Au lever, le ciel engourdi a conservé une
couverture de nuages pour se protéger de la froidure de
l'aube. Même si la température baisse légèrement sous la coupole nocturne,
quelques degrés suffisent parfois pour donner quelques frissons.
Dans la matinée, le soleil réchauffe l’atmosphère
et le ciel répond favorablement aux nuages désireux d’aller se promener vers la
Gold Coast. Seules quelques nuées vagabondes
décident de rester sur la ville pour une journée de farniente. Un
train de marchandises envahit le pont de chemin de fer vers dix heures. Dans la
vision reçue au dix-neuvième étage, le convoi semble n’avoir ni début ni fin
tant le nombre de wagon est élevé.
Après onze heures trente André et Patrick
marchent sur la Promenade le long de la rivière pour se rendre dans le quartier
de Milton. Les ardents rayons du soleil se manifestent à profusion. Quand les nuées
vagabondes s’écartent du disque solaire, André croise ses mains sur sa tête
pour se protéger de l’afflux brulant. Au niveau de l’embarcadère, ils suivent
la passerelle inclinée pour joindre le bord de la chaussée où un flot continuel
de voitures est stoppé quand le passage piéton passe au vert. Quelques instants
plus tard, sur Park Road, ils entrent dans le restaurant La Dolce Vita en passant sous la Tour Eiffel indifférente aux feux
de la canicule.
Ils s’installent sur la terrasse, ombragée par
une toile épaisse, entre le café et la salle. Roberta les accueille. Le menu
est consulté. André commande un tiramisu en visualisant la coupe dégustée
précédemment. Patrick opte pour un burger végétarien accompagné de frites. Sur
la droite, contre le mur ocre sable en marbre reconstitué du café, un tableau
représente une sculpture en relief de la Joconde dont les traits du visage sont
à peine perceptibles. A son tour, la Naissance
de Vénus de Sandro Botticelli se dévoile en opposé. Roberta apporte les
mets. André, surpris, est déconcerté par l’apparence de la spécialité
italienne. La part de gâteau servie est privée de la crème délicieuse au mascarpone
dont la coupelle regorgeait la fois précédente. Même s’il s’est aperçu maintes
fois que chaque expérience vécue est unique, et que vouloir la revivre est
source de déception, il est pourtant désenchanté. La première bouchée révèle
aux papilles gustatives l’absence du café traditionnellement présent dans un
tiramisu.
Après le repas, André et Patrick se rendent chez Mary Ryan. Devant l’emblématique librairie
de Milton, un support publicitaire
offre de lires deux accroches astucieuses ; l’une d’elle affirme que plus
vous apprenez et plus vous voyagez. Karen
accueille André au comptoir du café présent dans la bibliothèque. Un cake chia choco coco et deux cappuccinos Merlo Coffee sont commandés. Le couple
s’installe à la vaste table commune à la lourde structure en bois
chevillé ; une belle réalisation artisanale du siècle passé. L’animation
est conviviale. Des tables individuelles sont occupées par des personnes
affairées sur leur ordinateur. A une table voisine deux dames sont en
affaire ; l’une d’elle commande des produits. Elle effectue des calculs
sur son téléphone. Des magazines et des journaux vagabondent sur la table au
gré de la lecture des clients. Un monsieur à la gauche d’André boit un café,
mange rapidement une douceur au caramel, pianote sur son téléphone. De son côté
André savoure lentement le cake. Sous sa tasse le set plastifié représente une
double page d’un ancien journal où le maire actuel de Brisbane, Graham Quirk, est interviewé.
Après cet intermède agréable, une balade chez Mary Ryan’s books, music & coffee
permet de s’imprégner du charme de cette petite caverne d’Ali Baba. Outre la
Poste présente dans le lieu, des canapés invitent au farniente ou à la
découverte des livres proposés sur les rayonnages qui tapissent tous les murs
disponibles. Des îlots décoratifs sont garnis d’articles divers, tous à la
vente. Vaisselle, peluches, articles de ménage, cassettes vidéos, compact
disques de musiques, kiosque à journaux côtoient les best sellers littéraires du moment. Le numéro un des ventes
concerne un ouvrage sur l’argent et son investissement les pieds nus. André apprécie ce lieu attachant étranger à la vie
trépidante de la ville. Un présentoir de cartes pour les anniversaires et pour
les diverses circonstances de la vie est regardé. Le texte d’une carte retient
l’attention ; traduit en français cela donne : La vie est un cadeau donné chaque jour. Rêve de demain mais vit pour
aujourd'hui. La confiance est de mise chez Mary, aucune surveillance ne
vient perturber la flânerie du chaland, acheteur ou non. La devise du café est
simple Keep calm and eat, sleep, read ;
Restez calme et mangez, dormez, lisez. Les écrivains locaux sont invités à
rencontrer les lecteurs et vice versa.
Une fois revenus dans Park Road où les piétons sont loin de flâner, André et Patrick se
dirigent vers la berge pour prendre un ferry. A l’angle avec Coronation Drive, les superbes maisons
mitoyennes édifiées par Joseph Blain Cook à la fin du dix-neuvième siècle séduisent
les regards. Celle du côté de Park road
abrite aujourd’hui un restaurant de fruits de mer. Dans l’esprit des Mansions sur la rue George,
les maisons à la toiture mansardée sont reliées par les vérandas des façades
blanches. Un bateau approche quelques minutes après leur arrivée sur le ponton
légèrement secoué par les flots de la rivière. Il distance un bateau à roues
qui glisse plus lentement sur les eaux de la rivière. Sharyn accueille le couple et sourit devant son prompt élan à
valider le trajet avec les cartes Go Card.
Le pilote accélère la vitesse avant de passer sous le pont Go Between. La poussée du vent décoiffe et rafraichit en même
temps. André apprécie le rugissement de l’air et le déferlement des vagues qui
offrent une sensation enivrante. Avant de descendre au débarcadère suivant de North Quay, André regarde le vaste
chantier Multiplex où vont se dresser
trois tours design en lieu et place de l'ancien palais de justice. La plus
haute dépassera les quatre-vingt étages. Aujourd’hui, la hauteur des constructions
avoisine le quinzième étage. En quittant le bord, André, le sourire aux lèvres,
fait un signe de la tête au pilote pour le remercier. Il lui rend son sourire
en levant le pouce gauche en signe d’appréciation. Sur le quai une information
historique se dévoile. Le site de North
Quay abrita dès 1825, durant une vingtaine d’années, la colonie
pénitentiaire de Moreton Bay. Une
ancienne photo du pont Victoria, prise
au début des années cinquante, montre la traversée conjointe des trams et des voitures.
André prend un cliché.
La direction de la bibliothèque est prise pour
emporter des fiches d’informations sur les horaires de diverses lignes de bus.
Ensuite, une reconnaissance de la station de départ de la ligne 430 est
effectuée sous la rue piétonne Queen.
Les escalators pour accéder au niveau inférieur révèlent leur présence dans le
centre Myer. André offre un sourire à
une dame en rose qui attend son bus ; ses yeux s’illuminent et elle
retourne un radieux sourire. Revenus sur la rue, André et Patrick se rendent
chez Dymock’s pour regarder le choix
de calepins. En chemin, vers la canopée, André admire la chevelure rose et le
galbe parfait des jambes d’une jeune femme assise sur le bord du bassin triangulaire
où de discrets jets d’eau clapotent. En sortant du libraire, le couple se
dirige vers la mairie. Il passe devant le fast-food Hungry Jack’s ; une flopée d’étudiantes du Fairholme College créent à elles seules
une longue file d’attente. Selon les informations grappillées, l’établissement
centenaire, pour filles uniquement, se situe dans la ville de Toowoomba à une bonne centaine de kilomètres
de Brisbane. Un passage chez Cole’s Myer
permet de rencontrer la charmante Kate à la caisse pour l’achat d’une brioche aux
raisins. En sortant du supermarché, la voix profonde de la cantatrice s’élève devant
le podium de la scène de concert située au milieu de la rue piétonne. André
s’approche pour déposer quelques pièces dans un chapeau ; la dame à la
chevelure noire bouclée sourit avec son regard. Elle vocalise en tenant un recueil
de chants devant son visage concentré.
Devant l’Hôtel de Ville, chez le marchand de
fruits, André achète deux grosses pêches jaunes bien mûres à la chair juteuse.
Le trajet vers la tour Regis
s’effectue tranquillement en bavardant agréablement.
En fin d’après-midi le disque solaire disparait
lentement derrière le mont Coot-tha.
Les nuages, probablement encore sur la côte, s’abstiennent de participer au
coucher du soleil. Progressivement, la trame de l’horizon se pare d’une
couronne d’or qui s’auréole de feu avant de s’estomper pour s’évanouir à
l’approche de la nuit. Avant d’entrer au royaume des rêves, une
historiette se dévoile à André sur la toile Internet à propos des maisons de Joseph Blain Cook. Une
légende évoque la présence de deux fantômes
dans le bâtiment historique sur Coronation
Drive. Une jeune femme luminescente à la silhouette évanescente, en mousseline
blanche, flotte silencieusement après minuit sur les vérandas à la recherche d’un
amour perdu. Un esprit au sexe indéterminé hante les appartements, déplace les
objets, réarrange les meubles en l’absence de leurs occupants…
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