jeudi 16 mars 2017

Scènes de vie à Kuta Bali...

Aux aurores, des nuages effilés étendent leurs tentacules vers l’horizon. Les rayons du soleil sont filtrés et le matin s’assombrit. La chaleur reste au rendez-vous. La vie à Bali s’anime. Les motocyclettes circulent dans tous les sens, les taxis klaxonnent pour un oui ou pour un non et les plagistes s’activent pour accueillir les touristes.
Vers midi, sous une chaleur accablante, André et Patrick marchent vers Balifruits & Pie. Ils commandent du riz blanc avec des légumes servis dans les petites corbeilles quelques instants plus tard. Sur la terrasse devant la plage, ils savourent les mets accompagnés d’une cuillerée d’épices. Parfois, le vent vient rafraîchir les peaux moites. Les yeux s’égarent sous le soleil brulant. Patrick narre brièvement à André une nouvelle liée à la sortie prochaine du film La Belle et la Bête des studios Disney. Le gouvernement à Kuala Lumpur, prompt à vouloir censurer une scène perçue comme gay, effectue un chantage pour accepter de diffuser le long-métrage dans son pays. Devant la pression exercée, Disney refuse tout net et décide simplement d’exclure la Malaisie de son réseau de diffusion.
Après le repas, tranquillement, le couple se rend chez Kitchenette au centre Beachwalk après un retrait de roupies à la Bank Central Asia.  Deux boissons sont commandées avec un tiramisu et un toasted banana cake. André écarte le café américano trop fort et se régale avec la douceur italienne. En sirotant un café latte, Patrick découvre la saveur du cake servi avec une boule de glace vanille. L’escorte, des cerneaux de noix et une banane tranchée gorgés de sirop de caramel, est laissée en décoration sur la table. Depuis son arrivée à Bali, André remarque sur les tickets de caisse, où les horaires imprimés sont souvent fantaisistes, que les prénoms masculins sont précédés de la lettre I et les féminins des lettres Ni Si. Les mêmes prénoms reviennent souvent sur des figures différentes, comme Ketut, Komang ou Kadek. Les regards se promènent durant la dégustation. Deux jeunes japonaises se câlinent et se délassent sur un large transat au coutil rayé blanc et gris. L’une d’elles porte une fleur dans sa longue chevelure noire. Un couple de papy mamie en short s’installe sur une chaise-longue voisine. En phase avec leur époque malgré leur âge avancé, les deux anciens utilisent iPhone et iPad tout en se restaurant avec appétit en sirotant du jus de fruits. Deux bachelettes, deux citadines probablement, deux amies, bavardent allongées sur un autre transat. L’une d’entre elles se lève plusieurs fois. Sa démarche est sûre, sa silhouette agréable à regarder. Elle porte des talons aiguilles. André se demande comment elle se débrouille pour éviter les interstices entre les lames en bois présentes sur la Promenade entre la terrasse et le café. Deux jeunes couples russes expansifs croisent son chemin. Une trentaine de minutes s’envolent sur la brise légère qui parcourt les visages.
Au Foodmart, des bananes cavendish, des buah naga merah, des fruits rouges du dragon, des arachides grillées à l’ail sont achetés pour environ six euro. Après l’achat de deux smoothies au citron à la paillote, une fillette, vendeuse de bracelets faits mains, escorte André et Patrick une partie du chemin lors du retour au Citadines. Ses yeux expressifs, sa causette hors de portée et pourtant compréhensible, son insistance convaincante porteront ses fruits une autre fois. André s’interroge sur sa prime jeunesse déjà contaminée et conditionnée par la réalité économique. A-t-elle connu l’insouciance, le jeu, les contes de fées, les enfantillages poétiques, les amusements, les badineries des fables, les récréations ?
Après seize heures, quelques nuages viennent tamiser les ardeurs du soleil. André et Patrick en profitent pour sortir dans le dessein d’aller siroter un smoothie chez Dave’s Coffee repéré dans la rue Raya qui débute à l’angle du Mini Mart à côté du Citadines. Quelques minutes plus tard, ils parviennent à un chapiteau bleu roi qui jouxte la camionnette de Dave où un percolateur est installé à l’arrière pour réaliser du café commodément. Les prises électriques d’une baladeuse, suspendue à une bâche, et d’un téléphone portable en charge, aimanté sur le montant de la portière relevée, rejoignent sur la multiprise celles du percolateur et d’un minibar où un autocollant de l’organisation Bali Pet Crusaders est apposé sur la porte blanche. L’île abrite des centaines de milliers de chiens et de chats errants. Pour limiter, autant que faire se peut, des milliers de naissances indésirables, la structure bénévole épaulée de vétérinaires permet la stérilisation gratuite de ces sans-abri. Deux smoothies à la banane sont commandés à une jeune femme, née sur l’île de Sumatra. Le couple s’installe sur le cousin bleu d’une banquette placée sous un tendelet pour siroter les préparations. Un chien errant, au pelage roux, vagabonde. De petits drapeaux australiens suspendus à la bâche bleue balancent au vent sur les têtes. Un bavardage avec la préparatrice apporte des précisions. Australien, Dave est né à Perth. Ils se sont rencontrés à Bali et exploitent ce café ensemble avant de réaliser d’autres projets, de voyages notamment. Un panneau fixé à un montant du chapiteau dévoile des informations sur un appartement à vendre entre les deux rues Popies.
A dix-huit heures quinze, André et Patrick admirent le coucher de soleil depuis la terrasse en toiture de la résidence. Il s’annonce grandiose et sans pareil. Le ciel a déjà pris ses couleurs ambrées. La voûte joue la dualité. Le panorama entre le nord et le sud détonne. Sous le firmament de la partie boréale, telle une demi-coupole d’agate indigo, les nuages nébuleux, aux accents violet-pourpre, opacifient l’horizon qui reste dans l’obscurité. Les nuées australes, riches de trouées d’or et de jaune topaze, s’enjolivent de couleurs chaudes et enflammées. Elles s’enluminent au gré du soleil qui décline insensiblement derrière la masse cotonneuse condensée de myriades de perles d’humidité. Quelques éclairs viennent déchirer le voile ténébreux qui languit sur l’océan. Alors le carmin frappe les nuées ardentes de sa force d’émerveillement. L’échancrure nébuleuse, aux méandres crépusculaires, cernée d’une bordure d'ébène, s’embrase. Les rouges se reflètent sur les flots oscillants. Le sable mouillé imprime aussi les teintes vermeilles du coucher de soleil. Quelques surfeurs continuent de défier les rouleaux de l’océan indien. Tels des spectres évanescents, les promeneurs sur le sable carminé s’apparentent à des créatures picturales. Trois géants de dos, des ombres chinoises découpées sur la masse nuageuse restée spectatrice de la féerie, contemplent de près la lave qui s’épanche, en manquant d’affleurer l’onde languissante, après son fascinant jaillissement sur la toile céleste. Doucement la lumière fuit et le rougeoiement se confine entre les cirrus gris et sombres avant que la nuit ne vienne effacer les couleurs...















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