Au lever, les nuages semblent avoir passé une nuit blanche. Les
cortèges cotonneux disparates défilent dans le ciel déjà lumineux comme pressés
par un rendez-vous mystérieux.
La climatisation, arrêtée au coucher pour endormir le bruissement de
son ronflement, est enclenchée. Durant la nuit, en son absence, la température
dans l’appartement oscille autour de vingt-huit degrés.
Le petit-déjeuner succède aux rites matinaux et précède les activités
matinales tournées vers l’écriture, la lecture et les promenades informatives
sur Internet.
Un peu avant midi Patrick et André sortent de la tour. Dans
l’ascenseur ils rencontrent un employé de la résidence qui descend au cinquième
étage un gros container jaune. Rupesh
est originaire du Népal. Comme les deux français il est relativement loin de sa
terre natale. Le couple marche sur la
rue George dans le dessein de déjeuner
au restaurant vegan repéré sur le web
dans l’aire de restauration du centre commercial Myer sur Queen Street. La
magie de la vie en décide autrement. L’attention d’André et Patrick est
soudainement captivée par la présence insoupçonnée du restaurant végétarien Govinda’s où une file d’attente est
constituée devant l’entrée telle une invitation à se joindre aux convives qui
bavardent gaiement en patientant leur tour. André et Patrick obtempèrent à cet
appel impulsif. Le personnel est amical et souriant. Une formule à huit dollars
cinquante est choisie. Elle comprend deux mets au choix servis avec du riz. André
opte, avec un supplément, pour des lasagnes aux légumes en remplacement du riz.
Les clients mangent sur place ou emportent leur repas. La salle est presque
comble. André et Patrick trouvent une petite table légère et quelque peu
branlante. La décoration est très succincte. Quelques tableaux et dessins
symboliques décorent les murs à la peinture blanche pâlichonne. Le brouhaha des
convives est bruyant. La nourriture est délicieuse et le couple prend son temps
pour l’apprécier. Au cours du repas, la jeune fille asiatique présente à la
caisse apporte l’addition demandée, écrite à la main. Rassasiés, André et
Patrick continuent leur chemin.
Les restaurants et cafés jalonnent les rues du centre-ville. Un
constat se vérifie régulièrement. Les displays proposent des desserts appétissants
où les désignations sont délestées des tarifs. Une douceur sucrée peut
entraîner une note salée.
André et Patrick se promènent sur la rue Queen. Ils prennent à droite dans la rue Albert pour aller au bout de la partie piétonne qui s’achève sur Elizabeth Street où un Starbucks Coffee et une librairie sont
en vis-à-vis à l’angle des deux rues. Au centre-ville les rues portent des noms
de rois et de reines. Celles de la direction nord-est font honneur aux reines
et celles qui suivent la direction nord-ouest déroulent le tapis rouge aux
rois. André et Patrick choisissent d’entrer chez Dymocks pour une petite visite du libraire australien. Ensuite,
après un retrait d’espèces chez Citibank,
qui comme à Bangkok distribue les billets demandés sans prendre de commission,
le couple se rend au café Aromas pour
siroter un cappuccino.
Patrick remarque que les tables rondes du côté des miroirs dorés sont
plus grandes que celles du mur opposé. La table vacante des époux british est choisie. Plus spacieuse,
elle offre plus de place pour épanouir une collation. Les cafés sont sirotés
lentement. Le plancher vibre sous les pas lourds de certains clients. Les deux
dames assises derrière André papotent sans discontinuer. L’ancien théâtre jouxtant
le café, où le bureau d’information touristique a pris place, est découvert. Le
hall principal abrite une chapelle médiévale ornée de peintures. L’architecture
intérieure s’est offert un mélange de différents styles passant du gothique espagnol au style Empire. Patrick y voit la commedia dell'arte où les décorateurs virtuoses
improvisèrent les magnifiques embellissements. Plafond artistique, lustre magistral,
loges aux balcons ornementés d’un miroir argenté et de tentures rouge sang,
escaliers en marbre, arches d’envergure, frises entrelacées, colonnes aux
parures tarabiscotées témoignent de leur fantaisie et de leur habileté.
Avant de quitter la magnificence, André et Patrick achètent au comptoir
Trans Link deux cartes Go Card pour les trajets en bus et en ferry dans la zone centrale de la
ville.
Ils pénètrent ensuite dans la galerie Brisbane Arcade qui rappelle celle du Strand à Sydney. Alors qu’ils s’interrogent sur une œuvre réalisée
par un artiste suisse, une dame francophone présente à l’étal attenant leur
adresse la parole. Un agréable bavardage enjoué commence. Fabienne est venue en
famille de Zurich voici dix-sept ans. Les enfants du couple étaient alors âgés
de cinq et dix ans. Leur fille, retournée à Zurich, vit actuellement l’hiver le
plus rigoureux de sa vie. Le conjoint de Fabienne, italien, s’avère être aussi
son associé dans la boutique qu’ils exploitent au premier étage ouvert sur
l’atrium central. La commerçante sympathique accepte volontiers d’être prise en
photo avec André qui la gratifie d’un baisemain avant de se dire à bientôt.
L’arcade traversante donne sur la rue Adelaide. André et Patrick prennent à gauche, suivent la rue Albert pour se diriger vers Emma Miller Place. Le petit parc, discret
et énamouré, est riche de ses
particularités. Un banian aux innombrables rejetons offre un cœur de fraicheur
au promeneur attentif et désireux de s’isoler quelques instants dans son refuge
de lianes racines ombragées. André s'éclipse aux yeux du monde pour un instant
de recueillement dans le foyer accueillant de l’arbre vénérable. Un mur de
pierres grises scellées de blanc sert de support à une cascade. Le rideau liquide
chute dans un bouillonnement d’écume à l’agréable clapotement. Une fillette en
bronze aux pieds nus, une petite valise à la main, semble attendre qu’on vienne
la chercher. Son visage exprime une certaine résignation mêlée d’un réalisme
poétique. La mélancolie de son regard est
adoucie par l’ébauche d’un infime sourire. S’agit-il de la future suffragette Emma ?
L’œuvre d’art Poinsettia Riverfire s’élève
de toute sa hauteur en bordure de la rue Roma.
Le feuillage de la plante géante s’épanouit fièrement sur fond de ciel bleu dans
un éclatant flamboiement vermeil. La création s’inspire de l’emblème floral de
la ville, la fleur Poinsettia, et du feu
d'artifice Riverfire qui enflamme
chaque année en septembre le ciel de la cité lors du Festival de Brisbane. Murets
circulaires en terrasse, espaces de verdure ombragée, pavillon agrémenté de
bancs, bosquets fleuris, candélabres à deux branches confèrent un charme intimiste
à l’attrayant jardin.
André et Patrick décident d’aller faire connaissance avec le grand
frère d’Emma, le Roma Street Parkland,
un grand jardin subtropical d’une quinzaine d’hectares qui surplombe la gare de
Roma Street. En suivant le passage Albert
Street Walkway, ils croisent des grappes d’étudiants en uniforme qui traversent le parc en bavardant ; ils sont tous coiffés de
chapeaux similaires à ceux des Rangers.
Une grande jeune fille blonde interrompue dans son babillage par André lui indique
avec le sourire qu’ils viennent des deux écoles voisines Brisbane Grammar School situées de l’autre côté du parc ; l’une enseigne aux garçons et
l’autre aux filles. Canards, ibis, cascades, lacs, étangs, jets d’eau, passerelle
aérienne, œuvres d’arts, jardins fleuris et arborés lèvent le voile sur le parc
qui s’annonce magnifique. Son exploration sera pour une autre fois au regard de
la diversité et de la richesse de sa créativité.
André et Patrick retournent sur leurs pas. Les rayons solaires sont
brulants. Ils se dirigent vers la rue Queen
pour siroter un jus de fruits chez Oasis
Juice. Un couple belge leur adresse la parole devant le bar à jus ; il
effectue un périple en Australie et demande quoi faire à Brisbane. Le mot faire témoigne d’une boulimie pour
découvrir un maximum de choses dans un temps limité. A peine arrivés les touristes
belges partiront demain pour une autre étape, à Adelaïde, à environ deux mille
kilomètres de Brisbane. Le breuvage frais pomme, fraise, lime est siroté sur un
banc à l’ombre d’un square. La télévision culinaire sur l’écran géant diffuse
une émission sur la nourriture servie aux spationautes dans les stations orbitales.
Le farniente est apprécié en observant l’incessant va et vient des piétons. L’esplanade
est rafraichie par une brise légère qui entraine des feuilles mortes dans son
sillage.
Après ce temps de détente, André et Patrick se rendent au proche supermarché
Cole’s pour effectuer quelques
emplettes. Le très grand et beau Ananda
guide André dans le dédale des allées pour l’amener devant le rayon des arachides
grillées non salées, introuvables lors du précédent achat. Ellen est présente à la caisse. Sa collègue Jill est en day off, en
jour de congé.
Dans le centre commercial, une visite est effectuée chez le libraire QBD The bookshop. André prend plaisir à
feuilleter un beau livre illustré sur l’univers de science-fiction de Gene Roddenberry, le créateur de Star
Trek.
Le retour à la tour Park Regis
s’effectue en suivant la rue George majoritairement
ombragée par les devantures des commerces.
La fin de journée se déroule agréablement dans l’appartement. Lors du
dîner quelques éclairs de chaleurs rappellent à André des propos de Fabienne. La
pluie, habituellement présente en cette période, est absente depuis de nombreux
jours. Les nuages circulent sans prendre le temps d’arroser la ville.
Avant de rejoindre Patrick dans la chambre pour une bonne nuit de
sommeil, il regarde l’océan de lumières étincelantes du panorama ; une
étendue scintillante bien différente de celle de l’océan Pacifique...
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