samedi 25 mars 2017

Fantasia...

Le ciel bleu est resté à Bali. Au lever, celui de Dubaï est couvert d’un ample manteau nuageux aux sombres dégradés de gris. De légères trouées blanches sont vite estompées par le mouvement des strates qui se succèdent. Depuis la baie vitrée, en contrebas, huit énormes ventilateurs occupent la quasi-totalité de la surface de la toiture d’un building, flanqué de deux énormes cylindres. Il s’agit d’une unité de l’entreprise Empower spécialisée dans les systèmes éconergétiques de refroidissement. La société doit avoir le vent en poupe car la climatisation est omniprésente à Dubaï.
André et Patrick descendent prendre leur petit-déjeuner au restaurant Lemon Pepper un peu avant huit heures. Les cabriolets vert pistache du corridor de l’entrée, réunis en deux cercles, sont inoccupés. La salle est très peu animée. Une table est choisie en tenant compte des bouches d’air conditionné. André savoure deux bananes avec des oléagineux. Il s’offre deux petits croissants au chocolat. Il déguste ensuite une petite galette au za’atar découverte au buffet. Patrick trempe des viennoiseries dans son café. Il teste ensuite la saveur d’une tranche de pain aux graines tartinée de confiture. La salle se remplit lentement sans toutefois être bondée comme hier.
La matinée se déroule dans la chambre. Le couple s’affaire aux derniers préparatifs avant d’embarquer. André consacre le restant du temps disponible à écrire sur l’ordinateur.
Un peu avant midi, André et Patrick libèrent la chambre. Bikash , un jeune homme à la calvitie naissante, les accueille à la réception pour régler la note, conforme à la réservation effectuée sur Internet. A la sortie de l’hôtel, un taxi est demandé à un membre du personnel qui semble pactiser avec une société privée de  transport. Le chauffeur demande quatre-vingt dollars pour conduire le couple au port de croisières. Il argue qu’un taxi coûtera plus cher. Déjà confrontés à ce type d’arnaque, André et Patrick font la sourde oreille et insistent pour prendre un taxi réglementé par le gouvernement ; ils circulent par milliers dans la ville. Un instant plus tard, un taxi arrive. Un charmant papy arabe les prend en charge dans sa voiture à la carrosserie crème. La couleur de la toiture quant à elle varie en fonction de la société de taxis. La prise en charge est de cinq dirhams. Les bagages sont chargés dans le coffre. Le prédateur s’éloigne.
A la sortie de l’hôtel, la boucle de la chaussée est toujours inondée. Le chauffeur hésite. Finalement, il voit un autre véhicule traverser l’étendue d’eau qui monte presque au milieu des enjoliveurs des roues. Téméraire à son tour, il se lance lentement derrière lui. Les temps d’attente aux feux rouges sont relativement longs car des centaines de milliers de véhicules circulent dans Dubaï. La route Sheikh Zayed Road est majoritairement suivie pour joindre le terminal de croisières au Port Rashid, distant depuis l’hôtel d’environ treize kilomètres. Sur la route Sheikh Rashid Road, André reconnaît sur la droite une somptueuse villa dans son écrin clôturé. La vaste structure blanche, pourvue de nombreux bulbes et corps de logis, dévoile ses atours en nuances de bleu roi. A l’entrée du port, le simple fait de montrer les passeports suffit au garde pour laisser passer le taxi. Les installations sont atteintes. Elles se sont agrandies depuis la dernière venue d’André et Patrick voici cinq ans. Divers parkings dévoilent des centaines, voire des milliers de véhicules alignés étroitement, arrivés par mer dans l’Emirat. Le trajet a duré une trentaine de minutes. Les treize heures approchent. Le coût de la course revient à trente-cinq dirhams, soit environ neuf euro. Le chauffeur est gratifié d’un billet de cinquante ; il est ravi. André repense au quatre-vingt dollars réclamés par le prédateur.
L’accès au quai est rapide. Le nombre de passagers qui monte à bord est restreint car le navire Fantasia est seulement en escale à Dubaï dans le cadre de sa croisière autour du monde. André et Patrick se joignent aux passagers pour retourner en Europe. Brunella les accueille, Celani parachève l’enregistrement effectué sur le site de la Mediterranean Shipping Company, le séduisant Nemanja les dirige vers la sortie des nouvelles installations portuaires, la coquette Charikleia les salue à la coupée du navire et Vilip les prend en photo à l’entrée du pont cinq pour l’authentification des visages lors des prochains accès et sorties du bateau. Ils se rendent au pont neuf Radioso. André se remémore la série télévisée La Croisière qui fut tournée sur le navire il y a un peu plus de quatre ans. Lors du tournage le commandant Stefano Aiello céda sa place à l’acteur Christophe Malavoy. Le parfum de Sophia Loren flotte dans la coursive depuis qu’elle a inauguré le navire voici bientôt dix ans. La porte de la cabine neuf mille cent dix-huit est poussée. Les deux cartes magnétiques sont présentes sur le lit. La moquette s’apparente au bleu de prusse. Les bagages sont déposés. Le couple décide d’aller déjeuner au buffet du pont quatorze. Les tables et les chaises en bois sont d’une teinte acajou assez foncée. Il prend place devant l’étal où sont disposés les plats végétariens. Depuis la table positionnée le long du vitrage, la vue donne sur les installations du quai et sur l’océan des véhicules alignés. Du gratin d’aubergines, du chou blanc en lamelles, des légumes poêlés et un méli-mélo de poivrons grillés sont savourés. Il pleut à nouveau sur Dubaï. Les larmes de pluie coulent sur le verre extérieur légèrement érodé par les intempéries des années passées. Lors d’une balade autour des différents îlots de nourriture, André découvre un gâteau de bienvenue, nappé de fruits et ceinturé de crème au beurre, qui dévoile une plaque amande avec les mots Welcome on boardBienvenue à bord
Après le repas, André et Patrick retournent à la cabine pour leur installation. Un forfait Internet de deux mille cinq cents mégabytes est sélectionné sur l’ordinateur d’André pour quatre périphériques. Le compte à bord est consulté sur le téléviseur. Outre leurs deux noms, ceux de deux autres personnes apparaissent sur l’écran, probablement les précédents occupants de la cabine ; une certaine Jessica G. et un certain Alex M. Dans l’après-midi des boissons chaudes sont emportées au buffet. André sirote de l’eau chaude agrémentée de pulpe de citron tout en oeuvrant sur l’ordinateur. Patrick sirote un thé Earl Grey.
Le dîner est savouré au buffet. Un velouté de tomate, une petite bolée de légumes au curry et un cannolo au moka composent la sélection de chaque menu. Des boissons chaudes sont sirotées avec le dessert.
Après vingt heures, André et Patrick assistent à l’exercice obligatoire de sauvetage en mer. Munis de leur gilet de sauvetage orange, ils se dirigent vers le pont six. Une employée interdit à André l’accès à l’ascenseur alors que le signal d’alarme indiquant le début de la manoeuvre est encore à venir. Il se justifie en montrant ses genoux pour parvenir à ses fins. Le point de rassemblement se situe sur la place San Giorgio où se dévoile le café du même nom. Toutes les places assises sont occupées. Pour éviter de resté planton, les deux français découvrent la place et la devanture du café étoffé d’un généreux display de pâtisseries. Un membre d’équipage trop zélé les bouscule pour leur intimer de se déplacer. Pourtant, quelques minutes plus tard, d’autres personnes les remplacent devant le display sans être dérangées. L’exercice se prolonge car toute la série d’informations est débitée dans les langues principales représentées à bord. L’ordre d’enfiler les gilets est donné à ceux qui les tiennent encore à la main, dont André et Patrick qui s’exécutent avec réticence ; cette étape a été annulée sur les navires de la compagnie Royal Caribbean depuis longtemps. A l’issue de l’exercice fastidieux, ils retournent à leur cabine pour répondre rapidement à l’appel de Morphée.
Après vingt-deux heures trente, soudain, un message important est diffusé bruyamment sur tout le navire. André et Patrick sont réveillés en sursaut. En raison d’une forte bourrasque de vent au large, le navire demeurera à quai ; il devait appareiller à minuit pour se rendre à Abu Dhabi où des passagers auraient dû débarquer. Pendant des minutes interminables, dans un verbiage monocorde et lancinant, les nouvelles consignes de débarquement sont diffusées au micro dans les cinq langues principales représentées à bord. Les passagers concernés par le débarquement seront transférés en car jusqu’à Abu Dhabi. Le premier départ est annoncé à trois heures du matin…















Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire