samedi 25 février 2017

Koalas...

Un rêve est interrompu lors du réveil. André, photographe de Marylin Monroe, se recule un peu lors d’une séance de photos quand l’artiste lui lance un peu trop près André.
Au lever, le vent surfe allégrement sur la toile du ciel azur libre de toutes nuées. Au cours de la matinée, il décide de changer de décor. Le ciel peut alors apprivoiser les nébulosités qui viennent se promener placidement sur le ciel de Brisbane.
Après onze heures trente, le couple sort de l’appartement. André s’approche d’une porte ouverte, située à la droite de l’ascenseur, où un vacarme se laisse entendre. Une dame blonde exubérante sur le seuil pouffe à pleines joues avant de lui sourire. Elle procède avec son mari à un nettoyage de printemps de leur appartement ; des voisins de palier bien énergiques.
En sortant de l’ascenseur, André salue Rupesh qui lui répond par un sourire. Patrick et André se rendent chez Govinda’s. Les piétons sur la rue George sont rares. Sur le chantier Multiplex, une nacelle se promène haut dans les airs avec deux hommes casqués à son bord. La jeune femme asiatique est seule à servir au restaurant végétarien. Le samedi, la fréquentation est moindre et des bacs sont déjà en repos. Le riz brun est absent des mets proposés. Parfois, les gestes maintes fois répétés se produisent par automatisme. Des lentilles sont ajoutées sur le riz d’André sans qu’il en ait fait la demande. Bon prince, il sourit. A la caisse, la serveuse guillerette souligne la gratuité de son étourderie.
Après le repas André et Patrick se rendent au terminal 2c dans la station souterraine de la rue Queen. Deux jeunes filles légèrement vêtues prennent place à leurs côtés dans le couloir d’attente. Elles pianotent sur leur téléphone. Celle assise à la droite d’André, blonde et potelée, présente un tatouage de palmier sur sa cheville droite relevée sur son genou gauche. Soudain, elles s’inquiètent de leur absence de tickets. Elles se précipitent vers le distributeur. Le bus 430 arrive. Le conducteur sort de son véhicule et actionne l’ouverture des portes électriques accédant à la chaussée. Les passagers entrent. Tour à tour les Go Card reçoivent le feu vert. Les deux jeunes filles présent leur billets au chauffeur. Le bus démarre à treize heures quarante pile. L’exactitude des transports publics est impressionnante. Le bus émerge de la rue Queen, franchit promptement le pont Victoria, traverse South Bank, traverse le Go Between Bridge, roule sur Coronation Drive, passe devant l’hôtel Regatta aux splendides vérandas d’angle en fer forgé blanc, longe à distance le mont Coot-tha, s’arrête au village de  Toowong, dépose à treize heures un beau jeune homme au centre commercial Indooroopilly dont le nom séduit André, côtoie les bâtiments de l’école Kenmore State School, parvient à son terminal au Lone Pine Koala Sanctuary. Tous les passagers descendent. Le trajet remuant effectué de main de maître par le conducteur a pris quarante minutes.
Le Riverside café fait signe à Patrick et André à quelques pas de l’arrêt de bus. La jeune femme présente dans le bungalow où les boissons sont préparées prend la commande de deux cappuccinos. Les breuvages sont sirotés sous la canopée ajourée où une terrasse spacieuse accueille les visiteurs. Les canapés et les fauteuils cubiques, tressées en lamelles de skaï noir, sont favorables à la nonchalance.
L’entrée du sanctuaire des koalas, ouvert voici quatre-vingt-dix ans, est toute proche. André et Patrick se dirigent vers les guichets. Un essaim enjoué de touristes asiatiques, muni d’un ticket de groupe, frôle la  file d’attente ; chapeaux de paille, vêtements amples et colorés, chaussures légères sont de mise pour la rencontre du groupe avec les koalas. Vers les caisses, Beck, une employée de la réserve, tient dans la main un petit saurien qui somnole paisiblement sur la paume. Deux totems indiquent les distances à parcourir pour joindre certaines villes connues sur la planète ; Genève est distante de quelques seize mille kilomètres. Bangkok se situe à un peu plus de sept mille kilomètres. Le tarif par adulte est de trente-cinq dollars. Une brochure à un dollar est ajoutée aux deux billets. www.koala.net. Il est précisé à divers endroits que la connexion wifi est gratuite partout dans le parc.
L’univers des koalas se dévoile. Diverses informations jalonnent le parcours où les marsupiaux blottis dans les ramures portent bien leur surnom de paresseux australiens. La majorité est comme figée dans une minute de temps. Les koalas dorment paisiblement dans des positions qui relèvent parfois de l’équilibrisme. Ils font corps avec les branches et donnent l’impression de s’y être enroulés. André et Patrick les observent longuement. Leur immobilité et leurs postures ensommeillées  leur donnent l’apparence de grosses peluches. Parfois un membre ou une tête bouge. Les mouvements sont lents et l’œil reçoit une sensation de ralenti. La présence des visiteurs est une anecdote marginale dans leur journée. L’air du temps glisse sur eux. Pour subsister, ils se nourrissent avec des feuilles d’eucalyptus ; leurs repas sont probablement encore plus longs que ceux d’André qui prend son temps pour mastiquer les aliments. Peut-être somnolent-ils entre deux bouchées ?! Leur métabolisme regorge d’une énergie qui se dépense très lentement. Prendre des photos est un jeu d’enfant au regard des brush-turkey dont la tête est continuellement en mouvement comme Patrick l’a constaté dans la mangrove et le constatera une nouvelle fois dans le parc.
Plus avant dans le domaine des koalas, une maison de retraite attire l’attention. En captivité, ils vivent plus longtemps. Un hommage est rendu à Sarah dont la longue vie avoisina le quart de siècle, ce qui est exceptionnel quand on sait que le koala sauvage dépasse rarement les dix ans. Les retraités sont bichonnés, choyés et suivis de près par une équipe de vétérinaires. La différence physique avec les plus jeunes koalas est indécelable pour le profane. Toutefois, réalité ou imagination, si cela est possible, André remarque que leur gestuelle paraît encore plus indolente quand la chance lui offre d’en voir un dodeliner de la tête ou remuer imperceptiblement un membre.
Après ces instants où les secondes furent des minutes, André et Patrick poursuivent leur visite du sanctuaire tout en se dirigeant où bon leur semble. Ils parviennent devant un vaste enclos, traversent les deux battants grillagés d’un sas, pénètrent dans le royaume des kangourous. Leur précédente rencontre avec les marsupiaux remonte il y a cinq ans, en février, lors d’une visite du Caversham Wildlife Park dans les environs de Perth. Contre toute attente, ce sont des émeux qui accueillent le couple. Habitué à la présence des visiteurs, ce grand oiseau au plumage touffu gris brun, au physique proche de l’autruche, est très sociable, même si son bec acéré, son long cou de lama au maintien arrogant et son expression de cobra incitent à la prudence. Ses yeux ovoïdes très expressifs, à l’iris orange et à la pupille noire, sont vraiment impressionnants vus de près. André hésite à trop s’approcher pour une photo. A proximité, des loriquets sur leur perchoir picorent sans vraiment s’occuper de la présence humaine. Leur beauté colorée est capturée par les objectifs des appareils photos numériques dont les cliquetis leur bercent distraitement les oreilles.
Plus avant dans l’enclos, la présence des kangourous, de taille et de corpulence variées, se dévoile. Pour obtenir leurs faveurs, les bipèdes humains leur offrent de la nourriture. Pendant le grignotage, ils peuvent réaliser des selfies avec leur smartphone dans des positions parfois rocambolesques. Un espace privé, délimité par une palissade basse en bois, leur permet de se reposer sur l’herbe ou sur le sable à l’abri des arbres, isolés des infatigables visiteurs. Un écriteau vissé sur une traverse en bois devant l’aire de repos indique que les kangourous rêvent. À côté de la pancarte inspirée, Patrick caresse le pelage de la tête de l’arrière-petit-fils de Skippy. Autre part dans l’enclos, André s’assied à côté d’un kangourou au pelage noisette qui, malgré l’absence de nourriture à grappiller, s’approche pour le flairer. Le garçon sent son museau humide sur son bras.
Après ces instants ludiques et récréatifs avec les marsupiaux, André et Patrick sortent de l’enclos et continuent leur découverte. L’habitat du wombat à nez poilu du nord, en voie de disparition, le plus proche parent vivant de la famille des koalas, est atteint. André l’apparente à un goret avec ses courtes pattes et son corps allongé et massif. Un des spécimens s’amuse à boxer avec persévérance un pneu avec son museau. A l’image de la lenteur de son coussin, le wombat prend son temps pour la digestion de sa nourriture qui se prolonge sur deux semaines. Fantaisie de la  nature joueuse, ses crottes ressemblent à des dés allongés.
A proximité, dans son petit parc, l’echidna, un sosie du porc-épic, couvert de poils noirs épineux striés d’ocre brun, aux reflets brillants, se dandine en furetant dans l’herbe à la recherche de quelques fourmis ignorantes de leur destin.
Une passerelle aérienne conduit au territoire des crocodiles, varans et autres reptiles. Il est traversé pour joindre les demeures d’autres koalas assoupis dont les postures tendrement imbriquées dans les branchages enchantent les regards. Confiants, détendus, décontractés comme jamais, ils laissent pendouiller leurs pattes, étendent leurs petits bras comme des chats, adoptent des positions abracadabrantes aux appuis pourtant totalement fiables. André se fait la réflexion que bien des humains s’agitent dans tous les sens alors qu’il existe des êtres qui se la coulent douce en traversent la vie dans le calme et la sérénité. L’homme politique hérisse le poil dans sa quête illusoire de pouvoir et d’argent, le koala laisse le vent le lui caresser.
Plus loin dans leur promenade, André et Patrick s’étonnent de la présence des deux principaux prédateurs des koalas qui, curieusement, résident également dans le sanctuaire. Heureusement pour eux, les dingos et les pythons vivent dans des espaces éloignés qui leur sont propres. Dans ce secteur à hauts risques vivent également des Tasmanian Devils,  des Diables de Tasmanie, un marsupial carnivore trapu de la taille d’un petit chien. Le contenu d’une fiche informatique donne quelques frissons. Les wombats sont sa nourriture préférée ; ceux du parc ignorent probablement leur présence dans les parages. Le sarcophilus mange tous les petits mammifères rencontrés sur son chemin. Le pelage, la chair, les os de ses proies sont entièrement avalés. Le petit paragraphe Le saviez-vous ? précise que le diable peut manger l’équivalent de la moitié de son poids en  trente minutes si nécessaire. Ses admirateurs seront satisfaits d’apprendre que sa présence est très appréciée dans le bush. A l’image des vautours, il fait office de nettoyeur en dévorant les carcasses des charognes.
Après ce passage dans les bas-quartiers de la réserve, la beauté se manifeste à nouveau avec les cacatoès et les perroquets dont les plumages rivalisent de magnificence.
Une partie du parc est encore à découvrir avant de le quitter. En chemin, dans un enclos en devenir, Patrick et André sont surpris de voir deux vrais nounours qui remplacent momentanément les anciens occupants. Dans un vaste espace, ils découvrent un petit ranch du Far-West au bord d’un lac où une ancienne pompe éolienne oublie de remonter l'eau. Des volatiles perchés profitent du cadre reposant. Des moutons paissent. D’autres ont été récemment tondus. Leur lainage s’étale sur un grand établi en bois. Le couple se balade dans la prairie qui longe le fleuve Brisbane. Il rencontre quelques kangourous. Sur la berge opposée, des villas avec leur ponton privé retiennent l’attention.
Revenus à l’entrée du sanctuaire, André et Patrick s’installent à la terrasse du Riverside Café pour siroter un milkshake à la banane en attendant le prochain bus. Ils sont les derniers clients de la sympathique serveuse qui descend le rideau de toile après leur passage.
Lors du trajet retour, un musicien monte à bord du bus pour descendre, avec sa clarinette et son costume de gala houssé, au village de Toowong. En traversant le village de Kenmore Patrick remarque la présence d’une école Montessori. Un homme chauve au visage rougeaud, assis à proximité d’André, poursuit la lecture du livre Anna of the Five Towns d’Arnold Bennett. André aperçoit à un moment donné une belle villa baptisée Casa Puebla.
Le bus arrive au centre-ville vers dix-sept heures trente. Les passagers sont déposés à l’arrêt c2 après un demi-tour dans les entrailles souterraines de la rue Queen. André et Patrick retournent tranquillement à la tour Regis en cheminant devant l’hôtel de Ville.
Parvenus à l’appartement, ils assistent à la naissance du coucher de soleil. Sur fond de ciel bleu, les nuées éparses, tels des escogriffes dégingandés, s’étonnent de voir leurs flancs s’embraser progressivement devant l’astre solaire qui condense ses rayons pour mieux les projeter. Le soleil, comme posé sur le mont Coot-tha, à l’image d’un graveur de disques, damasquine la surface du ciel enténébré de sillons dorés semi-circulaires de plus en plus intenses, tel l’éventail grandiose d’un paon aux plumes d’or qui scintillent de leur étoffe diaprée…








































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