samedi 11 mars 2017

Jalan Legian...

Le petit-déjeuner se déroule sur la terrasse. Des scènes journalières sont observées. Les flots se transforment en rouleaux avant de se disperser sur le rivage où un homme balaie le sable avec une étonnante régularité. Des camionnettes s’arrêtent en double file le long de la rue pour livrer des boissons aux étals présents sur le bord de mer. Des chauffeurs de Taksi patientent devant le Citadines ; Patrick a remarqué que le x de taxi a été remplacé par un k. Un chien roux rôde, peut-être en quête de nourriture ; hier il a évité de justesse une mobylette. Un camion des poubelles ramasse les ordures sans benne preneuse, ni benne basculante ; la simple silhouette est équipée d’un plateau à bordures ouvert sur le ciel.
Vers onze heures trente, André et Patrick effectuent un retrait d’espèces au Mini Mart à côté du Citadines. Devant le distributeur, ils s’aperçoivent que le précédent a oublié sa carte bancaire. La possibilité d'effectuer un second retrait est même proposée. La carte est retirée et agitée à bout de bras en interpellant les personnes présentes dans le magasin. Un jeune homme devant la caisse se retourne. Il s’approche et récupère son bien tout en remerciant le couple à deux reprises avant de sortir. Contraint par les circonstances, le couple effectue le retrait maximum possible d’un million de roupies, soit un peu plus de soixante-dix euro. André peine à accepter les quelques huit euro de commission bancaire à ajouter au débit. La machine crache vingt billets de cinquante mille roupies ; sa bouche est sans doute trop mince pour distribuer plus. La moitié des coupures est déposée dans le coffre du studio pour éviter de se trimballer autant de billets.
Cette opération achevée, André et Patrick se dirigent vers Balifruits & Pie. Ils ont l’agréable surprise de constater que la paillotte est ouverte. Ils commandent le mets végétarien présent au menu, ajoutent deux jus de citron à emporter et s’installent sur la terrasse. Quelques instants plus tard, un cérémonial inattendu commence. Un des deux garçons apporte deux paniers tressés où ont pris place, sur un napperon en papier argenté en forme de corolle, un  dôme de riz blanc, des brisures de tofu et une cuillérée de piment rouge. Une bolée de légumes dans son bouillon complète la présentation esthétique. Les mets sont savourés. Le piment chatouille agréablement les muqueuses, la sensation se propage légèrement dans les oreilles. Le nez coule par moment comme en hiver et pourtant à Kuta c’est l’été. Un citadin coiffé d’un chapeau chinois, muni d’un grand houssoir en paille, balaie le trottoir opposé. Ses gestes sont lents ; sa pelle à long manche récupère majoritairement des feuilles. Trois jeunes filles s’installent à la table au bout de la courte terrasse en enfilade. André est doublement enchanté. Le repas fut un régal et le prix défiait toute concurrence ; chaque met revenant à un peu plus d’un euro. Les ustensiles sont rapportés et les deux garçons remerciés.
La paillotte étant située à une courte distance du studio, André et Patrick y retournent pour se laver les dents. Ils en profitent ensuite pour siroter un cappuccino dans le hall du Citadines. Au café MochaLoco, la jeune et souriante Ayu prend tout son temps pour la préparation des breuvages. Ils s’installent le long de la façade ouverte à moitié vitrée. Chacun prend place dans un module d’angle cubique en lamelles plastiques marron. L’assise en tissu orange étant profonde, ils se calent le dos avec des coussins. André trouve le café un peu fort. Le jeune couple gay espagnol, aperçu hier soir sur la terrasse, quitte l’hôtel ; leurs bagages sont confiés à la réception.
La rue Jalan Benesari, qui commence à l’angle du Mini Mart, est suivie. Un régime de bananes suspendu  affleure la tête d’André. Il reste quelques rangées de fruits en haut de la lourde structure portante. Plus loin, André entre dans une échoppe dont la devanture est protégée du soleil par un drap bleu. Le linge est soulevé. L’offre se dévoile. Une chemisette très fine chinée marron, décorée d’un dieu balinais menaçant, et un short sont achetés pour une dizaine d’euro. Plus avant sur la rue, l’hôtel Grand La Walon dévoile sur sa façade une monumentale sculpture blanche où une déité chevauche un aigle menaçant aux ailes déployées.
André et Patrick parviennent à la rue en perpendiculaire Jalan Legian ; une des rues principales de Kuta. Ils prennent à gauche. Tout au long du trajet, les commerces, les temples balinais, les salons de massage se succèdent dans un embrouillamini né des dates variées des édifications ; aucun plan directeur, juste de quoi laisser la rue libre du passage des véhicules, des deux-roues et des piétons. André entre dans un magasin de chaussures. Il achète une paire de sandales en plastique noir à l’effigie d’une marque connue. Le prix est négocié à concurrence du montant en espèces disponible dans le porte-monnaie, soit une contrevaleur d’un peu plus de quinze euro. Le commerçant semble content de la transaction. Tout au long de la rue, comme un peu partout à Kuta, les conducteurs de taksis actionnent le klaxon à tout bout de champ ; probablement pour signifier aux touristes qu’ils sont libres pour une course. Un demi-tour est effectué au niveau de la rue Patih Jelantik. Tour à tour, la porte d’une banque et d’un magasin d’art sont franchies, pour tenter, vainement, de trouver un distributeur acceptant la carte Amex. Patrick en profite pour photographier quelques tableaux qui retiennent son attention.
Revenus au croisement avec Benesari, André et Patrick repèrent une poste au début de la rue Patimura qui la prolonge. Les timbres pour la France coutent moitié moins que chez le libraire du Beachwalk. Toutefois seules les espèces sont acceptées. L’adresse est retenue. La rue Legian est suivie dans l’autre sens. Le restaurant Kopi Pot, vanté dans le magazine chez le coiffeur, est repéré. Une courte visite permet de réaliser que les douceurs du display sont quelques peu anémiées. Plus loin, la rue Poppies II se dévoile sur la droite. Elle mène au centre commercial Beachwalk même si aucune indication ne l’indique. Plus loin sur la gauche le nom du magasin Cendrillon attire le regard d’André. La façade est tout sauf féérique. Le ciel est délavé et la chaleur omniprésente. Une petite ruelle sur la droite mène à un sanctuaire, aux temples tous différents, qui se rapproche de celui découvert hier le long de Poppies. Toutefois, une différente notoire sépare les deux sites. Celui-ci est habité. Au bout d’un vaste préau au mur orange enjolivé de sculptures gris clair élaborées à l’extrême autour des ouvertures en bois finement mouluré, un grand écran noir surprend par sa présence ; un coin vidéo tout à fait exceptionnel.
Un peu plus loin, le Legian 27 Cafe invite à entrer. La devanture est banale mais quelque chose de spécial émane du café. L’accueil est chaleureux. André et Patrick reçoivent chacun une invite pour se rafraichir les mains. La jeune serveuse qui s’occupe d’eux vient de l’île de Java. Elle apporte tour à tour un smoothie fraise banane sans glaçon pour André et avec glaçons pour Patrick. La table devant la banquette où ils ont pris place côte à côte fut utilisée autrefois pour recevoir une machine à coudre manuelle. La pédale, la roue et la manivelle sont toujours opérationnelles. Une jeune fille blonde anglophone est assise sur la banquette de droite. Elle œuvre sur son iPad tout en se désaltérant. Une bonne trentaine de minute s’écoule avant de reprendre la route.
A une courte distance, le long d’une venelle, un autre temple à la structure privée de murs, à la façade tarabiscotée, s’est vu équipé d’une table ronde au plateau en marbre blanc et de quatre chaises en bois de teck posées sur une estrade au carrelage blanc ceinturée de marbre rose chiné. Deux scooters se reposent devant cette salle à manger en plein air. La richesse artistique du site est impressionnante. Des personnes vivent ici chaque jour dans une  beauté époustouflante parmi une pluralité de temples. Un bas-relief retient l’attention sur un mur en pierres orange. Les personnages et les animaux sculptés dans la roche blanche sont du plus bel effet, notamment un renne très expressif. La visite semble déplaire à un chien qui se réveille. Il montre les crocs et chasse les opportuns de son domaine.
La rue Legian se termine au niveau de la rue Pantai, celle du Citadines, qui commence à droite en perpendiculaire. André et Patrick la suivent. Ils passent devant l’hôtel Kuta Angel dont la façade en marbre rose chinée est surprenante. Des statues blanches avec un bras levé décorent la façade du premier et du second niveau. Le dernier étage est garni de frises blanches pourvues de masques vénitiens blancs. Les six fenêtres aux encadrements blancs, étagées deux par deux, sont équipées de voilage blanc. Une photo est prise malgré la ribambelle de câbles aériens qui jalonnent la rue. L’hôtel Grand Inna repéré en venant de l’aéroport dévoile sa présence sur la gauche. Des sculptures de tortues géantes bordent les marches du parvis central. La plage se dessine à l’horizon. La rue Pantai tourne à angle droit pour suivre le bord de mer. Le couple décide de marcher dans le sable en longeant le rivage. André étrenne les sandales. Voyager offre d’effectuer des parallèles, la superbe plage de Karon à Phuket est loin. Ici, le sable de la plage de Kuta est gorgé de déchets. Marcher pieds nus sur le sable est impossible. André repense à l’homme qui balayait le sable lors du petit-déjeuner. La marée semble basse et pour se baigner, il convient de parcourir une bonne distance. La plage est bordée de végétation le long de la rue. La partie horizontale de la plage  est envahie de chapiteaux, de chaises, de tables et de chaises longues. Tout est payant. La plage s’incline ensuite fortement ; marcher de biais sur le sable est inconfortable. A la naissance des marées, la plage s’étend sur des dizaines de mètres. Il faut être motivé pour se baigner. L’intensité des rouleaux pour les surfeurs est relativement faible. Patrick pense qu’ils sont peut-être destinés aux néophytes. Le couple quitte la plage au niveau du Beachwalk sans avoir été séduit. Des indonésiens jouent aux échecs sur des chaises de plage en plastique bleu roi. Le plateau est posé sur un tabouret. Des casiers de sodas et des glacières rouges sont empilés à proximité.
André et Patrick se rendent chez Foodmart pour acheter des morceaux de fruits du dragon dont la pulpe dévoile une superbe couleur rouge sanguin. Des arachides grillées et des morceaux d’ananas complètent l’achat dont le montant est encaissé par Penjualan. La direction du Citadines est prise. Un peu avant d’arriver à destination, André remarque des bouteilles de Petrol à vendre à l’usage des deux-roues à moteur. Elles sont alignées sur deux étagères artisanales en bois superposées sous une toiture adaptée pour les protéger des conditions climatiques.
Vers dix-huit heures quinze, Patrick monte sur la terrasse pour regarder le coucher de soleil. André le rejoint une dizaine de minutes plus tard. Les nuages noirs voilent le soleil qui parvient toutefois à montrer partiellement son disque doré de temps à autre. Dès sa disparition, les nuages libèrent des nuées qui se colorent de parme, d’orange et d’or incandescent.
Lors du dîner dans le studio, Patrick s’aperçoit que les morceaux d’ananas n’en sont pas. Il s’agit d’une sorte de melon d’eau mais rien n’est moins sûr. Il les met au frigo et savoure les morceaux de papaye achetés hier. André apprécie le fruit du dragon. Des arachides complètent leur collation.
La soirée se poursuit dans le confort de l’appartement…








































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