En Asie, les horloges, les caisses enregistreuses,
les terminaux de paiements et autres appareils sont régulièrement en décalage
avec l’heure effective. Le réveil de la chambre vit quinze minutes en avance
dans le futur. Hier soir, cette avancée temporelle s’est soustraite aux regards ;
ce matin le couple s’est levé un quart d’heure plus tôt que prévu.
Les neuf heures sont passées quand Patrick et
André déjeunent au restaurant Azur, au
design sobre et moderne, de l’hôtel Crowne
Plaza. Le buffet se répartit sur les deux ailes de la vaste salle à
l’éclairage tamisé. Une possible attention envers le voyageur encore ensommeillé,
régulièrement soumis au décalage horaire et aux nuits courtes. Le choix est
conséquent et les mets abondent dans une diversité étonnante. André a
l’heureuse surprise de découvrir des noix de pécan. Il les agrémente de
cerneaux de noix laiteux entièrement privés de leur fine membrane. Il s’agit
peut-être d’une variété inconnue ; peler la peau quand la noix est fraiche
est facile mais quand elle est sèche cela relève d’une gageure. Il accompagne
les oléagineux de deux bananes, d’un petit pain au chocolat, d’une mini crêpe
et d’une friture inconnue en forme de lainière. Patrick s’offre une farandole
de viennoiseries trempées dans du café. Après le repas, avant de retourner dans
la chambre, le couple découvre l’hôtel durant une quinzaine de minutes. Une
piscine originale se situe au troisième niveau. Le bassin conséquent est partiellement
agrémenté d’îlots rectangulaires plantés de palmiers et de végétation. Le
nageur évolue le long des canaux nés de cet agencement insolite. Les damiers en
verre opaque du fond de la piscine sont visibles depuis l’étage inférieur
ouvert sur la réception en contrebas. Les façades de l’hôtel s’apparentent à un
moucharabieh design garni de branches d’hélices et ajouré d’ouvertures
ovalisées en forme d’œil.
La chambre est spacieuse et bien agencée. Les
vitrages transparents de la salle de bain sont décorés de grosses fleurs
blanches. Elle dévoile une baignoire îlot blanche, monobloc et ovale,
lambrissée de bois clair. Elle invite à faire trempette. Tour à tour, André et
Patrick se délassent dans un bain. Les minutes défilent sans se préoccuper des
activités des uns et des autres. Midi approche et le couple doit libérer la
chambre. Le règlement de la nuitée est finalisé à la réception. La galerie est
suivie pour joindre le terminal trois qui se dévoile aux regards.
André est subjugué par sa perception visuelle.
Il se trouve dans une immense installation dont l’ampleur évoque en lui la
centrale énergétique des Krells sur
la planète Altaïr IV. Le design de la toiture le plonge directement
dans le noyau de la planète interdite de par sa perspective sur une profondeur
sans fin. Il est comme hypnotisé par les lignes et les formes sous la toiture
qui génèrent une illusion d'éloignement et d’espace infini. Le
hall des départs est atteint. Le comptoir de Sri Lankan Airlines va ouvrir. Premiers arrivés, André et Patrick
voient se former une file d’attente derrière eux. Une fois le feu vert donné,
les deux valises cabines sont enregistrées. Le contrôle des bagages à main et
des passeports est effectué.
Quelques instants plus tard le couple entre dans
le salon Sats Premier Lounge. Patrick
s’installe dans un fauteuil et déjeune. André se positionne devant une tablette
qui lui permet d’œuvrer sur l’ordinateur. Il diffère son repas après treize
heures. Ils savourent alors des crudités, des olives noires et un curry de riz
aux légumes. Durant son repas, un homme vient tailler un petit massif d’orchidées
pourpre et parme situé sur un meuble à gauche de l’ordinateur. André voit
décoller et atterrir les avions au travers de l’occultation des vitrages. Avant
de reprendre son ouvrage sur l’ordinateur, il sirote un cappuccino en dégustant
une bouchée de forêt noire et une autre de gâteau à la mousse de chocolat.
Le salon est quitté vers quatorze heures trente.
La direction de la salle d’embarquement est prise. L’œuvre Evolution de l’artiste Gao
Xiaowu retient l’attention le long du trajet. Elle représente la
métamorphose extravagante et colorée d’un requin. Plus loin, André et Patrick
retrouvent les Wings of Mexico, exécutées
par l’artiste Jorge Marin, découvertes le samedi 7 janvier dans le parc Lumphini à Bangkok. Ils endossent les
ailes d’Icare un court instant avant de reprendre leur chemin.
Ils sont accueillis à bord de l’avion par Ayesha, une superbe hôtesse élancée à la
chevelure noire retenue en chignon. Les motifs et la couleur bleu turquoise
chatoyante de son uniforme s’apparentent à la parure du paon. L’avion prend son
envol après quinze heures. André regarde le film Boyhood qui retrace la vie de Mason
de l’âge de six ans jusqu’à son entrée à l’université. Ensuite il commence la
projection de The Amazing Spider-Man.
De son côté, Patrick regarde le film Doctor
Strange. L'histoire raconte la vie d’un talentueux neurochirurgien après un
tragique accident de voiture qui le plonge dans une autre réalité.
Après un vol de trois heures cinquante, l’airbus
A330 atterrit à l’aéroport de Colombo au Sri Lanka à seize heures quarante
heure locale, soit dix-neuf heures dix à Singapour et à Bali qui se trouve dans
le même fuseau horaire. André et Patrick sortent de l’appareil et se rendent au
salon Lotus Lounge dont l’agencement
est relativement dépouillé. Le couple dîne d’un curry de riz aux légumes. André
s’offre une part de cake aux fruits en sirotant un cappuccino. Il œuvre ensuite
sur l’ordinateur posé sur le bureau d’un des quatre box du Business Center. Quarante minutes avant le décollage suivant, André
et Patrick se rendent à la salle d’embarquement située dans le même couloir.
Contre toute attente, alors qu’ils sont en transit, ils sont amenés à passer un
contrôle des bagages, positionné entre deux salles. Avant de passer sous le portique
de sécurité, les chaussures et les ceintures doivent être quittées et déposées
dans un bac sur le tapis roulant. Une fois le contrôle terminé André manque de
se tromper de vol en prenant à gauche. Patrick le rattrape par la manche. Les
places assises dans la salle étant toutes occupées, ils restent debout vers la
porte d’accès à la passerelle. L’embarquement dans un autre Airbus A330 commence
quelques instants plus tard. Kalani,
vêtue du même superbe uniforme qu’Ayesha,
accueille le couple qui s’installe au même rang et aux mêmes places que le vol
précédent. L’avion décolle à dix-huit heures quarante heure locale. André
poursuit la projection du film interrompu lors de l’atterrissage du vol
précédent. L’histoire de Peter Parker
est ponctuée parfois de scènes cocasses qui déclenchent des rires. Patrick
regarde le film 300 qui retrace le
récit épique du roi Léonidas et de ses trois cents spartiates lors de la bataille
des Thermopyles. Le célèbre chocolatier belge porte le nom de ce roi. La durée
du vol étant de quatre heures quarante, André enchaine avec le film Docteur Strange et Tooth Fairy, un film familial empreint de merveilleux sur la Fée
des dents ; la reine des fées est jouée par la superbe actrice Julie
Andrews très à l’aise dans son rôle. L’histoire est drôle, les protagonistes
sont attachants et l’intrigue empreinte de magie. De son côté Patrick poursuit
avec un film en langue chinoise sous-titré en anglais et en arabe. La traduction
semble escamoter certains contenus de phrases au regard de la longueur des
tirades des acteurs et de la courte traduction apparaissant au bas de l’écran.
L’avion atterrit à l’aéroport de Dubaï à
vingt-et-une heure cinquante, heure locale. Il est bientôt deux heures du matin
à Singapour. André imagine une sortie rapide de l’aéroport. Que nenni, un
parcours du combattant commence. Des couloirs sans fin sont suivis, un train
aérien qui slalome sur les rails en manquant de déséquilibrer les voyageurs est
emprunté, une file d’attente interminable est intégrée pour le contrôle des
passeports et la délivrance du visa
d’entrée. Toutes ce cheminement dure plus d’une heure. Les hommes en blanc et
les femmes en noires tamponnent comme des robots des centaines de passeports.
Après ces instants générateurs de fatigue, André et Patrick récupèrent les deux
valises, effectuent un retrait de dirhams dans un distributeur à vingt-trois
heures et intègre la file d’attente des taxis. Ils sont déposés une trentaine
de minutes plus tard devant l’hôtel M by
Millennium, l’ancien Radisson Blue
selon le bordereau de réservation effectuée voici plusieurs mois. La chambre
deux mille deux au vingtième étage leur est attribuée par la personne présente
à la réception. Il est bientôt minuit ; à Singapour, il est quatre heures
du matin. La journée a été longue. André et Patrick entrent dans les bras de
Morphée avec plaisir…

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