Les mélodieuses roucoulades matinales du Cassican
flûteur, niché dans la végétation luxuriante autour du bungalow, éveille lentement
après huit heures les dormeurs en leur chatouillant les oreilles de sa grande
variété de sons musicaux.
Lors des rites matinaux, André effectue les
derniers mouvements du yoga des yeux sur la véranda. Le ciel délavé par les
pluies nocturnes est surexposé de nuées vaporeuses éployées généreusement dont l’amplitude
épanouie supprime leurs contours dans la lumière blafarde.
La connexion Internet étant payante au Resort, André et Patrick décident de se
rendrent à pieds à l’aéroport où la connexion wifi est gratuite. De jour la
topographie du lieu est totalement différente. Le bungalow est chaussé de
pilotis pour le préserver des fréquentes averses tropicales qui inondent
rapidement le sol. Une légère toiture à deux pans, proche d’une jacobine,
coiffe sa toiture plate en tôle ondulée en guise de décoration. Toutes les
ouvertures sont protégées de fins grillages pour empêcher les moustiques et
autres insectes importuns de perturber le sommeil des hôtes.
Le village hôtelier se dévoile dans un écrin de
verdure arboré comme le constate le couple en approchant de la réception
entièrement ouverte sur l’extérieur. En deçà du vaste hall, à la poutraison
apparente en bois ocre brun et en métal noir, le bassin d’une piscine à l’eau
turquoise serpente dans une palmeraie baignée de plantes
tropicales. Dans une pièce d'eau au lit de galets, un jet au léger
jaillissement émerge d’une jarre ventrue en terre cuite aux nuances
filamenteuses de bleu et de vert. Un bouddha en pierre grise trône au soleil
sur le plateau rosé d’un piédestal carré.
Le trajet pour joindre l’aéroport est différent
de celui suivi dans la nuit. Un sentier sinueux empierré traverse un bosquet aménagé
par l’homme d’un discret jardin d'agrément. A la sortie du
boqueteau, la discrète façade de l’aéroport est à portée de vue. Une allée carrelée
en ligne droite traverse le parking pour joindre une série d’auvents successifs
dont les faces intérieures sont décorées de fresques. L’une d’entre elles
représente une étendue aquatique où des poissons s’ébattent joyeusement. André
et Patrick entrent dans le hall climatisé. Quelques minutes ont suffi pour parvenir
à destination.
Ils s’installent à une table noire en bois wengé vers
le vitrage dans la terrasse du Giancarlo
Cafe & Bar. Midi approche. L’offre proposée dans le display est
regardée. Dans un four électrique des viennoiseries salées sont tenues au
chaud. Deux friands aux légumes, un sandwich de pain de mie aux œufs et un gobelet
d’oléagineux sont commandés à Nara. Sa
collègue Lisa s’occupe de la préparation. Les mets sont savourés lentement.
Patrick apprécie le sandwich. André croque et broie avec application les noix variées
avant de les avaler.
Une quarantaine de minutes plus tard, un cappuccino
et un thé Earl Grey sont commandés à Nara. Un prénom est requis pour authentifier
verbalement le client quand les breuvages seront prêts. A la prononciation du
mot Andrew, elle hésite, embarrassée par
la compréhension incertaine de l’accent du français. Elle écrit finalement Handro sur le ticket de caisse.
André allume l’ordinateur pour un temps de
narration. Patrick œuvre sur l’iPad. Les boissons préparées par Lisa sont
sirotées distraitement durant les activités enrichissantes et récréatives. Lors
d’un déplacement aux toilettes, Patrick reconnaît un jeune homme vêtu d’un
pantalon vert à motifs, présent hier dans la salle d’embarquement à Brisbane.
Au travers du vitrage, une navette à destination du centre-ville, stationnée
sur la première voie de gauche de la chaussée, s’apprête à partir. Un second véhicule
la remplace après son départ. Patrick sort pour se renseigner sur les tarifs
auprès du chauffeur. Le prix de la course pour un couple est de vingt-quatre dollars.
Une petite remorque est attachée au minibus pour entreposer les bagages des
passagers. Sur un des mats derrière le véhicule, Patrick repère le drapeau du
Territoire du Nord aux couleurs noire, blanche et ocre. Sur la partie gauche,
la constellation de la Croix du Sud en blanc ressort nettement sur la trame
noire. A sa droite, sur un fond ocre orangé, une rose blanche du désert de
Sturt au cœur noir, l’emblème floral officiel du territoire, composée de sept
pétales blancs, symbolise les six États de l'Australie et le Territoire du
Nord.
Les minutes et les heures passent. La batterie de
l’ordinateur se décharge progressivement. Quand elle arrive en dessous de dix
pour cent, André et Patrick retournent au bungalow pour la mettre en charge.
Ils en profitent pour se désaltérer avec une boisson chaude. Quelques photos du
hall de l’hôtel sont prises dont une de la piscine et une autre d’un superbe
service à thé en porcelaine de chine fleurie. Le profil arrière gauche du
bouddha est immortalisé. Sa vision lui offre de contempler la végétation exubérante.
Le dîner se déroule au café Giancarlo. André décide de jeûner. Sa faim est très légère et le
choix est succinct. Les oléagineux furent très nourrissants à midi. Patrick
opte pour un sandwich aux œufs. Une tranche de banana bread est achetée pour son petit-déjeuner.
Après le repas, André continue d’œuvrer sur
l’ordinateur. Au cours de la soirée, une connexion Internet permet d’effectuer
le check-in on line sur le site de la
compagnie Air Asia. Le processus se
déroule aisément. Toutefois, pour valider le paiement d’un supplément bagage
pour la valise d’André à mettre en soute pour le vol international, un code est
envoyé par sms sur le téléphone portable, resté dans le bungalow. Patrick
retourne à l’hôtel. André maintient la connexion. Quelques instants plus tard, le
téléphone est activé. Plusieurs tentatives sont nécessaires pour connecter avec
succès l’appareil au réseau. Le code reçu est saisi ; la validité étant dépassé,
un autre code est envoyé. Le paiement est accepté, l’enregistrement en ligne
est finalisé. L’imposition de détenir un téléphone pour valider des achats sur
le web et la nécessité de devoir sans cesse être en possession de l’appareil est
une double contrainte. Tel un carcan passé autour du cou, la complexification
des échanges entre les humains entrave les libertés de façon rigoureuse et insidieuse.
L’avancée à pas de loup d’un formalisme rigide, excessif et intransigeant,
aux règles de plus en plus contraignantes, porte atteinte gravement au libre arbitre
de chacun.
Un peu avant vingt-et-une heure trente, le
couple retourne au bungalow. André peine à éteindre l’ordinateur. Patrick est
fatigué. Le manteau de la nuit a enveloppé le site de l’aéroport. Ce soir, le
chemin est connu pour joindre l’hôtel Mercure. Le trajet, ombragé dans le bosquet,
s’effectue silencieusement…
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