Le ciel bleu est resté à Bali. Au lever, celui de
Dubaï est couvert d’un ample manteau nuageux aux sombres dégradés de gris. De
légères trouées blanches sont vite estompées par le mouvement des strates qui
se succèdent. Depuis la baie vitrée, en contrebas, huit énormes ventilateurs
occupent la quasi-totalité de la surface de la toiture d’un building, flanqué
de deux énormes cylindres. Il s’agit d’une unité de l’entreprise Empower spécialisée dans les systèmes éconergétiques
de refroidissement. La société doit avoir le vent en poupe car la climatisation
est omniprésente à Dubaï.
André et Patrick descendent prendre leur
petit-déjeuner au restaurant Lemon Pepper
un peu avant huit heures. Les cabriolets vert pistache du corridor de l’entrée,
réunis en deux cercles, sont inoccupés. La salle est très peu animée. Une table
est choisie en tenant compte des bouches d’air conditionné. André savoure deux
bananes avec des oléagineux. Il s’offre deux petits croissants au chocolat. Il
déguste ensuite une petite galette au za’atar
découverte au buffet. Patrick trempe des viennoiseries dans son café. Il teste
ensuite la saveur d’une tranche de pain aux graines tartinée de confiture. La
salle se remplit lentement sans toutefois être bondée comme hier.
La matinée se déroule dans la chambre. Le couple
s’affaire aux derniers préparatifs avant d’embarquer. André consacre le restant
du temps disponible à écrire sur l’ordinateur.
Un peu avant midi, André et Patrick libèrent la
chambre. Bikash , un jeune homme à la
calvitie naissante, les accueille à la réception pour régler la note, conforme
à la réservation effectuée sur Internet. A la sortie de l’hôtel, un taxi est demandé
à un membre du personnel qui semble pactiser avec une société privée de transport. Le chauffeur demande quatre-vingt
dollars pour conduire le couple au port de croisières. Il argue qu’un taxi coûtera plus cher. Déjà confrontés à ce type d’arnaque, André et Patrick font la sourde
oreille et insistent pour prendre un taxi réglementé par le gouvernement ;
ils circulent par milliers dans la ville. Un instant plus tard, un taxi arrive.
Un charmant papy arabe les prend en charge dans sa voiture à la carrosserie
crème. La couleur de la toiture quant à elle varie en fonction de la société
de taxis. La prise en charge est de cinq dirhams. Les bagages sont chargés dans
le coffre. Le prédateur s’éloigne.
A la sortie de l’hôtel, la boucle de la chaussée
est toujours inondée. Le chauffeur hésite. Finalement, il voit un autre
véhicule traverser l’étendue d’eau qui monte presque au milieu des enjoliveurs
des roues. Téméraire à son tour, il se lance lentement derrière lui. Les temps
d’attente aux feux rouges sont relativement longs car des centaines de milliers
de véhicules circulent dans Dubaï. La route Sheikh
Zayed Road est majoritairement suivie pour joindre le terminal de
croisières au Port Rashid, distant
depuis l’hôtel d’environ treize kilomètres. Sur la route Sheikh Rashid Road, André reconnaît sur
la droite une somptueuse villa dans son écrin clôturé. La vaste structure
blanche, pourvue de nombreux bulbes et corps de logis, dévoile ses atours en
nuances de bleu roi. A l’entrée du port, le simple fait de montrer les
passeports suffit au garde pour laisser passer le taxi. Les installations sont
atteintes. Elles se sont agrandies depuis la dernière venue d’André et Patrick
voici cinq ans. Divers parkings dévoilent des centaines, voire des milliers de
véhicules alignés étroitement, arrivés par mer dans l’Emirat. Le trajet a duré
une trentaine de minutes. Les treize heures approchent. Le coût de la course
revient à trente-cinq dirhams, soit environ neuf euro. Le chauffeur est
gratifié d’un billet de cinquante ; il est ravi. André repense au
quatre-vingt dollars réclamés par le prédateur.
L’accès au quai est rapide. Le nombre de passagers
qui monte à bord est restreint car le navire Fantasia est seulement en escale à Dubaï dans le cadre de sa
croisière autour du monde. André et Patrick se joignent aux passagers pour
retourner en Europe. Brunella les accueille,
Celani parachève l’enregistrement effectué
sur le site de la Mediterranean Shipping
Company, le séduisant Nemanja les
dirige vers la sortie des nouvelles installations portuaires, la coquette Charikleia les salue à la coupée du navire
et Vilip les prend en photo à
l’entrée du pont cinq pour l’authentification des visages lors des prochains accès
et sorties du bateau. Ils se rendent au pont neuf Radioso. André se remémore la série télévisée La Croisière qui fut tournée sur le navire il y a un peu plus de
quatre ans. Lors du tournage le commandant Stefano Aiello céda sa place à
l’acteur Christophe Malavoy. Le parfum de Sophia Loren flotte dans la coursive
depuis qu’elle a inauguré le navire voici bientôt dix ans. La porte de la cabine
neuf mille cent dix-huit est poussée. Les deux cartes magnétiques sont présentes
sur le lit. La moquette s’apparente au bleu de prusse. Les bagages sont
déposés. Le couple décide d’aller déjeuner au buffet du pont quatorze. Les
tables et les chaises en bois sont d’une teinte acajou assez foncée. Il prend
place devant l’étal où sont disposés les plats végétariens. Depuis la table
positionnée le long du vitrage, la vue donne sur les installations du quai et
sur l’océan des véhicules alignés. Du gratin d’aubergines, du chou blanc en
lamelles, des légumes poêlés et un méli-mélo de poivrons grillés sont savourés.
Il pleut à nouveau sur Dubaï. Les larmes de pluie coulent sur le verre
extérieur légèrement érodé par les intempéries des années passées. Lors d’une balade
autour des différents îlots de nourriture, André découvre un gâteau de
bienvenue, nappé de fruits et ceinturé de crème au beurre, qui dévoile une
plaque amande avec les mots Welcome on
board… Bienvenue à bord…
Après le repas, André et Patrick retournent à la
cabine pour leur installation. Un forfait Internet de deux mille cinq cents mégabytes
est sélectionné sur l’ordinateur d’André pour quatre périphériques. Le compte à
bord est consulté sur le téléviseur. Outre leurs deux noms, ceux de deux autres
personnes apparaissent sur l’écran, probablement les précédents occupants de la
cabine ; une certaine Jessica G. et
un certain Alex M. Dans l’après-midi
des boissons chaudes sont emportées au buffet. André sirote de l’eau chaude
agrémentée de pulpe de citron tout en oeuvrant sur l’ordinateur. Patrick sirote
un thé Earl Grey.
Le dîner est savouré au buffet. Un velouté de
tomate, une petite bolée de légumes au curry et un cannolo au moka composent la
sélection de chaque menu. Des boissons chaudes sont sirotées avec le dessert.
Après vingt heures, André et Patrick assistent à
l’exercice obligatoire de sauvetage en mer. Munis de leur gilet de sauvetage
orange, ils se dirigent vers le pont six. Une employée interdit à André l’accès
à l’ascenseur alors que le signal d’alarme indiquant le début de la manoeuvre
est encore à venir. Il se justifie en montrant ses genoux pour parvenir à ses
fins. Le point de rassemblement se situe sur la place San Giorgio où se dévoile le café du même nom. Toutes les places
assises sont occupées. Pour éviter de resté planton, les deux français découvrent
la place et la devanture du café étoffé d’un généreux display de pâtisseries.
Un membre d’équipage trop zélé les bouscule pour leur intimer de se déplacer.
Pourtant, quelques minutes plus tard, d’autres personnes les remplacent devant
le display sans être dérangées. L’exercice se prolonge car toute la série d’informations
est débitée dans les langues principales représentées à bord. L’ordre d’enfiler
les gilets est donné à ceux qui les tiennent encore à la main, dont André et Patrick
qui s’exécutent avec réticence ; cette étape a été annulée sur les navires
de la compagnie Royal Caribbean
depuis longtemps. A l’issue de l’exercice fastidieux, ils retournent à leur
cabine pour répondre rapidement à l’appel de Morphée.
Après vingt-deux heures trente, soudain, un
message important est diffusé bruyamment sur tout le navire. André et Patrick
sont réveillés en sursaut. En raison d’une forte bourrasque de vent au large,
le navire demeurera à quai ; il devait appareiller à minuit pour se rendre à
Abu Dhabi où des passagers auraient dû débarquer. Pendant des minutes
interminables, dans un verbiage monocorde et lancinant, les nouvelles consignes
de débarquement sont diffusées au micro dans les cinq langues principales représentées à bord. Les passagers concernés par le débarquement seront
transférés en car jusqu’à Abu Dhabi. Le premier départ est annoncé à trois
heures du matin…
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