Lors du petit-déjeuner, Patrick montre à André
une petite pancarte apposée entre les deux cages d’ascenseurs au
rez-de-chaussée. Elle indique la route d'évacuation à suivre en cas de tsunami.
André savoure cinq petites bananes plantain, deux dattes Medjool et des
arachides grillées indonésiennes, légèrement salées et agrémentées d’ail.
Patrick s’offre une mélodie de viennoiseries qu’il trempe dans du café. Une
dame traverse la chaussée après avoir déposé un petit panier sur l’autel situé
à la gauche du Citadines. Vêtue d’un sarong à motifs aux nuances dorées et d’un
chemisier bleu turquoise traversé d’une ceinture mordoré, elle porte sur la tête
un vaste plateau garni de corbeilles d’offrandes qu’elle dépose probablement
une par une sur les autels qui bordent son chemin. La camionnette Atlas Tube Ice, qui livre chaque matin
des sacs de glace aux plagistes, se gare le long de la chaussée du côté du
rivage. La voie à sens unique favorise l’arrêt en double file. Ensuite c’est au
tour du fourgon de boissons d’arriver. Il vient ravitailler les plagistes. Un
des deux garçons présents dans le véhicule, torse nu, grimpe les barreaux
pour sauter sur la plateforme. Il passe
à son collègue resté sur le trottoir les casiers de sodas, de bières et autres rafraîchissements.
De retour dans le studio, Patrick éparpille sur
le drap du lit presque deux millions en billets de banque ; une fortune.
Il prend une photo symbolique des billets de cinquante et cent mille roupies.
Il en profite ensuite pour photographier en vrac les cartes postales et les
timbres achetés hier.
En fin de matinée, Patrick et André marchent en
direction de Balifruits pour
déjeuner. Le long du trajet, la fillette qui vend des bracelets est absente.
Seule sa grand-mère est assise sur une pierre plate à l’ombre d’un arbre. Sa
main est tendue nonchalamment pour recevoir une obole, ses yeux au regard
intense croisent ceux du couple, son visage buriné par le soleil empêche
de lui donner un âge, ses cheveux noirs témoignent toutefois que la vieillesse
est encore loin. Tout en savourant les mets végétariens, Patrick parle de
François Fillon qui propose, dans son programme présidentiel sur l’économie, de
baisser les charges et de monter la tva de deux points. Une réflexion succède à
cette mesure inefficace. Un parallèle avec Bali permet de souligner qu’en
France les règlements, les obligations, les normes, les diagnostiques imposés
et toutes les mesures de contraintes sont un frein à l’économie. La paillote Balifruits aurait été contrainte de
fermée si elle avait été située en France. Elle aurait été recalée à tous les
contrôles d’hygiène et de normes alimentaires. Il est flagrant que tous ces contrôles
parasites sont uniquement là pour des motifs financiers, sans cela André et
Patrick seraient déjà morts puisqu’ils viennent déjeuner chaque jour à la
paillotte quand elle est ouverte.
Après le repas, la direction du Beachwalk est prise. Une pirogue en retraite
est admirée le long du chemin. La peinture de la coque, verte à l’intérieur,
bleue et rouge à l’extérieur, entièrement écaillée et délavée, témoigne d’une activité
passée intense. La séduisante embarcation agrémente le cadre d’un restaurant
sur l’herbe qui borde le trottoir. Arrivés au centre commercial, Le couple effectue
une visite au Starbucks de la
Promenade. Les prix des cafés sont beaucoup plus élevés que ceux des deux établissements
annexes. Patrick achète un scone aux raisins et aux flocons d'avoine pour son
dîner. Helga encaisse les vingt-deux mille roupies.
André et Patrick s’installent côte à côte dans
deux fauteuils en dralon bordeaux chez Coffee
Bean, la terrasse étant occupée par les gouttes d’eau qui s’échappent du
manteau nuageux. L’averse distraite perdure par manque d’attention du chef des
nuées qui oublie de fermer correctement les vannes. Kadek Toni Antara prend la commande au comptoir. Il active une
sonnette quand elle est prête. Patrick se lève pour aller chercher le plateau.
André sirote un café américano. Son mari sirote un café latte un peu trop lacté
tout en se régalant avec un Chicago
cheese-cake. Un cadre publicitaire est suspendu au mur en dessus des garçons.
On peut lire que la franchise The Coffee
Bea & Tea Leaf est née en Californie du Sud voici plus de cinquante
ans. Comme dans toutes auto-publicités, les superlatifs sont de mises pour
vanter le succès de la firme.
Après ce temps de détente, André et Patrick se
rendent au supermarché du niveau inférieur. Ils passent devant la roulotte
blanche Bali Towel, à la toiture
décorative en feuilles de palmier synthétique, où des tapis de plage colorés
aux motifs attrayants sont glissés roulés dans les petits tubes de trois
présentoirs pyramidaux. Le manque de place dans les bagages laisse un possible
achat à l’état de projet. Indrawati,
une jeune femme qui s’excuse du manque de visibilité de son prénom quand André
se penche sur son badge, encaisse le montant de quatre bouteilles d’eau minérale
et d’une coupe de fruits du dragon. Le retour au studio s’effectue sous
quelques gouttes de pluie égarées. Une dame, en chandail rouge et pantacourt à
motifs, est dépassée sur le trottoir. Elle porte sur sa tête une cagette en
plastique vert où des emplettes dépassent. Elle tient dans la main un sac de feuilles
tressées d’où un thermos vert et blanc dépasse.
Le début d’après-midi se déroule au Citadines. Plus
tard, André et Patrick sortent pour se rendre sur la rue Legian. Dehors la rue est en effervescence. La circulation est arrêtée.
André plonge son regard à droite et à gauche sur le trafic. À perte de vue une
file, les véhicules à quatre roues, pare-choc contre pare-choc, sont bloqués. Seuls
les deux-roues parviennent à s’échapper de cette situation provoquée par un
accident en amont de nature indéterminée. Une construction bringuebalante s’est
peut-être écroulée sur la rue. La patience et la bonne humeur sont de mise. Les
klaxons se reposent. Les rues Raya et
Benesari, envahies par des hordes de
cyclomoteurs, sont suivies. Une mobylette se détache visuellement de la multitude.
Une colonne d’une vingtaine de grandes cagettes en plastique semble avancer toutes
seules dans la circulation effrénée. L’attention de tout un chacun est
nécessaire car les deux-roues s’enfilent partout où ils le peuvent pour
avancer. Les trottoirs, quand ils existent, sont pris d’assaut. Les voitures
bloquées dans le trafic sont absentes des deux rues qui sont étroites, tortueuses
par endroits et ponctuées de divers obstacles à d’autres. André avance lentement.
Sa haute taille lui demande d’avoir les yeux partout. Certains auvents, toitures,
panneaux, décrochements de façades, avancées diverses et autres saillies sont
souvent plus bas que sa tête. Parvenus dans la rue principale, André et Patrick
prennent la direction du Legian 27 cafe.
Devant le club Bang Bang Live music &
RnB, un certain Christian Arry est à l’affiche uniquement ce soir. L’entrée
des Ladies est gratuite ; toutefois
il est précisé de s'habiller sophistiqué pour impressionner. Un peu plus loin
sur la droite, la toiture arrondie de la dernière construction d’un ensemble d’habitations
et d’échoppes, qui s’est enchevêtré et superposé avec les années, est longée de
deux serpents Nâga argentés qui se font face au sommet du faîtage caché par un
arceau de bougainvilliers fuchsias.
Une fois parvenus au café, André et Patrick
commandent deux smoothies fraise banane après la cérémonie des invites
rafraichissantes. Les préparations sont sirotées à la paille en terrasse tout
en observant les mouvements de la rue. André sourit en voyant une jeune femme passer
avec un sac à l’épaule où les mots Krabi
Queensland sont inscrits sur la toile. Les minutes s’égrènent agréablement au
rythme du niveau des verrines qui baisse lentement. Lors du paiement à la
caisse, le couple fait la connaissance du
fougueux Wayan. Niken est présente à son côté. Le jeune homme annonce suivre des cours de dessin.
Il termine le portrait du dieu bénéfique Sidakarya
dont la réalisation à l’encre de chine a nécessité moins de quinze minutes. André
est impressionné par le résultat, par la finesse des traits, par la netteté du
visage, par la complexité du diadème. Patrick prend l’œuvre en photo en annonçant
qu’il est lui-même artiste peintre. Un bavardage amical se déroule, interrompu
par la clientèle. André et Patrick saluent chaleureusement Wayan et Niken avant de
retourner nonchalamment au Citadines par la ruelle Bedugul. Avant d’atteindre Gang
Sorga, le complexe Kuta Town Houses, dans un angle de la
ruelle, interpelle une seconde fois par son gigantisme. Au niveau du restaurant
grec, ils prennent tout droit pour voir où la ruelle débouche. Des fresques
décorent certains murs. Elle se jette dans Popies
II, comme une rivière se jette dans un fleuve. Le flot des véhicules, des
touristes et des balinais emporte le couple qui suit le mouvement sans
résister. L’entrée arrière du Beachwalk
est atteinte. Le centre est traversé pour suivre la rue du bord de mer. La
paillote Balifruits est atteinte. Deux
jus de citron sont commandés. Quatre smoothies sont en cours de préparations
pour deux couples russes qui s’installent en terrasse. Les français patientent
en promenant les regards alentours. Des bras dépassent du mur d’enceinte de la
plage dans un jeu de volley-ball sur le sable. Une fois les jus concoctés et
servis dans les gobelets plastique, André et Patrick continuent la marche vers
le proche Citadines.
Patrick assiste au coucher de soleil sur la
terrasse. André reste dans le studio pour œuvrer sur l’ordinateur.
Le dîner apprécié autour de la petite table ronde
précède une autre soirée sur l’île de Bali…
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