Au lever, une bande de nuées revient d’une épopée
bohème sur la Gold Coast, escortée
par la rapsodie du vent qui la bercée en chemin. Le ciel s’étonne de
l’inconséquente légèreté des nuages dont leurs ondées sont requises par la végétation
de la ville pour la débarbouiller des poussières noirâtre générées par le
ballet incessant des véhicules.
En fin de matinée, André et Patrick quittent
l’appartement. Dans l’ascenseur, ils ont la joyeuse surprise de prendre Ellen à
bord de la cabine au cours de la descente. La jeune dame grecque est enchantée
de cette synchronicité incroyable qui leur offre de se rencontrer une seconde
fois. Faina, une amie floridienne du
couple aurait lancé le terme Serendipity,
un hasard heureux. Ellen s’enquière du déroulement de leur journée d’hier. Des Bonne journée en français sont échangés
avant qu’André ne manque de se faire coincer par les portes de l’ascenseur
privé de cellule de protection.
Le déjeuner se déroule chez Govinda’s. La quantité d’aliments déposés dans les assiettes des
clients varie selon la personne qui effectue le service. Une jeune femme
blonde, nouvelle dans l’équipe ou venue apporter son aide durant l’effervescence
du déjeuner, sert Patrick. Hésitante, la louche de riz et celle de légumes sont
peu remplies. Le serveur coutumier, dont la ressemblance avec le boxeur Cassius
Clay, mort l’an passé, est frappante, rectifie le tir avant de remplir
l’assiette d’André.
Après le repas, André et Patrick prennent plaisir
à aller siroter un cappuccino à la terrasse du Shingle Inn sur la place Reddacliff
où la vie en mouvement est observée avec bonheur. Matt accueille André qui paie
les boissons sans avoir eu besoin de préciser sa commande. Le jeune homme
semble l’avoir anticipée en les apercevant car un court instant plus tard une
jeune fille blonde apporte tour à tour à leur table les deux breuvages à la
mousse décorée.
André s’attarde à relater une scène de vie liée à
la présence de cinq mamies installées confortablement sur des canapés dans la
salle intérieure. Elles papotent avec des visages lumineux, heureuses de se
retrouver. Les bras s’agitent. Des notes sont prises sur des calepins, du café
est siroté, des pâtisseries sont dégustées. Les vêtements des énergiques ainées
sont colorés, les coupes sont fantaisistes. Les chevelures toutes différentes
accentuent la personnalité de chacune. Une dame à la chevelure blanche bouclée
rappelle le visage de leur amie Christine. La dame en bout de table trifouille
dans son caddy à la couleur prune assortie à son chemisier. L’ambiance est décontractée,
les propos légers, la joie de vivre rayonne alentour.
Patrick photographie à une courte distance un beau
jeune homme, à l’abondante chevelure blonde coiffée par le vent, en short bleu
marine, tee-shirt magenta et tongs, debout sur le trottoir du côté de la
rivière. Concentré, il s’active sur son iPhone relié aux oreilles par un câble à
double écoute. Les doigts de sa main gauche tripotent machinalement
son menton comme s’il était confronté à un dilemme. La scène se prolonge une
dizaine de minutes. Durant ce laps de temps, le monde extérieur a cessé d’exister
pour lui.
Sur un banc en pierre grise, deux couples
lanternent. Les maris qui paraissent plus vieux se lèvent pour aller regarder
les menus des divers cafés de la place. Les épouses, coquettement vêtues,
parlotent en attendant. Finalement le choix commun se porte sur le Shingle Inn. Les quatre ainés
s’installent à proximité d’André et Patrick qui se lèvent pour se rendre à
l’Université Technologique du Queensland.
Sous la canopée, à l’angle de Queen et Albert, un touriste nippon filme ses femmes en reculant comme un
reporter de mode sans se préoccuper de ce qui se passe derrière lui. Patrick
est amusé par son comportement léger. La rue Albert est suivie jusqu’au jardin
botanique. En chemin André voit, à deux reprises, un papillon jaune traverser
une rue perpendiculaire. Dans le parc, André s’attarde pour admirer le
magnifique banian vénérable contemplé longuement lors de leur visite des
jardins. Une très longue branche issue du cœur de l’arbre, un tronc horizontal,
traverse le chemin sur les têtes des promeneurs. Elle s’est passée du concours
de l’homme pour recevoir un appui central. Une nouvelle entité végétale, une
branche flexueuse aérienne tombée au sol, devenue tour à tour racine et arbre,
s’en positionnée à l’endroit propice. Tel un vigoureux tuteur, elle supporte habillement
le tronc baladeur de son ancêtre.
Arrivés au campus à Gardens Point, André et Patrick constatent que les chapiteaux
blancs ont quitté l’esplanade. Auraient-ils interprété de manière erronée les
propos de la dame aux bras chargés de documents ? Quoi qu’il en soit, ils
profitent de leur présence pour visiter les installations. Construites sur un vaste
terrain incliné vers le fleuve, elles offrent de façon inattendue des étages en
terrasse. Un ascenseur dépose le couple au premier niveau inférieur.
Une vaste librairie superbement achalandée, aux ouvrages adaptés au cursus, est
visitée longuement. Le mur du fond est tapissé de rayonnages, tous chargés de
livres sur le droit. André flâne dans les allées, ouvre et ferme des livres, regarde
les étudiants, découvre un bel ouvrage illustré sur l’histoire de Brisbane,
prend son temps pour le feuilleter. Il montre à Patrick diverses photographies
anciennes dont des clichés de l’Hôtel de Ville à différentes époques. Voir les
réguliers changements apportés sur la configuration et l’agencement du King George Square au cours des années est
captivant. Une splendide compilation bien trop volumineuse pour se joindre aux
bagages. Le vaste choix offre à Patrick de sélectionner une souris Shintaro en remplacement de celle utilisée
qui donne des signes de faiblesse. Vers les caisses, un mannequin en tenue de
plage, invite les nouveaux étudiants à se rendre au fond du magasin pour
recevoir un tee-shirt en cadeau de bienvenue. Un café, un espace pour étudier
et se détendre complètent l’agencement de l’attrayante librairie. La souriante Lyn encaisse le montant des emplettes
effectuées ; André a échangé à plusieurs reprises un sourire avec la
charmante jeune femme.
Le week-end commence, les divers cafés, les comptoirs
alimentaires du Food Court amorcent
leur fermeture. Sur la terrasse commune, une jeune fille dessine et gribouille
sur un cahier au crayon de bois. Patrick explique que cela favorise la
créativité. Les étudiants commencent à se faire rares. André et Patrick regagnent
l’esplanade en contournant un bâtiment dont la paroi latérale en verre offre
une vue plongeante sur la piscine olympique du fitness situé au second niveau
inférieur. Un nageur pratique un crawl impeccable dans l’un des couloirs.
Le jardin botanique est traversé par une allée
centrale pour joindre l’entrée de la rue Albert.
Un arbre évasé gratifié de plusieurs troncs dévoile de magnifiques ramures aux
branchages chargés de fleurs roses. Le long de la rue Albert, la jeune fille qui jouait de la guitare en chantant est encore
présente. André dépose quelques pièces sur la housse de l’instrument de musique.
André et Patrick décident de se détendre au Cafe
Mondial, situé sur Albert, dans
l’enceinte de l’édifice historique centenaire Perry House inscrit sur le registre du patrimoine Queensland. Le bâtiment en briques
rouges et aux colonnes de fenêtres blanches abrite depuis vingt ans l’hôtel Royal Albert. La terrasse répartie sur le trottoir concède une allée
au piéton. La table choisie borde le défilé continuel des passants. Au comptoir
où il est d’usage de payer avant de consommer, Sarah, une petite jeune femme
asiatique prévenante, bien en chair, invite le couple à retourner s’asseoir.
Elle viendra prendre la commande sur place.
Patrick sirote un thé Earl Grey en testant la saveur
d’un cœur de scone aux amandes. André boit à petites gorgées une camomille en
savourant une tranche de pyramide au chocolat servie avec une boule de glace
vanille et agrémentée de chantilly. Le va-et-vient des piétons constitue la
scène de la rue. André parvient à capter quelques regards, à partager quelques
sourires. Bien des esprits semblent projetés vers les destinations à atteindre
et, quelque part, ils sont absents dans la rue malgré leur présence physique.
Les touristes et les vacanciers sont faciles à reconnaître. Ils sont plus
détendus, souvent en petits groupes, bavardent, consultent l’écran de leur
téléphone ou la carte du centre-ville. Une heure s’envole entre le
spectacle de la rue et les minutes de dégustation.
Patrick et André retournent à la tour Regis. Deux pêches jaunes juteuses sont
achetées au marchand de fruits devant la mairie, sur le square du roi George, pour
leur dîner. Le long de Makerston, André s’attarde à regarder
les eucalyptus qui bordent la rue. Les écorces mordorées se
détachent des troncs par morceaux. Ils jonchent la petite parcelle de terre
aménagée sous chaque arbre. Les troncs lisses aux nuances paille rosé invitent
à une caresse…
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire