samedi 11 février 2017

Séduisante Sydney Street à New Farm…

Au lever, le ciel bleu cobalt de Brisbane s’éclaircit en caressant l’horizon tel un saphir magnifiant la coupole céleste. Il s’étonne de cette vacuité ; tous les nuages sont partis en week-end.
Peu après l’aube Patrick observe une course pédestre en boucle le long de la Promenade qui borde la rivière. Les participants traversent la passerelle du pont Go Between pour enchainer un autre tour. Une dame galope, toutefois sa monture s’avère être une poussette dont les roues s’évertuent à garder le rythme. La scène se déroulant de dos, il est délicat de prétendre à la présence d’un enfant à bord du landau.
En fin de matinée, depuis la fenêtre de la chambre, Patrick observe l’arrivée des premières grappes de piétons qui se rendent au stade pour assister au tournoi de rugby en passant devant la caserne de pompiers de Roma Street. Aucun service d’ordre n’encadre les arrivants comme cela se pratique en France. Les Aussies sont calmes et pondérés. Ils cheminent sans se presser, grimpent ensuite les marches sans hâte et suivent les passerelles qui enjambent les rails de chemin de fer comme s’ils étaient en balade. Le stade est à quelques centaines de mètres à vol d’oiseau depuis la tour Regis. André jette un coup d’œil de temps à autre au cortège qui défile pour venir s’intégrer aux cinquante mille personnes qui assisteront au tournoi.
Il se remémore une remarque formulée hier soir par Patrick à propos du calme qui règne dans les rues de Brisbane. Les aussies sont pondérés dans leur comportement et plus flegmatiques que les anglais. Ils se déplacent tranquillement, sans élever la voix, sans violence verbale, rien ne perturbe la rue ; la présence d’agents de police est superflue en ville. André réalise qu’il se sent comme sur un bateau de croisière quand il marche dans les rues de Brisbane.
Vers midi André et Patrick empruntent l’ascenseur avec une satisfaction teintée de remerciement pour l’équipe de maintenance. Les regards entendus des asiatiques présents dans la cabine confirment aussi leur contentement. Le cadran digital affidé annonce trente-et-un degrés. La rue George, baignée d’une chaleur étouffante, est suivie pour se rendre au restaurant Govinda’s où le couple déjeune dans la salle fréquentée par un seul client. André en profite après le repas pour prendre en photo deux tableaux qui l’intéressent.
Un passage au distributeur de la Citibank précède la descente à l’embarcadère de North Quay où André et Patrick patientent l’arrivée du prochain ferry. Une fois à bord, ils s’assoient à l’ombre à la proue. Au terminal suivant de South Bank, une famille avec trois enfants, de retour de la plage artificielle, franchit allègrement la passerelle et s’installe sur les sièges à côté du couple. Le dernier né, un adorable bambin éveillé, blond comme les blés au soleil, est surveillé de près par sa mère. Ses deux frères, sous le regard du père, poursuivent la délectation d’une friandise enroulée en spirale autour d’un long bâtonnet. Des bribes sont données au petit frère qui les mâchouille distraitement. De près, la texture pulpeuse des torsades s’apparente à du fruit exotique. La charmante famille descend à Riverside. Le ferry glisse sur l’eau paisible aux reflets scintillants. Durant la suite du trajet nautique, Don, barbe blanche et physique du vieux loup de mer, approche pour discuter un brin. Il s’assied à la place du bambin. Il parlote du temps et du bien-être. Il termine son propos par la phrase nice brise, best place on the boat soit brise agréable, meilleur emplacement sur le bateau, en faisant allusion aux places occupées par le couple. Le moment venu, André porte son regard sur Customs House et sur la structure magistrale du pont Story. Après une accélération sur l’eau qui ravit les passagers, l’embarcadère New Farm se dessine à l’horizon.
Le café de Jack Kerouac est fermé contre toute attente, une affichette présente des excuses aux clients ; un manque de personnel est à l’origine de la fermeture imprévue. L’enchantement du lieu sera pour une autre fois.  André et Patrick se rendent alors au bar Alto situé dans la Power House Arts où ils s’installent en terrasse au bord de l’eau pour siroter deux cappuccinos, servis par Donna, du torréfacteur renommé Merlo Coffee. Un vin d’honneur ou un repas de mariage semble se tenir dans le centre culturel. De belles femmes, élégantes, aux chaussures à talons étonnantes de créativité pour certaines, se promènent sur la terrasse en sirotant un cocktail glacé. Un bateau à roues traverse le champ de vision du couple qui apprécie le breuvage au nectar écumant. Les minutes s’envolent avec insouciance dans une atmosphère détendue.
Plus tard André et Patrick partent à la recherche du marché fermier sensé battre son plein aujourd’hui dans le parc New Farm. Ils aboutissent sur Sydney Street au niveau de la bibliothèque locale. Ils entrent pour s’informer. L’ambiance est décontractée, le cadre reposant, le coin pour les enfants attrayant, les livres présentés de manière accueillante. Olga se dirige vers les arrivants. Elle effectue une recherche sur Internet à propos du marché volatilisé. Elle sourit franchement au regard de l’explication. Le marché a pris la poudre d’escampette à midi tapant. Après un léger bavardage, André et Patrick remercient leur hôtesse et retournent dans la forte chaleur.
Au croisement avec Brunswick Street, Patrick repère un écriteau qui indique la présence du Sydney Street Ferry Terminal  à huit cent quatre-vingt mètres. Ils décident de traverser la banlieue encerclée par le fleuve en suivant la rue Sydney. Elle s’annonce ombragée et bordée de grands arbres où la part belle est faite aux flamboyants dont certains, plantés depuis des lustres, déploient leurs racines tortueuses en soulevant parfois le trottoir dallé. Les habitations des brisbanites le long de la voie offrent un mélange éclectique de maisons coloniales du dix-neuvième siècle, de traditionnelles du siècle passé dont certaines construites sur pilotis, d’hybrides et d’autres à l’architecture moderne. André prend des photos. Une villa au lambris rose élevée sur pilotis s’est dotée d’oriels jumeaux. Plus avant, une voiture de la fin des années cinquante surprend par sa présence devant le garage blanc transformé en atelier d’une maison en briques rouges. La superbe Ford Thunderbird resplendit au soleil dans sa robe bleu clair. Une autre demeure, au lambris taupe, à la galerie romantique accessible par un escalier, aux rambardes à balustres de dentelles blanches, dévoile sur son côté droit une aile coquette dont les fenêtres du bow-window sont décorés de vitraux. Plus loin, à l’angle avec Moray Street, André tombe sous le charme d’une vaste demeure coloniale blanche étonnée, entourée de vérandas aux balustrades de guipures, en cours de finition, qui sollicitait sa construction à la Nouvelle Orléans. En face, la villa Santa Barbara semble quant à elle s’être envolée des côtes de la Floride. Plus avant, un vélo d’enfant sous une véranda, au cadre et à la tige de la selle parme, décorés de dessins géométriques, charme les promeneurs.
Une trentaine de minutes plus tard, Patrick et André parviennent à l’embarcadère qui termine la rue. Ils patientent un cours instant. Patrick photographie un varan qui se prélasse sur une roche dans les broussailles. Le ferry Nar-Dha s’approche lentement.
Drew, un jeune homme un peu enveloppé, procède à l’amarrage et accueille le couple à bord. Le ponton du quartier résidentiel est peu fréquenté. Ashleigh s’occupe de la billetterie pour les passagers sans Go Card et d’annoncer les arrêts suivants au micro. Patrick s’installe sur un siège rembourré à l’intérieur. André se positionne à la poupe pour prendre quelques photos dont celle de la plaque du bateau, le vingtième de la flotte, officiellement lancé au début novembre il y a trois ans. André et Patrick quittent le vaisseau au débarcadère de North Quay.
Les seize heures s’annoncent à leur entrée au café Aromas. Le choix pour se désaltérer se porte sur des milkshakes : fraise pour Patrick et chocolat pour André. Les boissons sont sirotées à la paille en lisant la presse. André prend en photo sur The Australian Financial Review une caricature du président Trump.
La détente laisse place à la recherche d’une peluche Meerkat. Le magasin Mr Toys Toyworld est visité sur Queen ; un seul suricate est présent dans les rayons.
Au square King George, sur la place de l’Hôtel de Ville, une animation se déroule dans le cadre du festival Brisbane-Asie BrisAsia. Une musique aux tambours incommode l’ouïe d’André qui s’en éloigne. Des pitres séduisent les promeneurs. Ils provoquent des rires par leurs plaisanteries et leurs facéties. Tels des seigneurs du temps, majestueux, trois artistes du théâtre traditionnel japonais Nô, au port aristocratique, avancent en glissant sur le sol dans un mouvement ample et gracieux. Ils accomplissent des pantomimes dansées en arborant des costumes somptueux aux nuances d’argent.
Patrick et André assistent à cette représentation impromptue avant de rejoindre leur appartement  pour une soirée de détente…





























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