samedi 4 mars 2017

Balade au jardin botanique du centre-ville...

Durant la matinée, le spectacle du ciel se déroule en trois actes. Au lever, le rideau se lève sur un lac céleste de nuées cendrées aux reflets rosés. Dans les coulisses du ciel des nuages se déchirent pour étoffer la toile de fond à l’horizon. Après un premier entracte, une centaine de minutes plus tard, l’acte deux commence. Des ombres chinoises animent le mont Coot-tha. Sur la ville, des nuées effilochées chaloupent dans un ballet cadencé par le vent qui dirige la chorégraphie. Un long entracte précède à onze le dernier lever de rideau. La dernière scène réunit une sarabande de nuées cotonneuses, diaphanes et lumineuses, poudrées d’escarbilles à l’incandescence attiédie, échappées du foyer solaire.
Après onze heures trente, André et Patrick marchent sur George. Alors qu’ils traversent le passage piéton sur Adelaide, Patrick voit une navette du Queen Mary II arrêté au feu rouge. Le paquebot de la Cunard, amarré au Terminal de croisière sur la presqu’île de Fisherman Island, appareille en fin d’après-midi pour une croisière à destination de Hong Kong.
Plus loin, sur la scène de la rue piétonne Queen, des membres du fitness Pure exécutent des mouvements d’assouplissements. Une collecte de fonds de l’organisme de bienfaisance Pure-Palooza se déroule en parallèle du show improvisé. Elle est destinée à soutenir l’action de l’association Queensland Women's Legal Services qui, outre sa ligne téléphonique pour répondre aux appels de femmes et d’enfants touchés par la violence domestique, apporte un soutien gratuit juridique et social.
Plus bas sur la rue, au niveau de la canopée, un artiste philosophe au visage flavescent, coiffé d’un chapeau pointu chinois, vêtu d’une tunique, d’une courte cape et d’un pantalon dorés, est en lévitation. Sa main gauche est posée sur le pommeau d’une longue canne en bambou  restée en contact avec le sol. André prend une photo et donne une obole. Le sage l’invite à prendre un petit bristol de couleur au hasard dans la bourse de toile transparente accrochée par une chainette à la manche de sa tunique. Une citation de Confucius se dévoile sur le petit carton vert : It does not matter how slowly you go as long as you do not stop qui peut se traduire par Peu importe la lenteur avec laquelle tu chemines, tant que tu continues d’avancer. Le Maître de lévitation échange un sourire avec André et lui sert la main ; il ressent comme un fluide magnétique qui parcours son corps.
La jeune chanteuse guitariste Ada Richards, une belle jeune femme à la longue chevelure auburn, se produit sur la rue avec son matériel de sonorisation. Un peu plus bas, l’artiste saltimbanque aux ballons colorés charme petits et grands devant la Brisbane Arcade. André et Patrick parviennent au Queen’s Plaza où ils déjeunent chez Vegeto. La jeune femme hindoue, Arshpreet, leur sert du riz et des légumes au curry. Les mets, finement cuisinés, sont savourés dans l’espace commun baigné du bruit des conversations. Après le repas, devant l’entrée du centre commercial, sur la terrasse du café-restaurant Pig N Whistle longeant la rue, ils dégustent chacun une douceur en sirotant un cappuccino à l’ombre d’un arbre isolé. André teste la saveur d’un tiramisu rond, demandé nature à la commande passée par Patrick, et pourtant servi avec une boule de glace vanille et de la chantilly. Patrick se régale pensivement avec un cheese-cake. Le va-et-vient des piétons est continuel. La rue piétonne est très animée aujourd’hui. La dame british du café Aromas, vêtue de sa robe à fleurs, passe avec un déambulateur. Un jeune violoniste joue à quelques mètres ; son interprétation se perd dans le tumulte de la rue. Le présentoir du menu, positionné à côté de leur table, reçoit régulièrement la visite des passants. André regarde les visages sans croiser un seul regard. Chacun suit le déroulement de sa journée selon sa fantaisie et ses inclinations.
Après ces instants de détente et d’observations dispersées, André et Patrick marchent sur la rue Albert pour se rendre au jardin botanique du centre-ville. Le City Welcome Festival bat son plein dans le parc. Quelques étals étoffent la manifestation dont celui de Huey. André découvre de superbes tee-shirts colorés aux motifs aborigènes. Lors de ce festival annuel, les nouveaux étudiants de Brisbane sont invités à découvrir les diverses activités qui leur sont proposés. De la musique en live est jouée sur un podium, des expositions sont organisées par les étudiants vétérans, des activités culturelles sont proposées avec des rencontres où les nouveaux venus peuvent bavarder avec le maire de Brisbane.
André et Patrick suivent les chemins de traverses pour cette seconde visite du parc. Une ancienne fontaine ornementée, au parfum colonial suranné, en retraite depuis fort longtemps, en grès et en marbre, signale sa présence. Elle se vante d’être l’une des premières fontaines de l’état raccordée au réseau d’eau potable après la construction du barrage d’Enoggera. Elle se complimente d’avoir désaltéré bien des promeneurs du parc après sa naissance à la fin des années soixante au dix-neuvième siècle ; elle remercie ses deux compères à tête de lion dont bien des litres d’eau potable s'épanchèrent par leur gueule pour étancher les soifs d’hier.
Autre part, André et Patrick sont étonnés de voir des saucisses pendre aux cordes végétales d’une famille d’arbres bien étranges. Ils s’approchent pour constater qu’il s’agit de fruits en forme de gourdins, dont raffolent les cacatoès. L’information précise que l’arbre kigelia pinnata, originaire d’Afrique de l’Est, est presque aussi âgé que la fontaine.
A proximité, dans un petit étang, une sculpture originale en bronze argenté, interpelle. Un homme grand et décharné, entouré de deux grues Brolgas aux ailes déployées, est figé dans le temps sur un socle qui dépasse de l’eau verdâtre. Il s’agit du navigateur Jenny Morell qui fit naufrage sur une petite île de la Great Barrier Reef, de la Grande Barrière de Corail, au large du futur état du Queensland au début du dix-neuvième siècle. Seul survivant, il vécut une vingtaine d’années avec ses deux amies à plumes parmi les aborigènes.
Une sculpture inconnue très ouvragée en grès, d’inspiration nippone, semble oubliée au bord d’une mare où se désaltèrent des ibis. Un papillon jaune aux élytres parsemés de tachettes rouges se repose sur une feuille verte jade aux larges nervures émeraude.
Plus loin, dans un sous-bois, André et Patrick découvrent un macadamia sauvage. L’arbre fut planté par le surintendant du jardin il y a plus de cent cinquante ans. André ramasse au sol une coque ronde brunâtre où se cache la noix. Patrick ajoute dans sa paume un péricarpe vert. La noix de macadamia, endémique au nord-est de l’Australie, fut découverte il y a des milliers d’années par les aborigènes ; ils lui attribuèrent mille vertus.
La mangrove est atteinte. André et Patrick suivent la berge jusqu’à l’entrée du parc au début de la rue Alice. Patrick admire la flore. André flâne brièvement dans la prairie Queens Park Field où le festival se déploie. L’entrée de la rue Albert est atteinte. Le couple prolonge la promenade, se balade autour du vaste lagon aux nénuphars. Patrick suit le chemin, longe le vénérable Banian. André s’écarte dans les espaces verts plantés de bosquets et de taillis. Il aperçoit un Bush Stone-curlew. Le volatile est immobile dans son camouflage de brindilles. Son regard semble perdu dans ses pensées. André s’approche et parvient à le photographier sans qu’il ne bouge une seule plume. Proche du bel oiseau rêveur, un superbe massif de crotons épanouis révèle des feuillages brillamment colorés aux nuances d'or, de rouge, d’orange, de vert, de rose et de pourpre. Un peu plus loin, les pétales d’une fleur rouge, aux étendards partiellement auréolés de noir, se prennent pour des ailes de papillons ; une belle orchidée ou un possible hibiscus.
Tout au long de la découverte, des fleurs inconnues aux différents visages dévoilent leur charme. Les frimousses s’apparentent à des cônes de clochettes parme, à de gracieuses étoiles jaunes plantureuses à cinq branches sur de confortables coussinets blancs duveteux, à de longues étamines incarnates soulignées de pétales jaune paille espacées, à des corolles aux pléiades de fines pétales roses effilées disposées en verticille. Les mots sont bien délicats à trouver pour décrire toutes ces beautés.
André et Patrick s’éloignent des jardins après ces instants d’exploration enrichissante. Ils retournent tranquillement à la tour Regis. Depuis le parvis de la cour suprême, Patrick admire la façade étroite du building en briques rouges de l’Explorers Inn sur la rue Talbot. L’année 1916 est gravée sur le haut du bâtiment effilé. Plus loin, devant la gare Roma, une file d’attente composée de plusieurs centaines de personnes, alignées le long du trottoir sur des dizaines de mètres, interpelle les regards.
Les informations recueillies sur Internet lèvent le voile sur ce mystérieux attroupement. Toutes ces personnes attendent le bus pour se rendent au Gabba, au stade de cricket de Brisbane, où quelques soixante mille spectateurs sont attendus pour le concert d’Adele Laurie Blue, une célèbre auteur-compositeur-interprète britannique, inconnue du couple. Un second concert est prévu demain.
En fin de journée, les nuées laiteuses se promènent distraitement dans le ciel de Brisbane, indifférentes aux occupations humaines…































Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire