vendredi 31 mars 2017

Dans l’océan Indien sur le MSC Fantasia

Au lever du soleil vers les six heures, l’horizon est voilé d’une brume brune délavé. Les flots demeurent calmes. Un oiseau avec de larges ailes noires et blanches planent au-dessus des eaux.
Après le petit-déjeuner, nous observons un banc d’animaux marins qui passent en contre-sens à côté du navire. Des jets d’eau sortent de leur dos à chaque fois qu’ils émergent. Un peu plus tard, nous voyons des navires de pêche sillonner les flots.
Des dauphins nous rendent visite et jouent quelques instants près de la coque du navire. Depuis le balcon, nous les observons sauter pardessus les flots. Puis ils s’en vont vers d’autres horizons. La mer semble si calme qui nous avons l’impression qu’elle est presque solide, si ferme que nous pourrions marcher dessus.
Vers quinze heures, Mr Belgamo organise une conférence au théâtre pour francophone. Aujourd’hui, il parle d’Aqaba le port de la Jordanie sur la mer rouge. Ce fut un point stratégique pour la défense de l’Empire Ottoman pendant la première guerre mondiale. La forteresse semblait imprenable mais Lawrence d’Arabie avec ses bédouins l’ont prise en passant par le désert. Aujourd’hui ce port est prisé par les navires de croisière pour faire les excursions vers la merveilleuse cité de Petra.

Ce soir, le directeur de croisière Jimmy propose une soirée Opéra. La Traviata de Giuseppe verdi est joué en version courte par la soprano Tatiana Knezeva et le Ténor Enrico Scotto. En parallèle, trois danseurs exécutent une version ballet qui sauve le spectacle. Les deux chanteurs ont tendance à exagérer les tons au détriment de la mélodie et des paroles. 

Ballet aquatique improvisé…

Au lever à six heures, le ciel bleu pastel se teinte aux confins d’un voile églantine qui se pose délicatement sur les flots encore endormis. Un peu plus tard, un superbe oiseau, aux ailes à l’envergure majestueuse, traverse le ciel bleu azur. Son profil dévoile un bec blanc fuselé qui fend sereinement l’air matinal.
Un peu avant huit heures, André et Patrick prennent le petit-déjeuner quelque part en Tanzanie. André déguste des dattes des Emirats et des arachides indonésiennes avec deux bananes à la peau tigrée. Voyager offre de découvrir de nouvelles sensations gustatives. Malgré la magie d’Internet, il est souvent impossible de commander par la suite les produits locaux des pays traversés. Sensibles à cette réalité, les papilles apprécient d’autant plus la saveur des mets de ces contrées éloignées. Patrick trempe sa sélection de viennoiseries et de brioches dans une boisson chaude au cacao. La collation se déroule sous les regards absents des masques africains qui décorent la paroi murale à la poupe du navire.
La matinée se dessine dans le confort de la cabine. Lecture, écriture, ouvrage sur ordinateur et iPad étoffent son déroulement. Vers dix heures Patrick remarque la présence de bateaux de pêche aux alentours du navire. Une heure plus tard, il invite André à le rejoindre sur le balcon pour contempler des dauphins qui batifolent joyeusement dans un ballet aquatique improvisé. Le couple s’émerveille de leur cabriole et de leur bond qui se terminent dans des jaillissements d’écume. Le chargement des photos sur le blog est encore en cours à midi. La connexion Internet est lente. Une trentaine de minutes sont nécessaires pour terminer la publication sur le site. Le couple déjeune ensuite au buffet. Du gâteau de pomme de terre au fromage fondu Fontina et des légumes grillés à la sauce pesto sont sélectionnés au buffet. Durant le repas apprécié, André remarque la présence de gracieux oiseaux blancs. Ils évoluent au ras des flots en survolant la crête des vagues indolentes, lisses et sirupeuses, qui se plissent dans une ondulation sans fin. Le navire glisse sur les flots calmes de la mer d’Arabie pour se diriger vers le golfe d’Aden. Il longe au large les côtes du Sultanat d’Oman.
Des cappuccinos sont sirotés au pont sept. Le barista Gusti Sugianta détaille le fonctionnement de la carte au regard du package et brosse un portrait alléchant des différentes spécialités à base de café. Les instants de détente caressent les minutes complices. Plus tard, Patrick lit sur le Kindle assis sur un des deux sièges entoilés du balcon avant de se rendre à une conférence à quinze heures. André œuvre sur l’ordinateur. Durant une période de narration dissipée, André sort régulièrement sur le balcon pour profiter du panorama marin qui s’étend à perte de vue. La température est chaude, le soleil darde des rayons brulants qui percutent les flots dans un scintillement argenté. La peluche colorée, posée à droite de l’écran, accompagne l’écrivain distrait par une rêverie vagabonde.
A l’issue de l’exposé en images, Patrick photographie quelques figurines en bois avant de rejoindre son mari. Ils se rendent ensuite au buffet pour siroter une boisson chaude. L’après-midi se continue dans un rythme empreint de la lenteur du navire.
Le couple dîne à dix-huit heures au buffet. André rejoint Patrick après un achat de douceurs sur la Piazza San Giorgio au pont six où la souriante balinaise Juli Ketut utilise la carte de la cabine pour l’impression du ticket de caisse. Installé au bord du vitrage, le couple contemple les flots. Au jour déclinant, l’horizon est embrasé d’or et d’ambre. Le disque solaire, baigné d’un halo vaporeux de lumière opaline, projette des rayons mordorés qui dessinent un sillon ivoirin sur les vagues scintillantes. André déguste lentement une part de choco light bomb au cacao sans sucre et un cupcake banane chocolat. Patrick savoure un veggie burger avec des frites.

A dix-neuf heures, André et Patrick assistent au théâtre à une version de l’opéra La Traviata de Giuseppe Verdi. La soprano Tatiana Kniazeva et le ténor Enrico Scotto sont entourés des artistes de la troupe du navire qui dansent en interprétant les rôles des hôtes et des figurants. Violetta et Alfredo, les deux héros, sont personnalisés par un couple de danseurs qui mime le déroulement de l’intrigue en parallèle de l’interprétation musicale un peu figée ; Alfredo déclare sa flamme à Violetta. La cantatrice s’égosille au lieu de chanter. Heureusement, les mimes expressifs et gracieux de la troupe offrent un spectacle visuel attachant et charmeur. Les costumes colorés et élaborés des festivités carnavalesques, les masques vénitiens, la danse des gitanes en habits de feu apportent une note de légèreté au dernier acte qui voit la mort de Violetta emportée par la maladie…













jeudi 30 mars 2017

Mascate (Oman) sur le MSC Fantasia

Une brume légère voile l’horizon. Un îlot taillé à la serpette surgit des flots calmes de l’Océan Indien. Au loin, la côte montagneuse d’Oman se découpe avec ses pentes abruptes et arides. Le port se devine avec son distributeur d’encens à la teinte blafarde qui ressemble à une lampe. Le ciel d’azur partage la voute avec le brouillard qui se dissipe sur les berges. 
Le matin, nous partons en excursion pour visiter Mascate, la capitale du Sultanat d’Oman. Nous attendons pendant plus d’un quart d’heures des retardataires. Ces derniers étant dans un autre car, ils ne viendront jamais. Alors, avec le guide Mohamed et le traducteur Raphael (un membre de MSC Fantasia) nous allons en direction du centre de Mascate. 
Le guide nous explique que le Sultan a transformé le pays depuis qu’il est le chef d’Oman en 1971. Il a construit des écoles pour instruire le peuple omanais. La scolarité est gratuite. Même l’université est subventionnée à 100% par le Sultanat afin que les meilleurs élèves puissent devenir l’élite de demain et d’aujourd’hui. 
Il ajoute aussi que le Sultan a le souci de ses sujets. Les ornanais ne paient pas d’impôts, il n’y a pas de taxe sur les produits. Pour atteindre l’autosuffisance alimentaire, le Prince a investi une partie des revenus du pétrole pour développer l’agriculture grâce à la mousson. Les produits agricoles sont mêmes vendus aux pays du Golfe. Nous en avons vu dans les Emirats. 
La première étape est la grande mosquée de Mascate. Une immense bâtisse blanche étale ses marbres sur la grande place qui accueille les fidèles. Deux grandes ailes percées par des gigantesques portes en ogive encadrent de chaque côté le vaste édifice qui invite à la prière. Le cube aux angles biseautés supporte une immense coupole de cuivre nattée par du marbre blanc. Cinq minarets se dressent vers le ciel et représentent les piliers de l’islam. 
Le soir, le navire attend deux personnes qui sont partis en excursion et qui ne sont pas encore arrivée. Après trois quart d’heure, le départ de Mascate s’amorce. Le soleil est déjà couché derrière les montagnes acérées. A cause du couple, nous ne pouvons pas assister au beau couché de soleil sur la mer. 
Après le repas, nous allons au théâtre pour écouter un concert classique. Le pianiste Mauro Bertolino exécute d’une manière volubile et rapide des morceaux d’auteurs classiques : Beethoven, Liszt, Debussy et Rossini. Un couple et un enfant ont pris place devant nous. Après son biberon, Victorio s’ennuie et s’agite dans tous les sens. Il empêche son père de filmer le concert. Alors ils partent en plein milieu du spectacle. 
A vingt-une heures, le cabiniste se met à aspirer le couloir ! Il est un maniaque de l’aspirateur. Nous l’entendons tous les jours dans chaque cabine.
Et un peu avant vingt-deux heures, le directeur de croisière, un maniaque du micro, effectue une annonce en cinq langues. Un navire est dévié de sa trajectoire pour le port de Sour afin d’y débarquer un passager qui a un problème médical grave. Ce détour n’aura pas de conséquence sur la suite de la croisière. Vraiment un bateau bruyant !

Escale à Mascate…

Au lever à six heures, le navire longe les côtes du Sultanat d’Oman pour accoster au port de Mascate. Le voile du ciel, libre de tout nuage, oscille entre le bleu, le gris et le rose au rythme du lever du soleil qui émerge lentement à l’horizon. Parmi d’autres, un ample îlot rocheux à bâbord, nimbé d’une lumière rose pâle, attire les regards. Sur les flots animés d’une légère ondulation, il s’apparente à un iceberg en mouvement échappé de la banquise. A tribord, un tanker s’approche d’une raffinerie. Tout au long des côtes, des massifs montagneux, escarpés et dentelés, se succèdent et s’amoncellent au lointain.
Un peu avant sept heures trente, alors qu’André et Patrick prennent leur petit-déjeuner au buffet, le navire amorce les manœuvres d’accostage. Un jeune serveur du Honduras tape amicalement sur l’épaule d’André après une scénette liée à la présence d’un sac au sol. Les installations du port Sultan Quaboos entrent dans le champ de vision à l’amarrage. La collation se termine. Le couple retourne à la cabine pour se préparer à sortir. Depuis le balcon, une quarantaine de bus alignés dévoile sa présence sur le quai ; ils attendent les excursionnistes.
A huit heures quarante-cinq, au lounge L’Insolito, André et Patrick reçoivent des mains de Marina deux autocollants portant le numéro de leur excursion. Ils sortent du navire, reçoivent un visa journalier libellé en anglais et en arabe, s’approchent du car quarante-cinq, regardent l’affiche collée sur le pare-brise, lisent les mots Mystical Muscat et prennent place à l’avant. Des passagers viennent de Fribourg en Suisse. Un monsieur en surpoids au corps grippé par le manque d’exercice, venu dans un fauteuil roulant déposé dans la soute par le chauffeur, grimpe les quelques marches avec difficulté pour venir s’asseoir au premier rang à la place d’un couple invité à se déplacer. La dame bougonne en sourdine ; elle se voit privée de la vue avant panoramique. Raphael, l’accompagnateur francophone, est en duo avec Ahmed, un omanais de Mascate venu parler de son pays. Le bus est l’un des derniers à partir car une vingtaine de passagers manque à l’appel. Après enquête, Raphael annonce qu’ils sont montés par erreur à bord d’un véhicule d’une autre excursion. Cela est vraiment étonnant au regard de l’organisation très encadrée. André détaille l’intérieur de l’habitacle. Les vitrages du bus sont tous tapissés sur la partie haute d’une cantonnière plissée bleu roi assortie aux rideaux cache-soleil. Des liserés mordorés terminés de pompons serpentent sur le tissu satiné. Le bus démarre et quitte l’enceinte du port interdite aux piétons. Des navettes gratuites sont à la disposition des passagers désirant se rendre au port. Le trajet vers la première étape dure un peu moins d’une heure. Les propos anglais d’Ahmed, souvent empreints d’humour, sont traduits en français par Raphael. Agé de vingt-trois ans, il habite seul car les règles du Sultanat lui interdisent de vivre avec une compagne avant le mariage. Les rapports sexuels sont interdits avant la nuit de noce. Pour pouvoir se marier, il doit d’abord être autonome financièrement. Il peut convoler avec quatre épouses, toutefois, il doit pouvoir assumer toutes les dépenses liées à ces quatre unions. Il annonce que le futur époux doit verser avant le mariage environ douze mille euro aux parents de la promise. Comme pour minimiser ces contraintes, il flagorne à propos de l’absence de sous-vêtements sous les djellabas qui permet d’honorer à tout moment les ardeurs des épouses. Coiffé du traditionnel Koma, il le dépose pour effectuer une démonstration. Il noue adroitement sur sa tête le turban omanais en précisant que pour protéger la nuque des rayons solaires, le tissu est moins replié sur la tête pour le laisser prendre sur le haut du dos. En fin de manipulation, les frisettes décorent son front et les pompons font office de favoris.
Le car arrive à la Grande Mosquée Qaboos à l’architecture marmoréenne raffinée. Symbole de la renaissance du pays, elle fut construite il y a une trentaine d’années avec les deniers personnels du Sultan Qaboos Bin Said Al-Said, au pouvoir depuis l’année mille neuf cent soixante-dix. Le ciel d’azur immaculé offre un contraste magnifique avec la blancheur du marbre et la verdure luxuriante qui arbore les entourages de la mosquée. Raphael annonce une durée d’une heure pour la visite. André et Patrick préfèrent flâner autour de l’édifice religieux, l’intérieur ayant été découvert lors d’une précédente escale à Mascate. Les ensembles paysagés se sont étoffés avec les années pour offrir aujourd’hui un écrin magnifique. Les minarets s’élancent avec grâce vers la voûte céleste. Une promenade se déroule lentement sous les deux galeries somptueuses qui bordent la mosquée. Les plafonds à caissons en bois ciselé et mouluré sont de toute beauté. Une multitude de niches en ogive dévoilent une kyrielle de fresques magnifiques réalisées en mosaïques dans une palette de couleurs inouïe. La mosquée est entourée sur des centaines de mètres de bosquets fleuris aux alignements géométriques. Outre le blanc, les nuances de rouge, d’ocre, de rose et de vert rivalisent de beauté. André remarque que la forme ogivale est reine dans la structure élaborée de la mosquée. Les portes en bois parées d’or sont mises en valeur par le blanc des marbres aux nuances nacrées et ivoirines. Des oiseaux se prélassent sur les coupoles encore épargnées par les rayons solaires. Les artistes ont excellé dans l’exécution des détails omniprésents dans les sculptures, les parures et les ornementations. La coupole du dôme central, d’or et de rubis, les marbres richement façonnés, les enjolivures des fresques révèlent le talant incomparable des orfèvres ciseleurs qui se consacrèrent à la réalisation de la mosquée. Patrick devient photographe devant tant de magnificence. André s’imprègne de la magie du lieu, se laisse porter par la quiétude et la sérénité qui se dégagent du site baigné de l’amour des artistes et des milliers de mains qui participèrent à sa naissance. Nul besoin d’entrer dans la mosquée pour ressentir son aura éthérée et étonnamment immatérielle devant la profusion de marbre, de pierre, de bois et de pierreries.
Durant le trajet retour vers le port, Ahmed sort quelques billets de banque omanais pour les faire circuler parmi les passagers. André photographie une coupure de cent rials d’une valeur d’un peu moins de trois cents euro. Il se souvient que lors de leur dernière venue à Oman il y a cinq ans un rial valait deux euro. La mémoire flotte sur les souvenirs. Il se remémore que la fête nationale est célébrée le 18 novembre, jour anniversaire du Sultan né voici bientôt soixante-dix-sept ans à Şalālah, non loin du village de pêcheurs de Taqah où naquit sa mère. Il y a fort longtemps, le fabuleux palais de la légendaire Reine de Saba se dressait dans la région de Khor Rori, sur l’ancien site de la florissante cité portuaire de Sumhuram, capitale jadis du commerce de l’encens, qu’André et Patrick visitèrent il y a cinq ans. Le car arrive à destination. André sort de sa songerie. Raphael annonce qu’une vingtaine de minutes est accordée pour la visite du souk. L’étape suivante, le palais du Sultan où résident les dignitaires invités, comme Chirac en son temps ou Obama plus récemment, se trouvent non loin de la mosquée. Le couple s’étonne de l’organisation décousue des étapes et décide de rester au port plutôt que de rouler à nouveau une petite heure sur un trajet sensiblement similaire au précédent. De plus, seuls les espaces extérieurs du palais sont accessibles à la visite comme André et Patrick le constatèrent précédemment. Raphael est remercié. La direction du Kargeen Caffé, situé dans l’annexe du musée Bait Al Baranda, est prise. André pense à Evelyne, la sympathique jeune serveuse philippine, à Mascate depuis de nombreuses années, dont l’accueil fut chaleureux à chacune de leur visite. Contre toute attente le café a disparu. Le mouvement de la vie coupe les liens toujours éphémères malgré la propension de l’ego à l’oublier. Le port et ses ruelles ayant déjà été arpentés maintes fois, André et Patrick décident de retourner à bord du Fantasia. Le Loaloat Al Behar, un des yachts du Sultan est amarré dans le port. Une nouvelle structure est en cours de réalisation au bord de la corniche. Patrick pense à un terminal de croisière, les paquebots accostant devant les containers. Une vaste canopée blanche ondule sur l’ossature métallique du futur complexe. A l’entrée du port de marchandises, les navettes à destination des différents paquebots attendent les passagers. Le couple prend place dans un des minibus dont les rangées de sièges se terminent par un strapontin. Une fois toutes les places occupées moins une, le conducteur démarre. Quelques minutes plus tard il dépose ses passagers à la coupée du navire.
André et Patrick se rendent au buffet pour déjeuner. Midi trente est passé. Précédée d’une animatrice, une troupe d’enfants défile joyeusement main dans la main. Des paupiettes de chou garnies de riz et de légumes s’invitent à table avec des poivrons gratinés à la mozzarella, farcis également de riz et de légumes. Les mets sont savourés avant d’aller siroter un cappuccino sept ponts plus bas. Un petit carreau de chocolat noir Venchi plié dans une feuille dorée accompagne les breuvages servis par le jeune balinais. Le début d’après-midi se déroule à œuvrer et lire dans la cabine. Après seize heures trente, une pause est appréciée au buffet. Camomille au jus de citron et thé Earl Grey sont sirotés. Depuis sa place, André admire une œuvre centrée dans un cadre en bois. Des motifs tribaux décorent la toile de jute chinée ocre marron.
André et Patrick montent ensuite sur le pont piscine pour se promener en contemplant le paysage aride. Les monts rocheux acérés et désertiques, qui bordent la bande de terre aménagée le long des côtes, occupent tout l’horizon. L’encensoir monumental sur sa colline aménagée en piédestal géant est toujours présent dans le paysage. Construit voici fort longtemps selon le désir du Sultan Qaboos, il représente l’emblème portuaire de Mascate. Une attrayante felouque en bois clair promène des personnes sur l’eau. Vers dix-huit heures, le navire Albatros, auréolé de brume, s’éloigne discrètement pour disparaitre à l’horizon qui se confond avec la mer. André et Patrick se dirigent au buffet pour dîner avant le spectacle. André savoure les rondelles d’une banane avec des dattes d’Oman et des arachides indonésiennes. Patrick se régale avec un veggie burger accompagné de frites et de wraps. Deux biscuits aux fruits confits, emportés lors du thé de l’après-midi, terminent son repas.
Le navire lève l’ancre vers dix-huit heures trente. Le soleil se couche. Depuis le vitrage du buffet, le couple contemple les nuées effilochées vagabondes teintées de rose et de pourpre. Au premier plan, le port des containers est vide. Les caisses de métal ont été déplacées plus loin dans le port. La physionomie des installations est en pleine mutation.
Au théâtre, le maestro italien Mauro Bertolino joue un concerto sans partition. Une dextérité acquise avec la pratique se déchaine sur les touches du piano qui peinent à exprimer les notes tant la rapidité des gestes est extravagante. La nervosité du pianiste massacre le concerto dans un jeu en apnée qui fait trembler le piano d’indignation.
Vers vingt-deux heures, le micro, à la fois présent dans la cabine et dans la salle de bain, grésille. La voix de Jimmy, le directeur de croisière, jaillit bruyamment pour annoncer une information importante. Le voilà reparti à déblatérer un message en cinq langues. Le navire se détourne de sa trajectoire pour aller accoster au port de Sour en raison d’une urgence médicale. Un homme sera débarqué. Le speaker ajoute que ce détour ne change en rien le déroulement normal de la croisière. Alors pourquoi réveiller Patrick qui dort et surprendre André qui se prépare à le rejoindre au pays des rêves...






















mercredi 29 mars 2017

Khor Fakkan sur le MSC Fantasia

Le Golfe d’Oman semble calme et les flots ondulent comme une robe de soie. Au loin, la brume recouvre de son empreinte laiteuse les côtes des Emirats Arabes Unis. Des constructions blanches se détachent de la ligne sombre. Des montagnes anthracite se dressent en arrière-plan devant la ville. Lentement les rayons du soleil dissipent l’atmosphère spectrale. Le navire accoste dans le Port de Khor Fakkan qui est une enclave de l’Emirat de Sharjah dans l’Etat de Fujaïrah.
Après le petit-déjeuner, nous prenons place dans le Bus trente-quatre pour l’excursion de découverte de la Côte Est des Emirats Arabes Unis. L’accompagnatrice se prénomme Myriam et elle vient de l’île de Malte. Notre première étape est la mosquée d’Al Bidya. Ce lieu est la première implantation humaine sur cette côte. Nous visitons la plus vieille mosquée des Emirats Unis qui possède quatre bulbes en forme de Ziggourats. Sur la colline qui surplombe l’édifice religieux, deux tours gardent la côte.
Ensuite nous effectuons une pause au marché central. Ce dernier est composé d’un marché alimentaire, viandes et poissons puis d’un marché de vêtements. A la fin des halles, nous trouvons un vendeur de dattes. Il propose des importations d’Arabie Saoudite et une seule variété des Emirats. Pour six dollars américains, nous en prenons plus d’un kilogramme. Et nous achetons aussi un litre et demi de sirop de dattes.
Après, nous allons au Heritage Village où nous pouvons admirer la vie des bédouins avant les années septante qui correspond à l’unification des sept Emirats sous l’autorité d’Abu-Dhabi. Nous découvrons une multitude d’objets cette époque.
Avec le car, nous effectuons quelques centaines de mètres et nous observons le Fort de Fujaïrah. Un immense bloc situé sur une colline domine la ville. L’entrée s’effectue par une grande tour carrée et crénelée qui conduit à une vaste cour intérieure. Des grosses tours rondes consolident à chaque coin du fort la structure martiale. A l’intérieur, les escaliers possèdent de hautes marches qui sont raides. Le plafond est composé de tronc de bois en radiant autour d’un gros pilier central. La plateforme supérieure est accessible par un escalier escarpé et une trappe étroite qui donne directement sur la tour supérieure.
A quelques mètres de là, le musée de Fujaïrah permet d’admirer la collection de poteries et d’outils des bédouins. Nous jetons un coup d’œil rapide mais nous ne sommes pas attirés par la présentation. Il est temps de revenir au navire.
Pendant le trajet, nous traversons la « Free Zone » qui est le nouveau port pétrolier des Emirats Unis. Suite à la fermeture du détroit d’Ormuz par l’Iran, le pétrole et le gaz sont acheminés directement par des pipelines vers ce nouveau port. Les raffineries ont été aussi déplacées pour diminuer la pollution importante de Dubaï et d’Abu-Dhabi.
Vers les quatorze heures, nous mangeons enfin au restaurant-buffet Zanzibar. Puis, nous dégustons un café au bar « Il Cappuccino » au point sept.

A dix-huit heures, le navire quitte le port de Khor Fakkan. Le soleil décline lentement derrière les montagnes brulées. Depuis l’arrière, nous observons son coucher. Le disque glisse doucement et sa lueur s’étale sur les flots du golfe d’Oman. La brume s’empourpre légèrement avec quelques touches d’or. Lorsque l’astre solaire passe l’autre côté des monts, le navire est déjà loin de la côte. A notre droite, nous voyons une flopée de bateaux qui attendent pour entrer dans le port.  

Escale au port Khor Fakkan, une enclave de l’Emirat de Sharjah…

Au lever à six heures, les reliefs accidentés des côtes de l’Emirat de Fujaïrah se dessinent imperceptiblement au travers d’une brume opaque. Une vingtaine de minutes plus tard, elle s’estompe pour révéler un splendide canevas de nuées églantine peintes artistiquement sur un ciel céruléen.
A sept heures, des filaments cotonneux s’évanouissent discrètement pour laisser la voute céleste se magnifier en bleu azur.
André et Patrick montent au pont quatorze pour le petit-déjeuner. Ils s’installent à une table à tribord au buffet Zanzibar. Un séisme ébranle le bateau lors de l’amorce d’une manœuvre latérale pour l’amarrage. Un gémissement plaintif s’empare de la structure du navire qui trépide et vibre fortement durant plusieurs minutes. L’intensité sonore du tremblement artificiel couvre les bavardages des passagers. André ralentit le rythme de sa collation durant le phénomène inexistant sur les dernières générations de paquebots. Une part de tourte aux pommes termine son repas à la partition itérative. Les papilles de Patrick se réjouissent chaque matin à l’arrivée en bouche des viennoiseries trempées dans du café.
Un temps en cabine précède un départ avant huit heures quinze. Le couple se rend au pont six. André s’assoit au dernier rang du théâtre pour éviter de descendre les marches conduisant devant la scène où Patrick reçoit de l’équipe d’animation le macaron numéroté indiquant quel autocar va les emmener en excursion. Ils prennent place dans le bus trente-quatre après avoir reçu un visa journalier à la sortie du navire. Les passagers sont accueillis par Myriam, une guide francophone, originaire de Malte, souriante et enjouée. Le port entouré de murs à hauteur d’homme, coiffés régulièrement de fils de fer barbelé spiralés, ressemble à une forteresse. L’aspect des bâtiments ocre sable de la zone protégée est strict et dépouillé. Un garde conduit tant bien que mal le bus de façon chaotique en dehors de l’enceinte où le chauffeur civil Vikki prend le relais.
La direction de la ville de Dibba est prise pour joindre un site historique. Une vingtaine de minutes plus tard, le bus se range sur le bas-côté de la route. Les voyageurs découvrent un fortin portugais en pierre ocre sable du désert qui domine la petite mosquée carrée d’Al Bidya, coiffée de quatre dômes diversement spiralés, surmontés d’un téton. La lourde structure ramassée, imposante malgré sa petite taille, est percée sur chaque côté de deux lucarnes obstruées par de petits barreaux arachnéens. Patrick gravit les marches empierrées de l’éminence rocheuse, parsemée de blocs de pierre, pour atteindre le sommet. André grimpe la pente en suivant l’étroite rocade caillouteuse qui borde les degrés. Malgré la faible hauteur de la colline, un panorama se dévoile. La mer est à portée de vue. Une cité oasis très étendue, aux constructions basses, se dessine en contrebas. Derrière le fortin aux meurtrières crénelées, fermé à la visite, une palmeraie aligne sa fratrie d’arbres plantés en alignement. Une tourelle en contrebas témoigne de l’ancienneté de la forteresse morcelée par plus de cinq siècles d’existence. Quelques arbres, aux troncs tortueux et aux écorces rainurées par la sécheresse pour certains, perdurent parmi la rocaille couverte par endroits d’arbustes maigrichons et de broussailles enchevêtrées qui résistent au dessèchement. Seuls quelques cactus s’épanouissent sur le sol aride à proximité d’un ancien puits dont la margelle en pierre est coiffée de trois poteaux en bois assemblés en triangle où un seau en métal noir, pendu à la jonction, est oublié de tous. Un jeune arabe sourit par deux fois à André. Tout en vérifiant les tenues vestimentaires, il veille à ce que les profanes quittent bien leurs chaussures pour pouvoir pénétrer dans la mosquée. Certaines personnes reçoivent l’interdiction d’entrer. La durée de la visite étant limitée à vingt minutes, Patrick qui surveille le déroulement des minutes, indique qu’il est temps de retourner au bus.
Le chauffeur fait demi-tour. Le long du parcours, un périmètre immense est entouré sur des kilomètres d’une chaîne continue de cloisons blanches enjolivées d’un cadre de couleur vert d’eau, arrondi aux angles. Elles sont réunies par des poteaux carrés de même couleur dont certains dépassent en hauteur pour s’élever vers le ciel. A intervalles réguliers, le sigle Foiz se répète au centre des surfaces. Patrick a lu quelque part que ce vaste site abrite l’arrivée de l’oléoduc souterrain, long d’une bonne centaine de kilomètres, qui part de Dubaï. Il fut créé voici quelques années quand l’Iran refusa de laisser passer les pétroliers des Emirats au travers du détroit d’Ormuz. Le lieu s’est étoffé de raffineries de pétrole, déplacées d’Abu Dhabi et de Dubaï, en raison d’une pollution génératrice d’une continuelle bruine. D’innombrables rangées d’immenses citernes rondes blanches se succèdent en enfilade le long de la route où l’or noir est stocké pour le compte des deux émirats. Les noms des diverses sociétés concernées se lisent sur les parois circulaires. Depuis quelques années Dubaï investit massivement dans l’émirat de Fujaïrah pour développer les infrastructures touristiques ; l’été la température avoisine les trente degrés alors que le long des côtes des deux principaux émirats elle avoisine les cinquante degrés.
Une heure plus tard, le car parvient au marché central de la ville de Fujaïrah. Divers ronds-points sont contournés pour parvenir à destination ; des œuvres sculpturales imposantes trônent au centre des massifs arborés. André admire la lampe magique d’Alain où un génie est enfermé. Myriam annonce une visite limitée à une trentaine de minutes. André et Patrick se promènent dans les allées du marché couvert bordées d’échoppes réunies par secteurs d’activités. Une part belle est faite aux fruits et aux légumes dont certains sont découverts pour la premières fois. Un couloir est réservé aux bouchers charcutiers. Des carcasses d’animaux, aux chairs tailladées selon les commandes des clients, pendent dans les vitrines des locaux réfrigérés. Un marché au poisson est évité pour contourner les odeurs entêtantes des cadavres frais baignant dans les cristaux de glace pour freiner la décomposition.
Le long d’une étroite placette envahie de voitures, blanches en quasi-totalité, derrière le marché des pêcheurs, l’échoppe Rashid Dates Sales retient instantanément l’attention d’André. A l’intérieur, une variété de dattes impressionnante accueille le couple. André repère en vitrine un carton de deux kilos et demi de dattes produites aux Emirats. Un jeune vendeur les déconseille en prétextant qu’elles sont mauvaises. Cet argument surprenant et inattendu interpelle. La signification viendra d’elle-même un peu plus tard. Le patron s’active avec des acheteurs. André et Patrick patientent en promenant leur regard sur la ribambelle de petites pyramides de dattes protégées par de la cellophane. La langue arabe leur étant inconnue, seuls les yeux peuvent détailler la texture, la couleur et la taille des fruits secs. Son tour venu, André demande à acheter des dattes moelleuses nées aux Emirats. Le marchand, tout sourire, lui propose une variété naturellement sucrée à l’aspect un peu rabougri. Sans façon, il l’invite à palper les fruits puisqu’André décline avec le sourire son invitation à en goûter une. Les gants plastiques et les mesures d’hygiène européennes sont inconnus. Le garçon avance sa main et tâte différentes dattes qui effectivement se révèlent souples et liquoreuses malgré leur aspect chétif. Elles coûtent quatre dollars américains le kilogramme alors que celles proposées par le vendeur à l’arrivée se vendent plus du double. Il était uniquement intéressé par le chiffre d’affaires. Patrick sort un billet de cinq ; le patron remplit copieusement un sachet plastique, heureux de traiter avec les français. Son attitude, chaleureuse et enthousiaste, va lui valoir un second achat. André repère un flacon de sirop de dattes quasiment introuvable en France. Ses yeux brillent car il en raffole. Attentif et perspicace, malgré la barrière du langage, le marchand lui propose alors un petit jerrican d’un litre et demi. Malgré la place restreinte dans les bagages, l’affaire est conclue pour cinq autres dollars. Motivé, André se débrouillera pour le transporter. Le vendeur, amusé, redonne le billet de cinq contre un de dix. Le couple est médusé d’un prix aussi bas car il faut plus d’un kilo de dattes pour générer un litre de sirop. Une amicale poignée de main est échangée avant de quitter cette caverne d’Ali Baba. André est enchanté. Régulièrement en voyage depuis de nombreuses années, c’est la première fois que le couple découvre un achalandage avec une telle abondance ; Gaïa est vraiment généreuse.
Les minutes sont passées et le timing invite à revenir sur les pas. Une flânerie dans les couloirs des fruits et légumes offre de prendre quelques photos. Une sorte de longue courgette, à la peau rainurée pourvue de crêtes, s’apparente à l’épiderme d’un dragon de Komodo. A un endroit donné, une haute et grande arche rectangulaire à trois voussures, aux coupoles à bulbes, surplombe un passage entre deux couloirs. Soudain, une personne agrippe André par la manche. Il se retourne. Une dame du car a repéré le sachet de dattes ; elle lui demande où il les a achetées. Elle le remerciera plus tard pour avoir pu, elle aussi, acheter le fruit des Dieux. A l’angle de deux couloirs, un pick-up chargé de végétaux attire le regard. A côté, sur le sol bétonné, des dizaines de cagettes en cartons empilées, dévoilent une multitude d’oignons rouges. André détaille la façade opposée d’une large rue parallèle au marché. Elle est bordée d’un long bâtiment blanc à l’architecture typiquement arabe avec ses balcons à arches et ses hautes fenêtres effilées à ogive aux vitrages pourvus de carreaux bleutés. Il abrite au niveau de la rue une quinzaine d’échoppes surmontées d’enseignes en arabe et en anglais, dépouillées et expressives. Revenus au point de rendez-vous, le couple patiente avec les autres voyageurs la venue du car. André remarque la couleur jaune paille des taxis de la société Fujairah Transport. Patrick prend en photo des plaques d’immatriculation dont une de l’Emirat de Sharjah. André voit sur la porte d’entrée d’un local administratif la silhouette de l’Emir de Fujaïrah. Sur les deux vitrages de droite, décorés des couleurs et du drapeau des Emirats, des phrases en arabe sont étoffées des mots en anglais Spirit of the Union National Day United Arab Emirates, précédés du chiffre quarante-cinq. Les Emirats Arabes Unis se sont formés en mille neuf cent soixante-et-onze. Le car arrive et les croisiéristes remontent à bord.
Une vingtaine de minutes plus tard, Vikki dépose le groupe devant le Village du Patrimoine situé dans le quartier Madabb. Le portique est franchi. Un groupe de six arabes, en djellabas et coiffes blanches, accueillent les touristes en dansottant tout en faisant tournoyer une tige en bois à la manière des majorettes. L’habitat traditionnel des bédouins des siècles passés se dévoile au travers d’artefacts et d’outils anciens. Des scènes de vie interprétées par des mannequins, dont certaines sont mystérieuses, se succèdent dans des cases alignées le long du mur d’enceinte de la façade du village. Un arabe barbu, tout de blanc vêtu, s’affaire à une machine à coudre à pédale avec des tissus colorés. Plus loin, des esquifs, barques et des paniers de pêche aux larges mailles, en forme de dôme, rappellent que la mer a toujours été présente dans la vie des nomades. Dans les cases qui se succèdent sur la partie arrière du village, Patrick se fait un plaisir de prendre en photo les ustensiles variés, les vases aux formes disparates, en bois, en porcelaine ou en terre cuite, les objets et spécificités de la vie quotidienne. De nombreuses niches se dévoilent dans les murs ocre sable des diverses cahutes pourvues de moult tapis et aménagées de ribambelles de coussins colorés et chatoyants. Des théières en métal gris se font remarquer par leur long bec de héron. Des lampes à pétrole en fer, à la peinture bleue écaillée, sont suspendues au faîte des toitures couvertes de treillis de paille de palmier. Un autre modèle de lanterne réalisé en bois interpelle les regards. Un berceau en bois est suspendu dans les airs par des cordages fixés à une toiture plate pour protéger le nouveau-né des bestioles qui vivent au niveau du sol. Des outils en os d’animaux et des cordages sont accrochés à une paroi en bois. Des coffres ouvragés, en bois et en métal, cloutés et sertis de pierreries pour certains, côtoient d’énormes plateaux circulaires en métal ciselé de fins motifs. La pierre, le bois, les branches d’arbres et les fibres issues des végétaux sont les matériaux à l’honneur dans les abris qui sont parfois partiellement creusés dans la terre. Dans la vaste cour, Nasr Eddin, assis sur une charrette attelée à son célèbre âne, attend pour conter une histoire. André et Patrick se retrouvent vers l’entrée après avoir effleuré les siècles au travers des aménagements du village. Une balance à peser, à taille humaine, rappelle la simplicité des échanges à proximité d’un petit étal où du café à la cardamome et au safran est proposé à la dégustation avec un morceau de datte. Une trentaine de minutes se sont envolées durant la découverte du village.
L’étape suivante, a environ deux kilomètres de la mer, est atteinte une vingtaine de minutes plus tard. Des filaments de nuées se promènent distraitement dans le ciel continuellement bleu. Le Fujairah Fort, massif et de petite dimension, fut édifié en roche, pierre, boue et foin, il y a plusieurs siècles sur une petite éminence d’une trentaine de mètres. Une tour carrée, une tour ronde et un beffroi en pierraille, plus ancien, réunies par un corps central surmonté de remparts, indique que la construction s’est étoffée avec les années. Les embrasures ouvertures sont rares. Des meurtrières et des mâchicoulis se signalent discrètement sur les murs épais de la couleur ocre du sable du désert. Les escaliers fleurissent dans la cour intérieure pour accéder aux remparts et pour monter dans les tours. Patrick grimpe de hauts degrés en pierre, parfois taillés étroitement à même la pierre, explore, admire les poutraisons circulaires des tours qui rayonnent depuis le haut de leur colonne centrale. Un monsieur se cogne violemment la tête dans un goulet étroit conduisant en haut de la tour ronde principale. Une conséquente mosquée blanche, en voie d’achèvement, émerge dans le panorama de la ville. André reste au niveau du sol. Il observe la diversité des pierres utilisées dans la construction. Les multiples nuances et les différentes couleurs charment son regard. Le  quart d’heure accordé pour la visite est vite absorbé par le fleuve du temps.
La dernière étape est située à côté du fort. Cinq minutes suffisent pour joindre le Fujairah Museum inauguré il y a plus de vingt-cinq ans. Avant de se promener autour du musée, André et Patrick bavardent à l’intérieur avec un couple francophone à proximité d’un grand tableau représentant l’Emir et sa progéniture masculine. La dame, intriguée par le contenu du petit jerrican, les questionne. Elle pensait à de l’huile. Le sirop de datte lui est inconnu. Dehors, un kiosque sommaire à la toiture hexagonale, installé au centre d’une parcelle engazonnée, est approché. Deux autres cars affrétés par msc arrivent. Autre part dans le parc du musée, un ancien bateau à fond plat artisanal est détaillé. Au regard de ses flancs ajourés, André se demande s’il a vraiment glissé un jour sur l’eau. La chaleur élevée incite le couple à retourner dans le car pour attendre les autres passagers qui reviennent progressivement.
Durant le trajet retour, Myriam parle des Emirats. La construction des buildings de Dubaï nécessitant un apport important de matériaux, elle évoque la disparition totale d’une montagne dans les alentours de Fujaïrah. Une seconde disparaît progressivement pour satisfaire la demande sans cesse soutenue. André est quelque peu halluciné par cette information. Un paradoxe quant aux occupants des gratte-ciel trouve son explication. Les Emiratis, estimés à environ un million d’âmes, refusent de vivre dans les buildings et les gratte-ciel. Ils sont occupés par les millions de personnes qui contribuent au développement croissant des deux principaux émirats. Environ sept cent mille dans celui d’Abu Dhabi et trois cent cinquante mille dans celui de Dubaï, les Emiratis vivent dans des villas construites gratuitement à leur attention par les deux Emirs. Ils reçoivent une rente à vie sans obligation de travailler. A l’approche du port de Khor Fakkan, une vision saisissante accapare les regards. Des rangées impressionnantes de pylônes électriques chevauchent et hérissent les monts alentours telle une armée de géants.
Le car arrive au bateau vers quatorze heures. André et Patrick se rendent au buffet pour déjeuner. Des aubergines poêlées à l’origan, un curry de légumes agrémenté de riz blanc, des beignets de brocoli et une crêpe aux champignons pour André composent la partition du menu. Une bouteille d’eau gazeuse est apportée par Lapa Ina, une serveuse asiatique.
Un temps de détente se déroule assis confortablement dans les fauteuils en microfibre or au pont sept. Le serveur, au visage devenu familier, apporte deux cappuccinos. Les breuvages sont sirotés lentement avant de retourner à la cabine où la vue depuis le balcon embrasse une flotte de containers.
Vers dix-sept heures trente, André et Patrick sirote une boisson chaude au pont piscine où les passagers vont en viennent. Camomille et thé Earl Grey infusent sur le plateau d’une table ronde en bois couleur teck, décorée de bandes transversales noires et cerclée d’une bordure tressée de lamelles en plastique noir. Au-dessus des monts, où des pylônes dépassent par endroits, le disque solaire semble en fusion. Il irradie un halo de lumière argentée qui dessine un sillon platiné sur les flots scintillants. Le navire lève l’ancre ; la musique Tornero se fait entendre. André et Patrick montent sur le pont supérieur pour assister au départ et au coucher de soleil qui s’annonce. La plateforme des containers s’éloigne et rapetisse avec la distance. Le cargo China Shipping Line, chargé de containers, est à quai. A dix-huit le spectacle solaire commence. Des nuances ambrées s’emparent de la voute céleste. Elles se reflètent sur les flots traversés de temps à autre par de frêles embarcations. Le halo flamboyant s’estompe, le disque solaire apparaît dans une limpidité nivéenne avant de disparaître derrière les monts. Les nuées rayonnantes se teintent de pourpre et d’or. Le navire s’éloigne des côtes. Patrick remarque la présence sur l’eau d’une myriade de bateaux.
A dix-neuf heures, André et Patrick dinent au buffet Zanzibar. Une soupe à la vénitienne aux pâtes et haricots Borlotti se découvre en début de repas. En retournant au buffet André croise un homme qui tient une fillette dans ses bras. Elle lui tend la main en le gratifiant d’un radieux sourire. Le français approche ses lèvres et dépose un léger baiser sur le dessus de la gracieuse menotte. L’enfant accentue son sourire avant de s’éloigner avec un papa tout surpris de cette attention envers un inconnu. Le repas se poursuit avec une sélection de mille-feuilles d’aubergines à la tomate fraîche, agrémentés de mozzarella et de basilic. Alors que le couple quitte la table, un groupe d’enfants précédé d’une animatrice arrive en chantonnant. Le cortège musical improvisé batifole en continuant son avancée dans le buffet.
La soirée se déroule agréablement dans la cabine. Vers vingt-et-une heures trente, en allant chercher de l’eau chaude au buffet dans le mug acheté au port de Dubaï, André s’étonne de croiser des passagers tout de blanc vêtu. Dans l’ascenseur baigné de blancheur, son esprit associe cette tendance contagieuse à une série télévisée sur le ravissement. Il manque à ces apparitions la cigarette aux lèvres pour s’apparenter aux membres de la secte née suite à la disparition instantanée de deux pour cent de la population humaine mondiale. Revenu à la cabine, il voit sur le programme journalier qu’une White Party, une Soirée Blanche, commence à l’Aqua Park au pont quatorze…