au lever, tel un Georges Méliès inspiré, le ciel
et le vent complice s’improvisent à la fois peintres, dessinateurs et prestidigitateurs.
La physionomie du ciel change au rythme des tableaux imaginés. La voute céleste
offre aux regards des mondes féeriques et éphémères. La lanterne magique du
soleil auréole les nuées modelées agréablement étonnées de la fantaisie des
deux compères au regard des formes et des nuances qui leur sont prêtées.
Les artistes perdurent dans leur créativité, les
prises de vues se succèdent, les nuées se fondent et s’enchainent dans un harmonieux
panorama qui se déroule la matinée durant. Parfois des tempêtes sidérales aux
reliefs et aux élans fantasmagoriques saisissants témoignent du grand art de la
nature dont le continuel mouvement est sa pierre angulaire.
Tout en suivant le spectacle aux premières loges,
le couple s’adonne à ses activités respectives. André et sa muse dépeignent en
mots et en phrases les images mentales et les ressentis nés de l’éblouissante journée
passée au jardin botanique hier. Patrick feuillette le journal Weekend Australian acheté hier,
s’attarde sur certains articles, en découpent quelques-uns. L’actualité
française avec la campagne électorale en cours participe aux nouvelles imprimées.
Les informations sur les péripéties et les abus de certains candidats sont
affligeantes.
Avant midi le couple sort de l’appartement.
Patrick entend quelques bribes d’une conversation téléphonique dans
l’appartement contiguë. Une dame raconte qu’elle est fatiguée de travailler.
Sur la rue George,
devant la Cour Suprême, un rassemblement attire les regards. Les personnes
présentes manifestent contre la violence conjugale à l’occasion du premier jour
du procès de Lionel Patea qui assassina
sa compagne Tara Brown il y a un peu
plus d’une année. Les journalistes et les chaînes de télévision sont présents. A
la surprise générale, Lionel va plaider coupable et sera condamné à la prison à
vie dans la journée.
Le déjeuner se déroule au restaurant Govinda’s. Contrairement au lundi précédent
la salle est peu animée. Le couple peut bavarder. André raconte une bribe d’un
rêve où il a côtoie Fernandel. Après le repas, la direction du café Shingle Inn est prise dans le dessein de
se détendre en terrasse en sirotant un cappuccino tout en observant le
mouvement de la vie sur la place Reddacliff. André patiente distraitement dans la file
d’attente au comptoir en regardant les douceurs du display. Les parts de Charlotte Royale à la robe de mousse de
fraise rouge écarlate se distinguent par leur éclat. A leur droite, d’autres
tranches plus discrètes portent l’appellation plaisante et séductrice Slice of Baci, Tranche de Baisers. Soudain,
il voit Claire se diriger vers Patrick avec deux cappuccinos. Il se croit
subitement dans un rêve. La jeune femme dépose délicatement sur la table les
deux breuvages en gratifiant Patrick d’un radieux sourire. André, ébahi, quitte
sa position pour rejoindre son mari. Le couple éberlué manifeste un étonnement
admiratif. Sherlock Holmes serait probablement enchanté de proposer une
explication inductive devant cette situation sans précédent. Spéculer sur la
présence d’un génie ou sur toutes autres explications étant vain, André et
Patrick sirotent sereinement leur café tout en promenant leurs regards
alentours. Ils remarquent pour la première fois la présence de deux militaires
en uniforme qui semblent être en permission à la vue de leur attitude
décontractée et désinvolte. La fréquentation de la place est aussi sporadique que
celle du restaurant. Le vent souffle agréablement de temps à autre. Les minutes
s'égrènent avec une joyeuse lenteur.
Plus tard, le couple se lève de table. André se
dirige vers la caisse pour le règlement des cappuccinos. Claire encaisse le
règlement avec naturel sans faire allusion le moins du monde à l’énigmatique prélude ; le mystère demeure
au-delà de la confiance.
Sur la place, André remarque un totem informatif dédié
à la mémoire de Trevor Reddacliff. Homme et architecte
passionné, inspiré, rigoureux et déterminé, Trevor s’installa à Brisbane dans
sa quarantième année. Dès lors, il fut responsable de nombre de projets dans la
ville. L’étonnant complexe Riverside,
la revitalisation des rives du fleuve, le réaménagement du site de l’exposition
universelle, la création au début des années quatre-vingt-dix de la rue
piétonne Queen et de toute son infrastructure
souterraine lui valurent deux après sa mort, survenue voici douze ans, d’être honoré
par ses concitoyens qui baptisèrent le square Brisbane à son nom par
l’entremise du maire de l’époque.
André et Patrick se rendent chez Cole’s au centre Myer pour effectuer quelques emplettes. Isha, souriante et réservée, les accueille à la caisse du
supermarché. Ils en profitent ensuite pour passer chez Vege Rama dans le dessein d’acheter une douceur pour le dîner. Le cheese-cake
au chocolat remporte les suffrages.
Le couple retourne avec distraction à la tour Regis pour continuer tranquillement
l’après-midi dans le confort de l’appartement. En chemin, il longe la cour
suprême du côté de la rue Roma après
être passé devant l’Hôtel de Ville. La présence de camionnettes de chaines de
télévisions et d’agences de presse informe que le procès de Lionel est toujours en cours. Un homme en
short et tee-shirt bleu marine arborant le logo de la chaîne 7 News est croisé. Avant de parvenir au
niveau de la gare Roma le couple est
doublé par une jeune femme blonde séduisante à la démarche pressée dont la jupe
blanche rayée de bandes noires et jaunes s’harmonise idéalement avec son
corsage noir.
Les dix-sept heures sont écoulées quand un vortex
s’ouvre dans le ciel. La voute obscurcie par un manteau d’encre se voit
transpercée par une spirale blanche dont l’éclatante luminosité teinte de reflets
cendrés les morceaux de nuages écharpés par son apparition. Une heure plus
tard, les nuages éprouvés par la force de la soudaine apparition sont partis se
reposer. Le vortex s’est refermé. Son cortège de nuées blanches stagne dans le
ciel azur en se rapprochant du mont Coot-tha
rejoint par le disque solaire. La magie des ombres et des reflets s’emparent de
l’horizon pour offrir un spectacle grandiose. Sous les ardents rayons solaires,
l’escorte du vortex qui s’est trop approchée implose dans kaléidoscope d’arabesques
diaprées aux incandescentes nuances d’or et de feu.
Un peu avant le dîner, le soleil tire sa révérence
en invitant les ténèbres à inonder la masse nuageuse venue s’agglutiner lors de
l’apothéose scénique impromptue. Les ultimes rayons de l’astre irradient de
pourpre les arborescences cicatrisés des nuées…
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