Au lever, le ciel bleu cobalt de Brisbane
s’éclaircit en caressant l’horizon tel un saphir magnifiant la coupole céleste.
Il s’étonne de cette vacuité ; tous les nuages sont partis en week-end.
Peu après l’aube Patrick observe une course pédestre en boucle le long
de la Promenade qui borde la rivière. Les participants traversent la passerelle
du pont Go Between pour enchainer un
autre tour. Une dame galope, toutefois sa monture s’avère être une poussette
dont les roues s’évertuent à garder le rythme. La scène se déroulant
de dos, il est délicat de prétendre à la présence d’un enfant à bord du landau.
En fin de matinée, depuis la fenêtre de la chambre, Patrick observe
l’arrivée des premières grappes de piétons qui se rendent au stade pour assister
au tournoi de rugby en passant devant la caserne de pompiers de Roma Street. Aucun service d’ordre n’encadre
les arrivants comme cela se pratique en France. Les Aussies sont calmes et pondérés. Ils cheminent sans se presser,
grimpent ensuite les marches sans hâte et suivent les passerelles qui enjambent
les rails de chemin de fer comme s’ils étaient en balade. Le stade est à
quelques centaines de mètres à vol d’oiseau depuis la tour Regis. André jette un coup d’œil de temps à autre au cortège qui défile
pour venir s’intégrer aux cinquante mille personnes qui assisteront au tournoi.
Il se remémore une remarque formulée hier soir par Patrick à propos du
calme qui règne dans les rues de Brisbane. Les aussies sont pondérés dans leur comportement et plus flegmatiques
que les anglais. Ils se déplacent tranquillement, sans élever la voix, sans
violence verbale, rien ne perturbe la rue ; la présence d’agents de police
est superflue en ville. André réalise qu’il se sent comme sur un
bateau de croisière quand il marche dans les rues de Brisbane.
Vers midi André et Patrick empruntent l’ascenseur avec une satisfaction
teintée de remerciement pour l’équipe de maintenance. Les regards entendus des
asiatiques présents dans la cabine confirment aussi leur contentement. Le
cadran digital affidé annonce trente-et-un degrés. La rue George, baignée d’une
chaleur étouffante, est suivie pour se rendre au restaurant Govinda’s où le couple déjeune dans la
salle fréquentée par un seul client. André en profite après le repas pour
prendre en photo deux tableaux qui l’intéressent.
Un passage au distributeur de la Citibank
précède la descente à l’embarcadère de North
Quay où André et Patrick patientent l’arrivée du prochain ferry. Une fois à
bord, ils s’assoient à l’ombre à la proue. Au terminal suivant de South Bank, une famille avec trois
enfants, de retour de la plage artificielle, franchit allègrement la passerelle
et s’installe sur les sièges à côté du couple. Le dernier né, un adorable
bambin éveillé, blond comme les blés au soleil, est surveillé de près par sa
mère. Ses deux frères, sous le regard du père, poursuivent la délectation d’une
friandise enroulée en spirale autour d’un long bâtonnet. Des bribes sont données
au petit frère qui les mâchouille distraitement. De près, la texture pulpeuse
des torsades s’apparente à du fruit exotique. La charmante famille descend à Riverside. Le ferry glisse sur l’eau paisible
aux reflets scintillants. Durant la suite du trajet nautique, Don, barbe blanche et physique du vieux loup
de mer, approche pour discuter un brin. Il s’assied à la place du bambin. Il parlote
du temps et du bien-être. Il termine son propos par la phrase nice brise, best place on the boat soit brise agréable, meilleur emplacement sur le
bateau, en faisant allusion aux places occupées par le couple. Le moment venu,
André porte son regard sur Customs House
et sur la structure magistrale du pont Story.
Après une accélération sur l’eau qui ravit les passagers, l’embarcadère New Farm se dessine à l’horizon.
Le café de Jack Kerouac est fermé contre toute attente, une affichette
présente des excuses aux clients ; un manque de personnel est à l’origine
de la fermeture imprévue. L’enchantement du lieu sera pour une autre fois. André et Patrick se rendent alors au bar Alto situé dans la Power House Arts où ils s’installent en terrasse au bord de l’eau
pour siroter deux cappuccinos, servis par Donna, du torréfacteur renommé Merlo Coffee. Un vin d’honneur ou un
repas de mariage semble se tenir dans le centre culturel. De belles femmes, élégantes,
aux chaussures à talons étonnantes de créativité pour certaines, se promènent
sur la terrasse en sirotant un cocktail glacé. Un bateau à roues traverse le
champ de vision du couple qui apprécie le breuvage au nectar écumant. Les minutes
s’envolent avec insouciance dans une atmosphère détendue.
Plus tard André et Patrick partent à la recherche du marché fermier
sensé battre son plein aujourd’hui dans le parc New Farm. Ils aboutissent sur Sydney
Street au niveau de la bibliothèque locale.
Ils entrent pour s’informer. L’ambiance est décontractée, le cadre reposant, le
coin pour les enfants attrayant, les livres présentés de manière accueillante. Olga
se dirige vers les arrivants. Elle effectue une recherche sur Internet à propos
du marché volatilisé. Elle sourit franchement au regard de l’explication. Le
marché a pris la poudre d’escampette à midi tapant. Après un léger bavardage,
André et Patrick remercient leur hôtesse et retournent dans la forte chaleur.
Au croisement avec Brunswick Street,
Patrick repère un écriteau qui indique la présence du Sydney Street Ferry Terminal à huit cent quatre-vingt mètres. Ils décident
de traverser la banlieue encerclée par le fleuve en suivant la rue Sydney. Elle s’annonce ombragée et bordée
de grands arbres où la part belle est faite aux flamboyants dont certains,
plantés depuis des lustres, déploient leurs racines tortueuses en soulevant parfois
le trottoir dallé. Les habitations des brisbanites le long de la voie offrent un
mélange éclectique de maisons coloniales du dix-neuvième siècle, de traditionnelles
du siècle passé dont certaines construites sur pilotis, d’hybrides et d’autres
à l’architecture moderne. André prend des photos. Une villa au lambris rose
élevée sur pilotis s’est dotée d’oriels jumeaux. Plus avant, une voiture
de la fin des années cinquante surprend par sa présence devant le garage blanc transformé
en atelier d’une maison en briques rouges. La superbe Ford Thunderbird resplendit
au soleil dans sa robe bleu clair. Une autre demeure, au lambris taupe, à la galerie
romantique accessible par un escalier, aux rambardes à balustres de dentelles
blanches, dévoile sur son côté droit une aile coquette dont les fenêtres du
bow-window sont décorés de vitraux. Plus loin, à l’angle avec Moray Street, André tombe sous le charme
d’une vaste demeure coloniale blanche étonnée, entourée de vérandas aux balustrades
de guipures, en cours de finition, qui sollicitait sa construction à la
Nouvelle Orléans. En face, la villa Santa
Barbara semble quant à elle s’être envolée des côtes de la Floride. Plus
avant, un vélo d’enfant sous une véranda, au cadre et à la tige de la selle parme,
décorés de dessins géométriques, charme les promeneurs.
Une trentaine de minutes plus tard, Patrick et André parviennent à l’embarcadère
qui termine la rue. Ils patientent un cours instant. Patrick photographie un
varan qui se prélasse sur une roche dans les broussailles. Le ferry Nar-Dha s’approche lentement.
Drew, un jeune homme un peu enveloppé, procède à l’amarrage et accueille
le couple à bord. Le ponton du quartier résidentiel est peu fréquenté. Ashleigh s’occupe de la billetterie pour
les passagers sans Go Card et d’annoncer
les arrêts suivants au micro. Patrick s’installe sur un siège rembourré à l’intérieur.
André se positionne à la poupe pour prendre quelques photos dont celle de la
plaque du bateau, le vingtième de la flotte, officiellement lancé au début
novembre il y a trois ans. André et Patrick quittent le vaisseau au débarcadère
de North Quay.
Les seize heures s’annoncent à leur entrée au café Aromas. Le choix pour se désaltérer se
porte sur des milkshakes : fraise pour Patrick et chocolat pour André. Les
boissons sont sirotées à la paille en lisant la presse. André prend en photo
sur The Australian Financial Review
une caricature du président Trump.
La détente laisse place à la recherche d’une peluche Meerkat. Le
magasin Mr Toys Toyworld est visité sur
Queen ; un seul suricate est présent
dans les rayons.
Au square King George, sur
la place de l’Hôtel de Ville, une animation se déroule dans le cadre du festival
Brisbane-Asie BrisAsia. Une musique
aux tambours incommode l’ouïe d’André qui s’en éloigne. Des pitres séduisent
les promeneurs. Ils provoquent des rires par leurs plaisanteries et leurs facéties.
Tels des seigneurs du temps, majestueux, trois artistes du théâtre traditionnel
japonais Nô, au port aristocratique, avancent
en glissant sur le sol dans un mouvement ample et gracieux. Ils accomplissent des
pantomimes dansées en arborant des costumes somptueux aux nuances d’argent.
Patrick et André assistent à cette représentation impromptue avant de
rejoindre leur appartement pour une
soirée de détente…
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