mercredi 22 février 2017

Jan Powers Farmers Markets…

Au lever, des nuées filamenteuses se réunissent dans le ciel. D’humeur folâtre et créative, elles s’enroulent, tissent une membrane cotonneuse et, tel un vaste cadran, donnent naissance à une grande lucarne bleu azur ouverte sur les lueurs dansantes de l’éther.
Une autre matinée à Brisbane s’éloigne dans le flux temporel.
Avant midi Patrick et André sortent de l’appartement. Dans l’ascenseur, ils rencontrent une dame grecque qui œuvre dans la tour. Souriante, avenante, les yeux pétillants de gaité, la chevelure dorée échevelée par son ouvrage de nettoyage, elle engage la conversation spontanément. Elle s’intéresse au périple du couple et, en réponse à une question d’André, elle annonce être née sur une petite île de la mer Égée. Son charisme enchanteur rayonne dans la cabine. Au rez-de-chaussée, elle lance un au-revoir en français. André la salue d’un franc sourire et d’un signe de la main.
Le déjeuner se déroule chez Govinda’s. Pour les deux savoyards, c’est une chance de bénéficier de la présence d’un restaurant végétarien à quelques cinq cents mètres de leur lieu de résidence.
Après le repas André et Patrick se rendent sur la place Reddacliff où le marché hebdomadaire Jan Powers Farmers Markets bat son plein. Ils s’installent à la terrasse du Shingle Inn où l’énergique Meg accueille André pour la commande de deux cappuccinos. Les deux breuvages à l’écume décorée sont sirotés lentement en promenant les regards sur le grouillement incessant du marché. Deux artistes chapeautés, venus avec une fourgonnette, installés au bord de la place du côté du fleuve, participent à l’ambiance musicale riche des voix des chalands. La femme chante au micro et l’homme joue de la guitare. Par les dons demandés au public, ils soutiennent fièrement la fondation Olivia Newton-Jones. Après plusieurs chansons, ils s’absentent pour déjeuner en terrasse au proche café Coffee Club. Ils laissent un fond musical durant leur absence. André prend quelques photos. Il aperçoit un homme à la longue chevelure blanche, en tee-shirt vert pastel, croisé précédemment sur la rue George, qui patiente le retour de sa compagne affairée dans un stand de vaisselles colorées. Son pantalon de toile fantaisie aux motifs roses, gris et noirs, rappelle ceux en vente à Bangkok. Sous l’ombre des arbres, outre les bancs en pierre, des tabourets rouges et blancs sont à la disposition du public qui déjeune des mets achetés sur le marché.
Après ces instants d’observation, André et Patrick se promènent à leur tour dans le marché. Le slogan des fermiers est pragmatique : Oubliez la nourriture de l'âme, profitez de la nourriture du sol. Les meilleurs produits frais du Queensland sont réunis sur la place. Un étal réfrigéré d’une quarantaine de fromages frais et affinés, dont certains français, attire leur attention. Les produits sont bien étiquetés et les prix affichés. Il bavarde avec Stéphanie, née à Sydney, qui a créé la société Le Fromage Yard avec son compagnon Pierre. Une photo de la devanture est prise avec son accord spontané. Les prix des fruits présentés sur les différents étalages sont similaires à ceux pratiqués chez Cole’s. André préfère éviter de se charger avec des bananes.
Le couple entre ensuite dans la bibliothèque attenante pour photographier le marché depuis le deuxième étage. Devant l’entrée principale, en bordure de la rue Adelaide, un projet immobilier gigantesque est en cours de réalisation par l’entreprise Multiplex, un groupe leader en Australasie, dont l’accroche publicitaire built to outperform est présente sous son nom. Depuis le second niveau, les petits chapiteaux colorés sont photographiés au travers du vitrage des fenêtres obliques. Partout où André se faufile pour prendre les clichés, des étudiants, asiatiques pour la plupart, s’affairent sur leur ordinateur, assis sur les confortables chauffeuses bigarrées de la bibliothèque ou attablés à de séduisants pupitres individuels. Il rejoint ensuite Patrick au premier niveau qui lit un journal assis sur un fauteuil pivotant. Un passage impromptu au rayon des livres en français précède la sortie de la bibliothèque du côté du marché. En le traversant, André repère sur la droite la devanture de l’artisan boulanger pâtissier Sol Breads dont la gamme organic comporte un large choix de pâtisseries vegan et de pains sans gluten. Un choix attrayant de douceurs incite le couple à effectuer un achat pour le dîner. La sélection vegan se porte sur deux tranches de gâteau amande orange et sur un généreux muffin aux dattes et aux noix. André s’intéresse à la provenance des douceurs. La dame avenante, en corsage noir et à la chevelure châtain clair tenue en queue de cheval, répond bien volontiers aux questions. Les pains et les pâtisseries proviennent d’un atelier artisanal de la banlieue de Darra située à une quinzaine de kilomètres du centre de Brisbane. Chaque douceur revient à cinq dollars soit environ trois euro cinquante. La marchande est chaleureusement remerciée.
André et Patrick marchent ensuite sur la rue George en direction de l’Université de Technologie du Queensland. En chemin, ils contemplent, pour le plaisir des yeux, The Mansions, les six maisons mitoyennes ornementées et sculptées, construites pour un usage résidentiel à l'époque victorienne. Ils remarquent que les façades en briques rouges furent unifiées par des loggias aux arcades, aux balustrades et aux lucarnes en calcaire blanc. Pour la petite histoire, André se rappelle que Lillian Cooper, la première femme médecin du Queensland, demeura aux Mansions en appréciant dans son temps libre l’ombre bienfaisante offerte par les galeries.
En vis-à-vis des Mansions, à l’angle avec la rue Alice, la vaste bâtisse du Queensland Club, mystérieuse et remarquable dans ses blancs atours, charme André par ses colonnes toscanes, ses gracieuses vérandas, ses balustrades façonnées en dentelle, ses fenêtres à guillotine et son écrin de verdure luxuriante. Le vénérable figuier à l’angle des deux rues, épanoui et à l’étroit contre les clôtures, se plaint de manquer d’espace.
André et Patrick atteignent le musée d’art de l’université, situé devant les jardins botaniques. Ils viennent découvrir une exposition axée sur le façonnage du verre qui rassemble les œuvres variées d’une vingtaine d’artistes.
 Ruth Allen a offert une nouvelle vie à différentes bouteilles courantes en les métamorphosant à chaud dans des formes originales et singulières.
L’architecte Max Pritchard présente la maquette en panneaux de bois contreplaqué d’une villa design en terrasses, à la toiture plate, où la quasi-totalité des structures verticales en verre donne une sensation d’aquarium panoramique.
Janet Laurence a délicatement enfilé dans de longs tubes de verre transparent des formes végétales calcinées pour créer une forêt verticale charbonnée.
Clare Belfrage a enveloppé de gros galets en bois polissé, présentés verticalement, d’une pellicule de verre sablé peinte d’un canevas de lignes sinueuses, quadrillé sur certaines œuvres.
André et Patrick regardent alternativement deux vidéos sur des ouvrages d’architecture édifiés dans la ville d’Adélaide où le verre est dominant dans leurs structures. Le pont piétonnier emblématique River Torrens Pedestrian Bridge est étoffé d’une multitude de panneaux de verre https://youtu.be/uoRx4C7kqyoet. Le vaisseau de métal et de verre du South Australian Health and Medical Research Institute est tapissé d’alvéoles géodésiques qui accueillent généreusement la lumière en déjouant l’impact des rayons solaires.
A l’issue de cette visite enrichissante, André et Patrick se promènent dans le campus de l’université qui fait la part belle à la végétation. La présence d’une kyrielle de petits chapiteaux blancs sans vie, répartis entre les divers bâtiments historiques et futuristes, interpelle. Une charmante dame, les bras chargés de divers documents, qui se dirige vers le théâtre, leur donne une explication. La semaine événementielle d'orientation, qui a débuté lundi, célèbre le prélude de l'année universitaire. Tout au long de la semaine, riche d'événements sociaux, de cadeaux, de déjeuners informels, les chapiteaux accueillent les étudiants pour diffuser les informations pratiques qui les guideront dans la connaissance du campus. Elle invite André et Patrick à revenir dans les deux jours à venir, avant quinze heures, pour s’imprégner de l’ambiance de la manifestation.
Le couple continue la balade dans le campus. Les étudiants sont dans l’effervescence des retrouvailles des premiers jours. La résidence universitaire jouxtant les bâtiments, l’ambiance est continuellement animée. Proche de la bibliothèque, où le magazine Universe du campus est à la disposition de tous dans un distributeur, une fontaine circulaire chante dans une large coquille d’huitre en pierre au cœur d’un charmant jardin exotique bordé d’arbres majestueux. Un paisible havre de bien-être dans l’agitation estudiantine. Le complexe s’apparente à une cité à part entière avec ses cafés, ses restaurants et ses espaces de détente.
Les yeux emplis de mille choses, André et Patrick s’en retournent tranquillement à la tour Regis.
En fin d’après-midi le soleil se retire derrière le mont Coot-tha. Des faisceaux condensés de lumière trouent les nuées cendrées réunies à l’horizon. Les rayons lumineux, tels des projecteurs, dirigent les filets d’or vers la terre nourricière. Des spirales de nuées cendrées, aux liserés ambrés, se tiennent à distance pour admirer la magnificence des cataractes aux reflets étincelants...


































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