Au lever à six heures, les reliefs accidentés des
côtes de l’Emirat de Fujaïrah se dessinent imperceptiblement au travers d’une
brume opaque. Une vingtaine de minutes plus tard, elle s’estompe pour révéler
un splendide canevas de nuées églantine peintes artistiquement sur un ciel céruléen.
A sept heures, des filaments cotonneux s’évanouissent
discrètement pour laisser la voute céleste se magnifier en bleu azur.
André et Patrick montent au pont quatorze pour le
petit-déjeuner. Ils s’installent à une table à tribord au buffet Zanzibar. Un séisme
ébranle le bateau lors de l’amorce d’une manœuvre latérale pour l’amarrage. Un
gémissement plaintif s’empare de la structure du navire qui trépide et vibre
fortement durant plusieurs minutes. L’intensité sonore du tremblement artificiel
couvre les bavardages des passagers. André ralentit le rythme de sa collation
durant le phénomène inexistant sur les dernières
générations de paquebots. Une part de tourte aux pommes termine son repas à la
partition itérative. Les papilles de Patrick se
réjouissent chaque matin à l’arrivée en bouche des viennoiseries trempées dans
du café.
Un temps en cabine précède un départ avant huit
heures quinze. Le couple se rend au pont six. André s’assoit au dernier rang du
théâtre pour éviter de descendre les marches conduisant devant la scène où Patrick
reçoit de l’équipe d’animation le macaron numéroté indiquant quel autocar va
les emmener en excursion. Ils prennent place dans le bus trente-quatre après
avoir reçu un visa journalier à la sortie du navire. Les passagers sont accueillis
par Myriam, une guide francophone, originaire de Malte, souriante et enjouée.
Le port entouré de murs à hauteur d’homme, coiffés régulièrement de fils de fer
barbelé spiralés, ressemble à une forteresse. L’aspect
des bâtiments ocre sable de la zone protégée est strict et dépouillé. Un garde
conduit tant bien que mal le bus de façon chaotique en dehors de l’enceinte où
le chauffeur civil Vikki prend le
relais.
La direction de la ville de Dibba est prise pour joindre un site historique. Une vingtaine de
minutes plus tard, le bus se range sur le bas-côté de la route. Les voyageurs
découvrent un fortin portugais en pierre ocre
sable du désert qui domine la petite mosquée carrée d’Al Bidya, coiffée de quatre dômes diversement spiralés, surmontés
d’un téton. La lourde structure ramassée, imposante
malgré sa petite taille, est percée sur chaque côté de deux lucarnes obstruées
par de petits barreaux arachnéens. Patrick gravit les marches empierrées de l’éminence
rocheuse, parsemée de blocs de pierre, pour atteindre le sommet. André grimpe la
pente en suivant l’étroite rocade caillouteuse
qui borde les degrés. Malgré la faible hauteur de la colline, un panorama se
dévoile. La mer est à portée de vue. Une cité oasis très étendue, aux
constructions basses, se dessine en contrebas. Derrière le fortin aux meurtrières crénelées, fermé à la visite, une
palmeraie aligne sa fratrie d’arbres plantés en alignement. Une tourelle en
contrebas témoigne de l’ancienneté de la forteresse morcelée par plus de cinq
siècles d’existence. Quelques arbres, aux troncs tortueux et aux écorces
rainurées par la sécheresse pour certains, perdurent parmi la rocaille couverte
par endroits d’arbustes maigrichons et de broussailles enchevêtrées qui résistent
au dessèchement. Seuls quelques cactus s’épanouissent sur le sol aride à
proximité d’un ancien puits dont la margelle en pierre est coiffée de trois poteaux en bois
assemblés en triangle où un seau en métal noir, pendu à la jonction, est oublié
de tous. Un jeune arabe sourit par deux fois à André. Tout en vérifiant les
tenues vestimentaires, il veille à ce que les profanes
quittent bien leurs chaussures pour pouvoir pénétrer dans la mosquée. Certaines
personnes reçoivent l’interdiction d’entrer. La durée de la visite étant
limitée à vingt minutes, Patrick qui surveille le déroulement des minutes,
indique qu’il est temps de retourner au bus.
Le chauffeur fait demi-tour. Le long du parcours,
un périmètre immense est entouré sur des kilomètres d’une chaîne continue de cloisons
blanches enjolivées d’un cadre de couleur vert d’eau, arrondi aux angles. Elles
sont réunies par des poteaux carrés de même couleur dont certains dépassent en
hauteur pour s’élever vers le ciel. A intervalles réguliers, le sigle Foiz se répète au centre des surfaces. Patrick
a lu quelque part que ce vaste site abrite l’arrivée de l’oléoduc souterrain,
long d’une bonne centaine de kilomètres, qui part de Dubaï. Il fut créé voici
quelques années quand l’Iran refusa de laisser passer les pétroliers des
Emirats au travers du détroit d’Ormuz. Le lieu s’est étoffé de raffineries de
pétrole, déplacées d’Abu Dhabi et de Dubaï, en raison d’une pollution
génératrice d’une continuelle bruine. D’innombrables rangées d’immenses
citernes rondes blanches se succèdent en enfilade le long de la route où l’or
noir est stocké pour le compte des deux émirats. Les noms des diverses sociétés
concernées se lisent sur les parois circulaires. Depuis quelques années Dubaï
investit massivement dans l’émirat de Fujaïrah pour développer les
infrastructures touristiques ; l’été la température avoisine les trente
degrés alors que le long des côtes des deux principaux émirats elle avoisine
les cinquante degrés.
Une heure plus tard, le car parvient au marché
central de la ville de Fujaïrah. Divers ronds-points sont contournés pour
parvenir à destination ; des œuvres sculpturales imposantes trônent au
centre des massifs arborés. André admire la lampe magique d’Alain où un génie
est enfermé. Myriam annonce une visite limitée à une trentaine de minutes.
André et Patrick se promènent dans les allées du marché couvert bordées
d’échoppes réunies par secteurs d’activités. Une part belle est faite aux
fruits et aux légumes dont certains sont découverts pour la premières fois. Un couloir
est réservé aux bouchers charcutiers. Des carcasses d’animaux, aux chairs tailladées
selon les commandes des clients, pendent dans les vitrines des locaux
réfrigérés. Un marché au poisson est évité pour contourner les odeurs entêtantes
des cadavres frais baignant dans les cristaux de glace pour freiner la décomposition.
Le long d’une étroite placette envahie de
voitures, blanches en quasi-totalité, derrière le marché des pêcheurs,
l’échoppe Rashid Dates Sales retient instantanément
l’attention d’André. A l’intérieur, une variété de dattes impressionnante
accueille le couple. André repère en vitrine un carton de deux kilos et demi de
dattes produites aux Emirats. Un jeune vendeur les déconseille en prétextant
qu’elles sont mauvaises. Cet argument surprenant et inattendu interpelle. La
signification viendra d’elle-même un peu plus tard. Le patron s’active avec des
acheteurs. André et Patrick patientent en promenant leur regard sur la
ribambelle de petites pyramides de dattes protégées par de la cellophane. La
langue arabe leur étant inconnue, seuls les yeux peuvent détailler la texture,
la couleur et la taille des fruits secs. Son tour venu, André demande à acheter
des dattes moelleuses nées aux Emirats. Le marchand, tout sourire, lui propose
une variété naturellement sucrée à l’aspect un peu rabougri. Sans façon, il
l’invite à palper les fruits puisqu’André décline avec le sourire son invitation
à en goûter une. Les gants plastiques et les mesures d’hygiène européennes sont
inconnus. Le garçon avance sa main et tâte différentes dattes qui effectivement
se révèlent souples et liquoreuses malgré leur aspect chétif. Elles coûtent
quatre dollars américains le kilogramme alors que celles proposées par le vendeur
à l’arrivée se vendent plus du double. Il était uniquement intéressé par le
chiffre d’affaires. Patrick sort un billet de cinq ; le patron remplit
copieusement un sachet plastique, heureux de traiter
avec les français. Son attitude, chaleureuse et enthousiaste, va lui valoir un
second achat. André repère un flacon de sirop de dattes quasiment introuvable
en France. Ses yeux brillent car il en raffole. Attentif et perspicace, malgré
la barrière du langage, le marchand lui propose alors un petit jerrican d’un
litre et demi. Malgré la place restreinte dans les bagages, l’affaire est
conclue pour cinq autres dollars. Motivé, André se débrouillera pour le
transporter. Le vendeur, amusé, redonne le billet de cinq contre un de dix. Le
couple est médusé d’un prix aussi bas car il
faut plus d’un kilo de dattes pour générer un litre de sirop. Une amicale
poignée de main est échangée avant de quitter cette caverne d’Ali Baba. André
est enchanté. Régulièrement en voyage depuis de nombreuses années, c’est la
première fois que le couple découvre un achalandage avec une telle
abondance ; Gaïa est vraiment généreuse.
Les minutes sont passées et le timing invite
à revenir sur les pas. Une flânerie dans les couloirs des fruits et légumes
offre de prendre quelques photos. Une sorte de longue courgette, à la peau
rainurée pourvue de crêtes, s’apparente à l’épiderme d’un dragon de Komodo. A
un endroit donné, une haute et grande arche rectangulaire à trois voussures,
aux coupoles à bulbes, surplombe un passage
entre deux couloirs. Soudain, une personne agrippe André par la manche. Il se
retourne. Une dame du car a repéré le sachet de dattes ; elle lui demande
où il les a achetées. Elle le remerciera plus tard pour avoir pu, elle aussi,
acheter le fruit des Dieux. A l’angle de deux couloirs, un pick-up chargé de
végétaux attire le regard. A côté, sur le sol bétonné, des dizaines de cagettes
en cartons empilées, dévoilent une multitude d’oignons rouges. André détaille
la façade opposée d’une large rue parallèle au marché. Elle est bordée d’un long
bâtiment blanc à l’architecture typiquement arabe avec ses balcons à arches et
ses hautes fenêtres effilées à ogive aux
vitrages pourvus de carreaux bleutés. Il abrite au niveau de la rue une
quinzaine d’échoppes surmontées d’enseignes en arabe et en anglais, dépouillées
et expressives. Revenus au point de rendez-vous, le couple patiente avec les
autres voyageurs la venue du car. André remarque la couleur jaune paille des
taxis de la société Fujairah Transport.
Patrick prend en photo des plaques d’immatriculation dont une de l’Emirat de Sharjah. André voit sur la porte
d’entrée d’un local administratif la silhouette de l’Emir
de Fujaïrah. Sur les deux vitrages de droite, décorés des couleurs et du
drapeau des Emirats, des phrases en arabe sont étoffées des mots en anglais Spirit of the Union National Day United Arab
Emirates, précédés du chiffre quarante-cinq. Les Emirats Arabes Unis se
sont formés en mille neuf cent soixante-et-onze. Le car arrive et les croisiéristes
remontent à bord.
Une vingtaine de minutes plus tard, Vikki dépose le groupe devant le Village du Patrimoine situé dans le
quartier Madabb. Le portique est
franchi. Un groupe de six arabes, en djellabas et coiffes blanches, accueillent
les touristes en dansottant tout en faisant tournoyer une tige en bois à la
manière des majorettes. L’habitat traditionnel des bédouins des siècles passés
se dévoile au travers d’artefacts et d’outils anciens. Des scènes de vie interprétées
par des mannequins, dont certaines sont mystérieuses, se succèdent dans des
cases alignées le long du mur d’enceinte de la façade du village. Un arabe
barbu, tout de blanc vêtu, s’affaire à une machine à coudre à pédale avec des
tissus colorés. Plus loin, des esquifs, barques et des paniers de pêche aux
larges mailles, en forme de dôme, rappellent que la mer a toujours été présente
dans la vie des nomades. Dans les cases qui se succèdent sur la partie arrière
du village, Patrick se fait un plaisir de prendre en photo les ustensiles variés,
les vases aux formes disparates, en bois, en
porcelaine ou en terre cuite, les objets et spécificités de la vie quotidienne.
De nombreuses niches se dévoilent dans les murs ocre sable des diverses cahutes pourvues de moult tapis et aménagées de
ribambelles de coussins colorés et chatoyants. Des théières en métal gris se
font remarquer par leur long bec de héron. Des lampes à pétrole en fer, à la
peinture bleue écaillée, sont suspendues au faîte des toitures couvertes de
treillis de paille de palmier. Un autre modèle de lanterne réalisé en bois interpelle
les regards. Un berceau
en bois est suspendu dans les airs par des cordages fixés à une toiture plate
pour protéger le nouveau-né des bestioles qui vivent au niveau du sol. Des
outils en os d’animaux et des cordages sont accrochés à une paroi en bois. Des
coffres ouvragés, en bois et en métal, cloutés et sertis de pierreries pour
certains, côtoient d’énormes plateaux circulaires en métal ciselé de fins motifs.
La pierre, le bois, les branches d’arbres et les fibres issues des végétaux
sont les matériaux à l’honneur dans les abris qui sont parfois partiellement
creusés dans la terre. Dans la vaste cour, Nasr Eddin, assis sur une charrette attelée à son
célèbre âne, attend pour conter une histoire. André et Patrick se retrouvent
vers l’entrée après avoir effleuré les siècles au travers des aménagements du village. Une balance à peser, à taille
humaine, rappelle la simplicité des échanges à proximité d’un petit étal où du
café à la cardamome et au safran est proposé à la dégustation avec un morceau
de datte. Une trentaine de minutes se sont envolées durant la découverte du
village.
L’étape suivante, a environ deux kilomètres de la
mer, est atteinte une vingtaine de minutes plus tard. Des filaments de nuées se
promènent distraitement dans le ciel continuellement bleu. Le Fujairah Fort, massif et de petite dimension,
fut édifié en roche, pierre, boue et foin, il y
a plusieurs siècles sur une petite éminence d’une trentaine de mètres. Une tour
carrée, une tour ronde et un beffroi en
pierraille, plus ancien, réunies par un corps central surmonté de remparts,
indique que la construction s’est étoffée avec les années. Les embrasures ouvertures
sont rares. Des meurtrières et des mâchicoulis se signalent discrètement sur
les murs épais de la couleur ocre du sable du désert. Les escaliers fleurissent
dans la cour intérieure pour accéder aux remparts et pour monter dans les
tours. Patrick grimpe de hauts degrés en pierre, parfois taillés étroitement à
même la pierre, explore, admire les poutraisons circulaires des tours qui
rayonnent depuis le haut de leur colonne centrale. Un monsieur se cogne
violemment la tête dans un goulet étroit conduisant en haut de la tour ronde
principale. Une conséquente mosquée blanche, en voie d’achèvement, émerge dans
le panorama de la ville. André reste au niveau du sol. Il observe la diversité
des pierres utilisées dans la construction. Les multiples nuances et les différentes
couleurs charment son regard. Le quart
d’heure accordé pour la visite est vite absorbé par le fleuve du temps.
La dernière étape est située à côté du fort. Cinq
minutes suffisent pour joindre le Fujairah
Museum inauguré il y a plus de vingt-cinq ans. Avant de se promener autour
du musée, André et Patrick bavardent à l’intérieur avec un couple francophone à
proximité d’un grand tableau représentant l’Emir
et sa progéniture masculine. La dame, intriguée par le contenu du petit
jerrican, les questionne. Elle pensait à de l’huile. Le sirop de datte lui est
inconnu. Dehors, un kiosque sommaire à la toiture hexagonale, installé au
centre d’une parcelle engazonnée, est approché. Deux autres cars affrétés par
msc arrivent. Autre part dans le parc du musée, un ancien bateau à fond plat
artisanal est détaillé. Au regard de ses flancs ajourés, André se demande s’il
a vraiment glissé un jour sur l’eau. La chaleur élevée incite le couple à
retourner dans le car pour attendre les autres passagers qui reviennent
progressivement.
Durant le trajet retour, Myriam parle des
Emirats. La construction des buildings de Dubaï nécessitant un apport important
de matériaux, elle évoque la disparition totale d’une montagne dans les
alentours de Fujaïrah. Une seconde disparaît progressivement pour satisfaire la
demande sans cesse soutenue. André est quelque peu halluciné par cette information.
Un paradoxe quant aux occupants des gratte-ciel trouve son explication. Les Emiratis, estimés à environ un million d’âmes,
refusent de vivre dans les buildings et les gratte-ciel. Ils sont occupés par
les millions de personnes qui contribuent au développement croissant des deux
principaux émirats. Environ sept cent mille dans celui d’Abu Dhabi et trois
cent cinquante mille dans celui de Dubaï, les Emiratis vivent dans des villas
construites gratuitement à leur attention par les deux Emirs. Ils reçoivent une
rente à vie sans obligation de travailler. A l’approche du port de Khor Fakkan, une vision saisissante
accapare les regards. Des rangées impressionnantes de pylônes électriques
chevauchent et hérissent les monts alentours telle une armée de géants.
Le car arrive au bateau vers quatorze heures.
André et Patrick se rendent au buffet pour déjeuner. Des aubergines poêlées à
l’origan, un curry de légumes agrémenté de riz blanc, des beignets de brocoli
et une crêpe aux champignons pour André composent la partition du menu. Une
bouteille d’eau gazeuse est apportée par Lapa
Ina, une serveuse asiatique.
Un temps de détente se déroule assis confortablement
dans les fauteuils en microfibre or au pont sept. Le serveur, au visage devenu
familier, apporte deux cappuccinos. Les breuvages sont sirotés lentement avant
de retourner à la cabine où la vue depuis le balcon embrasse une flotte de
containers.
Vers dix-sept heures trente, André et Patrick
sirote une boisson chaude au pont piscine où les passagers vont en viennent.
Camomille et thé Earl Grey infusent sur le plateau d’une table ronde en bois
couleur teck, décorée de bandes transversales noires et cerclée d’une bordure
tressée de lamelles en plastique noir. Au-dessus des monts, où des pylônes dépassent
par endroits, le disque solaire semble en fusion. Il irradie un halo de lumière
argentée qui dessine un sillon platiné sur les flots scintillants. Le navire
lève l’ancre ; la musique Tornero se fait entendre. André et
Patrick montent sur le pont supérieur pour assister au départ et au coucher de
soleil qui s’annonce. La plateforme des containers s’éloigne et rapetisse avec
la distance. Le cargo China Shipping Line,
chargé de containers, est à quai. A dix-huit le spectacle solaire commence. Des
nuances ambrées s’emparent de la voute céleste. Elles se reflètent sur les
flots traversés de temps à autre par de frêles embarcations. Le halo flamboyant
s’estompe, le disque solaire apparaît dans une limpidité nivéenne avant de disparaître derrière les monts. Les nuées rayonnantes se teintent de pourpre et d’or. Le navire
s’éloigne des côtes. Patrick remarque la présence sur l’eau d’une myriade de
bateaux.
A dix-neuf heures, André et Patrick dinent au
buffet Zanzibar. Une soupe à la
vénitienne aux pâtes et haricots Borlotti se découvre en début de repas. En retournant
au buffet André croise un homme qui tient une fillette dans ses bras. Elle lui tend
la main en le gratifiant d’un radieux sourire. Le français approche ses lèvres
et dépose un léger baiser sur le dessus de la gracieuse menotte. L’enfant
accentue son sourire avant de s’éloigner avec un papa tout surpris de cette
attention envers un inconnu. Le repas se poursuit avec une sélection de
mille-feuilles d’aubergines à la tomate fraîche, agrémentés de mozzarella et de
basilic. Alors que le couple quitte la table, un groupe d’enfants précédé d’une
animatrice arrive en chantonnant. Le cortège musical improvisé batifole en continuant
son avancée dans le buffet.
La soirée se déroule agréablement dans la
cabine. Vers vingt-et-une heures trente, en allant chercher de l’eau chaude au
buffet dans le mug acheté au port de Dubaï, André s’étonne de croiser des passagers
tout de blanc vêtu. Dans l’ascenseur baigné de blancheur, son esprit associe
cette tendance contagieuse à une série télévisée sur le ravissement. Il manque à
ces apparitions la cigarette aux lèvres pour s’apparenter
aux membres de la secte née suite à la disparition instantanée de deux pour
cent de la population humaine mondiale. Revenu à la cabine, il voit sur le
programme journalier qu’une White Party,
une Soirée Blanche, commence à l’Aqua Park
au pont quatorze…