mercredi 22 mars 2017

Secousses sismiques à Kuta...

Soudain, à sept heures dix, durant les rites matinaux, un tremblement de terre se produit. Deux secousses sismiques de quelques secondes chacune se succèdent. Le bâtiment du Citadines vacille et les murs sont pris d’un léger flottement. Les vibrations légèrement sonores glissent sur les matériaux dans une aubade donnée à l’aurore sous les fenêtres du ciel par une mère-nature qui frétille délicatement. André, dans la salle de bains, admire l’oscillation de tout ce qui est inanimé, est surpris par le froissement des parois murales, écoute le gémissement des particules contrariées par la propagation de la vague frissonnante née du tremblement de l’écorce terrestre. Tous les clients encore endormis se réveillent subitement. Les éclats de voix remplacent le bruissement des secousses. L’affolement s’empare de quelques individus qui quittent leur chambre précipitamment. D’autres sortent dans le couloir, s’observent perplexes, s’interrogent du regard comme pour se rassurer sur la conduite à tenir. Les minutes passent, la terre demeure silencieuse, la vie reprend son cours.
Vers huit heures, le couple se rend au buffet pour le petit-déjeuner. André constate que la corbeille des bananes est vide. Patrick pense à une razzia des clients suite au séisme. Ils se sont probablement tous trouvés au buffet en même temps. Une légère peur diffuse les aura peut-être incités aussi à emporter des bananes au cas où. André décide de se rendre au Mini Mart à côté pour en acheter. Bredouille, il marche sur la rue Raya, chaussé des tatanes blanches en toile de l’hôtel, dans l’espoir d’en trouver autre part. Une petite échoppe, aussi étroite qu’un corridor, restée voilée lors des diverses traversées précédentes de la rue, se dévoile. Une grande corbeille de bananes plantain trône vers la caisse. La marchande, dont les deux bambins dévisagent André, les vend au kilo. L’acheteur acquiesce et débourse vingt-cinq mille roupies pour le petit régime pesé contenant quinze fruits. Tout heureux, il retourne à la terrasse du Citadines où Patrick termine sa collation.
Des arachides grillées et la dernière tranche humide à la noix de coco sont savourées avec cinq bananes. Un cortège retient l’attention sur le rivage. Une ribambelle d’enfants en uniforme, au short bleu marine dessiné latéralement d’une bande blanche pour les garçons et à la jupe bleu marine pour les filles, tous en tee-shirt blanc où le chiffre trois est imprimé sur le dos dans un médaillon rond, défile durant plusieurs minutes sur la plage en venant de la droite. Ils sont tous chaussés de souliers fermés sur des chaussettes blanches. Certains portent un sac à dos. Un équipage mystérieux qui reviendra sur ses pas une trentaine de minutes plus tard quand André et Patrick quitteront la terrasse du buffet en laissant les dix bananes restantes sur la tablette en bois pour que d’autres clients en profitent.
Depuis le studio, Patrick photographie un tout jeune jardinier du Citadines, en polo de couleur parme, qui œuvre sur la terrasse. Il rêvasse, remue doucement la tête, sourit béatement tout en s’activant lentement. Les bagages sont finalisés. André et Patrick œuvrent chacun sur leur ordinateur. Après onze heures trente, ils sortent du Citadines. La ruelle Raya est suivie. André souhaite photographier la devanture de l’échoppe Cheap Mart où il a acheté les bananes. Ensuite, parvenus, chez Balifruits, ils s’installent en terrasse. Le déjeuner leur est offert. Ils acceptent avec joie par égards pour les deux garçons. Vouloir payer les deux repas, d’une valeur d’un peu plus de deux euro, pourrait les froisser. Savoir simplement accepter est une démonstration de savoir-vivre. Les mets sont savourés. Patrick parle d’un débat sur la première chaine de télévision où les cinq principaux candidats à la présidence furent conviés. Un sondage fut réalisé en parallèle auprès de deux millions de téléspectateurs.
Après le repas, un sac en toile écrue décoré d’un damier noir et blanc sur une face est acheté chez Foodmart pour une valeur d’environ cinq euro. Chaque case est imprimée des termes I love Bali où le mot aime est remplacé par un cœur rouge.
Un peu plus tard, André et Patrick sont installés à la terrasse de chez Coffee Bean. Ibrahim est en congé. Deux nouveaux visages se dévoilent. Lia Sandyani prend la commande d’un cappuccino, d’un thé vert, d’une part de gâteau au chocolat et d’un Chicago cheese-cake. La qualité d’un dernier instant, l'aspect sous lequel il se présente à la conscience, dépendent du regard posé sur lui. Il sera vécu de manière différente selon l’état d’âme de la personne et sa conduite pourra embellir ou ternir la scène finale. C’est le dernier dessert chez Coffee Bean, comme ce fut le dernier déjeuner chez Balifruits. André regarde la finitude avec sérénité même si une parcelle de son ego tend à vouloir prolonger l’instant qui pourtant demeure sans fin ; le moment en cours, c’est toujours maintenant. André prend régulièrement des photos séquentielles dans le cadre du chrono journal quotidien. C’est à la fois pour se souvenir et pour favoriser la narration. Il pense à une amie qui a écrit dans un de ses romans : La photo est la preuve flagrante de ce qui n’est plus.
Un rendez-vous a été pris à quatorze heures. Il invite à adapter le déroulement de l’activité qui le précède. André et Patrick se lèvent et s’éloignent du Coffee Bean pour retourner au Citadines. Un passage dans le studio permet de se laver les dents et de se changer avant le départ. Les légers vêtements de toile et les sandales sont mis dans les valises. André enfile le pantalon en soie réalisé par  Paresh. Quelques instants plus tard, ils procèdent au check-out ; la facture des trajets en navette depuis et vers l’aéroport est réglée avec les roupies restantes. Un court instant assis dans un coin d’angle du hall permet à André de feuilleter le journal en anglais Bali News. La navette arrive. Les bagages sont déposés dans le coffre, le couple monte à bord et le véhicule s’éloigne rapidement de l’hôtel. Il passe devant la ruelle empruntée par Wilos sur la gauche pour prendre sa sœur. Dans l’angle du virage suivant, les diverses boutiques qui vendent des casques pour les conducteurs de deux-roues se rappellent à André. Il se souvient que le premier prix d’un casque revient à soixante mille roupies, soit moins de cinq euro ; inimaginable en France.
Dans une intersection, la navette passe à côté d’une sculpture colossale blanche, réalisée sur un vaste rocher entouré d’un lagon, qui symbolise une bataille mythologique de l'épopée Mahabharata. Sur un char magistral et un attelage à timon affolé, Ghatotkacha et Karna s’affrontent vaillamment.
Plus loin, un scooter qui roule tranquillement est doublé. Un couple et un enfant sont assis l’un derrière l’autre sur le siège. Le bambin devant sa mère, ensommeillé, se frotte les quinquets. Une trentaine de minutes après le départ, André et Patrick sont déposés devant l’entrée de l’aéroport de Ngurah Rai dont la structure alliant modernisme et temples balinais impressionne. Les concepteurs sont parvenus à intégrer divers somptueux édifices chargés de sculptures et un vaste mur d’enceinte ouvragé, en pierre blanche et ocre orange, autour d’une immense canopée en tubulures blanches qui ondule autour d’immenses axes centraux. L’effet est saisissant. A l’intérieur, depuis le premier niveau, ils contemplent en contrebas le long du mur d’enceinte, sous la première vague de la canopée, un jardin arboré qui côtoie une esplanade. La part belle est faite au vent qui circule selon sa fantaisie sous la canopée. La lumière baigne le complexe où une vaste zone de détente intègre plusieurs cafés et boutiques vers l’accès au hall des départs. Les voyageurs au long court s’installent à la terrasse du Coffee Club. André allume l’ordinateur. Patrick commande deux cappuccinos à Devi. Les breuvages sont sirotés lentement. André matérialise en mots le déroulement de la journée du lundi 20 mars. Le texte et les photos sont actualisés sur le blog après seize heures. Tina débarrasse la tasse de café de Patrick. Celle d’André est encore en partie pleine. Une table se libère devant une série de prises de courant. André et Patrick s’y installe pour recharger la batterie de l’ordinateur du narrateur. Il s'attèle ensuite allégrement au récit de la journée du samedi 18 mars. L’ouvrage est interrompu pour effectuer l’enregistrement en ligne en direct sur le site Sri Lankan Airlines pour les vols de demain. Une jeune fille à la longue chevelure blonde, qui se rend peut-être à Amsterdam, s’installe à la table du couple pour profiter également des prises de courant pour son téléphone. La journée du dix-huit est actualisée avant de se rendre dans le hall des départs pour procéder à l’enregistrement des valises, possible trois heures avant le décollage. Les bagages sont passés au scanner et les passeports contrôlés. Au comptoir de KLM, Donny, un jeune homme indonésien, procède aux opérations avec courtoisie et efficacité. A l’entrée de la zone Duty Free, une mappemonde montre l’heure de différentes villes ; dans quatre minutes, il sera onze heures à Londres, vingt-deux heures à Sydney et sept heures à New-York. A côté, une immense affiche sur la merveilleuse Indonésie dévoile un énorme dragon de Komodo. Parmi les boutiques de la zone hors taxes, un aquarium offre au regard une petite barrière blanche de corail où nagent des poissons jaunes, noirs et bleus. Un petit bosquet d’orangers apporte une note de verdure à la décoration. Des lampions rouges sont suspendus par endroits.
Quelques minutes plus tard, André et Patrick entrent au premier étage dans le salon  Premier Lounge. L’ascenseur est capricieux et refuse de s’élever ; une dame ressort à la demande de l’homme qui l’accompagne, la cabine se décide à bouger. Le poids maximum était pourtant loin d’être atteint. Le couple s’installe sur de petits fauteuils en dralon bleu-vert devant une table en bois marron. Les îlots du buffet regorgent de nourritures joliment présentées. André apprécie un velouté de pomme de terre avant de savourer un curry de riz aux légumes, quelques nouilles de riz et un peu de salade de légumes. Hormis le velouté, Patrick déguste un menu similaire. Après le repas André œuvre sur l’ordinateur.
A vingt heures cinquante, le salon est quitté pour se rendre en salle d’embarquement numéro deux. Vers vingt-et-une heure trente l’Airbus A330 s’envole avec légèreté malgré sa lourde structure. La magie de la vitesse lui offre de surfer sur l’air. Durant le vol André et Patrick regardent chacun sur un écran, encastré dans le dossier de devant, le film Pete’s Dragon. Cette nouvelle adaptation de Peter et Elliott le Dragon a été tournée voici deux ans en Nouvelle-Zélande. Quand André voit les premières images, il pense à la phrase Il était une fois… qui annonce un récit merveilleux. Cette aventure auréolée de magie, vécue par Peter, se raconte à l’enfant qui vit en lui. La présence du légendaire Robert Redford dans le rôle d’un grand-père conteur, qui a su préserver en lui la magie d’un instant vécu dans sa jeunesse, apporte une note attachante à l’œuvre des studios Disney.
Quelques minutes avant minuit, l’avion atterrit en douceur sur le tarmac de l’aéroport Changi à Singapour. Une fois sortis de l’appareil, après un parcours dans les couloirs qui paraît sans fin, André et Patrick arrivent dans le hall d’arrivée des bagages. Ils délestent le tapis roulant des deux valisent cabine, ils montent à bord d’un train électrique, ils descendent au terminal trois et entrent un instant plus tard dans le tunnel qui les amène devant la réception de l’hôtel Crowne Plaza. Justina, une frêle jeune femme au visage chaussé d’une grosse monture de lunette, leur attribue la chambre quatre cent dix-huit. Une petite trentaine de minutes se sont écoulées depuis l’atterrissage de l’avion. André et Patrick gagnent leur chez eux d’une nuit et s’activent pour embarquer rapidement à bord du vaisseau des rêves…







































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