mardi 14 mars 2017

Bonjour Wayan et Niken…

Lors du petit-déjeuner, Patrick montre à André une petite pancarte apposée entre les deux cages d’ascenseurs au rez-de-chaussée. Elle indique la route d'évacuation à suivre en cas de tsunami. André savoure cinq petites bananes plantain, deux dattes Medjool et des arachides grillées indonésiennes, légèrement salées et agrémentées d’ail. Patrick s’offre une mélodie de viennoiseries qu’il trempe dans du café. Une dame traverse la chaussée après avoir déposé un petit panier sur l’autel situé à la gauche du Citadines. Vêtue d’un sarong à motifs aux nuances dorées et d’un chemisier bleu turquoise traversé d’une ceinture mordoré, elle porte sur la tête un vaste plateau garni de corbeilles d’offrandes qu’elle dépose probablement une par une sur les autels qui bordent son chemin. La camionnette Atlas Tube Ice, qui livre chaque matin des sacs de glace aux plagistes, se gare le long de la chaussée du côté du rivage. La voie à sens unique favorise l’arrêt en double file. Ensuite c’est au tour du fourgon de boissons d’arriver. Il vient ravitailler les plagistes. Un des deux garçons présents dans le véhicule, torse nu, grimpe les barreaux pour  sauter sur la plateforme. Il passe à son collègue resté sur le trottoir les casiers de sodas, de bières et autres rafraîchissements.
De retour dans le studio, Patrick éparpille sur le drap du lit presque deux millions en billets de banque ; une fortune. Il prend une photo symbolique des billets de cinquante et cent mille roupies. Il en profite ensuite pour photographier en vrac les cartes postales et les timbres achetés hier.
En fin de matinée, Patrick et André marchent en direction de Balifruits pour déjeuner. Le long du trajet, la fillette qui vend des bracelets est absente. Seule sa grand-mère est assise sur une pierre plate à l’ombre d’un arbre. Sa main est tendue nonchalamment pour recevoir une obole, ses yeux au regard intense croisent ceux du couple, son visage buriné par le soleil empêche de lui donner un âge, ses cheveux noirs témoignent toutefois que la vieillesse est encore loin. Tout en savourant les mets végétariens, Patrick parle de François Fillon qui propose, dans son programme présidentiel sur l’économie, de baisser les charges et de monter la tva de deux points. Une réflexion succède à cette mesure inefficace. Un parallèle avec Bali permet de souligner qu’en France les règlements, les obligations, les normes, les diagnostiques imposés et toutes les mesures de contraintes sont un frein à l’économie. La paillote Balifruits aurait été contrainte de fermée si elle avait été située en France. Elle aurait été recalée à tous les contrôles d’hygiène et de normes alimentaires. Il est flagrant que tous ces contrôles parasites sont uniquement là pour des motifs financiers, sans cela André et Patrick seraient déjà morts puisqu’ils viennent déjeuner chaque jour à la paillotte quand elle est ouverte.
Après le repas, la direction du Beachwalk est prise. Une pirogue en retraite est admirée le long du chemin. La peinture de la coque, verte à l’intérieur, bleue et rouge à l’extérieur, entièrement écaillée et délavée, témoigne d’une activité passée intense. La séduisante embarcation agrémente le cadre d’un restaurant sur l’herbe qui borde le trottoir. Arrivés au centre commercial, Le couple effectue une visite au Starbucks de la Promenade. Les prix des cafés sont beaucoup plus élevés que ceux des deux établissements annexes. Patrick achète un scone aux raisins et aux flocons d'avoine pour son dîner. Helga encaisse les vingt-deux mille roupies.
André et Patrick s’installent côte à côte dans deux fauteuils en dralon bordeaux chez Coffee Bean, la terrasse étant occupée par les gouttes d’eau qui s’échappent du manteau nuageux. L’averse distraite perdure par manque d’attention du chef des nuées qui oublie de fermer correctement les vannes. Kadek Toni Antara prend la commande au comptoir. Il active une sonnette quand elle est prête. Patrick se lève pour aller chercher le plateau. André sirote un café américano. Son mari sirote un café latte un peu trop lacté tout en se régalant avec un Chicago cheese-cake. Un cadre publicitaire est suspendu au mur en dessus des garçons. On peut lire que la franchise The Coffee Bea & Tea Leaf est née en Californie du Sud voici plus de cinquante ans. Comme dans toutes auto-publicités, les superlatifs sont de mises pour vanter le succès de la firme.
Après ce temps de détente, André et Patrick se rendent au supermarché du niveau inférieur. Ils passent devant la roulotte blanche Bali Towel, à la toiture décorative en feuilles de palmier synthétique, où des tapis de plage colorés aux motifs attrayants sont glissés roulés dans les petits tubes de trois présentoirs pyramidaux. Le manque de place dans les bagages laisse un possible achat à l’état de projet. Indrawati, une jeune femme qui s’excuse du manque de visibilité de son prénom quand André se penche sur son badge, encaisse le montant de quatre bouteilles d’eau minérale et d’une coupe de fruits du dragon. Le retour au studio s’effectue sous quelques gouttes de pluie égarées. Une dame, en chandail rouge et pantacourt à motifs, est dépassée sur le trottoir. Elle porte sur sa tête une cagette en plastique vert où des emplettes dépassent. Elle tient dans la main un sac de feuilles tressées d’où un thermos vert et blanc dépasse.
Le début d’après-midi se déroule au Citadines. Plus tard, André et Patrick sortent pour se rendre sur la rue Legian. Dehors la rue est en effervescence. La circulation est arrêtée. André plonge son regard à droite et à gauche sur le trafic. À perte de vue une file, les véhicules à quatre roues, pare-choc contre pare-choc, sont bloqués. Seuls les deux-roues parviennent à s’échapper de cette situation provoquée par un accident en amont de nature indéterminée. Une construction bringuebalante s’est peut-être écroulée sur la rue. La patience et la bonne humeur sont de mise. Les klaxons se reposent. Les rues Raya et Benesari, envahies par des hordes de cyclomoteurs, sont suivies. Une mobylette se détache visuellement de la multitude. Une colonne d’une vingtaine de grandes cagettes en plastique semble avancer toutes seules dans la circulation effrénée. L’attention de tout un chacun est nécessaire car les deux-roues s’enfilent partout où ils le peuvent pour avancer. Les trottoirs, quand ils existent, sont pris d’assaut. Les voitures bloquées dans le trafic sont absentes des deux rues qui sont étroites, tortueuses par endroits et ponctuées de divers obstacles à d’autres. André avance lentement. Sa haute taille lui demande d’avoir les yeux partout. Certains auvents, toitures, panneaux, décrochements de façades, avancées diverses et autres saillies sont souvent plus bas que sa tête. Parvenus dans la rue principale, André et Patrick prennent la direction du Legian 27 cafe. Devant le club Bang Bang Live music & RnB, un certain Christian Arry est à l’affiche uniquement ce soir. L’entrée des Ladies est gratuite ; toutefois il est précisé de s'habiller sophistiqué pour impressionner. Un peu plus loin sur la droite, la toiture arrondie de la dernière construction d’un ensemble d’habitations et d’échoppes, qui s’est enchevêtré et superposé avec les années, est longée de deux serpents Nâga argentés qui se font face au sommet du faîtage caché par un arceau de bougainvilliers fuchsias.
Une fois parvenus au café, André et Patrick commandent deux smoothies fraise banane après la cérémonie des invites rafraichissantes. Les préparations sont sirotées à la paille en terrasse tout en observant les mouvements de la rue. André sourit en voyant une jeune femme passer avec un sac à l’épaule où les mots Krabi Queensland sont inscrits sur la toile. Les minutes s’égrènent agréablement au rythme du niveau des verrines qui baisse lentement. Lors du paiement à la caisse,  le couple fait la connaissance du fougueux Wayan. Niken est présente à son côté. Le jeune homme annonce suivre des cours de dessin. Il termine le portrait du dieu bénéfique Sidakarya dont la réalisation à l’encre de chine a nécessité moins de quinze minutes. André est impressionné par le résultat, par la finesse des traits, par la netteté du visage, par la complexité du diadème. Patrick prend l’œuvre en photo en annonçant qu’il est lui-même artiste peintre. Un bavardage amical se déroule, interrompu par la clientèle. André et Patrick saluent chaleureusement Wayan et Niken avant de retourner nonchalamment au Citadines par la ruelle Bedugul. Avant d’atteindre Gang Sorga, le complexe Kuta Town Houses, dans un angle de la ruelle, interpelle une seconde fois par son gigantisme. Au niveau du restaurant grec, ils prennent tout droit pour voir où la ruelle débouche. Des fresques décorent certains murs. Elle se jette dans Popies II, comme une rivière se jette dans un fleuve. Le flot des véhicules, des touristes et des balinais emporte le couple qui suit le mouvement sans résister. L’entrée arrière du Beachwalk est atteinte. Le centre est traversé pour suivre la rue du bord de mer. La paillote Balifruits est atteinte. Deux jus de citron sont commandés. Quatre smoothies sont en cours de préparations pour deux couples russes qui s’installent en terrasse. Les français patientent en promenant les regards alentours. Des bras dépassent du mur d’enceinte de la plage dans un jeu de volley-ball sur le sable. Une fois les jus concoctés et servis dans les gobelets plastique, André et Patrick continuent la marche vers le proche Citadines.
Patrick assiste au coucher de soleil sur la terrasse. André reste dans le studio pour œuvrer sur l’ordinateur.
Le dîner apprécié autour de la petite table ronde précède une autre soirée sur l’île de Bali…





































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