Sur la rivière, une barge équipée d’une grue
rabattable a pris place sous le tablier du Merivale
Bridge, du pont de chemin de fer. Lors du petit-déjeuner, André et Patrick
se mettent à rire en constatant leur méprise. Ce qu’ils pensaient être la décoration
quadrillée de la magistrale arche centrale s’avère être en réalité un amalgame
de tubes et de passerelles imbriquées qui constituent un vaste échafaudage
cintré pour la maintenance générale du pont.
La matinée se déroule agréablement dans le
confort de l’appartement. André et Patrick quittent la tour pour se rendre chez
Govinda’s. Sur Roma Street, devant la gare, à la terrasse du restaurant Saigon Salad Roll, André remarque la présence
de cinq hommes qui déjeunent jovialement en gesticulant. Les convives portent
tous la même chemise et la même cravate gris clair décorée de rayures obliques
jaunes et noires. La salle du restaurant est comble. Une nouvelle caissière,
pleine de fraicheur, petite et souriante, en corsage fuchsia, accueille le
couple. Un collègue lui indique les touches qui correspondent aux mets sélectionnés.
André et Patrick tentent leur chance au fond de la salle ; une petite
table cachée par les nombreux convives, assoupie devant un siège bébé blanc oublié,
est passée inaperçue dans l’affluence. Le couple s’y installe pour déjeuner. La
table est proche de l’échelle à platines où les clients déposent les assiettes
après leur repas. Le va-et-vient est régulier. Une dame au visage émacié,
grande et fluette, à la chevelure blonde ondulée, passe à diverses reprises. Le
local de la plonge est dans le champ de vision. Le jeune hindou débordé est
secondé dans son ouvrage. Seuls les verres sont lavés à la machine. Malgré
l’affluence, l’employé rencontré lors de leur premier repas vient bavarder avec
les deux français. Il s’intéresse à leur voyage. A la table opposée jouxtant le
mur de la plonge, trois dames bavardent en riant après leur repas, sans être gênées
par le brouhaha ambiant.
En sortant du restaurant André et Patrick se
rendent sur la place Reddacliff pour
siroter en terrasse un café chez Shingle
Inn. Caity, une jeune femme
dynamique, apporte deux cappuccinos dans des tasses en porcelaine blanche. Une
brise est appréciée durant la détente. A la table voisine, une jeune femme à la
longue chevelure brune maintient sans parler son téléphone portable contre son
oreille gauche durant tout son repas ; son visage est morose. Autre part
dans la terrasse, un père déjeune avec ses deux fistons. La gaité anime la
famille. André voit passer des frites charnues et des nuggets de poulet torsadés servis à leur table par Caity. Une trentaine de minutes plus
tard, André et Patrick se lèvent pour aller prendre le ferry à l’embarcadère de
North Quay situé à une courte
distance. Patrick aperçoit un bateau en partance au bas de l’ascenseur. Le pas
est pressé et le couple parvient à monter à bord juste au moment où la
passerelle va être enlevée. Cette fois c’est la direction opposé qui est prise.
André se tient à la proue pour prendre des photos. Un couple d’amoureux
s’enlace et s’embrasse avec passion contre le garde-corps. Le ferry passe tour
à tour sous les ponts Victoria et Kurilpa. La silhouette de la tour Regis surplombe la rivière. Après être
passé sous le William Jolly Bridge, le
ferry diminue sa vitesse à l’approche du pont Merivale. De près, la taille des façades d’échafaudages est
impressionnante toute comme la grue qui paraissait petite depuis le
dix-neuvième étage. A l’approche du pont Go Between le ferry prend de la
vitesse. Il passe sous le tablier dans un jet d’écume. Les cheveux volent au
vent. Après un petit sprint, le bateau ralentit
pour s’amarrer au débarcadère de Milton,
un autre quartier de la ville.
Une fois sur Coronation
Drive, André et Patrick traversent la route à grande circulation pour se
rendre sur Park Road où ils sont
venus découvrir de près la Tour Eiffel. Elle trône au bord de la route dans
un écrin de ciel azur. Les mots Savoir Faire sont apposés au niveau du
premier étage. Elle fut inaugurée en 1988, l’année de l’exposition universelle
de Brisbane. Elle célèbre aussi le centenaire de la construction de sa grande
sœur par Gustave Eiffel et son équipe. André et Patrick pensent à la Tour Eiffel
artisanale réalisée en son temps pour le magasin de Borly. Celle de Brisbane
est plus grande mais sa finition est plus industrielle.
Après ce premier contact André et Patrick se
promènent dans le quartier. La dernière bâtisse sur la rue Gordon a été
désertée par sa dernière occupante, une certaine miss West. Son charme suranné retient l’attention. Construite sur des
pilotis cachés au regard par des lamelles serrées, sa toiture majoritairement
plate, elle présente une coquette véranda d’angle. Le bleu azur, la tonalité
dominante, et le blanc furent les couleurs de sa naissance. D’année en année,
ses atours ont subi les assauts des intempéries et, aujourd’hui, presque à
l’abandon, elle espère la venue d’un investisseur qui lui redonnera sa beauté
d’antan.
Au fond de la rue Sheehan, un groupe d’appartements
porte le nom de St. Tropez, un clin
d’œil à la côte d’Azur.
Sur Gordon,
le Tuk Tuk Bar a disposé vers
l’entrée une accroche qui se veut humoristique. Sur le
trottoir, une ardoise verticale est posée à l’attention du client venu boire
pour oublier ; il est invité à
payer avant de consommer.
Un restaurant Pita
Pit a élu domicile sur Park Street.
André et Patrick se remémorent celui de Rapid
City dans l’état du Dakota du Sud, indiqué par Josh lors de leur road trip
aux Etats-Unis l’année passée.
La flânerie alentours se termine. La chaleur
invite à se mettre à couvert. André et Patrick entrent à La Dolce Vita où les ombres de Marcello et d’Anita participent au
décor baroque et rococo, même si la fontaine de Trevi est restée à Rome. Le
café restaurant a vu le jour au pied de la Tour Eiffel quelques mois après son
édification. Roberto accueille le couple. Un échange mêlant l’italien et le
français apporte une touche de joyeuse affinité entre les trois garçons. Patrick
s’offre un café expresso italien short
black. André, guidé par la gourmandise, se fait plaisir avec un tiramisu
maison préparé dans une coupelle en verre déposée sur la table en marbre rose
par Roberto. Durant une trentaine de minutes les papilles gustatives chantent
au passage de la succulente douceur qui lui rappelle celle de sa belle-maman
Francette. Un des pieds de la Tour Eiffel borde la terrasse entre le café et le
restaurant où deux écrans diffusent un match de football. A la table derrière André,
un monsieur qui vient de remplir un questionnaire d’embauche s’entretient avec
une jeune femme blonde habillée d’un tailleur noir.
Les sièges en fer forgé garnis de valeureux
coussins bordeaux sont quittés pour revenir à pieds à North Quay. A quelques pas de la petite Italie, André et Patrick
entrent dans la séduisante librairie Mary
Ryan’s ingénieusement pourvue d’un café, d’un coin souvenirs et musique,
d’un présentoir à journaux, d’un bureau de poste et d’un espace de loisirs
créatifs pour enfants. André teste le confort moelleux d’un des canapés
cubiques en tissu bleu marine qui permettent de s’installer pour feuilleter les
livres. Après cette découverte inopinée, le couple retourne sur le quai pour
suivre la Promenade piétonne partiellement ombragée le long du fleuve. Les
fresques peintes par Matt Stewart sur
les piliers sous le viaduc de la voie Coronation
Drive au niveau du pont Go Between,
repérées depuis le bus par Patrick, sont admirées. André voit des loriquets aux
plumages colorés sur un pilier et un ample papillon arc-en-ciel sur un autre.
La tour Regis
entre dans le champ de vision sur fond de ciel bleu. Le pied-à-terre dans les
airs du dix-neuvième étage est repéré sur un ange de la façade.
L’après-midi se poursuit au calme dans la
fraicheur de l’appartement. Vers dix-huit heures le soleil amorce sa
disparition derrière le mont Coot-tha.
L’horizon brille sous les reflets d’or.
Patrick, qui a commencé la lecture du livre
acheté hier chez Archives Fine Books,
raconte des scènes de vie de Donald
Friend durant le repas…
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