mardi 14 février 2017

Beauté tropicale à Coot-tha pour la Saint-Valentin…

Au lever, le ciel hésite entre les nuances de bleus et de gris à peindre sur les nuées évanescentes ébauchées, flottant dans l’éther.
Un peu avant midi, André et Patrick marchent le long de la rue George. La température a baissé de cinq degrés, elle atteint tout de même les vingt-sept Celsius selon l’indication du cadran familier. A l’angle avec la rue Turbot, ils croisent un groupe d’hommes en chemises blanches à fines rayures et pantalons gris foncé qui avance ensemble d’un pas décidé tout en bavardant à haute voix ; André pense à des participants à un colloque spécialisé. Il remarque à haute voix qu’ils ont tous la même dégaine. Le commentaire fait sourire Patrick.
Quelques pas plus loin, ils entrent au restaurant Govinda’s. Une petite table est encore libre contre le mur de droite. Un va-et-vient est régulier entre les convives pour apporter les mets au comptoir depuis la cuisine située tout au fond de la salle, longue et étroite, très animée aujourd’hui. A une table en opposé, un homme aux cheveux et à la barbe roux, en costume gris clair, converse dans une gestuelle rythmée avec un hindou calme et attentif. Il trouve toutefois le temps de porter avec dextérité la nourriture à ses lèvres. Des personnes seules prennent leur repas tout en s'affairant à une autre activité, indépendamment de l’usage du téléphone portable. Munie d’une calculette, une dame semble plongée dans un univers de chiffres.
Après le repas, André et Patrick prennent la direction de la gare de Roma Street pour faire recharger leur Go Card dans le dessein de prendre le bus. Ils empruntent la passerelle aérienne au-dessus de la rue Roma qui aboutit directement dans le Food Court de la gare. Une photo plongeante de la rue est prise avec le parc Emma Miller en premier plan. Rod, un gars costaud, les reçoit derrière le guichet TransLink un peu avant treize heures. Dix dollars sont ajoutés à chacune des deux cartes.
Une recherche commence pour trouver les arrêts de bus des lignes au départ pour la direction Milton. Le bus 470 sur Roma Street est annoncé dans trente minutes. Le couple retourne dans l’enceinte de la gare pour localiser le prochain départ sur la ligne 471. Le bus est manqué d’une minute, le suivant est dans une heure. Avant de retourner au premier arrêt, André et Patrick emportent deux cappuccinos à l’A’Roma St Café situé dans le hall d’accueil de la gare. Sur le passage incliné utilisé pour sortir, deux dames très dissemblables s‘approchent l’une l’autre pour se jeter dans les bras dans un hug ponctué d’exclamations de joie. Un probable retour de voyage très émouvant. Les breuvages sont sirotés assis dans l’abri protégé du soleil au Stop 122. Deux jeunes filles attendent également le bus. Celle à côté d’André termine une boisson à la paille. Elle sourit à André, lui dit I like your glasses et s’active sur son téléphone tout comme sa voisine avec qui elle discute de temps à autre.
A treize heures vingt-trois le bus 470 à destination de Toowong arrive. La Go Card donne le feu vert pour entrer. L’intérieur du véhicule ressemble un peu à celui d’un double-decker londonien. L’absence du conducteur sur le côté gauche donne une sensation de véhicule sans pilote aux deux français habitués à la conduite à droite. Une dizaine de minutes plus tard, Patrick donne le signal pour descendre à la station Toowong Depot 17 sur la rue Dean. André sollicite le concours d’un grand jeune homme assis à l’arrêt de bus. Engageant, il montre spontanément au couple sur l’écran fendillé de son téléphone, après une brève recherche, le trajet à suivre à pieds pour joindre le jardin botanique du Mont Coot-tha situé à une dizaine de minutes. Il est vivement remercié.
Le sentier Western Freeway Bikeway emprunté est quitté pour suivre le Toowong Pathway qui mène directement à l’entrée du jardin sur la route Mt Coot-tha Rd. Un charmant pont piétonnier rouge et gris enjambant le trafic routier est traversé. Le double tronc orangé d’un gommier eucalyptus borde la passerelle d’accès. A la sortie du bel ouvrage une partie du jardin botanique se dévoile. Un dôme géodésique argenté retient l’attention.
Les quatorze heures approchent quand André et Patrick entrent dans le jardin. La silhouette futuriste du planétarium Sir Thomas Brisbane s’offre au regard dès les premiers pas. A son côté, une statue du scientifique russe Konstantin Tsiolkovski, assis sur un plot en tenue de jardinier, mains dans les poches, portant bottes et chapeau, le visage tourné vers les étoiles, oublie un instant qu’il est considéré comme le père de l'astronautique moderne.
Barbara, une des bénévoles du jardin, accueille André et Patrick à la guérite de l’entrée. Coiffée d’un chapeau de paille, souriante, chaleureuse et efficace, elle donne un plan du jardin et un descriptif en français avant de souhaiter a great discover, une belle découverte aux visiteurs.
Tout comme son frère du centre-ville, le jardin est géré et entretenu par la municipalité de Brisbane. Le site initial longé par la rivière, avant de devenir une réserve botanique, fut cultivé pour fournir la nourriture à la colonie pénitentiaire. Après huit inondations majeures, dont celle de 1974 évoquée précédemment, la municipalité décida de créer un nouveau jardin au sec à sept kilomètres du centre sur les pentes du mont Coot-tha. Ses portes s’ouvrirent au public en janvier, il y a maintenant quarante ans.
La magie opère dès les premiers instants dans le jardin. Une rose géante aux pétales en grès rose, épanouie sur un banc en pierre, signale sa superbe présence. André s’assied à son coté pour la cajoler. Patrick prend une photo.
Un peu plus loin, une ruche a élu domicile dans le tronc d’un arbre au niveau d’une cavité née de l’ablation d’une grosse branche. Les abeilles sont minuscules. L’essaim entièrement visible bourdonne de centaines d’ailes frétillantes. Un continuel va-et-vient des ouvrières apporte le butin à la communauté. Du miel sirupeux glisse légèrement le long du tronc.
La végétation subtropicale est luxuriante. Un peu partout les araignées, à la taille impressionnante, tissent adroitement d’immenses toiles entre les végétaux en tenant compte du passage des promeneurs. Patrick prend diverses photos, dont certaines donnent l’impression que les toiles sont tissées sur le ciel bleu ; quand l’araignée est présente sur l’impressionnant maillage de fils, l’effet est saisissant. Une jeune dame est secouée de frissons après une brève contemplation.
La créativité de la Nature est sans fin. Des arbustes présentent aux regards des feuilles bicolores nervurées ; le limbe est vert tandis que la surface opposée est rouge.
Le dôme géodésique est visité. La température très élevée et l’humidité avoisinant les cent pour cent invitent à contempler rapidement l’étang des nénuphars. André photographie une citation de l’écrivain naturaliste Gerald Durrell.
Dans la maison des fougères aux chevelures abondantes, comme prisonnier d’une faille temporelle, un corps humain figé dans une chaise en bronze tente de sortir depuis trente-quatre ans de la sculpture de Kenneth Armitage. La tête émergeant en haut du dossier, les paupières closes, est comme pétrifiée dans un mouvement sans fin.
Une éminence aménagée de sentiers empierrés et de bancs laisse la part belle au monde des cactus. Diverses variétés d’agave attirent plus spécialement l’attention au regard du sirop d’agave consommé par le couple. Des volatiles Bush Stone-curlew, perchés sur leurs fines échasses, se déplacent gracieusement parmi les brindilles et les roches.
Plus avant, une beauté tropicale, une lointaine cousine de la vigne, parade avec ses grappes aux nuances d’orange auréolées de feuilles vertes dentelées qui ploient gracieusement au bout des branches, tel un essaim de noisettes.
Le lagoon est contourné par le haut. Tout autour, une multitude de coins pittoresques ombragés permettent de pique-niquer. En cas de pluie des abris équipés de tables et de bancs sont à la disposition des promeneurs. Des rosy-billed pochard, des canards au bec rouge, barbotent plaisamment dans le lagon. Une partie des eaux calmes est généreusement tapissée de feuilles de nénuphars. Elles flottent parmi les fleurs roses et mauves au cœur de soleil qui sont heureuses de leur vie d'esseulées romantiques. D’autres volatiles inconnus patouillent, d’autres sèchent leurs duvets au soleil sur les rochers qui affleurent à la surface de l’eau. La faune et la flore s’expriment paisiblement dans le cadre idyllique.
Dans les rocailles environnantes, un arbre séduit tout particulièrement le regard avec sa tête ébouriffée et ses racines aériennes qui pendouillent le long du tronc. Une indication trouvée avec persévérance indique qu’il s’agit d’un Aka Screw Pine. Son attachante originalité réside dans ses bulbes vernaculaires propres à sa variété. Tels des vers allongés et cylindriques, ces gracieuses excroissances nées dans le tronc pendent nonchalamment. Certaines plongent dans la terre sans toutefois, comme le banian, donner naissance à d’autres congénères. Tel un sophisme de l'imagination, André se surprend à penser à une famille nombreuse sans enfants en observant le végétal ligneux, attrayant au possible.
Les regards baignés de beauté, André et Patrick arrivent au jardin japonais. Intime par sa taille, il reçoit aujourd’hui pour la Saint Valentin deux amoureux. Ils s’installent pour pique-niquer devant le traditionnel pavillon qui s'insère harmonieusement dans le cadre enchanteur embelli d’une cascade fougueuse ruisselant sur les galets d’un cours d'eau au sentier sinueux, d’un étang égayé d’ilots de nénuphars, de buissons ronds parfaitement taillés et d’un bassin en pierre en forme de coquille. Toute cette beauté simple et raffinée ravit les tourtereaux assis sur une couverture rose quadrillée de lignes parme. Ils se sont offert un superbe bouquet de rose rouges agrémentées de gypsophile blanc disposé dans un vase devant eux. Une valise en osier tressé contient la vaisselle et les mets de leur repas. La jeune fille à la longue chevelure blonde, vêtue d’une ample chemise écossaise rouge et blanche dispose la vaisselle. Le jeune homme brun, à l’avant-bras gauche bandé, en tee-shirt bleu et short blanc, prépare le repas.
Un water dragon, sur une borne en pierre, salue de ses petits yeux bleu-vert pétillants André et Patrick quand ils sortent du jardin japonais.
La proche maison des bonzaïs est visitée. Un ficus rubiginosa, venu au monde voici cinquante ans, s’est adapté à son support. Le tronc robuste, coudé en dessus du pot, soutient les branches feuillues qui se développent vers le sol.
Plus loin, devant le kiosque à musique, un verger est planté de bottle trees, des fameux arbres bouteilles découverts dans le square Anzac. André se ressource en posant la paume de sa main droite sur un des troncs bulbeux. Le couple se balade sur l’herbe rase. Il accède à une terrasse panoramique où une tour ronde belvédère, parée d’une carapace noire ajourée aux motifs géométriques imbriqués, domine la Skyline de Brisbane.
Un regard à la pendulette invite à se rapprocher de l’entrée du jardin. Au bord d’un pont ombragé, traversé pour aller se désaltérer au café installé vers le dôme, des chauves-souris factices suspendues par les griffes des orteils à une grosse branche d’un vénérable ficus tiennent chacune dans leurs doigts un violon en bois vert en forme de feuille. Sur l’eau, quatre libellules artificielles plantées dans le lit de la rivière forment un cercle en se tenant par les ailes. A la sortie du pont, un Floss-silk tree, un arbre robuste aux grandes fleurs roses soyeuses surprend par son large tronc, renflé à la base, hérissé de grandes épines grises. Les piquants acérés dissuadent les rongeurs et les petits singes de grimper pour venir chiper les gros fruits en forme d’œufs qui contiennent de grosses graines huileuses entourées de fibre cotonneuse.
André et Patrick s’installent à la terrasse du café rafraichie par le souffle du vent. Un passereau Noisy Miner se pose sur le dossier d’une chaise voisine pour les saluer, peut-être celui du premier jardin botanique. Limonade pour Patrick et thé rooibos à la pomme canneberge pour André sont sirotés. En vue de la fermeture, un jeune homme en short, les cheveux noirs en chignon sur la tête, commence à enrouler sur le haut les tentures en plastique transparent qui bordent la terrasse.
Reposé et désaltéré, le couple visite brièvement un abri, où s’épanouissent quelques orchidées, avant de se rendre au Stop 19 situé à côté du planétarium.
En attendant le dernier bus journalier de la ligne 471, André et Patrick aperçoivent le couple de la Saint-Valentin qui retourne bras dessus, bras dessous, vers sa voiture. Le bus arrive à seize heures dix-neuf.
Divers rues résidentielles sont parcourues dont certaines dévoilent des vues du centre-ville. Le conducteur, habitué au trajet, roule vite dans les virages dont la chaussée un peu cahoteuse réclame des réparations. Dans le quartier de Milton, le long de la route Park Road, le car passe devant une réplique de la Tour Eiffel. Une dizaine de minutes plus tard, André et Patrick descendent du bus à l’arrêt Stop 106 à North Quay à une centaine de mètres de la résidence Park Regis.
Vers dix-huit heures, le soleil couchant joue à cache-cache avec les nuées dans une fantasia de haute voltige où les ors paradent tour à tour avec les bleus et les rouges. Les nuages caracolent à vive allure en se travestissant au gré de leur fantaisie.
Lors du dîner, après un surf sur le web, Patrick évoque le vaudeville avec François Fillon, probablement aussi un activité de haute voltige, mais à la parade politique…





































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