Au lever, des nuées filamenteuses se réunissent
dans le ciel. D’humeur folâtre et créative, elles s’enroulent, tissent une
membrane cotonneuse et, tel un vaste cadran, donnent naissance à une grande
lucarne bleu azur ouverte sur les lueurs dansantes de l’éther.
Une autre matinée à Brisbane s’éloigne dans le
flux temporel.
Avant midi Patrick et André sortent de
l’appartement. Dans l’ascenseur, ils rencontrent une dame grecque qui œuvre
dans la tour. Souriante, avenante, les yeux pétillants de gaité, la chevelure
dorée échevelée par son ouvrage de nettoyage, elle engage la conversation
spontanément. Elle s’intéresse au périple du couple et, en réponse à une
question d’André, elle annonce être née sur une petite île de la mer Égée. Son
charisme enchanteur rayonne dans la cabine. Au rez-de-chaussée, elle lance un au-revoir
en français. André la salue d’un franc sourire et d’un signe de la main.
Le déjeuner se déroule chez Govinda’s. Pour les deux savoyards, c’est une chance de bénéficier
de la présence d’un restaurant végétarien à quelques cinq cents mètres de leur
lieu de résidence.
Après le repas André et Patrick se rendent sur la
place Reddacliff où le marché hebdomadaire Jan
Powers Farmers Markets bat son plein. Ils s’installent à la terrasse du Shingle Inn où l’énergique Meg
accueille André pour la commande de deux cappuccinos. Les deux breuvages à
l’écume décorée sont sirotés lentement en promenant les regards sur le grouillement
incessant du marché. Deux artistes chapeautés, venus avec une fourgonnette,
installés au bord de la place du côté du fleuve, participent à l’ambiance
musicale riche des voix des chalands. La femme chante au micro et l’homme joue
de la guitare. Par les dons demandés au public, ils soutiennent fièrement la
fondation Olivia Newton-Jones. Après
plusieurs chansons, ils s’absentent pour déjeuner en terrasse au proche café Coffee Club. Ils laissent un fond musical durant leur absence. André
prend quelques photos. Il aperçoit un homme à la longue chevelure blanche, en
tee-shirt vert pastel, croisé précédemment sur la rue George, qui patiente le retour de sa compagne affairée dans un stand
de vaisselles colorées. Son pantalon de toile fantaisie aux motifs roses, gris
et noirs, rappelle ceux en vente à Bangkok. Sous l’ombre des arbres, outre les
bancs en pierre, des tabourets rouges et blancs sont à la disposition du public
qui déjeune des mets achetés sur le marché.
Après ces instants d’observation, André et
Patrick se promènent à leur tour dans le marché. Le slogan des fermiers est
pragmatique : Oubliez la nourriture de
l'âme, profitez de la nourriture du sol. Les meilleurs produits frais du Queensland sont réunis sur la place. Un
étal réfrigéré d’une quarantaine de fromages frais et affinés, dont certains
français, attire leur attention. Les produits sont bien étiquetés et les prix
affichés. Il bavarde avec Stéphanie, née à Sydney, qui a créé la société Le Fromage Yard avec son compagnon Pierre.
Une photo de la devanture est prise avec son accord spontané. Les prix des
fruits présentés sur les différents étalages sont similaires à ceux pratiqués
chez Cole’s. André préfère éviter de
se charger avec des bananes.
Le couple entre ensuite dans la bibliothèque
attenante pour photographier le marché depuis le deuxième étage. Devant
l’entrée principale, en bordure de la rue Adelaide,
un projet immobilier gigantesque est en cours de réalisation par l’entreprise Multiplex, un groupe leader en
Australasie, dont l’accroche publicitaire built
to outperform est présente sous son nom. Depuis le second niveau, les
petits chapiteaux colorés sont photographiés au travers du vitrage des fenêtres
obliques. Partout où André se faufile pour prendre les clichés, des étudiants,
asiatiques pour la plupart, s’affairent sur leur ordinateur, assis sur les
confortables chauffeuses bigarrées de la bibliothèque ou attablés à de
séduisants pupitres individuels. Il rejoint ensuite Patrick au premier niveau
qui lit un journal assis sur un fauteuil pivotant. Un passage impromptu au
rayon des livres en français précède la sortie de la bibliothèque du côté du
marché. En le traversant, André repère sur la droite la devanture de l’artisan
boulanger pâtissier Sol Breads dont
la gamme organic comporte un large
choix de pâtisseries vegan et de
pains sans gluten. Un choix attrayant de douceurs incite le couple à effectuer
un achat pour le dîner. La sélection vegan
se porte sur deux tranches de gâteau amande orange et sur un généreux muffin aux
dattes et aux noix. André s’intéresse à la provenance des douceurs. La dame avenante,
en corsage noir et à la chevelure châtain clair tenue en queue de cheval, répond
bien volontiers aux questions. Les pains et les pâtisseries proviennent d’un
atelier artisanal de la banlieue de Darra
située à une quinzaine de kilomètres du centre de Brisbane. Chaque douceur
revient à cinq dollars soit environ trois euro cinquante. La marchande est
chaleureusement remerciée.
André et Patrick marchent ensuite sur la rue George en direction de l’Université de
Technologie du Queensland. En chemin,
ils contemplent, pour le plaisir des yeux, The
Mansions, les six maisons mitoyennes ornementées et sculptées, construites pour
un usage résidentiel à l'époque victorienne. Ils remarquent que les façades en
briques rouges furent unifiées par des loggias aux arcades, aux balustrades et aux
lucarnes en calcaire blanc. Pour la petite histoire, André
se rappelle que Lillian Cooper, la première femme médecin du Queensland, demeura aux Mansions en appréciant dans son temps
libre l’ombre bienfaisante offerte par les galeries.
En vis-à-vis des Mansions, à l’angle avec la rue Alice,
la vaste bâtisse du Queensland Club,
mystérieuse et remarquable dans ses blancs atours, charme André par ses
colonnes toscanes, ses gracieuses vérandas, ses balustrades façonnées en
dentelle, ses fenêtres à guillotine et son écrin de verdure luxuriante. Le vénérable
figuier à l’angle des deux rues, épanoui et à l’étroit contre les clôtures, se
plaint de manquer d’espace.
André et Patrick atteignent le musée d’art de
l’université, situé devant les jardins botaniques. Ils viennent découvrir une
exposition axée sur le façonnage du verre qui rassemble les œuvres variées
d’une vingtaine d’artistes.
Ruth Allen
a offert une nouvelle vie à différentes bouteilles courantes en les métamorphosant
à chaud dans des formes originales et singulières.
L’architecte Max Pritchard présente la maquette
en panneaux de bois contreplaqué d’une villa design en terrasses, à la toiture
plate, où la quasi-totalité des structures verticales en verre donne une
sensation d’aquarium panoramique.
Janet Laurence a délicatement enfilé dans de
longs tubes de verre transparent des formes végétales calcinées pour créer une
forêt verticale charbonnée.
Clare Belfrage a enveloppé de gros galets en bois
polissé, présentés verticalement, d’une pellicule de verre sablé peinte d’un canevas
de lignes sinueuses, quadrillé sur certaines œuvres.
André et Patrick regardent alternativement deux
vidéos sur des ouvrages d’architecture édifiés dans la ville d’Adélaide où le verre est dominant dans
leurs structures. Le pont piétonnier emblématique River Torrens Pedestrian Bridge est étoffé d’une multitude de
panneaux de verre https://youtu.be/uoRx4C7kqyoet.
Le vaisseau de métal et de verre du South
Australian Health and Medical Research Institute
est tapissé d’alvéoles géodésiques qui accueillent généreusement la lumière en
déjouant l’impact des rayons solaires.
A l’issue de cette visite enrichissante, André et
Patrick se promènent dans le campus de l’université qui fait la part belle à la
végétation. La présence d’une kyrielle de petits chapiteaux blancs sans vie, répartis
entre les divers bâtiments historiques et futuristes, interpelle. Une charmante
dame, les bras chargés de divers documents, qui se dirige vers le théâtre, leur
donne une explication. La semaine événementielle d'orientation, qui a débuté lundi,
célèbre le prélude de l'année universitaire. Tout au long de la semaine, riche
d'événements sociaux, de cadeaux, de déjeuners informels, les chapiteaux accueillent
les étudiants pour diffuser les informations pratiques qui les guideront dans
la connaissance du campus. Elle invite André et Patrick à revenir dans les deux
jours à venir, avant quinze heures, pour s’imprégner de l’ambiance de la manifestation.
Le couple continue la balade dans le campus. Les
étudiants sont dans l’effervescence des retrouvailles des premiers jours. La résidence
universitaire jouxtant les bâtiments, l’ambiance est continuellement animée. Proche
de la bibliothèque, où le magazine Universe
du campus est à la disposition de tous dans un distributeur, une fontaine circulaire
chante dans une large coquille d’huitre en pierre au cœur d’un charmant jardin
exotique bordé d’arbres majestueux. Un paisible havre de bien-être dans l’agitation
estudiantine. Le complexe s’apparente à une cité à part entière avec ses cafés,
ses restaurants et ses espaces de détente.
Les yeux emplis de mille choses, André et Patrick
s’en retournent tranquillement à la tour Regis.
En fin d’après-midi le soleil se retire derrière
le mont Coot-tha. Des faisceaux condensés
de lumière trouent les nuées cendrées réunies à l’horizon. Les rayons lumineux,
tels des projecteurs, dirigent les filets d’or vers la terre nourricière. Des spirales
de nuées cendrées, aux liserés ambrés, se tiennent à distance pour admirer la
magnificence des cataractes aux reflets étincelants...
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